
Démarrer la lecture d’un roman, c’est un peu comme contempler le bloc de marbre du sculpteur: on ne sait pas quelles promesses il contient ou saura tenir – pour peu qu’une fissure se cache dans la pierre, le succès sera compromis.
Point de fissure dans le bloc sculpté par Jean-Baptiste Andrea, c’est plutôt une pépite que l’on trouve au coeur de son marbre littéraire.
Dans un monastère du Piémont, un homme est sur le point de mourir. Depuis plus de quarante ans qu’il s’y est soustrait au monde, il n’a pas prononcé ses voeux, et détient le mystérieux secret de la Pietà qu’il a sculptée, une statue à l’étrange pouvoir.
De son arrivée en Italie, encore enfant pendant la guerre, à la consécration de son talent de sculpteur jusqu’à sa chute, nous allons suivre l’histoire de Michelangelo Vitaliani.
Fils d’émigrés italiens, le surnommé Mimo quitte la France pour la Ligurie en 1917 – sa mère l’envoie dans l’atelier d’un prétendu oncle, où il pourra parfaire son apprentissage de sculpteur. Mimo a 12 ans, il est vif et résistant aux mauvais traitements de l’oncle, et surtout il va faire la connaissance de Viola Orsini. Tout sépare la jeune fille de bonne famille, dont l’intelligence vive dérange, et le jeune homme ignorant mais prodigieusement talentueux, et un lien gémellaire va unir les deux amis pour la vie.
Dans l’Italie fasciste, Mimo connaît une ascension vertigineuse grâce à la famille Orsini, tandis que Viola, prisonnière des assignations de son rang, a vu la flamme qui l’animait s’éteindre peu à peu.
L’histoire de Mimo et Viola est portée par un souffle épique fabuleux où Jean-Baptiste Andrea mêle la création artistique, la religion et l’Histoire, d’une écriture vive et poétique.
Si le roman tient du conte au démarrage, il nous entraîne dans un grand tourbillon historique porté par la narration de Mimo, charmante par sa dérision. J’ai été particulièrement séduite par la période d’apprentissage florentin de Mimo, où le lecteur a le sentiment d’être transporté dans un atelier de la Renaissance à Florence.
Ecoute-moi bien. Sculpter, c’est très simple. C’est juste enlever des couches d’histoires, d’anecdotes, celles qui sont inutiles, jusqu’à atteindre l’histoire qui nous concerne tous, toi et moi et cette ville et le pays entier, l’histoire qu’on ne peut plus réduire sans l’endommager. Et c’est là qu’il faut arrêter de frapper. Tu comprends?
De la gangue du marbre, avec une plume en guise de burin, Jean-Baptiste Andrea a extrait une pépite digne du secret de la Pietà de Michelangelo Vitaliani. Mieux, un trésor.
Le roman vient d’être récompensé aujourd’hui : il a reçu le prix FNAC 2023.
Titre: Veiller sur elle
Auteur: Jean-Baptiste Andrea
Editeur: L’iconoclaste
Parution: Août 2023