Hillbilly Elégie

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Comment le pays le plus riche et le plus observé au monde peut-il également concentrer des écarts économiques et culturels si abyssaux au regard de sa position géopolitique?

C’est à cette question que va s’attacher le récit de J.D. Vance, américain blanc issu de la classe ouvrière des Appalaches – Blanc mais pas WASP.

J.D. Vance et sa famille font partie des Hillbillies, les péquenots, rednecks ou white trash d’origine irlando-écossaise, qui ont fait prospérer par un lourd travail dans les mines et la sidérurgie, la situation économique de la Rust Belt – jusqu’au déclin du Midwest industriel, avec toutes ses conséquences : chômage, misère, drogue, colère, xénophobie. Les Hillibillies, avec leur accent du Sud et leurs manières, attirent les moqueries des américains bien pensants.

Ce qu’il y avait de dérangeant chez les Hillbillies était d’ordre ethnique. A l’évidence, ils appartenaient à la même catégorie que ceux qui dominaient la politique, l’économie et la société, sur le plan local et national (des Blancs) mais les Hillbillies avaient de nombreuses caractéristiques régionales en commun avec les Noirs en provenance du Sud qui arrivaient à Detroit

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Un jour, tu raconteras cette histoire

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Jim mourut au milieu d’une nuit de juin, quatre jours après son soixante-quatrième anniversaire, dix-neuf mois après le diagnostic du cancer du pancréas, trois semaines avant notre troisième anniversaire de mariage. (…) Je crois que Jim mourut le seize du mois, mais c’était peut-être le quinze.

Alors que je lisais ces lignes le 15 juin 2017 (la magie des services de presse…), à un peu plus de 23H,  je réalisais que cela ferait quelques heures plus tard un an jour pour jour que Jim était mort, et que Joyce Maynard avait entamé le récit que je tenais entre mes mains.

« Un jour, tu raconteras cette histoire », lui a soufflé un jour son mari Jim.

Jim, rencontré alors qu’elle ne croyait plus vraiment à l’amour. Joyce Maynard approche de la soixantaine, a élevé seule ses enfants après un divorce douloureux et ne s’est jamais remariée. Bien sûr, elle a rencontré des hommes, mais jamais des hommes qui lui auraient donné sérieusement l’envie de s’engager avec eux et renoncer à sa sacro-sainte indépendance.

Pour beaucoup d’hommes, je prenais trop de place. Je parlais trop et ce que je disais était un peu trop direct pour certains. Je cuisinais de manière brouillonne, je riais trop fort et quand je dansais j’occupais plus de place sur la piste que les autres

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Interview Rentrée Littéraire ISABELLE DUQUESNOY (L’Embaumeur ou l’odieuse confession de Victor Renard)

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Vous avez été témoins, en ce début de rentrée littéraire, de mon immense coup de cœur pour un roman insolite et audacieux: L’embaumeur ou l’odieuse confession de Victor Renard.

Parfois, la vie vous réserve des surprises incroyables. Je rêvais d’interviewer son auteur, Isabelle Duquesnoy. Grâce à cette divine bonne étoile qui brille au-dessus de ma tête, une magnifique rencontre épistolaire est née. Et aujourd’hui, l’interview est bouclée… Avec générosité, facétie, tout en gardant son autorité d’historienne, Isabelle Duquesnoy m’a fait l’immense plaisir de répondre à toutes ces questions (et elles sont nombreuses!)… Aussi facétieuse et audacieuse que Victor Renard, à qui,  forte de son savoir, de sa fantaisie, et surtout de sa plume audacieuse et truculente, elle a insufflé la vie – et quelle vie!

Chère Isabelle,

Vous m’avez fait l’immense joie d’accepter de répondre à mes questions de lectrice enthousiaste, que je brûle de partager avec les lecteurs et lectrices de mon blog.

Vous le savez maintenant, après avoir englouti les 520 pages en deux jours de L’Embaumeur ou l’odieuse confession de Victor Renard, je suis ressortie de cette lecture subjuguée, bluffée, fascinée, tant par l’Histoire, que par son cadre, sa langue, et ses personnages ! Et aussi pleine d’interrogations, qui nécessiteraient des heures de conversation!

Commençons !

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Les complicités involontaires

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Le jour au Corinne V., psychiatre, reçoit dans son cabinet Zoé B., elle reconnaît en elle son ancienne camarade de prépa. Lorsque cette dernière évoque l’amnésie qui a effacé tous ses souvenirs de jeunesse, la psychiatre, qui dans un premier temps allait adresser Zoé B. à un confrère, est prise d’une pulsion et accepte de prendre en charge son ancienne camarade… Aucun danger d’être démasquée : mariée, la quinquagénaire a changé de patronyme, et la marque du temps a changé son physique – la jeune fille de 18 ans qu’elle était lors de leur rencontre est maintenant bien loin.

