Une famille comme il faut

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Nostalgiques de L’amie prodigieuse et du sud italien d’Elena Ferrante, j’ai une excellente nouvelle pour vous: la saga familiale de Rosa Ventrella, parue aux éditions Les Escales début janvier!

C’est à Bari, dans les Pouilles, que l’éditrice et journaliste pose le décor de son roman.

Les Pouilles, l’authenticité suprême de l’Italie (ceux qui me connaissent savent que je suis amoureuse de cette région), parent pauvre longtemps délaissé et ignoré, loin des élites culturelles italiennes, mais riche de son identité sauvage et rebelle.

Maria grandit dans une famille pauvre du vieux quartier populaire de Bari, derrière la muraille qui fait face à la mer.

La famille n’a plus de rêves, si ce n’est celui, chaque mois, de joindre les deux bouts avec la pêche que le père ramène des filets de son petit bateau. 

La vie l’a rendu âpre, souvent violent avec sa femme et ses trois enfants. 

Du haut de ses neuf ans, Maria la cadette admire ce père autant qu’elle craint son imprévisibilité. Chétive, dégingandée, sauvageonne et déterminée, sa grand-mère l’a surnommée la « Malacarne » – la mauvaise chair.

Ici, les surnoms remplacent souvent les noms, et se transmettent de génération en génération. Et si par malheur celui que l’on porte est connoté de malheur ou d’une histoire sordide, il marquera ses descendants au fer rouge. Les traditions ont la vie dure ici, et Michele, le meilleur ami de Maria subit cela depuis toujours.

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La vraie vie

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Envie de rugir.

Rugir du plaisir donné par cette lecture, mais aussi rugir sans rougir de ma honte d’avoir banni ce livre de mes envies de lectures parce qu’à trop le voir apparaître sur les réseaux, j’avais senti un piège.

Mais il n’y a pas de piège pour le lecteur, si ce n’est celui d’être incapable de lâcher ce livre une fois commencé. 

S’il y a un piège, en réalité, il est dans l’histoire.

Dans ce lotissement pavillonnaire qui ressemble à un décor en carton pâte du film The Truman Show, où la vie s’étire étrangement. 

Ils ont le plus beau pavillon du « Démo », le plus grand, avec quatre chambre. Celle des parents, celle de la jeune narratrice, celle du petit frère – et « celle des cadavres », emplie des trophées empaillés abattus par le père. Le prédateur, toujours à l’affût.

Les proies ne sont pas tant celles mortes sous les balles de son fusil que celles qui habitent sous son toit: une épouse et mère insignifiante qui ressemble à un amibe et deux enfants, complices dans le silence qui doit être le leur. 

Quatre ans séparent la grande soeur du petit Gilles, mais ils partagent les mêmes jeux et les mêmes rires. 

Jusqu’au jour terrible où survient l’accident qui va faire perdre à Gilles son sourire et sa joyeuse innocence – peut-être qu’en remontant le temps, sa grande soeur pourrait effacer ce qui s’est passé et retrouver son petit frère d’avant?

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Salina, les trois exils

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Assis dans une barque, au large d’une baie qui mène à l’île cimetière, un fils raconte la vie de sa mère:  c’est là l’unique moyen de lui offrir le repos éternel. 

Le cimetière, entouré d’une muraille, est sacré. Au terme du récit qui sera fait pendant la traversée vers l’île, c’est le cimetière qui décidera s’il ouvrira ses portes pour accueillir la défunte…

Ainsi Malaka commence-t-il le récit de sa mère Salina, qu’il a accompagnée vers la mort une fois qu’elle l’a su assez endurci pour l’emmener vers ce dernier exil.

Et il essaie de se souvenir de sa voix à elle, Salina, sa voix cassée, qui lui a si souvent raconté les histoires de l’origine, qui a si souvent charrié dans ses récits les combats, les guerres, sa voix qui l’enveloppait dans les nuits d’étoiles, lorsqu’ils n’étaient que deux, sa voix qui s’est maintenant retirée du monde, comme une mer lassée du sable

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Le berceau

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Connaissez-vous le Nord du Cotentin, cette langue de terre qui plonge dans la mer et qui ressemble à l’Irlande? C’est là, sur cette terre sauvage, que Joseph vit seul dans sa ferme, depuis que la maladie a vaincu son épouse. 

Mais Joseph, en ce jour, se réjouit des nouvelles promesses de la vie: il peaufine avec fierté le berceau de bois qu’il a fabriqué pour sa petite fille à naître. Jusqu’au moment où le téléphone sonne pour lui annoncer une terrible nouvelle: l’avion dans lequel se trouvaient son fils, le futur papa, avec son compagnon, s’est crashé en mer. Emmanuel et Béranger avaient dans l’élan de cette nouvelle vie tout prévu, tout contractualisé : la mère porteuse soigneusement choisie au Canada alors qu’ils résidaient aux Etats-Unis, la location de l’appartement en attendant l’adoption du bébé, les séances d’haptonomie,… Tout, sauf leur disparition soudaine et tragique.

Joseph ne réfléchit pas: s’il ne peut pas faire le deuil de son fils faute de dépouille, Emmanuel continue à vivre à travers cette petite fille qui bientôt viendra au monde. Alors, muni de ses petites économies, de ses quelques mots d’anglais et de sa débrouillardise, Joseph s’envole pour le Canada pour retrouver coûte que coûte la mère porteuse avec une seule idée en tête: ramener la petite avec lui, faisant fi de toute contrainte. 

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Antonia / Journal 1965-1966

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J’aime quand un livre a la capacité de me surprendre alors que je ne l’ai pas encore lu.

Antonia, ou plutôt une pile d’une vingtaine d’Antonia, officiait tranquillement à la caisse de ma librairie. 

Ca sent toujours le coup de coeur du libraire, ces piles bien placées. Alerte.

C’est un petit livre tout fin, d’à peine une centaine de pages que j’ai feuilletées, mon regard s’est posé sur des vieilles photos en noir et blanc, j’ai survolé les dates d’un journal intime 21 février 1965, 3 août 1965, 6 octobre 1965, déjà j’en voyais trop alors j’ai refermé très vite pour juguler cette envie irrépressible qui me prenait de le lire et là, sur la quatrième de couverture, mes yeux tombent en arrêt devant ce nom sacré, Palerme – Palerme se met à clignoter comme un néon. 

J’ajoute le livre à celui que j’étais en train de payer.

Antonia est un journal intime, et on l’ouvre animé d’un plaisir de transgression coupable. Le frisson délicieux de l’interdit qui s’approprie l’intime de l’autre. L’intime de la langueur, du chagrin, des regrets, de la souffrance qui nous sautent immédiatement dessus. 

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Orange amère

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Rarement une couverture de livre incarne avec autant d’exactitude et de classe l’esprit d’un roman, la grâce et la fatalité. 

Le jour du baptême de sa fille Franny, Beverly Keating tombe éperdument amoureuse d’Albert Cousins.

Ils n’y peuvent rien, ça leur tombe dessus comme ça, comme la chaleur qui assoiffe ce jour de 1964 les nombreux invités et pour lesquels ils improvisent un cocktail en pressant des dizaines d’oranges de l’arbre du jardin.

Rien de tout cela n’aurait dû arriver, Albert Cousin n’était pas invité,  ils ne s’étaient jamais rencontrés, mais il a débarqué sans prévenir, avec sa bouteille de gin. 

Et lorsque Cousins aperçoit la divine Beverly, il comprend que sa vie vient seulement de commencer – en faisant totalement abstraction de son mariage, de ses trois enfants et du quatrième qui est en route. Beverly, elle, quitte son mari Fix, et part de Los Angeles avec ses deux filles pour suivre Albert en Virginie.

Ann Patchett ne choisit pas la simplicité de la linéarité romanesque. La suite du roman, après cette ouverture, ne sera pas l’histoire de Beverly et Albert, qu’elle nous laissera le soin d’imaginer si on le souhaite. Car le propos n’est déjà plus là. Ann Platchett, divine narratrice, va préférer s’attacher à raconter les dommages collatéraux de l’histoire.

Celle d’une tribu de six enfants qui se retrouvent malgré eux tous les étés en Virginie, une sorte de club des cinq, sauf qu’ils sont six, et qu’ils font contre mauvaise fortune bon coeur jusqu’au drame qui va marquer leurs vies et dont les répercussions, comme le tonnerre qui gronde bien après l’éclair, les rattraperont de longues années plus tard.

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Edith & Oliver

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Les désillusions d’un illusionniste.

C’est un drôle de réveil en ce jour de 1906 dans la cuisine de l’Empire Theater à Belfast.

Après une soirée d’excès alcoolisés, Oliver Fleck l’illusionniste reprend ses esprits au petit matin, quasiment nu, tenant dans sa main ensanglantée une molaire. Celle de la femme qui gît plus loin, endormie sur ses vêtements, la jupe retroussée dévoilant attachée autour de sa cuisse la lavallière bleue d’Oliver! 

