Interview: Carole Declercq (Fille du silence)

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Carole Declercq

Certains livres, encore plus que de fortes émotions, sont de véritables rencontres.

Je vous ai parlé il y a quelques jours de Fille du silence, l’histoire de Rita Atria, cette jeune fille sicilienne issue d’une famille de la mafia et qui a choisi de témoigner contre son milieu. Véritable coup de coeur, j’ai eu envie d’en savoir plus…

Carole Declercq, son auteure, a eu l’extrême gentillesse de consacrer du temps à mes questions.

Books Moods and more: Chère Carole, vous venez de publier votre troisième roman, Fille du silence. Pour les lecteurs qui vous découvrent, pouvez-vous nous parler un peu de vous?

Carole Declercq:  En quelques mots, je suis professeur de lettres depuis 22 ans. J’enseigne aussi les langues anciennes. J’aime beaucoup mon métier car il m’apporte beaucoup de satisfactions et j’aime le contact avec les jeunes. J’ai fait mes études à l’Université Charles de Gaulle, à Lille. Declercq est le nom de mon arrière-grand-mère. Je l’ai choisi pour pseudonyme car c’est un vrai beau nom du Nord et j’ai gardé beaucoup de tendresse pour les « Hauts de France » comme on les appelle aujourd’hui. Que dire encore? J’ai un tempérament plutôt calme, réfléchi. On dit parfois que je suis trop discrète. J’aime voyager, m’occuper de mon jardin en Isère, de mes enfants et de mes chats. Tout cela est très conventionnel et fait un peu « écrivain mystérieux », non?

 

Votre roman s’inspire de la vie et du combat d’une jeune fille contre la mafia sicilienne, Rita Atria. Comment est née l’envie de raconter son histoire?

D’une lecture. Un essai d’Anne Véron sur les femmes dans la mafia. Je préparais alors un séjour familial en Sicile. Une fois que j’ai une idée fixe dans la tête, ça se met à turbiner et il faut que je passe à la vitesse supérieure. Donc recherches documentaires et premières pages d’écriture. Je pose toujours quelques mots sur le papier même si mes recherches ne sont pas terminées. J’affine ensuite. Il m’arrive de supprimer les pages  d’un premier jet mais tant pis! C’est le jeu.

 

Le double littéraire de Rita s’appelle Rina. Est-il facile de romancer un tel personnage? Est-ce que vous vous êtes fixé des limites?

Oui et non. Disons que j’ai eu des contraintes narratives en ce sens que je voulais respecter le fil du destin de la vraie Rita Atria. J’ai modifié quelques noms et quelques lieux mais pour le reste, tout est authentique. En revanche je me suis accordé une liberté totale pour la vie intérieure de Rina et cela a représenté un bonheur. J’ai adoré être cette petite fille pendant quelques mois. Je ressentais ses sensations, ses émotions et j’essayais de les retranscrire au plus juste car j’aime jouer avec les mots.

 

Comment avez-vous préparé ce roman? Avez-vous pu investiguer en Sicile, travailler à l’écriture en immersion?

Je me suis rendue en Sicile pour le « ressenti » général:  l’ambiance, la lumière, les odeurs sont très présentes dans le texte. C’est aussi, je pense, un roman sur la Sicile. Ensuite j’ai correspondu avec Fabrice Rizzoli qui est maître de conférences à Paris et est spécialiste des organisations criminelles. Il a écrit de nombreux livres sur la mafia italienne. Je voulais que la partie « imagination » de mon roman corresponde à quelque chose de réaliste, histoire de ne pas raconter des bêtises. Enfin la journaliste et romancière allemande Petra Reski a écrit une biographie de Rita Atria qui n’a malheureusement pas été traduite en  français. Je l’ai lue en italien. C’est une enquête très incisive et Petra a rencontré les acteurs du drame, notamment la belle-sœur de Rita. J’ai aussi correspondu avec elle. Je lui ai envoyé le livre, j’espère qu’elle l’aimera.

 

Il y a en Sicile un vrai mouvement anti-mafia, pourtant elle reste très présente malgré les nombreuses condamnations qui ont eu lieu. Comment expliquez-vous cela?

C’est vrai. De nombreux mouvements de protestation féminins sont nés après la mort de Rita. La grande photographe sicilienne, spécialiste de la mafia, Letizia Battaglia était présente aux obsèques de Rita en 1992. Mais, vous savez, la situation est très compliquée en Italie. Il y a des collusions traditionnelles entre l’état et les organisations criminelles. Il y a des « protections ». Et surtout la mafia est une entreprise qui brasse beaucoup d’argent. Des milliards. C’est une économie parallèle incontournable. Bien des choses s’écrouleraient sans elle en Italie.

 

Pensez-vous que Rina / Rita aurait pu avoir eu un autre destin, ou bien la fatalité s’était-elle penchée au-dessus de son berceau, comme dans une tragédie grecque?

J’aime cette idée d’une fatalité au-dessus d’elle. Une fatalité maléfique. Pourtant elle a été aimée, elle a eu des moments de bonheur. Elle a été une jeune fille italienne comme une autre. Elle aurait pu avoir un autre destin à Rome mais sa terre lui manquait tellement. La mer, le soleil…Sa mère aussi, paradoxalement…cette mère, gardienne des traditions, qui l’a reniée et a profané sa tombe…

 

De l’écriture à la lecture il n’y a qu’un pas… Quelle lectrice êtes-vous? Quelle a été votre plus grande émotion littéraire?

J’ai lu beaucoup de classiques par le passé, formation oblige. J’aime les écrivains naturalistes. J’aime aussi découvrir des littératures étrangères. J’ai eu ma période anglaise, indienne, russe, italienne, américaine…Et je n’ai pas honte de dire que je suis bon public pour le polar, le roman historique. Un de mes grands bonheurs d’auteur a été d’embrasser Anne Golon (dont les excellents romans historiques ont longtemps été déconsidérés à cause des adaptations cinématographiques) avant qu’elle ne meure. J’ai été conviée à ses obsèques mais je n’ai pas pu m’y rendre.

Avez-vous de nouveaux projets d’écriture?

Oui mais je resterai discrète à ce sujet. Deux indices: c’est une histoire qui sera tendre et lumineuse, j’en ai bien besoin après Fille du silence! Et je lis en ce moment une grosse thèse de 700 pages sur l’histoire des Balkans…Pour Noël, je vais sortir le premier tome d’une série jeunesse historique chez Dreamland et mon premier roman Ce qui ne nous tue pas, qui a connu un beau succès, a été traduit en espagnol et va sortir en Espagne pour novembre.

Merci infiniment, chère Carole.

A vous de découvrir maintenant l’histoire de Rita à travers son double littéraire Rina dans le bouleversant roman de Carole Declercq, paru le 16 mai 2018 aux éditions Terra Nova

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Rencontres: Amy Liptrot

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La rentrée littéraire de septembre se prépare avec effervescence, et les éditeurs présentent actuellement les romans à paraître, l’occasion de rencontrer des auteurs – comme c’était le cas hier chez Globe.

Le 29 Août sortira L’écart d’Amy Liptrot.

Ariel Wizman, qui animait la rencontre avec la jeune auteure écossaise, qualifie ce premier livre d’Amy Liptrot de « Mémoires », livrées dans un style d’une grande sincérité.

A la voir avec ses cheveux blonds d’ange, son teint diaphane et ses yeux clairs, grande, fine et svelte, qui pourrait deviner le parcours de cette jeune maman qui semble avoir passé toute sa vie au grand air de la ferme familiale de l’archipel des Orcades, là où elle est née?

Dans L’Ecart, Amy Liptrot raconte sa lutte contre son addiction à l’alcool, son chemin vers l’abstinence qui depuis Londres la ramènera vers ses îles du nord de l’Ecosse. C’est l’histoire d’un retour aux sources, d’un retour à soi, accompli dans la magie sacrée d’une nature sauvage et indomptable.

Amy Liptrot s’est nourrie de ses expériences de diariste et de journaliste pour écrire. Mais son style, très fragmenté, a également été influencé par le hiphop et par twitter!

La traductrice du livre, Karine Reigner-Guerre, a évoqué son travail, et la difficulté que lui a donné le titre orginal, The Outrun, titre à double sens qui évoque le pâturage le plus loin du corps de ferme, et la fuite. L’Ecart, terme d’agriculture peu connu, lui permettait également de retrouver ce double sens. A noter que la traduction française est la seule à avoir réinterprété le titre original.

Amy Liptrot nous a parlé de ce qui inspirait son écriture, de sa vie sur ces terres isolées d’Ecosse, de la nature – en imitant les oiseaux qu’elle était chargée de surveiller en travaillant pour la Royal Society for the Protection of Birds, de la résonance que son récit a trouvé auprès des lecteurs. Une seule hâte: me plonger dans cette lecture.

Ce livre, ode à la nature, a reçu en 2016 le prix Wainwright qui récompense une oeuvre littéraire de Nature Writing, et, en 2017, l’English Pen Ackerley Prize.

Fille du silence

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C’est une histoire tragique, inspirée d’un fait réel, que la romancière Carole Declercq a choisi de raconter dans son nouveau livre, Fille du silence.

Une histoire qui parle de la Sicile d’aujourd’hui à travers ce qui, malgré elle, est en partie constitutif de son histoire, de son économie, de sa culture: la mafia. Cosa Nostra.

Je suis née Cosa Nostra. J’ai grandi Cosa Nostra. Je respire Cosa Nostra. Je pleure mon père sans ressentir la révolte légitime que je devrais ressentir contre Cosa Nostra. Parce que c’est inscrit dans notre sang. Nous sommes marqués du seau de Cosa Nostra à la naissance. Comme des bêtes à l’abattoir. En plein front

Nous sommes près de Trapani, à l’Ouest de la Sicile, à une petite heure de Palerme.

Dans la petite ville de San Vito, Rina Abadia passe une enfance insouciante – même si sa mère est revêche et ne lui témoigne aucune affection, son père Giuseppe l’entoure de beaucoup d’amour. Avec ses yeux de petite fille, Rina idolâtre Giuseppe, sorte de chef charismatique qu’on appelle le Dottore, même s’il n’a aucun diplôme.

Le Dottore aide souvent les autres, négocie, trouve des solutions aux problèmes des visiteurs du soir, et on le remercie de ses services par de petits cadeaux. Souvent, Nino, l’aîné de 10 ans de Rina, l’accompagne là où on l’appelle.

Rina a bien conscience qu’il se passe beaucoup de choses autour d’elle, qu’il y a beaucoup de morts, de morts jeunes, des morts « bus par le soleil » qu’on ne retrouve pas. Mais c’est ainsi qu’elle a grandi, au milieu de la mafia. Le jour où Giuseppe décide de ne pas suivre dans de nouvelles affaires le boss du village, il devient parjure. Quand on quitte Cosa Nostra, on est soudain contre Cosa Nostra. Donc un homme à abattre.

Fatalement, Giuseppe meurt sous les balles, certainement celles d’un ami de la famille. Rina a une dizaine d’années et elle commence alors à écrire son journal intime. Un par an. Nino, qui bientôt va rejoindre le clan qui vraisemblablement a tué son père, va commencer à se confier à Rina. Les noms, les actions, ce qu’on lui demande, qui lui demande, où, pourquoi. Elle va tout consigner. Peut-elle imaginer ce qu’elle risque? Ici, chaque faux pas est puni. On ne rigole pas dans le Milieu, peu importe qui vous êtes. La vie n’a pas de valeur, Cosa Nostra a tous les droits, Cosa Nostra dirige tout. Là où est Cosa Nostra, l’Etat n’a aucun droit, l’Etat n’oserait intervenir. Et pourtant, quelques juges osent la combattre, mais le Milieu reste tout puissant.

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Les jours de Vita Gallitelli

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Connaissez-vous l’Italie du Sud?

Oubliez Naples, quittez la Campanie et roulez. Laissez la Calabre, abandonnez les Pouilles aux touristes, et arrêtez-vous un peu en Basilicate. Avec ses montagnes, ses plaines arides et calcaires, son climat chaud et sec, la Basilicate avait toute les prédispositions à la pauvreté qui la caractérise, tout comme ses voisines apulienne et calabraise.

Pas étonnant que neuf millions d’habitants de ce sud italien aient fui leur pays de 1871 et 1951.

Parmi eux, il y avait Vita Gallitelli.

Et c’est son histoire que raconte Helene Stapinski, son arrière-arrière-petite-fille.