Zoé B., depuis toujours, est une femme sensible, fragile et en marge. Persuadée que son état est la conséquence du secret de son histoire familiale, elle désire entreprendre une psychanalyse pour essayer de trouver la clé de son mal être. Par petits bouts, sur la base de photos, de mémos, Zoé B. commence à dérouler le fil de son histoire, à la recherche de ses fantômes.

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Souvenirs de la marée basse

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Les histoires de Femmes sont au cœur de la rentrée littéraire.

Autant vous dire que je suis comblée devant tous ces portraits magnifiques, qui éclairent la beauté de la femme sous toutes ses formes, passion, folie, maternité, amitié, en écho à nos propres histoires. Je vous parlais déjà de deux d’entre elles dans ma dernière chronique consacrée à Et soudain, la liberté.

Souvenirs de la marée basse: lorsque j’ai eu vent de ce récit de Chantal Thomas consacré à sa mère Jackie, j’ai senti à nouveau la possibilité du frisson. Pour avoir découvert (tardivement) l’écrivaine avec L’échange des princesses, je savais déjà d’elle la finesse et la beauté de son écriture, et naturellement sa grande culture. La découvrir dans une œuvre plus personnelle, tissée autour de sa propre histoire, me donnait donc la perspective réjouissante de faire sa connaissance de façon plus intime, et certainement plus spirituelle. J’ai toujours aimé aller dans l’intimité des écrivains.

C’est lors d’une sortie de baignade sous l’orage, à Nice, que Chantal Thomas convoque le souvenir de sa mère Jackie, naïade de l’éternel .

Elle nageait partout, à des heures changeantes, avec une obstination, une opiniâtreté qu’elle ne manifestait pour aucune activité.

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Et soudain, la liberté

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La vie dans les colonies – tout un monde d’exotisme et de fantasme…

C’est en Indochine que commence la vie de Lucie, blonde et ravissante petite fille, où son père travaille comme haut-fonctionnaire. André et Mona, ses parents, sont jeunes, beaux et très amoureux. En Europe rugit la seconde guerre mondiale, mais de là-bas, elle paraît si lointaine, abstraite presque, surtout lorsqu’on est une toute petite fille. Ce qui inquiète surtout les autorités françaises, c’est la montée du communisme, incarné par les effrayants Viet Minh. Mais la guerre les rattrape et les Japonais envahissent l’Indochine, enfermant la population et les colons dans des camps de concentration, et c’est dans des conditions terribles que Mona et la petite Lucie survivront à la faim, à la violence, et aux conditions sanitaires déplorables. Rapatriée en France, la famille est vite renvoyée malgré elle en Indochine – André est un maurassien et pétainiste convaincu, alors que toute la France s’est rangée au gaullisme en cette année d’après-guerre. A Saigon, la vie est ouatée, Mona mène une vie douce et oisive – c’est une magnifique jeune femme qui aime s’apprêter pour sortir avec André dans cette parenthèse enchantée. Mais André, de plus en plus, devient autoritaire, raciste et violent et exige la soumission de sa femme, de sa fille, et de la nourrice vietnamienne. Avec la victoire du Viet Minh, la famille doit à nouveau partir, cette fois-ci pour la Nouvelle-Calédonie, où le couple d’André et Mona se perd dans des jeux de domination et de soumission, découvre la violence, la haine, et l’infidélité-  et à travers cette infidélité Mona entrevoit la perspective de l’émancipation. Toutefois, c’est surtout la lecture qui va lui faire envisager la possibilité de Liberté, à travers Le deuxième sexe – une révélation, un guide, le début d’une prise de conscience et de son futur militantisme, qu’elle va transmettre à Lucie, devenue une jeune fille brillante. Et qui commence par le biais de la réflexion à remettre en cause les idées paternelles, jusqu’à bientôt renier sa foi chrétienne pour se ranger du côté de sa mère lorsque celle-ci ose demander le divorce…

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L’embaumeur ou l’odieuse confession de Victor Renard

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Paris, fin du 18ème siècle – les lendemains de la révolution chantent les têtes royales tombées.

Le roman débute avec la première journée d’audition de Victor Renard, face à ses juges. Lui aussi risque la guillotine qui a tranché la tête des aristocrates, alors qu’il n’est qu’un jeune homme de pauvre condition. Quel est son crime? Dans une longue confession, qui durera les onze jours de son audition, Victor Renard déroule le fil de sa vie jusqu’au jour fatidique de son crime…

Notre pauvre héros n’est pas né sous les meilleurs auspices: arrivé au monde laid et le cou tordu, il a malencontreusement étranglé son frère jumeau avec son cordon ombilical à la naissance. Maltraité par sa mère, une femme odieuse qui trouve tous les prétextes pour le détester, et par son père, musicien de paroisse qui mourra l’année de ses 15 ans mais continuera à révéler les petits secrets consignés dans son carnet, Victor va réussir malgré ses handicaps et les persécutions de sa mère à s’élever socialement en devenant embaumeur…

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Mademoiselle, à la folie!