Cette femme, c’est Edith, une pianiste – et malgré ce démarrage aussi burlesque que gênant, ils vont vite devenir inséparables à la vie comme à la scène, où l’illusionniste de génie et la pianiste de talent vont exceller ensemble. 

La vie leur sourit, le succès leur donne l’audace de croire en eux, et les deux jumeaux conçus lors de leur première nuit vont définitivement sceller leur destin.

Pourtant, les jours de faste où un pécule « suffisant pour payer le toit et la pitance de sa nouvelle famille pendant deux ou trois semaines, voire un mois » vont se faire de plus en plus rares. 

Les salles de spectacles, délaissées par la naissance du cinéma et aussi bientôt par la guerre, ne font plus recette – et les perspectives de contrats, elles, se tarissent. Mais Oliver, artiste dans l’âme, passionné par l’art de l’illusionnisme qui a fait sa renommée, veut continuer à croire aveuglément au succès d’un spectacle en solo qui lui apporterait la gloire. 

Alors, de tournée en tournée pour gagner un maigre salaire, loin de sa famille pendant des mois, il s’enlise dans l’alcool et dans ses illusions pour mieux tomber dans la disgrâce, tandis que sa famille tente de survivre. 

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Tristes grossesses

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Nous vivons une période déstabilisante et fragile, où soudain les avancées acquises au cours des six dernières décennies semblent propres à être remises en question.

Est-ce que nous, Femmes, dans la banalité de nos usages contraceptifs (avaler une pilule quotidienne, se faire poser un stérilet pour plusieurs années, utiliser un diaphragme ou des préservatifs) avons conscience des combats qui sont derrière notre droit fondamental et bienheureux à contrôler notre fécondité? A avoir un enfant quand nous le voulons?

Est-ce que nous, Femmes, qui avons cette liberté de mettre fin à une grossesse, mesurons aujourd’hui l’interdit censuré par la condamnation (quand ce n’était pas la mort due aux conditions dans lesquelles s’exerçait l’avortement clandestin) que devaient braver nos mères et nos grand-mères, sous le joug d’une loi de 1920 qui voulait assurer le renouvellement de la population française ?

1967, l’adoption de la loi Neuwirth autorise la contraception.

1975, l’adoption de la loi Veil dépénalise l’avortement

Ces lois sont l’aboutissement d’un long combat, mené par la gynécologue Marie-Andrée Lagroua Weill-Hallé, fondatrice de la Maternité Heureuse – qui devint ensuite le Planning familial.

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Sans compter la neige

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La neige s’en mêle, ce jour-là, en plus du reste, lorsque Russel Fontenot doit quitter dans la hâte une réunion à Washington pour rejoindre sa compagne Jennie, sur le point d’accoucher. 

Après une scène des plus gênantes si elle n’était pas si drôle dans les toilettes où son téléphone portable tombe dans la cuvette, le voici devenu injoignable et dans l’incapacité de contacter Jennie.

A peine sur la route, la colère le gagne soudain alors qu’il devrait être tout à la joie de la naissance imminente de leur enfant, une colère qui remonte du fond de son corps, de son histoire et qu’il dirige contre celle qu’il aime. Et la neige continue à tomber dans des bulletins météo alarmistes, augurant d’un voyage long et difficile pour arriver jusqu’à Charlottesville.

Au cours des heures de cette odyssée qui s’égrainent, les souvenirs refont surface, et Russel revient sur le parcours de sa vie en même temps qu’il prend conscience qu’il n’est décidément pas prêt à être père. Peut-être peut-il encore échapper à ce bouleversement? Et s’il quittait la route, là, maintenant, pour partir ailleurs?

De flashbacks en souvenirs, Russel nous livre son histoire, celle d’un gamin élevé seul par son père, «le vieux », un cajun, ni américain ni français malgré son nom, Fontenot. Un taiseux, un vieux bourru, sans affection ostensible. 

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L’appel

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JO de Mexico, 1968 – un grand gars dégingandé de 21 ans efface la barre au saut en hauteur à 2,24 mètres. Record mondial et médaille d’or olympique, mais surtout consécration d’un saut dorsal qu’il a inventé : le Fosbury Flop.

L’appel n’est pas une biographie de Dick Fosbury. 

C’est le roman d’un garçon qui s’appelle Richard, un gamin entraperçu sur une photo par l’auteure dans les yeux de celui qui se cachait derrière ses mains pour se concentrer avant de sauter. 

Après l’échauffement, lorsqu’il se met en place devant le sautoir, ses réflexes reviennent tout seuls. Le balancement d’avant en arrière, le franchissement des paliers de concentration, tout se déroule dans l’ordre et il repousse l’émotion qu’il sent poindre en s’emmurant dans le silence. Il respire profondément et visualise sa course d’appel, son impulsion, puis convoque cette énergie étrange qui l’a propulsé par-dessus la barre, le corps à cent quatre-vingts degrés, bras et jambes tendus.

 

Comment nait une vocation, comment elle se déploie: c’est cet appel intime que Fanny Wallendorf s’attache à raconter dans ce beau et sensible premier roman.

A travers l’itinéraire de Richard, depuis les bancs de l’école à Portland, Oregon, jusqu’aux Jeux Olympiques de Mexico, Fanny Wallendorf raconte avec brio le dépassement de soi d’un gamin même pas plus sportif qu’un autre, mais entêté à réussir dans ce sport où les entraîneurs les uns après les autres, renoncent à l’entraîner. 

Avec son drôle de corps, ses bras trop long, Richard découvre le plaisir physique du sport et bientôt une capacité particulière à entrer en soi pour se concentrer. Richard travaille à l’instinct. D’abord, il perfectionne sa course d’appel « jusqu’à ce que son corps acquière une connaissance inconsciente des mouvements à accomplir ». Puis, par accident, après des milliers de tentatives de sauts aux ciseaux puis ventraux, il découvre qu’il peut enfin améliorer son saut en franchissant la barre en dorsal – une technique non répertoriée mais contre laquelle aucun règlement ne peut s’opposer. 

Peu lui importent les railleries, les menaces de disqualification, les humiliations des coach qui veulent le faire renoncer: celui qu’on surnomme l’Hurluberlu va finir par fasciner les journaux et à force de foi en sa technique, parvenir aux sélections des JO, alors que pèse sur lui la menace d’une convocation de l’armée pour partir au Vietnam.

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Le matin est un tigre

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C’est un roman tout en poésie.

Ou plutôt un conte qui, s’il n’était pas empreint de surréalisme, évoquerait un tableau du Douanier Rousseau, une végétation foisonnante dans laquelle se tapit un tigre, rugissant. On  ajouterait au vert des feuilles des touches de fleurs bleues, des camélias, quelques grenades, une poignée de pissenlits et le piquant des chardons.

Dans l’univers d’Alma, le monde est végétal, le paysage est une feuille, l’air a un parfum de fenouil et les lithographies qu’elle accroche au fil courant de sa boîte de bouquiniste, sur les bords de Seine, sont des représentations botaniques délicates.

Lorsque sa fille Billie tombe malade, les poumons envahis par une étrange maladie qui la fait suffoquer et la mange de l’intérieur, Alma a l’intuition qu’un chardon pousse là, au creux des poumons de sa fille. 

Jean, son mari, se moque gentiment d’Alma, le coup de la fleur dans les poumons, c’est un roman de Boris Vian, pas la vraie vie.

Les dix mois de maladie de Billie, cette enfant si sage, si adulte déjà, ont usé Alma. Elle est vidée, mais elle croule sous le poids de deux lourdes valises qu’elle traîne, sa vie lui a échappé – aime-t-elle même encore Jean, qui pourtant ne cesse de lui manifester tant de petites attentions? Elle n’a plus de désir pour lui. Seule la maladie de Billie la remplit.

Ce serait mentir que de dire que la période de maladie de Billie n’est qu’horreur. Alma a la sensation d’être privilégiée parfois: elle est là avec sa fille, dans la nuit, à fumer des roulées sur un tapis de feuilles craquantes de givre. Quel parent a cette chance?

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Les petits garçons

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Qu’il est doux, le refuge de l’enfance, celui où l’on est né heureux et où les parents restent éternellement « papa et maman ».

Qu’il est doux de ne pas perdre de vue l’enfant qu’on a été. 

D’ailleurs, a-t-on jamais vraiment grandi, malgré l’adversité et l’âpreté du monde, devenu imprévisible, auquel on appartient?

C’est sur ces chemins de l’enfance qui mènent à l’âge adulte que nous promène le narrateur. 

Un narrateur qui n’a pas de nom, qui reste juste le petit garçon, le doux, le rêveur, le timide, le maladroit. 