S’il est totalement concevable que chaque américain s’interroge sur l’histoire qui a amené un jour sa famille en Amérique, certainement peu d’entre eux mènent une enquête aussi fiévreuse que celle d’Helene. Helene avait une raison bien précise de vouloir découvrir l’histoire de Vita: conjurer le sort qui pèse sur la légende familiale, avant qu’il n’atteigne ses deux enfants…

Journaliste, Helene Stapinski a grandi avec l’histoire racontée maintes fois par sa mère, l’histoire folle de son aïeule Vita arrivée en Amérique en 1892  avec ses deux fils – Vita aurait fui son sud italien natal après avoir tué un homme lors d’une partie de carte…

L’histoire aurait pu en rester là, comme une légende qu’on raconte aux enfants pour leur faire peur, sauf que les descendants de Vita, de petits larcins en crime, semblent avoir véhiculé la trace manifeste d’un gène du crime transmis par Vita, qui inquiète Helene eu égard à ses enfants. Et si eux aussi étaient porteurs de cette tare, évoquée dans des enquêtes journalistiques dont elle a eu connaissance ?

A 39 ans, à l’âge qu’avait Vita lorsqu’elle est arrivée à Ellis Island, Helene fait le voyage en sens inverse pour rejoindre la Basilicate et enquêter sur la fondatrice de ce mythe familial.

Qui était Vita, quel est ce crime qui l’a obligée à fuir son pays, qui était son mari, pourquoi disait-on d’elle que c’était une puttana, qu’en est-il de ce troisième fils que l’on dit avoir été perdu lors du voyage vers l’Amérique?

Pays du silence, la Basilicate ne livre pas aisément les secrets qu’elle garde bien trop jalousement dans l’omerta des familles taiseuses, à l’abri sur les étagères des casiers obscurs des archives, ou au fond des grottes qui autrefois servaient de culte ou d’abri… Il faudra beaucoup de persévérance, de coups de pouce du destin, de rencontres envoyées par le ciel pour assembler tous les morceaux qui ont construit la légende, rétablir des vérités, et pouvoir ré-écrire cette incroyable histoire familiale.

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Trois filles d’Eve

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Voici ma dernière lecture dans le cadre du Grand Prix de l’Héroïne 2018, le dernier roman de l’écrivaine et journaliste turque Elif Shafak, qui concourt dans la catégorie Roman Etranger.

Istanbul, carrefour de cultures millénaires et de mythes orientaux – c’est là, dans le bouillon de la mégapole bruyante et effervescente, que l’histoire s’ouvre avec Peri, l’épouse d’un homme d’affaires qui a fait fortune dans l’immobilier.

En route pour un important dîner sur les rives du Bosphore, Peri se fait voler son sac Hermès de contrefaçon en vraie peau d’autruche parme, et se retrouve bientôt aux prises avec le voleur, qui exhume de son portefeuille un vieux polaroïd…

Ce vieux cliché, enfoui comme un secret précieux depuis bien trop longtemps, replonge alors Peri dans ses années estudiantines à Oxford, au début des années 2000. Et tandis qu’elle a rejoint ses hôtes pour une soirée à laquelle elle n’a plus aucune envie de prendre part, dans le luxe de l’élite stambouliote, le passé de Peri refait surface, ponctuant sa soirée des souvenirs liés à cette photo sur laquelle sont réunis à ses côtés trois personnes qui ont profondément marqué sa vie intime: Shirim, plantureuse Iranienne déracinée et profondément athée, Mona l’egypto-américaine musulmane pratiquante, et le sceptique professeur Azur qui leur apprendra à réfléchir à Dieu dans un séminaire très polémique intitulé « Pénétrer l’esprit de Dieu / Dieu de l’esprit ».

Pour quelles raisons Peri a-t-elle caché à tous, ses enfants y compris, qu’elle a étudié à Oxford? Et pourquoi tant de douleur en convoquant ces souvenirs lointains? Ces réminiscences seront le fil conducteur du roman, naviguant entre Oxford et Istanbul.

Qui est Peri, finalement?

Bonne épouse, bonne mère, bonne maîtresse de maison, bonne citoyenne, bonne musulmane moderne, voilà ce qu’elle était 

En alternance dans le récit au présent (en 2016) et au passé (l’enfance de Peri dans les années 80, l’adolescence dans les années 90, les années à Oxford dans les années 2000), c’est pourtant un personnage d’une bien plus insondable profondeur qui va se profiler au gré des souvenirs, depuis l’enfance.

Tiraillée au sein d’une improbable famille, entre un père laïque et une mère excessivement pratiquante, qui écartelés par leurs convictions on ne peut plus opposées ont fini par se mépriser, Peri est sans cesse partagée par les paradoxes de sa famille et par le souhait de ne trahir personne. Où peut-elle situer sa foi?

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Des nouvelles du monde

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A l’heure où les informations sont diffusées à travers le monde en temps réel par la grâce de moyens de communication toujours plus sophistiqués, replongeons-nous dans une époque, finalement pas si lointaine, où les nouvelles du monde mettaient souvent plusieurs semaines pour atteindre les régions plus reculées, isolées par la géographie ou par la guerre – quand elles y parvenaient.

Dans ce monde d’autrefois, il y a un homme.

Il a encore belle allure, pour ses 72 ans: la chevelure blanche qui vole au vent tandis qu’il chevauche les routes du Texas, le visage aux angles saillants, la taille grande à l’allure svelte que lui permet d’entretenir une vie rude passée à parcourir inlassablement cette région hostile, d’une ville à une autre. Cet homme, c’est le capitaine Jefferson Kyle Kidd. Depuis qu’il a perdu sa femme, son imprimerie, et que ses filles ont quitté le foyer pour se marier, sa vie appartient aux chemins texans.

Le capitaine Kidd amène les nouvelles du monde dans les villes reculées, isolées, loin de la côte Est d’où viennent la plupart des journaux. De ville en ville, ici dans une galerie, là dans un théâtre, il extrait des articles de ses journaux pour la lecture à un public avide d’informations:

Il commença un article consacré à la guerre franco-prussienne. Il était question de Français raffinés, parfumés à l’eau de toilette, sévèrement fouettés à Wissembourg par d’énormes allemands blonds nourris à la saucisse. L’issue était prévisible. L’auditoire était captivé, tout ouïe. Des nouvelles de France! Personne ne connaissait quoi que ce soit à la guerre franco-prussienne, mais ils étaient tous fascinés par cette information qui avait traversé l’Atlantique pour venir jusqu’à eux, ici au nord du Texas, dans leur ville située au bord de la Red River en crue. Ils ignoraient par quel biais elle leur était arrivée, quelles contrées étranges elle avait traversées et qui l’avait transportée. Pourquoi.

Dans cette région menaçante, où le gouvernement fédéral est corrumpu, où les Indiens mènent avec violence des attaques contre les colons, où les Noirs viennent d’être affranchis, où les voleurs sont partout à craindre, voyager expose aux plus grands dangers. Mais avec pour seule richesse son cheval, son carton à dessin contenant ses précieux journaux et sa montre, le capitaine Kidd ne craint rien. Depuis l’âge de 16 ans, il en a vu d’autres –  trois guerres, ça vous fait un homme.

En ce mois de février 1890, après une lecture des nouvelles du monde pour 10 cents immuables par tête, le capitaine se voit confier une lourde mission en l’échange d’une pièce d’or de cinquante dollars: ramener chez elle, dans le Sud du Texas, une fillette de 10 ans, enlevée quatre ans plus tôt par les indiens Kiowas après le massacre de sa famille.

Attifée comme une indienne avec sa petite robe de daim ornée de dents d’élan, son collier de perles de verre et ses plumes dans les cheveux, la petite Johanna Leonberger est farouche et ne pense qu’à s’échapper pour rejoindre la tribu qui s’en est pourtant débarrassée contre des couvertures et de l’argenterie.

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L’amie des jours en feu

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L’amie des jours en feu est mon avant-dernière lecture dans le cadre du Grand Prix de L’Héroïne 2018 – promis je vous reparle très bientôt des romans sélectionnés! Ce roman italien a été sélectionné dans la catégorie Roman Etranger.

En ce printemps 1917, le Nord de l’Italie est à feu et à sang. Sur le front, dans un hôpital militaire de fortune, les infirmières volontaires de la Croix-Rouge s’activent à sauver ceux qu’elles peuvent, le plus souvent impuissantes face aux blessures qui transforment les hommes en charpie.

Maria Rosa, jeune fille issue de la haute bourgeoise napolitaine, sans expérience de soignante, a fui sa famille qui ne rêvait que de la marier au premier jeune homme de bonne famille venu. Eugenia, originaire du Nord de l’Italie, est arrivée pour exercer avec détermination sa vocation médicale. Entre elle deux, un fossé profond qui les oppose – les origines sociales et géographiques, le physique de la première grande, mince et blonde et celui de la seconde petite et brune, leur caractère et leurs ambitions. Maria Rosa est aussi maladroite et sensible à l’atrocité des blessures qu’Eugenia est habile et remplie de sang-froid.

Mais elles partagent la même chambre, et les réticences de d’Eugenia à l’égard de sa comparse  finissent par tomber. Réunies par le dur labeur quotidien des soins auxquels le plus souvent la mort vient mettre un terme, partageant la nuit les bombardements qui rendent leur vie aussi fragile que celle des soldats agonisant, l’amitié fait tomber les réticences d’Eugenia.

Dans l’intimité de la chambre, l’amitié se transforme en éveil à la sensualité, et bientôt en histoire d’amour. Une histoire d’amour impossible à vivre au grand jour, pourtant les jeunes femmes se promettent de s’aimer librement après la guerre, emplies de projets qui les portent: Maria Rose a découvert la photographie, tandis qu’Eugenia a décidé de devenir médecin.

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Maman, ne me laisse pas m’endormir

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Il est des livres qu’on ne devrait jamais devoir écrire.

Avec Maman, ne me laisse pas m’endormir, Juliette Boudre raconte la descente aux enfers de son fils Joseph, mort à 18 ans d’une overdose médicamenteuse.

Souhaitons que son témoignage permettra à de nombreux parents de prévenir leurs ados des dangers mortels qu’ils risquent avec l’addiction créée par ces substances prescrites sur ordonnance…

2015 – Depuis quelques années, Juliette Boudre se bat pour son fils aîné Joseph: à l’âge de 12 ans, l’adolescent a commencé à cumuler les renvois des établissements où il était scolarisé. Mauvais résultats scolaire, mauvaises fréquentations, comportement insolent – bien qu’il soit un adolescent intelligent, curieux et affectueux, Joseph ne trouve plus sa place dans le système éducatif, aussi ses parents finissent par prendre la lourde décision de le scolariser en Angleterre.

Mais un jour, suite à une crise d’angoisse après avoir fumé du cannabis, le médecin de l’établissement anglais lui prescrit un anxiolytique et c’est le début de la spirale infernale de l’addiction pour Joseph.

Je suis polarisée sur les drogues illicites et l’alcool, je n’ai pas encore conscience du danger des médicaments

A côté des ordonnances des médecins, que Joseph consulte régulièrement pour mieux dormir et  pour calmer ses angoisses, l’adolescent déploie toute son ingéniosité pour s’approvisionner,  vidant par-ci les armoires à pharmacie, trouvant par-là des dealers toujours disposés à lui vendre de précieuses molécules – car les boîtes prescrites officiellement ne lui suffisent plus.

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Indu Boy

 

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Quel autre destin que celui de la politique aurait pu embrasser la descente directe de la dynastie Nehru, qui côtoya dans sa prime enfance le Mahatma Ghandi et apprit très tôt à combattre pour l’indépendance de son pays?

Née en 1917 dans une famille brahmane athée, entourée de ses tantes qu’elle n’aime pas et de sa mère Kamala, tuberculeuse et ignorée par son mari, la petite Indira a trois ans lorsqu’elle s’engage dans le combat familial pour l’indépendance de l’Inde, en brûlant sa poupée anglaise aux yeux bleus. Son grand-père, Motial Nehru, a fait brûler tous les tissus, tous les vêtements: la famille ne devra désormais porter que du coton tissé en Inde.

Habillée en garçon, celle dont ses tantes disent qu’elle est « laide et bête » va se faire appeler à cinq ans se faire Indu Boy: elle a déjà compris qu’une fille ne serait jamais libre, alors qu’un garçon… Plus tard, après avoir coupé ses cheveux courts à la Jeanne d’Arc, elle crée son armée et une feuille de route pour défendre son pays, comme son père et son grand-père: ce sera l’armée des singes.