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Catherine Delcour est une grande comédienne, au répertoire aussi large que son talent.

Catherine Delcour est passionnée, fantasque, impétueuse, belle, capricieuse – Catherine Delcour est une diva, qui boit la vie comme elle boit le champagne: avidement, à toute heure, pourvu que cela pétille!

Comme beaucoup de divas, Catherine Delcour cache ses failles: l’amour dans l’ombre d’un amant ministre de la culture, la mort du père aimant qui l’a mise à terre, la perte de l’enfant qui aurait pu assouvir son besoin de maternité et la sortir de l’ombre de sa place de maîtresse.

Catherine Delcour serait inexorablement seule, dans son grand appartement de l’île Saint-Louis, si son chemin n’avait pas un jour croisé celui de Mina – d’assistante de production à la télévision, elle est devenue l’assistante personnelle de la célèbre comédienne, celle qui organise sa vie, la materne, la protège, la dispute ou la console allant jusqu’à emménager avec elle.

Mais un jour, la fantaisie de Catherine Delcour n’est plus si drôle. Tout s’embrouille dans sa tête, ses rendez-vous, ses amis, ses projets, son histoire, et sa mémoire fiche le camp. Le diagnostic est implacable, elle est atteinte d’une forme précoce de la maladie. La maladie, on ne la nomme pas, comme pour l’empêcher d’être réelle, comme pour la rendre abstraite et ne pas lui donner le premier rôle qu’elle voudrait ravir à Catherine. Mais les mois s’égrainent, octobre, novembre, décembre, et si Catherine cache son état, il est de plus en plus évident qu’elle ne pourra plus jouer ce prochain grand rôle à l’étranger qui l’attend. Comment affronter le public, sa raison d’être.

Le public est mon partenaire, je suis devenue comédienne pour qu’il m’aime

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Summer

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Un titre accompagné d’une jolie couverture suffit souvent à faire naître l’envie d’une lecture.

Sans savoir quel sujet il abordait, visiblement l’été, ce roman m’a interpellée, m’a attirée, tout en me maintenant sur mes gardes, car je n’avais pas aimé le précédent roman de Monica Sabolo, Crans-Montana.

D’été, il n’en est pourtant point question. Car le roman raconte la disparition d’une jeune fille de 19 ans nommée Summer, vingt-cinq ans plus tôt, lors d’une journée de pique-nique au bord d’un lac avec son frère et ses amies. Vingt-cinq ans durant lesquels aucune réponse ne viendra soulager les questionnements permanents de Benjamin, le jeune frère, adolescent mal dans sa peau, timide et en marge, avec la dépression tout au bout, qui le terre chez lui et l’éloigne de ses parents.

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Voyage et Lecture: la Sicile

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Plusieurs semaines avant de partir en vacances, je réfléchis longuement à ma liste de lecture. Parfois les choix s’imposent, parfois ils sont le fruit d’un heureux hasard.

Mon dernier voyage en Sicile remonte à 2009, période où je lisais moins en raison du bas âge de mes deux enfants. Toutefois, j’avais déjà des lectures ciblées, puisque j’avais à l’époque dans mes bagages les romans de Simona Agnetto Hornby: l’Amandière lors de mon premier voyage, et plus tard, La tante marquise et Le secret de Torrenova. De belles fresques historiques.

Mais il manquait « l’oeuvre » magistrale à ma culture littéraire: Le Guépard. Il était ainsi évident pour moi que ce roman ferait partie du voyage, mais que je le lirais seulement arrivée à Palerme. Il fallait donc occuper quatre jours de lecture à Syracuse, et l’occasion s’est présentée une dizaine de jours avant mon départ, dans les pages Livres de mon précieux ELLE: L’été dernier à Syracuse, de Delia Ephron, ouvrait les chroniques de la semaine – un bon présage, je l’ai immédiatement commandé à ma librairie avant même d’avoir lu la critique (oui, je prends des risques aussi, vous notez!!). Enfin, qui dit vacances dit aussi légèreté, qui dit lecture légère dans mon langage littéraire signifie souvent polar ou thriller. J’avais entendu parler d’Andrea Camilleri et de son inspecteur Montalbano – il fut donc décider que nous ferions connaissance lors de ce voyage, une fois que je serais à Catane (eh oui, même les lectures vous le voyez, obéissent au tracé de l’itinéraire!).

Démarrons donc avec la chronique de ces lectures, qui je l’espère, vous inspireront un voyage en Sicile!

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