Les Indésirables

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Il y a quelques jours, Emmanuel Macron commémorait en compagnie de Benyamin Netanyahou, premier ministre Israélien, le soixante-quinzième anniversaire de la rafle du Vel d’Hiv. Le 16 juillet 1942, et les jours suivants, plus de 13 000 juifs, dont 4 115 enfants, étaient arrêtés par 9.000 fonctionnaires français. D’abord entassés au Vel d’Hiv, ils furent évacués vers des camps de transit avec d’être envoyés vers les camps d’extermination.

Ce que l’Histoire a moins retenu, c’est que le Vel d’Hiv avait précédemment servi à « accueillir » de la même façon d’autres « indésirables ».

Le 12 mai 1940, dans un Avis à la population, le Général Héring, gouverneur militaire de Paris, invite « les ressortissants allemands, sarrois, dantzikois et étrangers de nationalité indéterminée résidant dans le département de la Seine » à se rendre pour les hommes au Stade Buffalo à Montrouge, pour les femmes célibataires ou mariées sans enfant au Vélodrome d’Hiver.

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Cœur-Naufrage

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J’ai comme le cœur qui chavire en refermant ce roman…

Lyla a 34 ans, elle vit à Paris. Lyla, avec un y, est traductrice, elle a quelques amis, une éditrice, un amant marié, un médecin généraliste, un pharmacien. Elle vit dans l’anesthésie de sa routine. Jusqu’au jour où le passé, le passé mis si habilement de côté, le passé lourd, douloureux, secret, se matérialise sous la forme d’un message téléphonique.

Joris le surfeur, le taiseux, le petit copain de l’été de ses 16 ans sur la côte landaise, se rappelle à son souvenir après avoir perdu son père, refaisant  surface en exhumant un secret profondément enfoui. Avec son message, tous les murs que Lyla avait dressés s’effondrent un à un. Les non-dits refont surface, le joli vernis sur sa petite vie s’écaille, se fendille comme l’armure qu’elle avait revêtue 17 ans auparavant. Quel est ce lourd secret que Lyla, en 17 ans, n’a partagé avec personne et l’a définitivement coupée de sa famille ?

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Motel Life

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Lorsque j’ai décidé de m’intéresser de plus près à Willy Vlautin, dont je ne connaîtrais probablement pas encore l’existence sans Marie-Claude,  j’ai commandé deux romans d’un coup, sans même avoir de doute un seul instant. Sitôt Plein Nord refermé, j’ai décidé d’enchaîner avec Motel Life – qui est en fait le premier roman de l’écrivain.

Jerry Lee et Franck Flanningan sont deux frères, orphelins de mère et abandonnés par leur père, qui vivent de motel en motel, de petits boulots journaliers en job harassant à la cimenterie de la ville, et passent leur temps libre à descendre des packs de bière et du whisky bon marché. Jerry Lee et Franck sont des garçons gentils, au vrai sens du terme, mais ils sont tirés vers le bas dans leur vie sans repères depuis que leur mère est morte prématurément. L’aîné a continué à travailler, et Franck a finalement très vite arrêté le lycée. Tout pourrait être tranquille dans leur petite vie sans prétention à Reno, malgré l’accident idiot qui un jour a coûté à Jerry Lee un bout de sa jambe, mais lors d’une nuit d’ivresse de trop,  celui-ci renverse avec sa voiture un jeune garçon, qu’il tue sur le coup. Cédant à la panique, il s’est enfui emportant le corps désarticulé du garçon sur le siège arrière de sa vieille Dodge, pour aller chercher de l’aide auprès de son frère Franck.

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Plein nord

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C’est grâce à ma copine Marie-Claude du blog Hop sous la couette ! que j’ai découvert l’écrivain américain Willy Vlautin. Son Willy! J’avais envie de comprendre son engouement, même si je savais déjà que ces histoires-là, ces anti-héros écorchés par la vie, me parleraient.

Il est des romans qui sont des claques – Plein Nord en est une, magistrale et violente.