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La petite Indu grandit aussi avec l’idée de la prison, où les activités indépendantistes de la famille conduisent tour à tour ses parents et son grand-père, et où Indira elle aussi, plus tard… En attendant, Indira grandit, accompagne sa mère de sanatorium en sanatorium, découvre le monde. Lorsque la fragile Kamala meurt, elle laisse à sa fille son meilleur ami, Feroze Gandhi. Feroze est parsi, peu importe ce que le peuple en dit, même sans l’aimer Indira a trouvé en lui le père de ses futurs enfants. Elle l’épouse en 1942. Feroze la trompe, beaucoup – Indira a d’autres engagements auprès du peuple indien qui l’accaparent – ils divorceront.

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La petite fille sur la banquise

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C’est dans le cadre du Grand Prix de L’Héroïne 2018, où il est sélectionné dans la catégorie Roman Français, qu’il m’a été donné de lire La petite fille sur la banquise.

Un dimanche de mai, comme dans un conte, une petite fille de neuf ans, toute en candeur, joie et tâches de rousseur, a pour la première fois la permission de se rendre seule à l’école: elle a gagné à la kermesse, quelques heures plus tôt, un poisson rouge, et après maintes négociations familiales est autorisée à y retourner chercher de la nourriture pour son poisson. Sur le chemin du retour, la petite fille rencontre un homme, un homme qui, tel l’ogre du conte qui dévore les petites filles, va dévorer son innocence dans la cage d’escalier de son immeuble.

Pendant des années, sous la surface joyeuse qu’elle impose à son monde, les méduses invisibles s’immiscent, et piquent, sans prévenir. Ces méduses, elle saura un jour, longtemps après, les nommer: troubles psychotraumatiques. La petite fille a tout verrouillé, tout mis sous clé, oublié les mains de l’ogre, le sexe de l’ogre, oublié ce qu’au commissariat on a qualifié d’attouchements sexuels. En attendant, le travail de l’ogre continue son oeuvre et dévore Adélaïde, qui elle aussi dévore, de façon compulsive, sans que personne ne comprenne le désespoir qu’il y a derrière.

Plus elle est sombre et désespérée au tréfonds d’elle-même, plus elle est radieuse au-dehors. Un feu follet

Adélaïde veut devenir comédienne et intègre l’ESAD, où elle va prendre peu à peu conscience des blocages de son corps, de sa sexualité, et entamer des psychothérapies, un laborieux mais riche chemin. C’est en rejoignant une compagnie féministe qu’elle comprendra l’origine réelle de son traumatisme:

Ce qu’elle appelle depuis plus de vingt ans attouchement sexuel, ses doigts à lui en elle, ses doigts à lui retrouvés en elle quatre ans auparavant et chaque jour depuis, c’est un VIOL. Peut-être après tout n’est-elle pas si folle, peut-être y a-t-il une raison à sa souffrance? Quelqu’un lui a fait du mal, quelqu’un lui a fait ce mot-là. Et si la clé qu’elle cherche en vain depuis toutes ces années, toutes ces années à fouiller en vain, si la clé, c’était ce mot

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Bakhita

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A sa parution en septembre 2017, l’engouement pour Bakhita a été immédiatement très fort. Le roman de Véronique Olmi recevait alors le Prix du roman Fnac 2017. Peu de temps après, il était élu par la communauté des blogueurs pour la première édition du Grand Prix des Blogueurs.

Pour autant, Bakhita n’a pas réussi à rejoindre la liste de mes envies. Trop vu, trop commenté, trop mis en avant?

Lorsque j’ai reçu la sélection du Grand Prix de L’Héroïne 2018, pour lequel il est également sélectionné dans la catégorie Roman Français, il m’a bien fallu me résigner à le lire.

Et pourtant! A peine avais-je entamé les premières pages, que déjà, j’étais happée, conquise, moi si réticente au début, par l’histoire de cette jeune esclave, née au Darfour en 1869 et morte en Italie en 1947.

C’est par le biais d’un récit au présent que l’auteure a choisi de raconter l’histoire de Bakhita, pour faire ressentir au plus près, au plus juste, ce parcours inimaginable dans l’horreur de l’esclavagisme.

Peut-on concevoir qu’une petite fille de 7 ans soit arrachée à sa famille par des négriers musulmans, marche enchaînée pendant plusieurs semaines, subisse la violence la plus inhumaine, soit vendue et revendue à des maîtres comme une vulgaire marchandise, maîtres qui à leur tour lui feront subir les pires maltraitances pendant tout ce temps volé à l’enfance – et qu’elle trouve en elle un extraordinaire don de survie qui lui permette de dépasser la volonté des maîtres successifs de fracasser et mutiler son corps, d’annihiler toute son humanité, toute sa raison de vivre? Est-il possible de trouver en soi la ressource nécessaire quand on est réduit à rien, tellement rien qu’on ne mérite pas un vêtement pour couvrir le corps nu, tellement rien qu’on en a oublié sa langue maternelle et le prénom reçu à sa naissance?

Bakhita revoyait sa grand-mère qui pilait des herbes et soignait chacun, elle essayait de se souvenir mais ne se souvenait pas, c’était quoi ces herbes, qu’est-ce qui poussait chez elle, quel était le nom des fleurs, le nom des plantes? Elle ne le savait pas, mais l’avait-elle jamais su? Qu’avait-elle retenu de sa vie de petite fille? Que restait-il en elle d’une Dajou du Darfour? Depuis combien d’années était-elle esclave? Le temps passait sans repères, elle essayait de compter les fêtes d’Allah, les saisons des pluies, mais c’était embrouillé et décourageant le plus souvent.

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L’heure du bilan: avril

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Les chiffres:

Ah les vacances… Prendre son temps… avoir du temps pour LIRE… et faire enfin baisser (un peu) le niveau de la PAL…

Grâce à une semaine de vacances où le soleil normand s’est pris pour un gars du sud, j’ai savouré les lectures dehors, face à la mer. Résultat: 12 livres lus. Des gros touffus, des petits joufflus, toutes les tailles pour varier les plaisirs – lectures courtes, lectures plus longues, mais une série de coups de coeur pour un mois d’avril qui m’a fait toucher l’extase!

Les livres: 

Six coups de coeur: 

Qui dit mieux? Et six coups de coeur tous très différents dans leur genre

Deux romans étrangers qui m’ont fait voyager aux antipodes de la planète:

 

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Quelle n’est pas ma joie

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Georg, le mari d’Ellinor, vient de mourir. Après avoir vendu la maison dans laquelle ils ont vécu, malgré le mécontentement des fils de Georg, elle quitte cette banlieue huppée de Copenhague et retourne dans le quartier populaire de son enfance, Vesterbro.

A soixante-dix ans, Ellinor fait le bilan de sa vie en écrivant une lettre à sa meilleure amie, Anna, morte quarante ans plutôt dans une avalanche dans les Dolomites, aux côtés du mari d’Ellinor, Henning. Elle découvrira, à la mort de ces derniers, qu’Anna et Henning étaient amants.

Leur nouvelle situation maritale, veufs et de surcroît trompés sans pouvoir comprendre cette histoire, va rapprocher Ellinor de Georg, au fur et à mesure qu’elle l’aide à s’occuper de ses jumeaux orphelins.

Dans un long monologue, où elle s’adresse à cette amie qu’elle a continué à aimer malgré une trahison à laquelle elle cherche toujours des explications qui dédouanent Anna de toute trahison, Ellinor affronte les griefs de ses beaux-enfants, et revient sur ce qu’a été sa vie, cette vie auprès de Georg et de ses fils qu’elle a vécu à la place d’Anna.

Tout en se détachant de sa vie actuelle et de la famille qu’elle a su aimer, Ellinor déroule le fil d’une vie pas si transparente qu’elle n’y paraît, dévoilant le lourd secret de son origine, les reliefs de son couple avec Henning, ses interrogations sur la relation qu’il entretenait avec Anna, son rapprochement avec Georg, l’enfant qu’elle n’a pu donner à aucun de ses deux maris…

Un cheminement personnel vers l’apaisement, vers une autre vie qu’Ellinor l’effacée va choisir sans subir, pour une fois, les évènements qui ont toujours décidé pour elle

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Ta vie ou la mienne

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Ta vie ou la mienne… comment deviner en démarrant cette lecture l’ampleur du drame qui se cache derrière ce titre?

Hamed a treize ans lorsqu’il débarque de Sevran à Saint-Cloud – jeune, mais déjà bien amoché par la vie, désormais orphelin, son oncle et sa tante l’accueillent dans la douceur d’un cocon qu’il n’a jamais connue jusqu’à présent. Dans sa cité des Beaudottes, Hamed a appris à jouer au football. Avec sa stature, sa présence, sa façon aérienne de jouer au ballon, il se fait vite remarquer au club de Saint-Cloud. Il y rencontre François, un garçon de son âge. François est le souffre douleur de l’équipe, et encaisse les coups. Le jour où Hamed le défend, la vie change pour les deux garçons – François a maintenant un ami, et Hamed se voit offrir le soutien de Pierre, le père de François, un ancien joueur professionnel. Alors qu’il sont au lycée, les deux garçons rencontrent Léa, jeune fille de bonne famille, étrange et réservée, et en tombent amoureux. Léa, comme la plupart des filles du lycée, s’éprend du charismatique Hamed. Mais Hamed a des valeurs, un code d’honneur, et lorsque François se fait éconduire par Léa, il lui ferme également son coeur.

Il va donc à son tour rejeter la jeune fille, prétextant leurs différences sociales et culturelles insurmontables – mais peut-on vraiment lutter contre un amour de cette force?

Alors que la possibilité d’un avenir prometteur semble enfin s’offrir à lui à travers le football et avec l’amour de Léa auquel il a enfin accepté de s’ouvrir, le destin d’Hamed bascule une nuit, et le jeune homme est condamné à quatre ans de prison. Coupant les ponts avec tous, il est irrémédiablement emporté dans la spirale infernale de la délinquance, dans un univers carcéral corrompu, où la violence quotidienne qui règne vient à bout des meilleures âmes.

Peut-on survivre à la prison ?

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L’heure du bilan: mars

Que de retard! Nous sommes le 29 avril, donc pas encore trop tard pour vous livrer  mon bilan de mars…

Les chiffres:

Six romans pour ce mois des giboulées, et des lectures au diapason. Quelques belles découvertes, mais mars ne sera pas le mois de tous les coups de coeur. Un mois français (ou francophone) avec cinq roman en direct de l’hexagone et un américain (mais quel américain!)

Les livres:

Un choc:

Difficile de se remettre de cette rencontre avec Turtle, dans ce roman qui dérange, qui remue, qui donne la nausée. Mais voilà, My absolute darling est indéniablement un grand roman – même si je conseille aux âmes sensibles de s’abstenir

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Deux coups de poing:

Les indifférents, Les échoués, deux titres brefs, implacables, pour deux grandes histoires qui m’ont emportée comme deux déferlantes.

Une (fausse) polémique:

Un roman pas consensuel mais avec une dose de sensibilité et de séduction et de trouble

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Une farce:

A mi chemin entre L’écume des jours et En attendant Bojangles, Les déraisons d’Odile d’Oultremont, qui a entretemps reçu le Prix de la Closerie des Lilas

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Un roman Harlequin (ou tout comme)

J’admets, je suis un peu sévère peut-être, car s’il n’avait pas ses petits défauts (le style, l’écriture, et son sentimentalisme un peu cucul) Pays provisoire est très bien documenté, et même intéressant une fois qu’on a réussi à aller au-delà des défauts évoqués précédemment

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On se retrouve très vite maintenant pour le bilan d’Avril!

Le Lambeau

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Le 7 janvier 2015 vers 10H30, il n’y avait pas grand monde en France pour être Charlie. L’époque avait changé et nous n’y pouvions rien. Le journal n’avait plus d’importance que pour quelques fidèles, pour les islamistes et pour toutes sortes d’ennemis plus ou moins civilisés, allant des gamins de banlieue qui ne lisaient pas aux amis perpétuels des damnés de la terre, qui le qualifiaient volontiers de raciste

Le 7 janvier 2015, Philippe Lançon enfourche son vélo. Libé? Charlie? Il décide finalement de passer à Charlie. Je ne m’attarderai pas sur l’attentat, dont le journaliste reconstruit tant que possible, dans des lignes à la lecture éprouvante, le déroulement et la prise de conscience de la scène effroyable au milieu de laquelle il reprend conscience. Mais pensons plutôt à l’après:

comment passe-t-on de survivant à vivant?