Celui qui pose un regard sans complaisance sur sa personne, mais toujours admiratif sur l’autre petit garçon de l’histoire, Grégoire, l’ami d’enfance, l’ami prodigieux jamais médiocre. Là où le narrateur se fera dilettante en optant pour les choix que l’on fait à sa place – une fac d’histoire pour y suivre sa petite amie du moment, une école de journalisme suggérée par sa mère, Grégoire  se fixera très tôt des objectifs de réussite que son intelligence brillante lui permettra d’atteindre avec succès. 

Dans la tradition du roman d’apprentissage, les petits bouts de vie du narrateur, en un écho nostalgique à nos propres petits bouts de vie, se succèdent dans le chaos plus ou moins maîtrisé de l’adolescence: les premières amours, les premières clopes, les premières boums, les premiers voyages scolaires, les premiers baisers maladroits, les coupes de cheveux grunge  laborieusement copiées sur celle du chanteur du « groupe le plus triste du monde ». Tandis que Grégoire coche toutes les cases de sa to do list, suivant scrupuleusement son objectif de vie pour parvenir au sommet de sa réussite.

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2018: le bilan

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C’est une année très riche qui s’achève. Une année des plus fortes en terme de lectures, d’évènements, de rencontres.

Une année aux allures d’accélérateur de particules, qui a décuplé toutes les énergies.

Paradoxalement, cette année de tous les possibles, de toutes les griseries, m’apparaît a posteriori comme celle où il est important de de ne pas perdre de vue d’où l’on vient, pour rester fidèle à soi et à ses envies, quitte à prendre parfois un peu de distance.

Les chiffres:

83 livres (hors BD et romans graphiques) lus en 2018 soit une moyenne de presque 7 livres par mois. A ceux qui s’interrogent sur ce rythme (qui n’est pas franchement élevé par rapport à d’autres lecteurs que je côtoie), je lis essentiellement le soir (donc très peu de télévision – et même si je me suis récemment abonnée à Netflix, les livres continuent à passer avant le petit écran).

Les pays:

la littérature française a pris plus d’importance cette année (+21 versus 2017), au détriment de la littérature américaine (-9 versus 2017). Les quinze livres restants se répartissent essentiellement entre littérature italienne, anglaise et belge.

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Les héros de la frontière

 

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On peut penser qu’il y a des dingues.

On peut envier leur liberté aussi, cette liberté de ne pas se poser de questions, mais d’agir en fonçant tête baissée. 

Comme Josie, qui décide de larguer les amarres de sa petite vie dans l’Ohio, qui lui pesait trop – en vrac, un mari aussi inconsistant que superficiel dont elle a pris le soin de se séparer, un cabinet dentaire perdu au profit d’une patiente lors d’un procès, le sentiment de culpabilité dans la disparition d’un être cher, et le regard d’une communauté qui la juge trop différente. 

Avec ses quelques milliers d’économie, elle embarque ses deux jeunes enfants dans une fuite à peine réfléchie à l’autre bout du continent, aussi loin qu’elle le peut, au fin fond de l’Alaska. Et c’est ainsi qu’à bord du Château, un vieux camping car dont la sécurité laisse à désirer, va débuter une errance en terre inhospitalière, ravagée par les incendies de fin d’été. 

Le voyage devient un enchaînement de mésaventures tandis que disparaît jour après jour, de parking en parking, la possibilité de réaliser le fantasme de « renaître dans une terre de montagnes et de lumière »

Nous sommes attirés par le confort, pensa Josie, mais celui-ci doit être rationné. Donnez-nous un tiers de confort et deux tiers de chaos – c’est cela l’équilibre

Et du chaos, Josie va en trouver! C’est avec ce chaos qu’elle va apprendre à jongler et tenter de sécuriser ses enfants en leur offrant le cadeau inestimable d’une confiance en soi que seuls ceux qui sont allés aussi loin dans le retour à l’essentiel peuvent probablement ressentir.

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Simple

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La Corse. Les odeurs du thym et de la marjolaine sauvage imprègnent immédiatement les pages. La lumière crue du soleil les éclaire. 

C’est un village posé au milieu de nulle part, entouré de maquis, de cailloux, d’une forêt et d’un lac. 

Un petit village avec son église, son cimetière, son bar, son épicerie. Et son fou – Il s’appelle Antoine, on l’appelle Anto, mais le plus souvent, c’est le baoul. 

Au village, il connaît tout le monde, mais il n’a pas d’ami. Enfin, plus maintenant. 

Il parle aux objets qu’il entasse dans sa cabane, comme les mots du dictionnaire qu’il collectionne.

A cette chaise cassée, qu’il vient de trouver, jetée au rebut, il va raconter sa vie en la promenant à travers le village. Comment il a tué sa mère en venant au monde. Comme il s’est senti seul quand madame Madeleine, l’institutrice qui a pris le gamin sale et cabossé sous son aile, est morte à son tour. Comment il s’est fait sa place au village, même quand on le traitait de débile ou de putois. Comment il s’est lié d’amitié avec Florence Biancarelli, la plus belle fille du village. Et comment il a pris quinze ans pour son meurtre. Qu’il n’a pas commis. 

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L’heure du bilan: novembre

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Changez-vous d’humeur en novembre? Faites-vous partie de ceux que le changement d’heure déprime?

Est-ce que vous avez l’impression vous aussi qu’on vole des heures à votre vie, que les soirées sont réduites à une peau de chagrin, qu’à peine rentrés du boulot on a l’impression que c’est déjà l’heure de se coucher?

Les chiffres:

J’ai la preuve, parfaitement, que l’espace temporel n’est plus le même: ma moyenne de lecture a chuté. Six livres lus en ce mois de novembre!

D’accord, ce n’est pas qu’une histoire de dimensionnement temporel: j’ai rencontré une petite panne de lecture,  un passage à vide de quelques jours, mais j’ai réussi à trouver la parade…

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Mauvais joueurs

IMG_6763Voici un roman qui m’a beaucoup fait réfléchir: quel regard porter sur le « modernisme » d’un roman écrit il y a presque cinquante ans?

Si les américains vouent un culte à Joan Didion, la journaliste / écrivaine / essayiste est moins connue en France. L’année de la pensée magique a été pour moi ni plus ni moins qu’une révélation. J’ai aimé poursuivre cette rencontre avec son recueil de chroniques l’Amérique et ce style qui a fait sa réputation, sec, vif, et représentatif de ce New Journalism auquel elle a largement contribué.

Dans Mauvais Joueurs, écrit en 1970, Joan Didion met en scène une jeune femme à la dérive, Maria Wyeth – née à Reno, elle a grandi à Silver Wells, Nevada au gré des gains et pertes de jeu de son père, avant de fuir la vacuité de cette bourgade de vingt-huit habitants pour s’installer à New York. D’abord mannequin, Maria est devenue l’égérie de Carter Lang qui l’a faite tourner dans deux films d’avant-garde. Mais voilà, à 36 ans, pleine de la douleur de ne pas pouvoir élever normalement une petite fille au lourd handicap mental, après un avortement forcé par son mari et un divorce qui se profile, lassée de la décadence du milieu du cinéma, Maria ne connaît plus que le vide, le rien. Rien ne l’accroche plus à l’existence à l’exception des longues heures passées à conduire sur l’autoroute de Los Angeles, sans but et la tête délestée de toute pensée, avant de se coucher le soir en avalant des barbituriques.

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Douce

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Douce.

Je peux vous le dire maintenant: Douce m’a bouleversée.

Douce, c’est une amie, une soeur, un reflet de soi dans un miroir à un instant donné.

Douce, c’est l’histoire d’une femme, et à travers elle, de tant d’autres femmes.

J’ai voulu attendre pour vous parler d’elle. Laisser passer le flot de ceux et celles qui l’ont lue.

Vous la présenter dans un écrin. 

Comme si, égoïstement, j’étais la première à vous en parler.

C’est elle, Douce qui vous racontera l’amour fou qu’on ne pressent pas venir, les rouages de la passion qui emporte, l’emprise totale qui aveugle.

Vous, vous verrez peut-être, d’emblée, le pervers narcissique, le manipulateur. L’homme égoïste, que tout sépare d’elle. L’âge, la géographie, les idées sur la vie, un mariage.

Vous verrez le danger, celui qu’elle a aussi pressenti, sur le qui-vive, intuitive. Mais qu’elle n’a pas pu, pas voulu esquiver. 

Huit ans de montagnes russes, transportée vers les sommets de l’amour éblouissant et dévorant, aimée, dévorée, chosifiée, puis happée par la chute vertigineuse, par l’attraction vers un désastre annoncé et inévitable.

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Ton histoire mon histoire

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Construction et déconstruction d’un mythe.

La légende de Sylvia Plath est née avec sa mort, et son suicide a donné toute la puissance dramatique à ses recueils de poèmes et à son histoire.

Connie Palmen a pris le contrepied de la légende qui fait porter à son mari le poète Ted Hughes la responsabilité de la mort de la poétesse, en choisissant de lui donner la parole dans une autopsie romanesque de leur histoire, en effet de miroir.

Tout commence en 1956 – bien sûr la tragédie était inscrite depuis bien plus longtemps en Sylvia Plath – lorsque les deux jeunes poètes se rencontrent à Cambridge.