Allison a 22 ans – cheveux noirs, yeux bleus, et diablement maigre. Elle a au creux des reins deux tatouages, une croix gammée, et le sigle de l’Eglise mondiale du créateur, que son petit ami lui a fait faire un soir de cuite. Allison boit, elle boit tellement qu’elle perd connaissance à chaque fois qu’elle est ivre. Jimmy, son petit ami, la maltraite, la violente, l’attache pour la punir ou l’enferme dans un coffre de voiture. Et l’emmène traîner dans les fêtes des néo-nazis du coin, où l’alcool exacerbe les comportements violents et nationalistes.

Le jour où Allison découvre qu’elle est enceinte, elle décide de fuir Las Vegas et l’insécurité de son quartier, laissant derrière elle sa mère, sa petite sœur et son job de serveuse pour tenter d’échapper à la toxicité de Jimmy et se reconstruire.

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Les animaux

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1996 – Bill Reed vit au cœur de la forêt, dans l’Idaho, entouré des animaux sauvages de son refuge. Il leur consacre sa vie, loin du monde, épaulé par Bess son assistante, deux bénévoles et surtout  Grace sa fiancée vétérinaire. Tous sont aussi passionnés que lui. Lorsqu’un animal est retrouvé blessé, renversé par une voiture, coincé dans un grillage, c’est Bill qui est appelé à la rescousse pour le sauver – ou abréger ses souffrances. Mais ce refuge n’est pas du goût de tout le monde, et Bill, après des années de tranquillité, sent poindre la menace  de l’inspection de Chasse et Pêche, qui voit d’un mauvais œil ces animaux estropiés vivre dans des enclos, et pourrait l’obliger à fermer le refuge. Aussi, lorsqu’en plus réapparaît  Rick, un ami de jeunesse de Bill qui sort de prison, sa vie jusque-là si préservée se retrouve au bord du précipice. Car Bill a bâti cette vie simple et retirée du monde sur un mensonge, et il ne veut pas tout perdre à cause de son passé qui le rattrape.

Un beau jour, il s’était réveillé au sein de l’existence qui lui faisait envie depuis toujours et vers laquelle tous ses mauvais choix l’avaient mené à son insu, une idée qui le laissait incrédule, et qu’il aurait jugée grotesque si quelqu’un d’autre la lui avait exposée. Mais finalement Rick était revenu, et tout s’était désagrégé en une myriade de questions obscures et sans issue

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Le Blues de La Harpie

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Luce Lemay sort de prison –  3 années passées derrière les barreaux pour purger sa peine, expier la faute qu’il a commise un soir où, jeune et inconscient, il a voulu changer sa vie, partir avec la caisse du débit de boissons où il travaillait, fonçant en voiture avec la Vierge qui le regarde depuis le tableau de bord en vinyle rouge, et soudain. Soudain, le landau qui déboule, qui part dans les airs en tapant dans le pare-chocs. Et la petite vie qu’on ne peut pas rattraper, saisie au vol par les anges.

Sous conditionnelle, il revient à La Harpie, la petite ville de l’Illinois où il est né et a vécu jusqu’à ce jour fatidique. Il n’y est pas le bienvenu, mais Clutch, un ancien taulard qui a rencontré Dieu en prison, veut lui redonner une chance, et lui offre un petit boulot dans sa station-service Gas’n Go, tout comme il l’a fait pour Junior Breen. Junior, c’est un colosse au cœur tendre et aux pieds d’argile, avec qui Luce s’est lié d’amitié derrière les barreaux. Tous les deux aspirent à retrouver une vie simple, et pourquoi pas heureuse. Mais leur présence dérange la petite ville tranquille de La Harpie, d’autant plus que Luce tombe très vite amoureux de Charlene, la fille du roi de la voiture d’occasion. Fatalement, les ennuis vont s’abattre sur eux. Y-aura-t-il une issue, quelle vie sont-ils en droit d’attendre lorsque partout le monde semble crier qu’ils ne méritent pas de vivre ? Comment se reconstruire quand on doit continuer à porter le fardeau de sa faute ?

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Frankie Addams

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Frankie Addams, vous la connaissez déjà, d’une certaine façon… Je vais vous rafraîchir la mémoire : une jeune fille garçon manqué, un peu mal dans sa peau, qui s’ennuie dans l’été qui ne passe pas, entre l’employée de maison et sa petite voisine fragile… elle s’entiche d’une autre jeune fille qui doit jouer un concerto de Mendelssohn dans sa petite ville, et elle s’est persuadée qu’elle allait partir l’accompagner dans sa tournée… Eh oui, il s’agit de L’effrontée, interprétée par Charlotte Gainsbourg et réalisée par Claude Miller – qui a été inspirée du roman de Carson Mc Cullers.