Toute la question est là, l’essentiel est dans ces mots.

Philippe Lançon a choisi d’écrire, raconter, retracer l’avant, le pendant, l’après.

J’écris pour me souvenir de cela aussi, de tout ce que j’ai failli oublier, de tout ce que j’ai perdu, en sachant que je l’ai tout de même oublié ou perdu.

Mais comment raconter, du point de vue du lecteur, ce livre au souffle incroyable?

Non, ce livre ne se raconte pas, il se lit.

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Boom

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Après avoir publié récemment le roman Les Indifférents (pour retrouver la chronique c’est ici), Julien Dufresne-Lamy revient pour notre plus grand plaisir, et celui de nos ados avec un nouveau roman- car l’auteur fait ses premiers pas dans la littérature jeunesse avec Boom.

L’occasion de faire une lecture en famille, de discuter, non seulement de la gravité du sujet abordé, mais aussi de littérature.

Dans ce roman, l’auteur donne la parole à Etienne, qui a perdu son meilleur ami Timothée dans l’attentat du pont de Westminster à Londres.

Timothée, Etienne – Etienne, Timothée: deux lycéens, trois ans d’amitié à la vie à la mort, racontés dans un souffle.

Ou comment une amitié débute au rythme du cours de danse africaine de leurs deux mères, et s’épanouit jusqu’à les rendre inséparables.

L’amitié qui unit les deux garçons est aussi forte, soudaine et intense qu’un premier amour.

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Faire mouche

 

IMG_9836.JPGAprès les pavés qui se succèdent, quelle joie d’ouvrir un livre au texte court, un livre petit format, 126 pages, de la rigolade! Sauf que lorsqu’on le referme, elles pèsent bien lourd, les 126 pages de ce texte qui laisse exsangue.

Laurent revient au village de son enfance, après une longue absence. A Saint-Fourneau, près des montagnes, vivent encore dans le hameau sa mère, son oncle Roland et sa cousine Lucile. C’est d’ailleurs pour le mariage de cette dernière qu’il a fait ce déplacement qui lui coûte, accompagné de sa compagne enceinte, Constance – qu’il appelle Claire lorsqu’ils sont seuls. Dans une atmosphère qui très vite apparaît opprimante, renforcée par la chaleur écrasante de l’été, le narrateur nous fait parvenir un malaise diffus, en suspens, une histoire familiale compliquée qu’il a fuie, comme il a l’air de fuir le reste.

J’avais été, jusque là, un homme sans histoire. Peut-être parce que j’étais né dans un village isolé, au milieu de rien. Car c’était ça, Saint-Fourneau, un trou perdu. Y revenir m’a toujours paru compliqué. Il faut dire que ma mère, elle, y vivait encore

Une mère, qui, lorsqu’il était enfant, lui a fait boire (intentionnellement ou non, qui sait) de l’eau de Javel. Une mère, qui, à la mort suspecte de son mari, est allée vivre auprès de Roland, le frère de son défunt mari, veuf également. Une mère dont les premiers mots adressés au fils après sa longue absence contiennent toute la distance entre eux: « Tiens, un revenant, dit-elle »

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Madame de X

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J’attendais, sans savoir précisément quoi. J’attendais parce que je n’avais pas d’idées, parce que je n’avais pas la force nécessaire au changement. Je me réfugiais à l’ombre de la fatalité mais rêvais d’un destin

Je mets au défi quiconque de ne jamais avoir éprouvé ce que l’écrivain traduit avec ses mots, de façon à la fois si percutante, si simple et si juste.

Il est des livres lumineux, et qui peut-être, un jour, peuvent guider.

C’est en tous les cas ce que je crois de ce beau  roman de David von Grafenberg…

Anne a la jolie et douloureuse quarantaine – celle où elle devrait s’épanouir, aimer, et profiter de la vie. Mais après un divorce difficile, incomprise de son entourage, Anne survit dans l’isolement d’ un quotidien déprimant avec ses deux enfants, un petit boulot inintéressant et une maigre pension alimentaire. Et avec le constat amer, fermement ancré, que les choix qu’elle a faits ne tiennent pas tant du sacrifice que de la lâcheté. Avec son couple, Anne a tout perdu: sa famille, sa vie sociale, l’estime des autres, et surtout cette estime de soi qui met tous les obstacles sur son chemin pour se ré-approprier une vie de plénitude.

Mais parfois, quand on n’y croit plus vraiment, la vie vous fait des cadeaux, et Anne quitte bientôt la France pour L., une petite ville de Toscane, pour seconder le propriétaire d’une petite librairie française.

Accueillie à bras ouverts par tous, Anne ne tarde pas à se lier d’amitié avec Ale, une jeune fille italienne, étudiante et artiste, qui va se rendre rapidement indispensable, aussi bien en tant que « baby sitter » pour les enfants qui ont suivi, qu’en tant que confidente pour Anne.

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La quatrième dimension

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Si l’on m’avait demandé ce que m’évoque le Chili, j’aurais répondu: Amérique du Sud, Allende, Pinochet. Rien d’autre – je l’avoue, j’ai une connaissance quasi nulle de cette partie du monde.

Présenté lors de la rentrée littéraire de janvier chez Stock, ce titre a pourtant fait immédiatement tilt lorsque son éditrice et sa traductrice, l’écrivaine Anne Plantagenet, en ont parlé avec une passion convaincante.

Le titre rappelle la série télévisée éponyme: souvenez-vous des personnages de ces courts épisodes qui basculaient dans une faille spatio-temporelle dont ils ne reviendraient jamais…

En 1984, Nona Fernandez a treize ans lorsque le magazine Cauce publie sous le titre J’ai torturé, le témoignage d’un agent du renseignement des Forces Armées Chiliennes – Andrés Antonio Valenzuela Morales. Pour la jeune adolescente, les aveux glaçants d’enlèvement, de torture, et d’assassinats auxquels il a contribué sont une prise de conscience politique.

Des années plus tard, alors qu’elle travaille au scénario d’une série télévisée dont l’un des personnages est inspiré de cet homme, Nona Fernandez décide d’enquêter et d’écrire ce livre, un exercice littéraire et non journalistique, dans lequel elle va mêler aux faits son histoire personnelle,  son vécu et son imaginaire. S’attachant à découvrir qui était cet homme, ce qui l’a poussé à témoigner, jusqu’à devoir fuir pour protéger son témoignage, Nona Fernandez décortique les rouages d’une dictature criminelle et d’un régime de terreur, qui a fait disparaître des milliers d’opposants au régime de Pinochet – qui ne sera jamais condamné pour ces crimes.

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Les rêveurs

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Notre vie ressemblait à un rêve étrange et flou, parfois joyeux, ludique, toujours bordélique, qui ne tarderait pas à s’assombrir, mais bien un rêve, tant  la vérité et la réalité en était absente

D’Isabelle Carré, nous connaissons la carrière d’actrice, la blondeur presque candide associée à une certaine lumière qui cache une personnalité extrêmement discrète. Avec Les Rêveurs, elle se révèle par le biais de l’écriture.

Dans ce récit fragmenté, éminemment personnel, Isabelle Carré raconte sa famille « accidentelle », fruit d’une rencontre entre sa mère, jeune fille convenable d’une lignée aristocratique enceinte d’une rencontre éphémère, et son père, jeune artiste issu d’un milieu populaire. Entre la famille « fin de race » d’un côté et prolétaire de l’autre, les trois enfants de la famille Carré font souvent le grand écart, d’un côté le château et de l’autre la petite maison d’ouvriers. Mais dans l’appartement parisien rouge comme un cabaret, c’est une famille hors norme qui vit dans un univers décalé, au rythme des fantaisies d’un père designer et d’une mère vidée par sa tristesse. Car la famille « accidentelle » vole en éclat le jour où le père annonce à ses enfants son homosexualité et la vit librement, à une époque où il était de bon ton de taire « ces choses-là ». Dans l’insécurité affective qu’instaure cette situation familiale bancale mais assumée, les failles s’ouvrent et l’actrice porte son regard et ses souvenirs sur cette petite fille du milieu et sa difficulté d’être, ses envies de mourir, ses envies de réussir, une petite fille déjà lumineuse et superbement pugnace.

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L’aile des vierges

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Kent, 1946. Maggie Fuller entre au service des Lyon-Thorpe, dans le manoir ancestral de Shepherd House.

Maggie a 26 ans, et a perdu son mari Will au lendemain de la guerre. Petite fille d’une suffragette, fille d’une sage-femme féministe, Maggie avait d’autres ambitions que finir femme de chambre, mais les aléas de la vie ont stoppé son élan et ses rêves. Cultivée, émancipée, Maggie doit se couler dans le moule de la brigade des domestiques, travailler chaque jour au service de Pippa Lyon-Thorpe, subir ses sautes d’humeur et le soir, regagner au quatrième étage sa petite chambre de bonne dans la bien nommée Aile des vierges, qui abrite les domestiques du manoir. Mais Maggie ne saurait renier longtemps ses origines féministes, et se fait bientôt remarquer au sein du manoir en affirmant ses idées et en revendiquant des droits pour l’équipe des domestiques. Si Pippa Lyon-Thorpe surveille d’un oeil méfiant la jeune femme trop affirmée qui pourrait mettre à mal l’équilibre du manoir, son époux, John Lyon-Thorpe, la considère d’une manière beaucoup plus intéressée.

L’adultère semblait être un péché très relatif dans le cosmos des Lyon-Thorpe et consorts, la jalousie une bassesse terrestre et la notion même de couple impraticable

Brooklyn, 1950. Maggie a rejoint, l’Amérique, comme elle en rêvait et démarré une nouvelle vie dans un dispensaire où elle peut enfin mettre en pratique ses engagements. Mais si elle a laissé l’Angleterre derrière elle, les renoncements l’ont terriblement éprouvée et ont fait d’elle une autre femme. Habillée de sa nouvelle carapace et de son engagement atavique, Maggie va suivre un chemin inespéré vers la réussite… mais à quel prix?

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Les Déraisons

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Le jour où Adrien, missionné par son employeur Aquaplus, débarque chez Louise pour annoncer une coupure d’eau, sa petite vie monotone est emportée dans un joyeux tourbillon où la fantasque jeune femme mène la danse.

Artiste, elle redessine du bout des doigts une vie idéale, joyeuse, poétique et farfelue. Sert une compote en persuadant son invitée que c’est un marbré coco, colore ses dents de jaune, de rouge, de vert ou de bleu lorsqu’elle les brosse le matin, appelle son chien Le-Chat… Mais Louise se fatigue, Louise tousse, de plus en plus, et le jour où on lui diagnostique un cancer des poumons, comme un malheur n’arrive jamais seul, Adrien se fait rétrograder dans un placard au fond d’un couloir sans fin d’Aquaplus.

 

Les protocoles se succèdent, et les tumeurs de Louise, rebaptisées ses Honey Pops, continuent de grossir.

Malgré la peur et les questionnements infinis, Louise puisait force et résistance dans cette drôle d’expression, qui lui rappelait les petits déjeuners de son enfance, à la campagne, chez ses grands-parents. A la réflexion, elle aurait aussi bien pu les appeler Choco Pops, mais les médecins parlaient de tumeur au large diamètre, alors par souci de précision médicale, elle avait préféré Honey Pops.

Oublié de tous dans son no man’s land, Adrien va peu à peu déserter le bureau, pour se consacrer entièrement à guérir son épouse adorée. Faire rire Louise, prolonger la magie de leur folie. Peu importe, car personne ne remarque son absence pendant ces longs moins.

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Les échoués

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Ils sont trois, trois hommes qui n’auraient jamais dû se rencontrer si la misère ou la guerre ne leur avaient pas fait fuir leur pays.

Trois hommes, Virgil le Moldave, Assan le Somalien et Chanchal le Bangladais, échoués à Villeneuve-le-Roi, après des semaines à braver l’impensable pour rejoindre leur nouvelle terre promise. La vie les a réunis dans leur clandestinité – alors que chacun veille à sauver sa peau avant tout, Virgil a secouru Chanchal laissé pour mort au fond d’un trou, puis il a accueilli Assam et sa fille Iman, dans sa cachette en forêt. Chacun porte son histoire douloureuse, mais chacun porte aussi l’espoir d’un nouveau départ: préparer l’arrivée du reste de la famille en France, envoyer de l’argent au pays pour survivre, libérer une jeune fille de 17 ans de la couture ancestrale de son sexe.