Ted Hughes, géant bourru du Yorkshire, s’éprend follement de cette volubile américaine, « belle, spirituelle, lettrée et en rut, talentueuse et terrifiante, géniale et redoutable »

Habitué à la nature discrète des Anglaises, je la trouvais grandiose comme le Niagara, le flot incessant de ses paroles se déversant implacablement aussi assourdissant que d’immenses chutes d’eau.

Dans les premiers assauts d’une folie dévorante, elle marque du sceau de sa morsure la joue du poète: il est à elle, ils se marieront dans le secret quatre mois plus tard, réunis pour dédier leur amour à un idéal absolu de création poétique et littéraire. 

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Dark Tiger

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Clap de fin – Adieu Calhoun…

Calhoun, je te gardais bien au chaud, calé sur une étagère prête à s’écrouler.

On avait fait connaissance à Casco Bay, je t’avais connu davantage lors d’une Dérive sanglante.

J’avais un petit passage à vide, de ceux où tu regardes tous les livres autour de toi sans avoir envie d’en ouvrir un seul. C’est pour un de ces moments-là que je te gardais. Alors je t’ai délogé de l’étagère…

Calhoun, ta cabane dans les bois m’avait bien manqué. Ecouter la rivière chuchoter, assis sur la terrasse à déguster une tasse de café ou un coca. L’alcool, tu as arrêté il y a 7 ans, après avoir été foudroyé par cet éclair qui t’a rendu à moitié sourd et t’a fait perdre la mémoire. J’accepte – après tout, une petite cure de désintoxication (surtout pour moi qui suis accro, au choix, au champagne, au bourgogne, voire au Spritz) ça n’a jamais fait de mal à personne.

On est bien chez toi, dans le Maine. Le retour à la nature et aux grands espaces. 

Ces moments de grâce où tu pêches, je suis sur le bateau aussi, Ralph ton épagneul à mes pieds – je te regarde lancer la ligne, la mouche (une dark tiger parfaite pour la truite) touche l’eau et à peine avons-nous attendu que déjà des oscillations font frémir l’eau. Le poisson est là, reste plus qu’à lever la canne et ferrer. Une superbe truite du Maine, quatre livres au moins – tu la délivres et la relâche. Tu es comme ça, les poissons tu les préfères dans l’eau. 

La vie, tu la veux tranquille, avec à tes côtés Kate, ton associée et amoureuse – si possible. Elle est toujours un peu compliquée, Kate, mais c’est une chouette fille. 

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Les soeurs Livanos

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« Nous sommes grecques, le bonheur n’est pas pour nous… »

La naissance des soeurs Livanos était une occasion extraordinaire pour les dieux de la tragédie antique: à peine venues au monde, ils se sont précipités sur le berceau des riches héritières, filles du magnat des mers Stavros Livanos –  ils allaient leur en donner, de la beauté, de la folie, du drame pour animer leur vie de petites filles riches! 

Poséidon, sous les traits d’Aristote Onassis, dieu des mers, roi des océans, le torse puissant bombé, n’allait faire qu’une bouchée de Tina, la cadette, sublime naïade blonde.

Tina a seize ans, elle épouse en 1946 Onassis qui en a 23 de plus. Il est petit, trapu, mais avec son charme animal, il séduit les plus belles femmes. Tina est ambitieuse, magnifique, elle adore l’argent, et elle est follement amoureuse de celui que tout le monde appelle le Turc – celui qui parti de rien a su monter un gigantesque empire maritime.

Zeus lui aussi convoitait la jolie Tina – Stavros Niarchos est puissant et riche comme son ennemi Onassis. Coiffé au poteau, il épouse Eugénie la grande soeur de 19 ans en 1947, moins spectaculaire, plus discrète, et son nez, elle aurait préféré l’avoir moins long. Peu importe, finalement, elle a la plus belle dot, elle est intelligente, éperdument éprise, Niarchos la façonnera pour être la plus cultivée, la comblera de maisons, de toiles de maîtres et de bijoux.

Le ton de la surenchère est donné: dans une rivalité sans commune mesure, les deux hommes se dament le pion en permanence – l’un loue un château sur la Riviera, l’autre va l’acheter. Celui-ci achète un caillou désertique en Grèce dans la baie d’Argos et le transforme en jardin d’Eden, celui-là répond en achetant un îlot rocailleux qu’il transformera en paradis sur mer. Rien n’est assez cher, aucun obstacle ne leur résiste. Leur richesse n’a d’égale que leur puissance mégalomane. 

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Le crâne de mon ami

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Qu’ont en commun Goethe et Schiller, Dumas et Hugo, Sand et Flaubert, Tourgueniev et  Tchekov, Henry James et Stevenson, Virginia Woolf et Katherine Mansfield, ou encore Senghor et Césaire, pour ne citer qu’eux?

L’amitié!

Oui, les écrivains sont des humains comme les autres, capables d’entretenir de belles amitiés, faisant fi, au moins pour un temps, de leurs égos.

Anne Boquel et Etienne Kern ont regroupé dans cet ouvrage fort documenté, fort bien écrit, et tout simplement passionnant, treize histoires d’amitié aussi extraordinaires que le sont leurs protagonistes, mais également aussi humaines que celles du commun des mortels.

Ces amitiés ont poussé, pour la plupart, sur le terreau fertile d’une correspondance assidue qui aujourd’hui peut témoigner de leur intensité et de leur profondeur. Mais à double tranchant, les échanges épistolaires de ces mêmes écrivains avec des personnes extérieures à la relation permettent parfois aussi de voir cette amitié sous un angle plus critique, voire perfide…

On découvre à travers ces treize récits, qui se lisent indépendamment les uns des autres, des amitiés inattendues, de savoureuses anecdotes, des moments uniques de création littéraire, des témoignages historiques, des écrivains parfois en devenir qui doutent ou au contraire débordent de confiance en soi, des témoignages d’époques révolues.

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L’heure du bilan: octobre

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C’est fou comme un mois peut vite passer. Déjà un nouveau bilan? J’ai l’impression d’avoir à peine fini celui de septembre…

Les chiffres:

Huit livres – je suis en phase avec ma moyenne mensuelle (même si je triche un peu avec un roman graphique lu en à peine une heure!!)

Les livres:

Un thriller

ou tout comme – Piranhas est un roman glaçant mais qui tient parfaitement en haleine. Comment imaginer un baby gang qui va prendre la tête de la mafia napolitaine? Pas besoin d’imaginer, Roberto Saviano a recueilli les témoignages des survivants qui en ont fait partie, et en a conçu ce roman.

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Une déception

j’attendais beaucoup de Par les écrans du monde , mais le roman de Fanny Taillandier m’a paru froid, peu pourvu d’émotions dans un traitement proche du documentaire

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Un malaise

Roman sur la passion dévastatrice, Adoration m’a hélas tenue à distance, malgré un récit fort et une écriture exigeante.

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Einstein, le sexe et moi

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Soirée télé.

Oui, ça m’arrive rarement. Et encore plus rarement quand il s’agit d’un jeu télévisé!

Il m’a fallu à peine une petite soirée pour ce « Question pour un champion » exceptionnel, avec en special guest star un romancier qui est en train de se tailler une place de choix avec son second roman, Einstein, le sexe et moi.

En quatre manches, Olivier Liron m’a mise KO sur le ring du jeu. Un KO hébété, heureux, désarmé, révolté aussi.

A ceux qui ne le sauraient pas encore, Olivier Liron est autiste Asperger – je situe les choses comme lui, d’emblée, dans son roman, nous invite d’emblée dans son monde, fait d’habitudes immuables, de difficultés à appréhender les autres, d’émotions décuplées, et de dates, toutes les dates possibles et imaginables.

Sa mémoire est prodigieuse, ses centres d’intérêt aussi variés qu’inattendus, Olivier est le candidat idéal pour ce Question pour un super champion, la finale des meilleurs candidats!

Sauf que le jour de l’enregistrement, Olivier se réveille tard, tellement tard qu’il a à peine le temps d’enfiler une chemise, d’attraper son sac avec des vêtements de rechange pour les différentes prises et de se rendre en hâte aux studios de Saint-Denis. Et c’est une folle journée qui va commencer pour lui, entre les attentes et les parties qui vont s’enchaîner. Olivier veut gagner, il s’est préparé, entraîné, comme un sportif en vue de la compétition.

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Le coeur converti

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Il y a des livres qu’on n’arrive pas à quitter. Des livres qui nous touchent si intimement qu’ils nous suivent des jours encore après avoir tourné à regret la dernière page.

C’est ce qui vient de m’arriver avec Le coeur converti, le nouveau roman de Stefan Hertmans. Après un récit familial et personnel captivant dans Guerre et Térébenthine, l’écrivain choisit à nouveau la veine historique pour ce nouveau livre, dans lequel il mêle avec maîtrise la genèse de son roman à travers le récit d’une enquête de longue haleine, et l’histoire de ses personnages tissée à partir des matériaux récoltés lors de ces recherches.