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Bénis soient les enfants et les bêtes

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Quoi de plus américain que ces Summer Camps, camps d’été de deux mois passés loin des parents, au grand air, dans la nature, qui contribuent au mythe d’une culture ?

Cet été-là, leurs parents ont décidé de les envoyer  au Box Canyon Boys Camp, réservé aux familles fortunées. Eux, ce sont six adolescents, mal dans leur peau, inadaptés, défaillants socialement. En huit semaines, on promet de faire d’eux, en plein cœur de l’Arizona, des vrais cow-boys, de futurs hommes endurcis et aguerris. Regroupés en tribus, les garçons du camp s’affrontent dans différentes compétitions : équitation, tir à l’arc, tir au fusil, épreuves d’adresse, natation, sports au grand air, dont les scores sont totalisés à la fin de chaque semaine et permettent d’attribuer à chaque tribu le nom et le trophée qui lui revient : Apaches, Sioux, Comanches, Cheyennes et Navajos.

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L’année de la pensée magique

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La vie change dans l’instant

L’homme est, et l’instant d’après, il n’est plus.

Le 30 décembre 2003, le mari de Joan Didion meurt, foudroyé par une crise cardiaque.

Ce soir du 30 décembre, Joan et John rentrent chez eux après une nouvelle journée passée au chevet de leur fille Quintana, qui est dans le coma suite aux complications d’une pneumonie. A peine regagné leur appartement de Manhattan, à peine allumé un feu de cheminée, à peine pris le temps de boire un premier whisky avant de passer à table, et John s’effondre sans que Joan comprenne. Cinq minutes pour que l’ambulance arrive, une quarantaine de minutes pendant lesquelles les secouristes vont tenter de le ranimer, cinq autres minutes pour le transporter à l’hôpital – le décès sera prononcé à 22H18. Soudain, après 40 années de vie commune avec son mari John, 40 années au cours desquelles, travaillant ensemble au sein de leur appartement, ils se seront à peine quittés plus de quelques jours, Joan Didion se retrouve seule.

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Joli mois de mai, ou ces livres qui m’appellent…

Je faisais il y a deux jours un petit point sur ma PAL, qui semble ne jamais baisser, entretenue par des achats répétés qui viennent s’ajouter aux candidats en attente de passer sur le grill de la lecture.

D’où vient cette envie compulsive de toujours acheter de nouveaux livres, malgré tous ceux qui attendent depuis des mois sur l’étagère?

Est-ce une façon de compenser une frustration, comme certains achèteraient des vêtements ou d’autres engouffreraient des paquets de gâteaux ? Est-ce une façon d’essayer de réduire le champ des possibles littéraires, pourtant infini? Est-ce qu’un livre acheté est d’une certaine façon un livre déjà à moitié lu? Est-ce tout simplement une soif de découvrir inextinguible,  entretenue par le jeu des nouvelles parutions, des éditos, et des réseaux sociaux?

Toutes les sollicitations fonctionnent et chaque mois apporte son nouveau lot de convoitises.

Mai n’échappe pas à la règle, et voici une petite sélection des publications qui déjà me font les yeux doux:

9782081413146«- Trois morts, c’est exact, dit Danglard. Mais cela regarde les médecins, les épidémiologistes, les zoologues. Nous, en aucun cas. Ce n’est pas de notre compétence.
– Ce qu’il serait bon de vérifier, dit Adamsberg. J’ai donc rendez-vous demain au Muséum d’Histoire naturelle.
– Je ne veux pas y croire, je ne veux pas y croire. Revenez-nous, commissaire. Bon sang mais
dans quelles brumes avez-vous perdu la vue?
– Je vois très bien dans les brumes, dit Adamsberg un peu sèchement, en posant ses deux mains à plat sur la table. Je vais donc être net. Je crois que ces trois hommes ont été assassinés.
– Assassinés, répéta le commandant Danglard. Par l’araignée recluse?»

Pour la petite histoire, je fais partie des profanes qui n’ont jamais lu Fred Vargas, et j’ai vraiment très très envie de m’y mettre

Quand sort la recluse, Fred Vargas, Flammarion

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