Mais pour ces clandestins, qui pensaient pourtant avoir vécu le pire lors de la longue route de l’exil, survivre au jour le jour est une nouvelle épreuve hors norme. Protéger le maigre bien dont on dispose, se nourrir, dormir, et surtout trouver du travail sont des épreuves quotidiennes sans répit, où une violence sans nom règne, où toute dignité se perd, où l’homme souvent se voit réduit à une condition en-deçà même de la condition animale.

Réunis malgré eux, Virgil, Assan, Chanchal et Iman vont se soutenir pour survivre à l’enfer du quotidien, maltraités par leurs semblables, exploités par des hommes sans scrupule, sans humanité, pour qui aucun profit n’est trop petit – mais quelle est l’issue pour eux et leurs semblables, peut-il y avoir au bout de cet enfer une ouverture sur un espoir de liberté?

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My absolute darling

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Il y a une règle, pense-t-elle, une règle que la vie t’a enseignée, que Martin t’a enseignée, cette règle c’est que toutes les petites moules aux cuisses humides comme toi ont ce qu’elles méritent

Qu’est-ce qu’on peut savoir de la vie, à quatorze ans, quand on vit seule avec son père dans une maison délabrée sur une colline isolée?

Qu’est-ce qu’on peut savoir de l’amour, à quatorze ans, quand la personne qui vous aime le plus, votre père, est aussi celle qui vous fait le plus de mal?

Dans une vieille maison en bardeaux de bois infiltrée par le sumac, les rosiers sauvages et par les balles tirées à bout portant, en haut d’une colline qui domine la côte sauvage du nord de la Californie, Turtle vit seule avec son père.

Depuis que la mère de Turtle est morte, lorsqu’elle était petite, Martin a déployé tout son amour sur sa fille, mais aussi sa toute puissance et sa folie dévastatrice. En rupture complète avec la société, Martin se prépare à la fin du monde, qu’il croit proche, et entraîne Turtle, telle une guerrière, à se battre pour survivre, dans leur maison remplie d’armes à feu. A quatorze ans, Turtle est rompue à l’utilisation des différents calibres, monte et démonte méthodiquement son arme préférée qui la quitte rarement. Dans cette vie en autarcie, Martin coupe Turtle de ce monde qu’il juge malveillant.

Mais tous les matins, dans un rythme immuable, père et fille se retrouvent dans la cuisine, Turtle gobe un oeuf cru attrapé dans le frigo, lance une bière à Martin en guise de petit déjeuner, puis le père accompagne sa fille au bout de l’allée jusqu’à l’arrêt de bus pour le collège, où elle lui dit comme chaque matin « tu n’es pas obligé de m’accompagner tu sais ».

La vie de Martin et Turtle est faite de rites improbables qui débordent du cadre de la normalité. Martin fait osciller la vie de sa fille entre amour infini et violence insoutenable, Martin aime de façon aussi folle qu’il maltraite, Martin est un monstre qui fait endosser tous les rôles à sa Turtle, fille, femme, amante, assouvissant ses pulsions sexuelles

Comment savoir, à quatorze ans, ce qui est bien ou mal, si l’amour fou de ce père est normal, comment comprendre qu’on n’est pas responsable de cette ambiguïté, qui parfois même donne un plaisir coupable, comment savoir que cette chose qui vous domine s’appelle l’emprise?

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Pays provisoire

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Un titre qui évoque l’exil, la précarité de la vie, la douleur des guerres.

Nous sommes en 1917, Amélie Servoz est une jeune française qui vit à Saint-Petersbourg, capitale de l’Empire russe, ville du Tsar, de la culture, du raffinement, où elle est arrivée en 1910 pour reprendre la boutique de mode d’une cousine expatriée.

Jeune femme résolument moderne, indépendante et émancipée, ces années en Russie lui permettent de développer ses talents de modiste. Eloignée de la guerre qui sévit depuis plusieurs années en France, sa vie comme celle de centaines de milliers de petersbourgeois bascule en février 1917, lorsqu’éclate la Révolution russe. Face à la terreur de plus en plus intense que font régner les Bolcheviks, Amélie décide de quitter son pays d’adoption pour regagner Paris. Accompagnée d’une autre expatriée française, Amélie est loin d’imaginer le parcours que sera son retour en France, alors que toutes les voies de communication dans cette Europe en guerre sont coupées. De son départ en train pour la Finlande puis vers la Suède, pour pouvoir enfin prendre un premier bateau à destination de l’Angleterre, nous suivrons le parcours d’Amélie, qui fut celui de nombreux candidats à l’exil, pour regagner Paris.

Ce premier roman de Fanny Tonnelier évoque la première guerre mondiale sous un prisme méconnu, celui de la Russie des Tsars et de la magnificence de Saint-Petersbourg. C’est en fouillant dans les archives de l’ancienne capitale russe que Fanny Tonnelier a découvert l’existence de toutes ces jeunes françaises qui vivaient à Saint-Petersbourg, pour la plupart employée en tant qu’institutrices par de riches familles de la grande bourgeoisie ou de l’aristocratie. On saisit à travers ce récit toute la beauté de la ville, son importance politique et intellectuelle et la fascination qu’elle pouvait exercer sur l’Europe toute entière. Ceci est accentué par le métier de modiste d’Amélie, dont l’auteure fait une description fouillée, technique et passionnante. On se prend à rêver à ces sublimes silhouettes aux têtes chapeautées de capelines drapées, qui n’ont pas été sans m’évoquer la série de Nina Campanez, Les dames de la côte.

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Play boy

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A quatre ans j’étais homosexuelle. Je le savais très bien et mes parents aussi. Après c’est un peu passé. Aujourd’hui ça revient. C’est aussi simple que ça.

C’est un roman. On hésite. Roman? Autobiographie? L’auteure s’en défend un peu. Constance Debré, avocate, quadragénaire, a plaqué son mari, se détache de son métier, de sa vie qui l’ennuie, et décide de vivre en plein jour son homosexualité.

Le lecteur la suit dans sa nouvelle vie de lesbienne en devenir qui s’assume, cherchant à découvrir dans les bras d’autres femmes comment ça fonctionne, ces amours-là. Comment on s’y prend pour embrasser, pour prendre une femme dans ses bras, pour faire naître le désir, pour baiser. Baiser, oui. C’est choc, c’est trash, c’est délibérément provoc. Constance Debré parle comme un mec. Pas comme un homme, non, comme un mec qui a gommé la femme qu’il a été, qui a jeté les robes, les sacs, les chaussures.

Pour le cul j’essayais de me projeter. J’essayer de me branler en pensant à elle

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Les Indifférents

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Mon premier été avec les Indifférents, j’y repenserai toujours. Indélébile sur ma peau. Gravé sur les lèvres et le bout des doigts. Un été de glaux à boutons jaunes, de couleurs qui pètent les yeux et de souvenirs tous les jours. Un été de genoux écorchés, de cloques et de coups de soleil, de chairs de poule et de frissons qui disent la terre, la mer et le vent.

Ils sont quatre, aux airs des quatre fantastiques, quatre adolescents à la vie privilégiée qui écument le Bassin d’Arcachon. Ils sont quatre, deux garçons, deux filles, dans la jeunesse dorée de la région,Théo, Léonard, Daisy – et Justine, la nouvelle. Justine, débarquée d’Alsace avec sa mère qui rejoint l’équipe de Paul Castillon, entrepreneur riche et véreux du bassin, père du charismatique Théo. Justine, elle, ne connaît rien des codes de la bourgeoisie et du Bassin, mais sous la protection de Théo, elle va intégrer la bande des Indifférents. Qu’il est doux d’être insouciant dans l’exaltation adolescente qui partage son temps entre les plages et les bancs du lycée, les fêtes, l’alcool facile et les substances illicites. Qu’il est fascinant d’être un Indifférent, respecté de tous en les tenant à distance, qu’il est facile de faire partie de cette jeunesse à qui tout réussit, cette jeunesse séduisante aux mèches blondies par le soleil et par le sel. Une jeunesse sur le fil du rasoir, si vulnérable et si cruelle quand se profile la mise en danger du groupe qui les mènera un matin vers le drame. Qui sont-ils, ces Indifférents? Quels secrets cachent-ils, quels secrets abrite l’indifférence de leurs parents?

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L’heure du bilan: février

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Les chiffres:

Le mois de février n’a que 28 jours… mais il comptait des vacances également!

Ce sont donc sept livres au compteur ce mois-ci, quatre écrits par des auteurs femmes et trois par des auteurs hommes. Avec sept livres, la parité n’était pas envisageable ce mois-ci! Parmi ces sept livres, cocorico! quatre sont français, deux américains, et un sud africain.

Les livres:

Deux premiers romans:

Fugitive parce que reine, un premier roman magistral pour Violaine Huisman avec un sujet qui aurait pu paraître redondant en cette rentrée littéraire: la relation de l’enfant à la mère. Dans ce récit autobiographique sans concession, elle a su passer au travers des différents écueils sans pathos mais avec une écriture juste et limpide.

Drôle de surprise que L’homme de Grand Soleil, lu dans le cadre des 68 premières fois. Je me suis bien laissée embarquer dans cette histoire inattendue qui ressuscite l’homme de Neandertal. Un roman fouillé, intelligent, amusant, bien que le style ne m’ait pas entièrement conquise.

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L’homme de Grand Soleil

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C’est parti pour les 68 premières fois. Découvrir un livre qu’on n’a pas choisi, sortir de sa zone de confort, laisser tomber d’éventuels préjugés…

J’étais heureuse de recevoir ce roman, dont je n’avais pourtant absolument pas entendu parler – que je ne vous mente pas! Mais à me balader sur le site de ma copine québécoise Marie-Claude, l’envie de lire québécois me titillait…

J’avais un peu vite lu la quatrième de couverture: le roman se passe bien au Québec, mais son protagoniste est français (je l’avoue, j’ai eu une légère déception lorsque j’ai compris cela… mon « vrai » roman québécois serait partie remise).

Jacques Leboucher est médecin – il le concède, son nom peut faire fuir les patients! La cinquantaine, il s’est expatrié au Québec il y a de nombreuses années, et après un parcours du combattant pour faire valoir son diplôme, il a enfin eu l’autorisation d’exercer son métier. En contrepartie, il a dû s’engager comme médecin itinérant, qui une fois par mois rejoint après un long périple le Québec arctique pour soigner les habitants de Grand Soleil. Quel joli nom pour cette bourgade isolée de quelques dizaines âmes, où les températures descendent bien en-dessous des moins cinquante degrés et où l’on sort au péril de sa vie.

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Les guerres de mon père

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Une fille trop aimée peut-elle s’affranchir de l’amour de son père?

Gilbert Schneck, le père de Colombe Schneck, est parti depuis presque trente ans.

Depuis sa mort, l’écrivaine n’a jamais cessé de le chercher, de l’attendre. Jusqu’au moment où elle s’est posée pour essayer de le comprendre, comprendre ce que sa bienveillance, son regard doux, sa manière d’aimer les femmes, d’aimer ses enfants, sa façon de faire face à la vie en ne voulant voir que les belles choses, sans parler des choses qui fâchent – et surtout, chose essentielle, ne laisser que des bons souvenirs, pouvaient dire tout ce qu’il savait si bien taire.

Une double quête pour Colombe Schneck: reconstruire l’histoire familiale en défiant une généalogie en pointillés, et apprendre à s’émanciper de cet amour trop fort pour accepter d’être aimée par un autre homme.

Patiemment, mais avec entêtement, elle va interroger, consigner, enquêter. Interroger sa famille, les maîtresses de son père, consulter les archives départementales, nationales. Qui était Gilbert, enfant juif né de l’exil de deux parents venus de pays qui n’existent plus, caché pendant la guerre à Périgueux, enfant qui a survécu aux rafles et à la mort, adolescent blessé par l’assassinat honteux de son père, jeune homme meurtri par les horreurs de la guerre d’Algérie?