Le résultat est passionnant pour qui est curieux de récits historiques enfouis, du lointain et mystérieux Moyen-Age, de destins de femmes hors du commun et néanmoins tragiques, et de l’histoire du judaïsme en Europe.

Stefans Hertmans est belge, mais il séjourne régulièrement dans le petit village provençal de Monieux, qui sous ses dehors tranquilles cache le tragique épisode d’un pogrom au 11ème siècle, pogrom qui pourrait être à l’origine de la légende d’un trésor caché dans le village.

 

Hanté par cette histoire, l’écrivain va essayer de reconstituer l’histoire à partir d’un fragment de parchemin trouvé dans la vieille synagogue du Caire. Ce parchemin, comme tous les écrits qui portaient le nom de Dieu, a été déposé dans la genizah du lieu sacré, où il a reposé pendant près de huit cent ans…

Sa traduction a permis de dévoiler une lettre de recommandation en faveur d’une jeune prosélyte d’origine chrétienne, convertie par amour au judaïsme et qui va devoir fuir pour échapper aux chevaliers que son père a lancés à sa poursuite pour la ramener.

Ainsi est née Vigdis Adélaïs, la triste héroïne de ce sombre roman.

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Frère d’âme

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Pour tous, soldats noirs et blancs, je suis devenu la mort. Je le sais, je l’ai compris. Qu’ils soient soldats toubabs ou soldats chocolats comme moi, ils pensent que je suis un sorcier, un dévoreur du dedans des gens, un dëmm. Que je le suis depuis toujours mais que la guerre l’a révélé

Comme une centaine de milliers de tirailleurs sénégalais, armés de leur fusil et de leur coupe-coupe, Alfa Ndiaye et Mademba Diop sont venus se battre sous le drapeau de la France. En Europe rugit la première guerre mondiale. Mademba Diop, tout chétif, mais avec l’âme d’un vrai combattant qui veut sauver la mère patrie, a su convaincre Alfa Ndiaye, son ami d’enfance, son frère adoptif, son plus que frère.

Ensemble ils ont quitté Gandiol, leur village. Avant de partir, Fary Thiam, la fille du chef du village, a offert au beau et fort Alfa le chaud, le doux et le moelleux du dedans de son corps, le début de la route vers la perte de l’innocence.

Au coup de sifflet du capitaine pour seule langue qu’ils comprennent sur le champ de bataille, les tirailleurs sénégalais courent au combat, fusil dans une main, coupe-coupe dans l’autre, lâchés sous les balles et les obus de l’ennemi comme de la chair à canon. La chair du dedans au dehors, comme celle de Mademba blessé par l’ennemi, qui dans l’atrocité de sa souffrance implore son ami Alfa de l’achever.

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Victor Hugo et les Femmes

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J’ai envie de vous parler de ces premières Rencontres littéraires granvillaises, auxquelles j’ai eu le plaisir d’assister hier.

Partout dans la ville, les affiches placardées invitaient le public à participer à ces premières rencontres consacrées à Victor Hugo et aux femmes: impossible de les louper! En province, ce genre d’occasions est plutôt rare – alors en province ET en vacances, évidemment je n’allais pas passer à côté, même si le temps froid mais lumineux invitait à la promenade en bord de mer, avec pour horizon Jersey et Guernesey, les îles de l’exil de l’écrivain.

Pour être totalement transparente, je suis loin d’avoir ne serait-ce qu’une petite connaissance de Victor Hugo – mis à part quelques poèmes, les extraits scolaires des Misérables, et Les travailleurs de la mer lu il y a très longtemps, je ne connais de l’écrivain que ses maisons (merveilleuse Hauteville House à Guernesey, et sa maison de la place des Vosges à Paris), quelques détails sur ses histoires sulfureuses avec ses maîtresses, son engagement politique qui lui valut de s’exiler pendant vingt ans, et bien évidemment l’histoire tragique de ses filles Léopoldine et Adèle. Mais j’ai toujours eu, historiquement parlant, le dix-neuvième siècle en horreur. Rien à faire, ce siècle ne me parle pas.

Ici, à Granville, il y a toujours eu une grande fierté à avoir accueilli deux fois (ou trois, il y a débat) Victor Hugo. Sa présence, anecdotique mais néanmoins historique, fait un peu partie de l’histoire de la ville, et j’ai le souvenir que très tôt, ici, on l’apprend sur les bancs de l’école.

Alors, ces premières rencontres autour de l’écrivain, axées sur son engagement envers les droits des femmes, mais aussi sur la complexité de son rapport aux femmes, étaient certainement une évidence.

Autour du journaliste Edouard Launet, animateur de cette table ronde, trois femmes érudites, passionnantes et pleines d’humour, spécialistes de Victor Hugo:

Mona Ozouf, philosophe et historienne

Florence Naugrette, professeur de littérature à la Sorbonne, éditrice de la correspondance de Juliette Drouet et auteure d’ouvrages sur le théâtre

Nicole Savy, ancienne directrice des affaires culturelles du Musée d’Orsay.

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Piranhas

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Maharaja, Briato, Tucano, Dentino, Drago, Lollipop, Oiseau Mou, Jveuxdire, Drone, Biscottino, Cerino – ils sont onze gamins, dont le dernier a à peine dix ans. Il ne faut pas se fier à leur jeune âge ni à leurs surnoms ridicules, car bientôt, en sillonnant la ville sur leurs scooters, ils vont prendre la tête de la mafia napolitaine.

C’est un roman, mais ce n’est pas une fiction. Ce baby-gang a vraiment existé, il a dominé le milieu napolitain pendant quatre ans –  et c’est son histoire qui a inspiré Roberto Saviano, journaliste reconnu pour ses enquêtes sur la mafia napolitaine. Depuis la sortie de Gomorra, son premier livre, sa tête a été mise à prix et il vit sous protection policière permanente.

Pour Piranhas, Saviano a choisi la forme romancée, qui lui a permis d’aller dans la psychologie et l’intimité des personnages. Et ce qui en résulte est un récit à couper le souffle, une chute vertigineuse dans l’univers criminel de la Camorra napolitaine.

Le chef du vrai gang s’appelait Emanuele Sibilo – Saviano s’en est inspiré pour créer son personnage principal, celui qui va prendre la tête de la paranza: Nicola Fiorillo. Nicola porte le même prénom que Machiavel, dont les écrits l’inspirent dans sa quête du pouvoir:

– J’aime bien Machiavel.

– Pourquoi?

– Parce qu’il m’apprend à commander

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La Métallo

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La Métallo:  je vous le concède, le titre surprend! Et pourquoi pas « la mécano » ou « la gaucho », pendant qu’on y est? Mais Antonin Varenne, lors de notre rencontre blogueurs au Festival America, avait évoqué, bluffé, la beauté de ce roman et de son écriture. Et vous pouvez me croire, quand un écrivain comme Antonin Varenne vous conseille une lecture, vous avez juste envie de récupérer immédiatement le-dit livre et de vous plonger dedans.

L’histoire d’Yvonnick a elle aussi de quoi surprendre! Oui, la métallo s’est elle. Une ouvrière métallurgiste en jupons, pourrait-on tout de suite ironiser!

Et alors? Pourrait-elle vous rétorquer fièrement en éclatant de rire, la Mézioù.

Oui, en blouse et en jupons – vous en seriez capables, vous, d’aller travailler avec les hommes au laminoir – pas à faire le ménage à côté ou à trier des bouts d’acier à la chaîne, mais de faire le même travail qu’eux, porter les charges, suer au labeur, encaisser sans rien dire les pires corvées de lavage, tout ça en robe et en blouse, oui, parce qu’à cette époque, vous ne le savez peut-être pas, mais les femmes n’avaient pas le droit de porter de pantalons!

Ne cherchez pas mes larmes dans mon histoire, car ici j’ai été heureuse. Je suis rare dans mon espèce, peut-être, oui

C’est lors d’une visite de l’usine J.J. Carnaud et Forges, devenue depuis propriété d’Arcelor Mittal qu’Yvonnick Le Bihan, ancienne ouvrière aux aciéries, se replonge dans ses souvenirs.

Je suis une métallo. La prolo de l’atelier des plaques, le titre pour une vie d’une femme d’acier.

Dans le marais où elle a grandi, aux Moutiers, Yvonnick a musclé ses bras en portant le sel, en coupant les salicornes, pliant son corps aux travaux maraîchers et domestiques – sa mère lui a appris que les bras d’une femme doivent être de fer, musclés pour porter du lourd, musclés pour se défendre.