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Ceux d’ici

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Ne vous fiez pas au charme contemplatif de la couverture si « Nouvelle-Angleterre » du roman…

Lorsqu’il revient de New York après le 11 septembre 2001, Mark Firth est accueilli en héros dans sa petite ville du Massachusetts. Mais Mark n’a rien d’un héros, tout juste est-il un petit entrepreneur de la middle class qui s’est fait arnaquer par un investisseur véreux, raison pour laquelle il était secrètement à New York ce jour-là pour un rendez-vous dans un cabinet d’avocats.

C’était une petite ville, et malgré cette conviction yankee que chacun menait une existence indépendante, tout le monde s’occupait tout le temps des affaires des autres.

Dans la petite ville de Howland, Massachusetts, chacun semble donc mener une petite vie tranquille, sans grandes aspirations. Mais cet après 11 septembre, une fois les moments de solidarité passés, va voir naître beaucoup de rancoeurs au sein de la communauté. Mark Firth ne va pas y échapper, alors que sa petite société subit de surcroît les affres économiques de la région.

Lorsque Philipp Hadi, un riche new-yorkais, vient s’installer à Howland avec sa famille pour échapper au danger d’une récidive potentielle d’attentat à NYC, de nouvelles perspectives s’ouvrent.  D’abord pour Mark, à qui il offre du travail et surtout l’espoir de s’élever. Et surtout pour toute la communauté, dont il va bientôt devenir le Premier Elu. En prenant la tête de la ville, Hadi va d’abord éliminer beaucoup de problèmes qui pourrissaient la vie de ses concitoyens et le bon fonctionnement de la communauté en supprimant les taxes et en payant de sa poche de nombreux investissements. Mais il va surtout cristalliser les nombreux problèmes qui couvaient, en instaurant un despotisme qui, faisant fi des processus démocratiques, va peu à peu détruire la cohésion fragile de la petite ville.

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« Tu skies pas???? »- non, je lis

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crédit photo @monmariquiskie

Tous les ans, c’est la même rengaine: « Tu vas à la montagne et tu ne skies pas??? »

Je l’avoue, je n’en menais pas large, les premières années. Je rasais un peu les murs et me justifiais toujours.

Mais je l’ai compris très vite, le ski n’était absolument pas (plus?) compatible avec mon caractère.

Je suis montée trop tard sur des skis – à l’heure, souvent, où d’autres s’arrêtent, après la mauvaise chute qui te coûte tes ligaments croisés. J’étais tétanisée, la neige verglacée, la descente, les autres martiens du cours collectif adultes de l’ESF, le prof vieillissant digne d’une caricature des bronzés font du ski. Bref, j’ai tout détesté. Tout de suite.

Et pourtant, quand je vois mes enfants skier avec autant de naturel, il m’arrive de les envier. Il m’arrive de m’en vouloir aussi, de ne pas pouvoir les accompagner sur les pistes.

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Midwinter

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Landyn Midwinter et son fils Vale habitent une ferme sur les terres du Suffolk, terres éprouvées par de rudes conditions climatiques qui trop souvent ont mis à mal les récoltes de la famille.

Dix ans plus tôt, alors qu’il ne voulait pas céder ses terres à la culture pour de plus grands que lui, ruiné, Landyn est parti avec femme et enfant en Zambie, recommencer une autre vie, dans une autre ferme. Mais un drame s’est joué, Landyn et Vale sont rentrés veuf et orphelin, blessés à jamais et envahis par les non-dits qu’il y a entre eux, insurmontables.

A la faveur d’une période où Vale se questionne à nouveau sur la mort terrible de sa mère, l’impossibilité d’un dialogue entre le jeune homme de vingt ans et son père vieillissant se cristallise, chargée par le poids de la culpabilité et par l’absence de la femme chérie et de la mère tendrement aimée.

Moi j’étais tout le temps en colère, mais lui avait surtout l’air d’un animal débile qui attend sur la route qu’on l’écrase en croyant que ça va lui épargner la douleur de vivre

Enfoncé dans un ressentiment profond, alors qu’il doit en plus affronter sa propre culpabilité dans l’accident en mer qui vient de blesser grièvement son meilleur ami et frère de coeur Tom, Vale est un jeune homme perdu, mal dans sa peau, et de plus en plus désespéré.

Landyn, dans sa solitude, se raccroche à la terre pour laquelle il a tant sacrifié, et se réfugie dans son amour des bêtes – notamment celui d’une magnifique renarde qui rôde tout près, et qu’il considère comme l’esprit de sa femme qui continue à veiller sur lui et son fils…

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LaRose

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Nous sommes en 1999. Alors que s’ouvre la chasse au cerf dans cette réserve indienne du Dakota du Nord, Landreaux Iron s’arme de son fusil pour honorer la tradition. Mais le cerf qu’il voulait abattre s’échappe, et c’est Dusty, le fils de ses voisins et amis qui s’effondre. Comment rendre cet enfant de cinq ans à ses parents inconsolables? Une décision, commandée par une tradition ancestrale ojibwé s’impose à Landreaux: il offrira son fils LaRose à Peter et Nola Ravich, les parents de Dusty.

Je donnerais ma vie pour te rendre Dusty, assura-t-il. LaRose est ma vie. J’ai fait du mieux que j’ai pu

Et ce en dépit de son chagrin immense, de celui qu’il inflige à sa femme Emmaline, à ses quatre autres enfants, et surtout à ce petit LaRose de cinq ans qui ne comprend pas pourquoi comment il va pouvoir remplacer son ami Dusty dans cette nouvelle famille.

Mais LaRose est un enfant spécial, cinquième du nom depuis plus d’un siècle.

Jusqu’à la naissance du petit dernier, ils s’étaient refusés à appeler un de leurs enfants LaRose. C’était un prénom à la fois simple et puissant, qui avait appartenu aux guérisseurs de la famille. Ils avaient résolu de ne pas l’employer, mais c’était comme si LaRose était venu au monde avec

A travers cette histoire, qui interroge la culpabilité et son fardeau, la justice, la possibilité de la rédemption, c’est la culture de toute une nation amérindienne que l’auteure relate à travers les personnages fondateurs de cette dynastie des LaRose: depuis Mirage, petite fille ojibwé dont la mère Vison sera tuée par son maître et qui à son tour assassinera ce monstre qui la hantera toute sa vie mais lui permettra aussi de prendre conscience de ce pouvoir de se déplacer entre les mondes visible et invisible, qu’elle transmettra aux autres LaRose, ses descendants – jusqu’au petit dernier, sacrifié et en même temps sauveur.

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Fugitive parce que reine

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« Maman était mon héroïne, un point c’est tout »

Alors qu’elle assiste du haut de ses dix ans à la chute du mur de Berlin, c’est une autre chute qui se superpose à l’actualité pour la jeune narratrice: celle de sa mère, internée en hôpital psychiatrique, aussi soudainement que brutalement. Une mère maniaco-dépressive, qui rendra l’enfance de Violaine et sa soeur Elsa terriblement chaotique, bringuebalées à travers les hauts et les bas de sa folie.

nous avions eu une expression consacrée, une expression que nous lui avions consacrée, ma soeur et moi: maman chérie que j’aime à la folie pour toute la vie – et pour l’éternité du monde entier

Comme par magie, la petite phrase des deux filles retourne les situations, celles où la mère perd pied, s’emporte, insulte tout le monde et traite ses filles de petite salopes, une grande bourgeoise en tailleurs Saint-Laurent, dont la gouaille aux origines populaires revient au galop si naturellement. Une mère amoureuse d’un drôle de père qui collectionne les aventures et incite sa femme à en faire autant, une mère qui exhibe sa sexualité décomplexée, une mère qui danse avec ses filles en plein milieu du salon malgré sa patte folle, une mère démocratique qui invite le tout Paris sur son canapé, des clochards du quartier aux élites intellectuelles dont elle sera souvent la risée, une mère qui déteste sa propre mère (et vice versa) – bref, une mère excessive en tout.

Alors les petites filles n’ont qu’une mission: aimer cette maman, par-dessus tout, en étant les meilleures possibles.

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Les Orphée

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D’Eric Metzger, nous connaissons surtout les pitreries télévisuelles – clown de la parodie et du croquignolesque. Et si c’était le vrai Eric Metzger qui se dévoilait ici, laissant tomber le masque de l’auguste?

Pourtant, Les Orphée commence comme une farce : imaginons plutôt Louis, un trentenaire parisien, célibataire. Lors d’une promenade dominicale, il déniche chez un brocanteur de la rue de Bretagne (oui, Louis est un type un peu bobo de l’Est parisien) un téléphone vintage marron, à cadran – en parfait état de marche, lui assure le vendeur. Effectivement, aussi surprenant soit-il, une tonalité se fait entendre lorsque Louis le branche, de retour chez lui. Sauf que, rapidement, de façon inattendue, Louis remarque que ce téléphone a le pouvoir de le faire entrer en communication avec son passé – cette découverte, inouïe, à laquelle son entourage ne porte aucun crédit, bouscule bientôt les journées de Louis. Car, à travers ce téléphone, il peut entrer en contact avec son père, qu’il a perdu vingt ans plus tôt. Et s’il avait le pouvoir de changer le cours des choses et empêcher la mort de son père?

La nuit, Orphée est un jeune homme qui arpente les soirées parisiennes – Souvenez-vous d’Orphée le musicien qui du son de sa lyre endort tout autour de lui, jusqu’à triompher des sirènes lors du voyage des Argonautes, Orphée qui ira rechercher aux enfers sa douce Eurydice tuée d’une morsure de serpent et à peine sauvée, ne pourra résister à se retourner pour voir si elle le suit, la perdant à jamais… Notre Orphée 2.0, lui, navigue dans la nuit, cercle après cercle, accompagné de Virgile le poète, pour mieux plonger dans les enfers à la recherche d’une Eurydice providentielle. Où est-elle, cette jeune femme qu’il ne connaît pas encore mais recherche désespérément, dans ces soirées  embrumées de vapeurs d’alcool? Lequel d’Orphée ou d’Eurydice doit sauver l’autre?

L’alcool rend colérique, ce sont toujours les mêmes qui titubent à la recherche d’un combat qu’ils perdront de toute façon. Mais ça, ils ne le comprendront que le lendemain, l’oeil beurré, la lèvre gonflée et la honte qui les glacera jusqu’au bout des pieds. Avant, comme eux, Orphée se bagarrait. Il n’était pas encore Orphée d’ailleurs, pas même un Argonaute, juste une mouche du coche. Maintenant qu’il s’appelle Orphée, il ne se bat plus contre les autres. Orphée ne s’abaisse pas à ça! Orphée préfère s’attaquer à lui même, il y a plus de panache à le faire!

 

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Pas facile d’explorer le thème de la machine à remonter le temps – l’histoire n’est pas nouvelle, elle a fait les beaux jours d’un cinéma qui remplissait les premières parties de soirée ou d’un genre littéraire aux pages qui ont bien jauni, mais Eric Metzger a l’heur de lui apporter le renouveau de son oeil trentenaire et de nous prendre au jeu de son histoire, pas dénuée d’émotion dans cette quête désespérée de faire revenir un père trop vite parti.

Mais il remonte l’histoire plus loin encore en revisitant la mythologie grecque (convoquant au détour dans le grand bal des nuits blanches et alcoolisées les Hadès, Cerbère, Charon et autres Erinyes des temps moderne – et qu’est-ce qu’il s’y prend bien!) dépoussiérant chemin faisant le mythe d’Orphée. Il fallait oser quand même, car qui la mythologie intéresse-t-elle encore en dehors des nostalgiques des cours de grec ancien? Oui, Orphée peut aussi être un anti-héros moderne désabusé, mais également romantique, à la recherche de son Eurydice, son idéal féminin absolu. Le plus délicieux étant, sans rien vous dévoiler, la réinterprétation libre des intentions d’Orphée, qui peut-être n’a fait que sauver Eurydice (et lui-même au passage!) le jour où il s’est retourné sur elle dans les Enfers, la perdant à jamais…

Les Orphée est un roman qui m’a agréablement surprise, entremêlant habilement les histoires de Louis, animal diurne, et Orphée, animal nocturne, jusqu’à la fatalité.

Vous l’aurez deviné, il n’est pas question d’humour ici (ce qui m’arrange, car l’humour, ce n’est pas la première chose que je recherche en littérature). Le clown  (Eric la figure publique d’une émission télévisée qu’on ne nomme plus) a laissé tomber le masque, et nous offre sa part sombre dans un conte cruel, où à force de courir après des chimères, c’est la folie qui rattrape le héros.

Bien sûr, Eric Metzger ne peut s’empêcher d’être drôle, dans son rôle, mais on a surtout le sentiment d’une vraie mise à nu dans ce roman. Derrière son humour, il cache une pudeur qui lui sied vraiment bien.

Titre: Les Orphée

Auteur: Eric Metzger

Editeur: Gallimard (collection L’Arpenteur)

Parution: 8 février 2018

 

L’heure du bilan: janvier

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Un mois de janvier 2018 placé sous le signe de la rentrée littéraire !

Les chiffres:

Janvier 2018, ce sont d’abord huit livres lus, exclusivement français, exclusivement issus de la rentrée littéraire.

Ce mois de janvier a également été l’occasion d’assister à deux beaux évènements littéraires…

Les Livres:

Un ovni littéraire:

Eparse, de Lisa Balavoine. Inventaire à la Prévert, fragments de vie (faussement) décousus mais habillés d’un joli grain de folie. J’ai lu ce livre très vite, avec le sentiment, comme beaucoup de lectrices, de m’y retrouver parfois – ou souvent. Bizarrement, j’ai été incapable d’écrire une chronique dessus – trop épars. Mais reste le souvenir d’un bon moment de lecture

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Un flop:

Je n’ai vraiment pas aimé Chanson de la ville silencieuse, le dernier Olivier Adam, trop caricatural à mon goût (Adam dans la peau d’une fille, je n’ai pas réussi à y croire une seconde, et cette caricature de chanteur : non). La dépression chronique de l’écriture m’aura achevée

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Une vie minuscule (ou Un dieu dans la poitrine)

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Une vie minuscule fait partie de ces livres qui vous chavirent, et qui vous donnent très fort envie de croire qu’au bout de tout chemin chaotique, il y a l’espoir.

Dans ce premier roman, qu’on suppose très largement autobiographique, le comédien Philippe Krhajac nous raconte l’histoire de Phérial, petit orphelin maltraité qui va rejoindre un orphelinat pour enfants en régression affective et sociale. Du haut de ses quatre ans, Phérial a déjà subi la violence des familles d’accueil et connaîtra le long parcours, en ces années 1970-80, des enfants de l’assistance publique. Phérial, petit garçon abandonné, adolescent trimballé de famille d’accueil en famille d’accueil, qui cherche désespérément l’amour.

Mais comment se construire quand tout ce qu’on connaît n’a pas grand chose à voir avec, et que l’on doit apprendre à composer avec la violence, avec l’abus sexuel, avec les familles d’accueil sans amour, et qu’au fond de soi on a qu’une attente, l’amour d’une maman?

Assez des mamans sans mains, sans coeur, et des papas en paille

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Les bouées jaunes

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C’était il y a un peu plus d’une semaine, au musée Gustave Moreau.

Les éditions Stock organisaient une présentation de la rentrée littéraire de janvier. Les écrivains défilaient chacun leur tour, pour nous parler de leur livre.

Serge Toubiana est arrivé à pas lents, humble, avec une hésitation légèrement perceptible. Un homme distingué, à l’élégance simple et naturelle, face à un auditoire en attente et déjà bienveillant. Car nous savions que le livre dont il venait nous parler était une plaie vive, le réceptacle d’un immense chagrin. Et malgré cette peine immense, qui nous a tous bouleversés, à travers ses larmes pudiques, il a dit cette chose à la fois simple et forte : « j’ai écrit ce livre pour moi, mais maintenant il appartient aux lecteurs », avec une sorte de gêne à dévoiler ces pages intimes.

Car il est bien question d’intime ici, et d’amour – surtout d’amour. D’un amour profond, inaltérable. « Parler de l’amour, c’est quelque chose d’important » a-t-il continué. Et nous n’attendions que cela, qu’il nous parle de l’amour.

« L’écriture a fait renaître Emmanuelle telle qu’elle était, jeune, intrépide, guerrière, séduisante »

Le 10 mai 2017, Emmanuèle Bernheim, romancière et compagne de Serge Toubiana, mourrait après un long combat contre la maladie. Vingt-huit ans de vie commune ont rendu ces deux êtres inséparables. Comment faire face au chagrin, démuni de l’amour de sa vie? Raconter. Ecrire.

Ecrire pour être à ses côtés et prolonger le bonheur d’avoir vécu auprès d’elle. Ecrire pour combler le vide, l’absence. Pour raconter le film de sa vie. Et faire en sorte qu’il ne soit jamais interrompu.

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L’enfant perdue

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Un an! Un an que j’attendais ce moment, que je traquais la date de sortie!

Le 18 janvier, L’enfant Perdue a donc rejoint ma PAL… pour en être délogée aussitôt! Je l’avais suffisamment attendue.

Si vous n’avez pas lu le troisième épisode de la tétralogie, alors vous lirez les prochaines lignes à vos risques et périls!

Souvenez-vous: dans Celle qui fuit et celle qui reste, nous sommes dans les années 70, Lila fait partie des précurseurs de l’informatique en Italie et elle crée avec son compagnon Enzo une société dédiée aux ordinateurs. Lenu est mariée à Pietro et a emménagé avec son professeur de mari à Florence, jusqu’au jour où sa relative félicité familiale est chamboulée par la réapparition du ténébreux Nino, son amour de toujours.

Lenu, souvent prudente, parfois énervante dans le précédent épisode, va se révéler ici à elle-même, assumant sa passion dévorante pour Nino en quittant avec pertes et fracas son mari, et en laissant derrière elle ses deux filles – elle y pensera plus tard, toute entière à sa relation passionnée et à sa carrière, et va voir sa notoriété d’écrivaine s’établir rapidement. Revenue vivre à Naples, Lenu évite Lila. Elle a réussi à se détacher de son emprise. Pour un temps seulement, car bientôt les deux amies se retrouvent dans leur fusion originelle – comme si elles avaient pressenti le besoin de se rapprocher pour affronter ensemble les épreuves et les deuils de cette nouvelle période.

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La désertion

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Amis lecteurs qui aimez sortir de votre zone de confort, ce livre est fait pour vous.

La désertion raconte l’histoire, par fragments, d’Eva Silber, une jeune femme en marge qui disparaît du jour au lendemain.

Eva est expert-codeur nosologue à La Force, ancien bâtiment des Hôpitaux de Paris.

Dans la routine de ses journées, elle code les certificats de décès pour alimenter la Statistique, la Politique de Prévention et alerter, au besoin, les Pouvoirs Publics. Eva est une petite main, un rouage, avec un rôle majeur si on en croit son Directeur, Franck Bourgoin. Eva collecte les informations, doit déterminer les causes précises d’un décès qui permettront à la Statistique d’être la plus exacte possible, l’amenant parfois à investiguer plus étroitement sur certains cas de décès.

Le jour où Eva disparaît sans prévenir, chacun s’interroge. Qui est-elle, cette jeune femme que personne ne connaissait vraiment, qui n’avait aucun contact avec ses collègues sauf Marie-Claude avec qui elle s’est un temps liée d’amitié, et qui semble n’avoir personne d’autre dans sa vie que Paul, un homme en marge comme elle, avec qui elle a entamé une étrange relation?

C’est du point de vue de chacun que ces questionnements vont se faire: Franck Bourgoin, le supérieur hiérarchique manipulateur, maniaque et malsain, qui espionne ses subalternes à ses heures perdues, monte des dossiers sur chacun et semble avoir eu sur Eva une emprise qui s’apparente au harcèlement? Marie-Claude, la collègue et amie qui s’est détachée d’Eva lorsque celle-ci a commencé à avoir un comportement étrange et de plus en plus inadapté. Et Paul, l’amant à la fragilité psychique qui interroge, investi dans cette relation étrange car persuadé d’être entré « en collision » avec Eva. Chacun pense avoir sa propre explication sur la disparition inexpliquée d’Eva.

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Les loyautés

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Hélène, Théo, Cécile, Mathis – c’est à travers les yeux de ces quatre personnages que Delphine de Vigan fait vivre l’histoire de son nouveau roman, un roman sombre comme elle sait les écrire.

Théo est un adolescent qui pourrait se perdre dans la masse de tous les adolescents de classe de cinquième, silencieux, discret, si ses yeux rouges, sa fatigue, son air absent n’avaient pas interpellé Hélène, sa prof de SVT.

Persuadée qu’il est maltraité, celle qui a été elle-même victime de violence lorsqu’elle était enfant, entreprend sans succès tout ce qui est en et hors de son pouvoir afin d’essayer de l’aider. Sauf que Théo ne subit pas de violence. Théo boit, avec son copain Mathis, sous l’escalier de la cantine. Dès qu’ils le peuvent, dès qu’ils trouvent de l’alcool, ils boivent chaque fois un peu plus. Si c’est un jeu pour Mathis, Théo y cherche autre chose, une échappatoire à une vie trop lourde.

Théo est la victime des dommages collatéraux d’un divorce difficile, coincé entre la rancune d’une mère culpabilisante qui ne s’est jamais remise de cette séparation, et la dépression d’un père sans-emploi qu’il couvre pour que personne ne connaisse sa situation.

Cécile aussi s’interroge, sur son fils Mathis qui est rentré ivre, sur cette amitié avec Théo qui a une mauvaise influence mais elle est trop occupée à parler seule à voix haute depuis qu’elle a découvert les activités secrètes auxquelles s’adonne son mari. Comment éviter le drame qui se profile, alors que la spirale infernale semble aspirer les deux garçons? Quel est le pouvoir de ces loyautés qui habitent chacun d’eux?

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Chanson de la ville silencieuse

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Antoine Schaeffer, chanteur célèbre autant pour ses succès que pour ses frasques, a mis brutalement fin à sa carrière quinze ans plus tôt. Après s’être retranché de nombreuses années dans sa maison cossue perdue au milieu de nulle part, il décide un jour de partir, laissant tout derrière lui… s’est-il jeté dans la rivière pour en finir avec la vie, comme peuvent en laisser présager ses dernières traces, ou a-t-il décidé de larguer les amarres pour un ailleurs, dépouillé du costume encombrant d’Antoine-Schaeffer-le-chanteur?

Sa fille, fruit de ses amours avec une égérie inconsistante de son passé sulfureux, décide de partir à sa recherche: Antoine Schaeffer aurait été aperçu dans les rues de Lisbonne, chantant le soir aux terrasses des restaurants. Narratrice de l’histoire, c’est elle qui va faire revivre à travers ses errements dans Lisbonne et dans sa mémoire, la vie de l’ancienne idole – et livrer en parallèle sa propre histoire, avec les failles d’une enfance qu’elle n’a pas eue.

Comme une midinette, je guette toujours la sortie d’un nouveau roman d’Olivier Adam. Une espèce d’addiction à une atmosphère, à une écriture, à un talent.

Et on retrouve ici les ingrédients majeurs qui font un roman d’Olivier Adam: la fuite, la mélancolie latente et l’écriture chargée en émotions, un phrasé millimétré, accumulatif, saccadé, chargé.

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Prix SNCF du polar: édition 2018

Pour une fois que la SNCF fait parler d’elle pour autre chose que les trains en retard, ça vaut le coup de s’attarder dessus!

Le PRIX SNCF DU POLAR, c’est quoi?

un prix qui depuis 18 ans récompense des oeuvres polar dans trois catégories: le Roman, la Bande Dessinée et le Court métrage. Avec 215 000 votes depuis 18 ans et plus de 17 000 votes lors de l’édition 2017, c’est le premier Prix du Public en France.

Qui vote?

Tous ceux qui le souhaitent! C’est un grand jury populaire de lecteurs et de cinéphiles amateurs de polar

Quand et comment?

jusqu’au 31 mai 2018 sur le site http://www.polar.sncf.com

L’accessibilité:

Pour que ce prix soit le plus populaire possible, toutes les oeuvres sont mises gratuitement en ligne:

  • sur l’application SNCF e-livre (de novembre à mars, un roman et une bande dessinée sont à découvrir chaque mois) – les lecteurs peuvent ensuite voter directement via l’application.
  • sur www.polar.sncf.com pour les courts métrages, d’octobre à mai

Les oeuvres en compétition:

elles sont sélectionnées par un jury de 21 experts des 3 comités du Prix SNCF du Polar conduits par Chritine Ferniot pour le Roman, Frédéric Prilleux pour la Bande Dessinée, Roland Nguyen pour le Court Métrage

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Où se partagent les eaux

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Lucien, peintre parisien, est en couple avec Maria, jeune ethnologue italienne, fille d’une riche famille du nord de l’Italie.