Elle a vingt ans, et un vacancier lui ravit son coeur et éveille son corps au désir des hommes. Julien Péric est métallo, il l’épouse et elle quitte le marais pour sa minuscule maison en planche de bois à Couëron, près de Nantes. Dans leur cocon, les tourtereaux élaborent les plans de leur avenir. Yvonnick veut travailler, elle deviendra dactylographe. Le travail, il n’en manque pas dans la région, et sitôt sa formation bouclée, elle est recrutée comme assistante secrétaire. Yvonnick ne pourra jamais prendre son poste, car elle accouche subitement alors qu’elle ne se savait même pas enceinte – son corps avait à peine esquissé quelques nouvelles rondeurs. Le petit être qui soudain apparaît dans sa vie n’est hélas pas un enfant comme les autres, mais ce petit Mairobin si fragile, peu importe, est un cadeau du ciel et elle et Julien vont le chérir tendrement. Ils aiment la vie, et Mairobin s’y accroche à cette vie. Cette chienne de vie qui, un matin, peu après, va tuer Julien à vélo sur la route de l’usine. Cette chienne de vie qui, sans aucune forme de compassion, va faire débarquer le patron de Julien chez Yvonnick en lui demandant de quitter la petite cabane en bois… ou alors, peut-être y aurait-il une autre solution. Comme reprendre le poste laissé vacant par son mari bêtement tué par un chauffard sur la route, mais évidemment, pas au même salaire – elle est une femme tout de même, pas un homme!!

Pas un homme? Non, mieux, une femme. Déterminée, galvanisée, qui va tout faire pour gagner sa place et sa légitimité au milieu des rires graveleux de ses collègues masculins.

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L’heure du bilan: septembre

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Que j’aime les rentrées littéraires! Les nouveautés sur les tables des libraires (et dans ma boîte à lettres), les évènements passionnants qui se succèdent dans la frénésie des trois premières semaines, mon comportement aussi qui ressemble à celui d’une boulimique de livres. La table du salon crie « Au cahot! », le pied de mon lit « A l’anarchie! » (tandis que mon mari, désespéré, me demande où je compte ranger tout cela…)

Les chiffres:

Pas moins de 567 romans parus, c’est vertigineux. 381 romans français, 186 romans étrangers – et 94 premiers romans. Vous en avez déjà découvert quelques uns en Août, et mes lectures de septembre, au nombre de sept, compte 6 romans de cette rentrée…

Les livres:

Un coup de coeur absolu

Pour le nouveau roman de Maylis de Kerangal, Un monde à portée de main dont l’écriture m’a littéralement chamboulée, subjuguée, interrogée.

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Deux livres autour de l’art

mais qui explorent aussi d’autres territoires. Une formidable biographie de Françoise Cloarec, J’ai un tel désir, qui nous raconte l’histoire d’amour entre Marie Laurencin et Benoîte Groult, au début du 20ème siècle.

C’est également ce début de 20ème siècle qu’a choisi de raconter Antonin Varenne avec La toile du monde, formidable épopée menée par Aileen Bowman, journaliste américaine qui vient couvrir à Paris l’exposition universelle de 1900. Une fresque passionnante.

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Par les écrans du monde

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Comme tout un chacun, je suis capable de me rappeler précisément le moment où j’apprenais l’attentat du Word Trade Center – un moment lié à une émotion intime, celle qui accompagne le bouleversement inéluctable de notre monde, de notre bulle, qui avant le 11 septembre 2001 nous paraissait tout simplement invincible.

Dans son nouveau roman, Fanny Taillandier nous fait revivre l’attentat, autrement que par le biais de ces écrans qui des jours durant, ont retransmis en boucle les images stupéfiantes des avions percutant les deux tours, avant qu’elles s’effondrent. Des images ineffaçables de l’inconscient collectif, à jamais gravées dans les mémoires intimes.

Ce jour du 11 septembre, William Johnson prend son service de chef de sécurité à l’aéroport Logan de Boston – dans la foule de l’aéroport, un certain Mohammed Atta  arpente les couloirs, avant d’embarquer sur le vol AA 11 à destination de Los Angeles. Pendant ce temps, Lucy, brillante mathématicienne et soeur de William, atteint le Word Trade Center pour rejoindre le 102e étage de la Tour Sud. Ce matin-même, très tôt, leur père malade les a appelés pour leur annoncer qu’il allait mourir. Le choc de cet appel qui anéantit le frère et la soeur va être bientôt supplanté par le drame national auquel ils vont être parallèlement personnellement confrontés.

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La Cloche de détresse

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Quelques vers échappés d’un livre d’anglais de classe de cinquième, dont les mots disparus depuis longtemps ont pourtant laissé une trace sibylline dans mon esprit.

Des vers, nous avait-on expliqué, d’une poétesse qui avait choisi la mort, très jeune. Je me souviens que les vers étaient limpides, simples, et que je m’étonnais que cela puisse être de la poésie.

J’ai toujours gardé Sylvia Plath dans un coin de ma tête. A la librairie Lello à Porto, tombant sur un livre de correspondance de Sylvia Plath (The Letters of Sylvia Plath Volume 1: 1940-1950) j’ai été subjuguée par la photo de couverture, qui tient plus de la pin up des fifties que de la poétesse torturée. Je voulais ce livre, comme l’aboutissement d’une quête que je ne savais décrypter. Je l’ai finalement reposé.

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Lorsque je suis tombée sur La Cloche de détresse, la semaine dernière au Festival America, j’ai su que c’est par là que je devais commencer. Paru peu de temps avant sa mort, La Cloche de détresse est son unique roman, publié sous pseudonyme, et il est très largement inspiré de la vie de son auteure.

A travers l’histoire d’Esther Greenwood, c’est l’histoire de ses propres conflits intérieurs que Sylvia Plath raconte.

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La toile du monde

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Paris, 1900 – le monde s’ouvre sur le vingtième siècle dans le sillon de l’exposition universelle, à laquelle convois officiels débarquant des quatre coins de la planète et peuplades moins civilisées, plantées dans les décor de carton-pâte de ce monde en version réduite, participent.

Aileen Bowman débarque des Etats-Unis pour couvrir l’évènement pour le New York Tribune. Flamboyante rousse, indépendante, fille d’un aventurier anglais et d’une utopiste alsacienne, Aileen a la liberté de ceux qui ont grandi dans la jouissance des grands espaces.

Sous couvert de reportages journalistiques, Aileen est venue à Paris à la recherche de Joseph, celui qu’elle appelle son frère blanc, un métisse indien, embarqué dans la troupe de spectacle du Pawnee Bill’s Historic Wild West Show.

Parallèlement à son emploi au New York Tribune, Aileen écrit sous pseudonyme des chroniques pour La Fronde, un journal féministe.

Dans ce Paris au coeur palpitant, à la charnière de deux siècles mais résolument en route vers la modernité, Aileen va côtoyer les architectes de ce renouveau – artistes pas encore célèbres du Bateau-Lavoir, inventeurs du progrès comme un certain Rudolf Diesel, ou encore les ingénieurs du métro parisien qui creusent les entrailles de la capitale.

Dans un grand souffle romanesque, Antonin Varenne nous embarque dans ce roman d’aventures – au pluriel, mené par une héroïne qui s’offre toutes les libertés – celle de porter des pantalons avec l’autorisation du préfet Lépine, de conduire une bicyclette pour traverser Paris, d’aimer librement les femmes comme les hommes, d’offrir à la toile du peintre Julius Stewart son corps tatoué. On pourrait même, parfois, percevoir une pointe de machisme chez Aileen, ce qui paradoxalement ne fait qu’exacerber sa féminité, sa sexualité sensuelle et sulfureuse.

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Les voyages de sable

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Comment réagiriez-vous si une personne que vous côtoyez quotidiennement depuis quarante ans vous dévoilait soudain qu’elle a 315 ans?

C’est ce qui va arriver à Virgile Alighieri.

Ce soir de décembre, lorsqu’il débarque à la Table des Arts, Monsieur Jaume n’a pas l’air très en forme.

Depuis quarante ans que le cafetier et son client se voient quotidiennement dans le petit troquet de la rue Saint-André-des-Arts, ils ne se parlent pas beaucoup, selon leur rituel réglé comme du papier à musique: assis sur sa banquette en moleskine, après avoir porté son index et son majeur à sa tempe pour le remercier, Jaume avale le café crème déposé par monsieur Virgile.

Ce soir-là, pourtant, pour la première fois depuis quarante ans, les deux hommes vont parler.

Et Jaume va raconter à un Alighieri ahuri, tour à tour sceptique et intrigué, sa folle histoire à travers les siècles.

Car Jaume est immortel.

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J’ai un tel désir

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Après « L’indolente » Marthe Bonnard, c’est à Marie Laurencin que Françoise Cloarec s’intéresse dans sa nouvelle biographie – pas seulement à l’artiste, mais à la femme amoureuse et à l’histoire passionnée qu’elle a vécu avec Nicole Groult, couturière, femme d’esprit, soeur de créateur, épouse de designer, et mère de deux filles qui deviendront deux grandes féministes, Benoîte et Flora.