En vacances en Sicile, ils sillonnent tranquillement l’île, jusqu’à ce qu’ils tombent sur un petit port de la pointe du sud-est. C’est pour Maria sa première incursion dans le sud italien, et elle y a amené tout son scepticisme et sa supériorité nord italiens. Malgré tout, elle se laisse séduire par l’enthousiasme de Lucien, qui après une rencontre improbable avec un vieil aristocrate convainc Maria d’acheter une maison des plus rudimentaires, au bord d’une falaise, face à la mer, là où se partagent les mers thyrrhénienne  et ionienne.

Sont-ce les divergences nées de leurs regards sur la Sicile, indulgent pour Lucien, critique pour Maria, qui auront raison de leur couple? A l’image de leur maison au bord de la falaise qui se délabre au fil des ans, leur relation ne résistera pas à l’érosion des sentiments de Maria.

Ce roman, publié à l’origine en 2005 et que les éditions Philippe Rey rééditent en cette rentrée littéraire de janvier 2018, est avant tout un recueil de chroniques sur la Sicile. Mais une Sicile un peu fanée, puisque sans que ce soit précisé, on devine que le roman se déroule entre la fin des années 60 et le début des années 70 (je vous avoue, j’ai cherché les indices pour pouvoir dater l’histoire!). On y paie encore en lires italiennes, et les souvenirs de la seconde guerre mondiale ne sont pas loin, les anciens du village en parlent encore, allant jusqu’à regretter Mussolini!

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Arrête avec tes mensonges

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Il est des livres qui vous rappellent viscéralement pourquoi vous aimez lire, et pourquoi vous aimez les écrivains – surtout quand ils laissent tomber le masque.

Fini de raconter des histoires, fini d’inventer des personnages, fini le mensonge qui cache la vérité.

A la faveur d’un déplacement en province, dans sa région d’origine, une rencontre inattendue va bouleverser l’auteur et le faire basculer plus de trente ans en arrière: la silhouette d’un jeune homme, son allure, sa tenue, tout lui évoque son premier grand amour, Thomas.

En cette année 1984, Philippe Besson est élève en classe de Terminale C au lycée de Barbizieux.

J’ai dix-sept ans.

Je ne sais pas que je n’aurai plus jamais dix-sept ans, je ne sais pas que la jeunesse, ça ne dure pas, que ça n’est qu’un instant, que ça disparaît et quand on s’en rend compte il est trop tard, c’est fini, elle s’est volatilisée, on l’a perdue, certains autour de moi le pressentent et le disent, pourtant les adultes le répètent, mais je ne les écoute pas, leurs paroles roulent sur moi, ne s’accrochent pas, de l’eau sur les plumes d’un canard, je suis un idiot, un idiot insouciant.

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2017: le bilan de ma première année!

 

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Un an déjà!

Books, moods and more souffle en ce 1er janvier 2018 sa première bougie!

Une autre façon de mesurer à quelle vitesse folle cette année est passée, et surtout, surtout de réaliser le plaisir immense que m’a apporté la création de ce blog dont je rêvais depuis si longtemps!

A ce jour, le blog compte 121 abonnés – chiffre modeste au regard de celui de nombreux autres blogs, mais qui ressemble pour moi à une grande prouesse. Je suis extrêmement reconnaissante à tous ceux, abonnés ou non, qui prennent le temps de venir me lire, et me font des retours si positifs. Se sentir légitime demande du temps (Electra, dans son bilan 2017, expliquait qu’elle se sentait enfin légitime – alors qu’elle blogue depuis de nombreuses années avec beaucoup de talent), mais tous ces retours mis bout à bout, toutes ces visites hors abonnement, que je mesure grâce aux statistiques (des chiffres, toujours des chiffres!) me donnent confiance, et je vous en remercie.

Via mon compte Instagram (@sosos_moods_books_and_more), j’ai eu la chance d’être mise à l’honneur dans le magazine Elle, en septembre dernier, avec cinq autres Instagrameuses, en tant que « nouvelle influenceuse du monde littéraire« . Rien que ça!! Bon, n’exagérons rien, tout cela reste très modeste et fugace, mais je crois vraiment au pouvoir des blogueurs dans la sphère littéraire, qui font des choix de lecture et des critiques objectifs, souvent plus proches des attentes des lecteurs.

J’ai également fait la rencontre de plusieurs blogueurs et blogueuses, dont les goûts, les avis, et la façon de gérer leur blog m’inspirent beaucoup!

Je papote, je papote (je peux être très bavarde, surtout quand on me lance sur mes sujets préférés), mais venons-en tout de même à l’essentiel, mon bilan lecture 2017!

Les chiffres:

j’ai toujours détesté les maths, mais en fait, j’adore les chiffres 😊

Alors justement, une année de lecture, ça donne quoi? 73 livres… un chiffre un peu bas, comparé à d’autres grands lecteurs et grandes lectrices. Et pourtant, on me demande souvent comment je fais pour lire autant!

Les pays:

romans et essais confondus, les livres que j’ai lus en 2017 viennent principalement des pays suivants (je pensais être à niveau égal entre la France et les Etats-Unis!):

  • 32 livres français
  • 23 livres américains
  • 5 livres anglais
  • 4 livres irlandais
  • 4 livres italiens

Les auteurs: hommes ou femmes?

Le constat m’a étonnée, car je pensais la répartition plus équilibrée là aussi: 28 auteurs hommes, contre 45 auteurs femmes. Serais-je une féministe qui s’ignore? J’en suis ravie!

Les éditeurs:

Les maisons d’édition qui arrivent en tête (critère important, car il montre en quoi les choix éditoriaux nous correspondent) m’ont également surprise!

  • Stock: 7 livres
  • Albin Michel : 6 livres
  • Gallimard: 4 livres (sans compter l’abandon des Fantômes du vieux pays, abandonné, et La salle de bal qui m’attend dans ma PAL depuis la rentrée littéraire)
  • Gallmeister: 5 livres
  • JC Lattès: 4 livres
  • Philippe Rey: 4 livres (et un en cours)

Peu de livres lus dans la Collection Quai Voltaire aux Editions de la Table Ronde (3), ou des éditions Sabine Wespieser (2) – deux éditeurs que j’aime pourtant beaucoup.

Le reste de mes lectures est répartie sur de nombreuses autres maisons d’édition.

Mes meilleurs livres de 2017:

18 lectures marquantes (qui obtiennent la note maximale de 5 – que je pense d’ailleurs inclure dorénavant dans mes billets). Rétrospectivement, Arrête avec tes mensonges, qui ne m’avait pas semblé être un coup de coeur absolu, fera indéniablement partie de mes lectures les plus marquantes de 2017.

Commençons par les français (ils sont 10!):

Les américains, au nombre de six:

Et mes chouchoutes européennes:

 

Mes intentions de 2018?

Lire, lire et lire encore!

Et surtout:

– découvrir davantage d’auteurs américains (en vue du Festival America)

– veiller à vider ma PAL de façon plus drastique

– moins hésiter à sortir de ma zone de confort

– écrire davantage – en partipant j’espère à un atelier d’écriture.

Et vous, quelles sont vos intentions?

Je vous souhaite une très belle année 2018, riche en lectures et en échanges autour des livres!

 

 

Il reste la poussière

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Quelque part en Patagonie, dans les steppes sans fin de ce désert argentin.

On devine que l’action se situe au début du vingtième siècle, mais qu’importe peut-être? Les grandes exploitations qui commercent avec l’Europe ont remplacé les petites fermes qui survivent comme elles le peuvent, à l’image de l’estancia de la mère.

C’est d’une main de fer qu’elle dirige sa ferme isolée. Le mari, soulard comme son père, a disparu depuis longtemps. Parti, a-t-elle dit à ses enfants, sans autre forme d’explication. Les enfants sont quatre: les jumeaux Mauro le grand et Joaquin le petit, suivis de celui qu’ils ont surnommé le débile, Steban, et enfin le petit, né après la disparition du père, Rafael. Six ans le séparent des aînés, qui depuis toujours le martyrisent. Alors Rafael se réfugie auprès de son cheval et de ses chiens. La mère, elle, ferme les yeux, sévère, froide, indifférente – seul l’intérêt du bétail, bovins et brebis, semble avoir un intérêt à ses yeux. Elle a revêtu ses épaules du rôle de l’homme, et lorsqu’elle se rend à San Léon, les hommes la respectent comme un des leurs

A part elle, aucune femme ne franchit les portes du bar. Parfois, quand elle a bien bu, elle pouffe en disant qu’elle est devenue un homme comme les autres.

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L’heure du bilan: décembre

 

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Décembre aura été un mois un peu difficile, en dents de scie. Mon humeur n’était pas toujours au rendez-vous pour la lecture, bien que la lecture me soit indispensable, et je n’ai peut-être pas savouré ce mois comme j’aurais dû le faire.

Les chiffres:

Heureusement, grâce à la trêve de fin d’année, j’ai pu m’accorder un peu de temps et lire davantage sur les derniers jours de décembre. Au final, sept livres lus (je reste dans ma moyenne). Pas de coup de coeur absolu, mais de belles découvertes et une bonne dose d’émotion aussi.

Deux grandes émotions, donc:

J’ai dévoré en une nuit d’insomnie le dernier Philippe Besson, Arrête avec tes mensonges (chronique à suivre). J’ai adoré l’écriture incisive de l’auteur, sa mise à nu, l’abandon du filtre pour assumer la crudité sensuelle. Et j’ai été très émue par cette histoire d’amour impossible.

Avec Les passeurs de livres de Daraya, c’est une autre émotion, de l’ordre de la prise de conscience – celle de notre liberté, dont nous avons si peu conscience, de notre impuissance face à un conflit politique qui dépasse tout, et surtout de notre abandon du peuple syrien.

 

Une suite:

ou le plaisir infini de retrouver Stoney Calhoun dans Casco Bay. Nous sommes plusieurs à être devenu(e)s accro à notre nouveau chouchou. Même si pour certains ce deuxième volet est un peu moins haletant que le premier, j’ai eu pour ma part le même plaisir à le côtoyer. Reste un seul épisode pour le découvrir un peu plus, en apprendrons-nous davantage sur lui?

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Un roman historique:

voyage au Moyen-Age et séjour en immersion dans le grand béguinage de Paris avec La nuit des béguines, ou comment en découvrir un peu plus sur cette période historique mystérieuse et méconnue, aux côtés d’une communauté de femmes libres et modernes avant l’heure

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Un roman noir:

j’ai découvert Sandrine Collette dans ce magnifique, Il reste la poussière roman digne de la littérature américaine des grands espaces à la sauce nature writing – il a comblé ma frustration de ne pas lire davantage de littérature américaine ce mois-ci.

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Un roman de la rentrée littéraire de janvier:

La désertion, d’Emmanuelle Lambert, m’a déconcertée, retournée. Je vous en reparle à sa sortie, le 17 janvier.

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Un flop:

et un achat inutile aussi: Je m’appelle Lucy Barton. J’ai trouvé le style lourd, non abouti, dénué de naturel. Pourquoi tant d’engouement outre-Atlantique? Je crois surtout à une promotion abusive de l’éditeur.

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Un abandon:

qui entre malheureusement dans la catégorie rentrée littéraire de janvier. Je vivais à l’étranger quand est sorti La première gorgée de bière – quel bien ce livre m’a fait, me raccrochant au pays qui me manquait, à ces petits instants que Philippe Delerm décrivait si bien en les faisant miens / nôtres / vôtres… Qu’en reste-t-il vingt ans plus tard? Philippe Delerm a renoué avec l’exercice des petits textes courts dans Et vous avez eu beau temps? La perfidie ordinaire des petites phrases. Le temps a passé, et la dernière gorgée de bière est digérée depuis longtemps. Les petites phrases ne sont pas perfides, elles sont ennuyeuses, mesquines et sans intérêt – enfin, pour celles que j’ai lues. Car je n’ai pas pu continuer. Peut-être est-ce un tort, peut-être ai-je loupé le sens profond de ce qui s’y cachait. Tant pis pour moi. Que mon avis ne vous empêche pas pour autant de vous faire votre propre idée – et alors peut-être penserez-vous que c’est moi qui suis ennuyeuse, mesquine et sans intérêt. Ce à quoi je répondrai juste mea culpa!

Unknown

 

Rendez-vous dans quelques jours pour le grand bilan de lectures 2017!