Se plonger dans l’histoire de Marie Laurencin, c’est côtoyer d’éminents artistes contributeurs de l’art moderne, cubistes, fauvistes, dadaïstes, c’est voir revivre Montmartre et le Bateau-Lavoir, c’est pénétrer l’intimité de la création aussi bien littéraire que picturale, c’est assister à une grande fête, gueule de bois comprise, où les monstres sacrés de l’art sont réunis, c’est aimer sans contrainte.

Etre artiste, c’était avant tout avoir un tempérament hors du commun.

Et il lui en fallait, à cette jeune fille née en 1883 de père inconnu , qui a grandi dans l’ombre d’une mère qui ressemblait à une nonne – mais qu’elle aimait intensément. Il lui aura fallu de la fantaisie, pour vouloir étudier la peinture sur porcelaine lorsque sa mère voulait en faire une petite institutrice toute grise, fréquenter l’académie Humbert et finalement choisir de devenir artiste dans un milieu d’hommes où les femmes, au mieux, étaient seulement des muses.

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Autoportrait, Marie Laurencin

Déjà, en ce début de siècle, elle fait des premières rencontres essentielles: Georges Braque, Francis Picabia, Henri-Pierre Roché, Yvonne Chastel. Au Bateau-Lavoir, elle rencontre Picasso, qui la présentera au poète Guillaume Apollinaire et avec qui elle vivra une relation amoureuse et tumultueuse pendant cinq ans.

C’est l’année de cette rencontre, alors qu’elles ne se connaissent pas encore, que Nicole Poiret, soeur du célèbre couturier Paul Poiret connu non seulement pour avoir allégé la tenue des femmes mais également pour avoir donné à Paris des fêtes mémorables, épouse André Groult. De cet intellectuel, elle fera un designer reconnu. Nicole est avant tout une femme de tête, une élégante au goût sûr, une féministe avant l’heure, une personnalité brillante et joyeuse, qui à l’instar de son frère ouvrira sa maison de couture. Si les deux femmes semblent parfaitement épanouies dans leurs vies sociales et amoureuses, la question de leur plénitude sexuelle se pose. Marie Laurencin a déjà eu des amours féminines dans lesquelles elle semble plus s’épanouir, tandis que Nicole Groult est rebutée par l’idée de la sexualité avec son mari.

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Un monde à portée de main

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Je sors de ce roman un peu sonnée. Etourdie. Et reconnaissante aussi. Nourrie d’une langue autant que d’une histoire.

Je me suis détachée de Paula Karst, et l’image de Maylis de Kerangal s’est superposée à la sienne. Ce ne sont pas les similitudes entre le personnage et l’auteure qui se sont imposées, mais l’auteure elle-même, dans sa démarche d’exigence, dans son travail d’écriture qui texturise la matière, explore les strates, dissèque les mouvements. Je l’ai vue, dans la besogne vertueuse, dans cette chambre de bonne qui depuis plusieurs années est son espace de recherche, de réflexion, de création littéraire, subjuguée par la liberté que lui offre le confinement de l’endroit, envieuse de ce savoir-écrire rare. De ce souffle qui emporte, de cette acuité hypnotique, paralysante. De ces phrases longues qui s’enroulent en spirales, ou se déroulent en volutes. De cette grâce qui se dégage du labeur qui a dû soupeser chaque mot, Maylis de Kerangal se faisant l’artisan d’une langue comme Paula se fait l’artisan du trompe-l’oeil.

Que dire de cette langue qui claque, rythmique, obsédante, aspirante, technicienne, débarrassée  de la froideur chirurgicale de « Réparer les vivants », et qui dans « Un monde à portée de main » atteint à mon sens les sommets de la création littéraire?

Cette langue, qui m’a tellement conquise, m’en ferait presque oublier, à tort, une histoire qui nous raccroche aux racines de notre monde, de notre histoire et de l’art.

Paula Karst, le regard fendu, les yeux vairons au léger strabisme divergeant est une fille un peu indécise, même, aux dires du narrateur, une fille « moyenne, protégée, routinière, et pour tout dire assez glandeuse ». Paula veut peindre, nous sommes en 2007 et elle intègre une école de peinture rue du Métal à Bruxelles, pour apprendre l’art du trompe l’oeil.

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L’Ecart

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J’ai vécu sous le regard d’un ciel immense, dans un espace infini. Pourtant, je me heurtais sans cesse aux confins de l’île et de la ferme

A dix-huit ans, Amy Liptrot quitte l’île des Orcades au Nord de l’Ecosse, où elle est née et a grandi.

L’île est trop petite pour ses rêves, trop calme pour l’action.

A Londres, où elle s’installe, dans le confinement d’une chambre d’étudiante, le bouillonnement de la ville donne matière à son exaltation, et Amy est emportée dans le tourbillon des soirées où l’alcool devient le complice toxique de ses débordements, et l’ivresse sa seconde nature.

Aspirée dans la spirale de l’alcoolisme, la frasque de trop la mènera vers la cure de désintoxication quelques années plus tard.

C’est ce retour à soi dans le renoncement à l’alcool, qui chaque jour est un nouveau combat, qu’Amy Liptrot livre dans L’Ecart.

L’Ecart, mot magnifique à double sens, qui désigne le pâturage le plus éloigné de la ferme, sis sur une bande de terre côtière où les brebis et les agneaux passent l’été – mais aussi la fuite.

Celle d’Amy qui va rebrousser chemin, et retrouver ses Orcades natales pour tenter de renaître à la vie, et se purifier au contact de la nature salvatrice.

Aidant un premier temps son père dans la ferme familiale, elle redécouvre la magnificence des îles, la nature omniprésente, les vents qui soufflent, la lande, la mer, les oiseaux – que, bientôt missionnée par la Société royale de protection des oiseaux (RSPB),  elle va patiemment dénombrer.

C’est sur l’île de Papay, isolée pour l’hiver, que la quête introspective va prendre tout son sens. Dans la solitude de l’île où elle loue une maison au confort spartiate, Rose Cottage, se nourrir, se chauffer sont des défis quotidiens simples qui raccrochent à la vie.

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Une vie de pierres chaudes

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Il y a parfois des titres, plus que le sujet derrière le titre, qui nous attirent.

Que se cachait-il derrière la minéralité de celui-ci, « Une vie de pierres chaudes », qui m’a fait dépasser ma hantise d’un thème que je fuis le plus souvent: la guerre d’Algérie?

Il aurait aimé lui parler de la mer, de tout ce qu’elle était réellement, les voiles géantes des vagues, les routes invisibles des bateaux, les eaux profondes parcourues d’étoiles, un grand baiser très bleu, un monde sans origines ni fin qui porte en lui l’histoire des hommes et la promesse d’une paix infinie.

Je me suis laissée porter par ce récit qui démarre de façon énigmatique, un homme dans un tramway qui va vers les hauteurs d’Alger, un étranger que le regard des autres exclut. Un homme qui d’emblée fait naître une lourdeur dans le bas du ventre, comme un malaise, comme une attente aussi.

Mais le récit glisse sur un autre terrain, revient six en arrière en 1964, dans l’été lumineux d’Alger la blanche: les filles de la jeunesse dorée française y sont belles, brandissant leur légèreté un peu sulfureuse comme des héroïnes de Sagan. Rose rencontre Louis, l’homme du tramway, et le destin entre la bachelière et l’appelé de la guerre d’Algérie est scellé.

Rose est volubile, gâtée, heureuse de vivre. Louis est terriblement séduisant – tout autant qu’il est silencieux, coupant, taciturne. Et soudain, dans la vie de Rose, le doute va s’insinuer: qui est vraiment Louis, cet homme qu’elle finit par épouser – sans le connaître?

Rose n’entendait plus qu’un bourdonnement monstrueux. Elle luttait contre le vertige, une sensation hideuse d’écoeurement qui explosait dans sa tête. Ses cheveux étaient trempés, la sueur coulait comme de l’eau sur son front. Elle relâcha tous les muscles de son corps et se laissa doucement glisser au sol

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L’heure du bilan: août

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Et soudain, en entamant la rédaction de cet article, le vertige: je n’ai pas publié ici depuis mai! Trois bilans manqués, trois mois trop chargés. Trois mois de plaisir de lecture, de rencontres, et de frustrations aussi. C’est pour cette raison que j’ai fait le choix de ne m’inscrire à aucun jury pour les mois à venir, pour rester libre de mes lectures, de mon temps et de mes envies.

Alors voilà, après un magnifique été, des vacances très denses qui m’ont apporté une belle décompression, de très heureux moments en famille, et un dépaysement complet sans partir vraiment très loin, je suis prête pour cette rentrée! Triple rentrée, professionnelle d’un côté, scolaire de l’autre. Et au milieu, la rentrée littéraire qui se prépare déjà depuis plusieurs semaines. Mais l’idée, c’est de réussir à tout gérer! Et de retrouver de la ré-gu-la-ri-té!

Les chiffres:

Trois semaines de vacances, des kilomètres entre le Portugal et l’Andalousie, à fond – toujours! La peur que ce rythme ralentisse mes lectures, mais finalement j’ai réussi à enchaîner sans pression aucune, en gardant le plaisir intact. L’idée, pendant ces trois semaines, c’était d’alterner les lectures dédiées au Portugal, les envies spontanées et quelques romans de la rentrée littéraire. Voire, parfois, allier les deux (je vous explique après!). On arrive ainsi à un bilan plutôt satisfaisant de 8 livres!

Les livres:

Deux lectures autour du Portugal

 

Découvrir la littérature portugaise à travers Lidia Jorge et ce somptueux roman, La couverture du soldat autour de la relation d’une fille et de son oncle, qui est en réalité son père. Lecture exigeante mais à l’écriture remarquable, d’une grande profondeur.

A Lisbonne, c’est Philippe Besson qui m’a accompagnée avec Les passants de Lisbonne. Besson qui ausculte les âmes, les corps, les maux. Une très belle histoire, triste mais pleine d’espoir. Et j’ai trouvé intéressant que Besson ose à sa façon le roman d’anticipation avec ce roman.

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Balles perdues

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Réveil en ce matin du lundi 27 Août 2018, branchée sur France Inter : 7H30, le journaliste annonce une nouvelle fusillade aux Etats-Unis. Jacksonville, Floride. Deux morts, onze blessés. Le tueur avait 24 ans. Il s’est suicidé, il sera le troisième mort.

Ce nouveau fait divers sordide, une fusillade parmi tant d’autres aux Etats-Unis, fait tristement écho à la lecture que je viens d’achever, Balles Perdues.

C’est aussi là-bas, en Floride, que se situe le nouveau roman de Jennifer Clement.

Dans le camp de caravanes d’Indian Waters, sur le parking des visiteurs, Margot France a arrêté sa vieille Mercury quinze ans plus tôt.

Elle n’en est plus jamais repartie, garée là, au milieu de nulle part, avec son bébé. La Mercury est devenue leur foyer, l’herbe a poussé autour des roues dont les pneus sont à plat – Pearl a grandi, mais comme sa mère, elle est si petite, comme si leur corps étaient formatés à l’exiguïté de cet espace.

Pearl a la peau très pâle, si pâle, les yeux pastel et les cheveux tellement blancs qu’ils ressemblent à la nacre dont elle porte le nom.

Pearl a bientôt quinze ans, elle en fait à peine six, et elle n’a connu jusqu’ici de la vie que ce camp de caravanes, la Mercury et l’école. Pearl, de sa mère, a appris la délicatesse, les gants blancs qu’on se doit de porter pour aller à l’église, la porcelaine de France et les couverts en argent. Elle a aussi hérité de son incroyable empathie pour les êtres et pour les objets. Et elle vole des cigarettes.

Telles de petites elfes, mère et fille survivent dans la puanteur de la décharge derrière le camp, et dans la peur d’être dévorées par les alligators qui grouillent dans la rivière. Autour d’elles, dans des caravanes éparpillées comme dans une cour des miracles, vivent les personnages les plus improbables qui soient:  Avril May, la seule copine de Pearl, avec laquelle elle se lance les défis les plus improbables, fille du sergent vétéran Bob et de Rose l’infirmière. Le pasteur Rex, secrètement amoureux de Margot. Roberta Young, ses deux chihuahuas, son perroquet, Noelle sa fille de trente ans passionnée de circuits électriques et de sa collection de Barbie. Ray et Corazon, un couple de mexicains qui ont parsemé le devant de leur caravane de flamants roses en plastique.

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Avec toutes mes sympathies

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Elle.

A la fois discrète et populaire.

Celle qui depuis tant d’années parle des livres et nous donne envie de les lire.

Celle qui avec ses mots sait dire avec passion pourquoi elle adore, ou avec véhémence pourquoi elle déteste, sans ambages.

Celle dont l’écriture, fine et sensible, nous a si souvent interpellée, à se questionner: pourquoi n’écrit-elle donc pas?

Elle, maintenant, à son tour sous le feu des projecteurs de la rentrée littéraire.

Attendue avec impatience depuis qu’il se chuchote qu’elle a écrit un livre.

Qu’elle va sortir un livre. Pas un roman non, mais un récit personnel. Elle, que l’on voit si pudique.

Alors, forcément en ce jour de présentation de la rentrée littéraire de septembre, à l’Institut du Monde arabe, on était ému de la considérer à l’intérieur de ce cercle d’écrivains – cette fois elle n’allait pas parler des livres des autres, mais du sien. Sereine, en apparence uniquement peut-être, souriante, elle a parlé posément d’Avec toutes mes sympathies, né comme une nécessité de la perte tragique de son frère et, lumineuse, nous en a lu quelques pages.

Où es-tu mon frère?

Comme une quête, Olivia de Lamberterie pose inlassablement la question dans son récit.

Où es-tu mon frère?

Alexandre a choisi de mourir. Il avait 46 ans. Peut-on être assez malheureux ici-bas pour décider qu’on ne peut plus vivre? Peut-on être si désespéré que les êtres qu’on aime et qui nous aiment, avec force, ne nous lestent même plus assez pour pouvoir rester ancré chez les vivants?

Il est mort, mais où est-il parti, cet être de lumière?

Et si c’était lui, ce grand oiseau noir, qui toujours lui apparaît, comme un signe?

Le retrouver est une quête, l’espoir auquel se raccrocher dans le désespoir le plus profond.

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La neuvième heure

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Alice Mc Dermott a fait de Brooklyn son territoire littéraire, qu’elle explore inlassablement. Son dernier roman, La Neuvième Heure, ne fait pas exception.

On y retrouve donc les ingrédients familiers de son oeuvre: les années 30, les liens familiaux, les origines irlandaises, et bien sûr, l’église.

C’est d’ailleurs elle qui est le personnage principal de La neuvième heure, ou plus exactement ses silencieuses et besogneuses représentantes, les Petites Soeurs soignantes des Pauvres Malades de la Congrégation de Marie devant la Croix, qui telles des chefs scout organisent la vie de ce quartier de Brooklyn.

Le jour où Annie, une jeune immigrée irlandaise, se retrouve veuve, de surcroît enceinte, soeur Saint-Sauveur débarque dans l’appartement sinistré par le suicide du mari comme elle débarque dans la vie d’Annie: directe, efficace, charitable.

Annie se retrouve avec un emploi de blanchisseuse au couvent, et avec une armada de baby sitters attentives à la petite Sally qui va grandir entourée de nonnes, chacune pourvue de son caractère: Soeur Lucy, au premier abord mal embouchée mais qui veillera avec bienveillance sur Annie, la novice Soeur Jeanne, espiègle et complètement dévouée aux enfants et surtout à Sally, et Soeur Illuminata, qui initiera Annie aux secrets du métier de blanchisseuse.

Dans le confinement du couvent, une belle demeure au parfum d’encaustique offerte à la congrégation, Alice Mc Dermott observe le ballet des nonnes à travers leur multiples tâches quotidiennes ponctuées par les prières dévouées à leur Dieu tout puissant.

Mais elle nous narre aussi l’histoire d’Annie et de Sally.

Annie, veuve, mère célibataire et pas moins femme qui portera le poids double du péché, celui de son mari suicidé et celui de la relation secrète qu’elle entretient avec M. Costello, le laitier tristement marié.

Sally, petite fille heureuse, choyée par sa mère et par les soeurs, qui se promènera sur le chemin de la vocation religieuse en cherchant sa voie.

Alice Mc Dermott a un don particulier pour explorer et décortiquer les petits riens de la vie quotidienne, et ce talent est encore plus louable lorsqu’il s’attache à rendre captivante la vie de quatre nonnes… Car franchement, le sujet est loin d’être glamour!

Captivantes, touchantes, énervantes parfois, elles sont aussi lumineuses, dans leurs habits amidonnés, ces petites fourmis indispensables à la vie du quartier, entre les soins qu’elles prodiguent aux malades et aux nécessiteux et l’aumône à laquelle elles consacrent leur fin de vie.

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Livraria Lello (Porto)

Porto est une ville magnifique. J’y ai découvert un charme authentique et une photogénie extraordinaire.

Pourtant je ne l’avais pas du tout préparé ce voyage, au mieux je savais qu’il y avait un endroit que je voulais vraiment voir, la LIVRARIA LELLO.

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Naïvement, nous sommes arrivés sur place, un lundi matin, tranquillement. Il y avait déjà foule sur le trottoir, à faire la queue. Signal d’alarme dans ma tête… fallait-il prendre nos jambes à notre cou et fuir? Mais déjà je réalisais que cette file n’était pas la bonne, car il fallait faire une première queue pour l’honneur de se placer dans celle-ci… et qu’il fallait aller acheter son billet d’entrée plus loin. Je crois que je n’ai pas trop réfléchi, tellement je voulais pouvoir entrer dans ce lieu qui, dit-on, aurait inspiré J. K. Rowling pour son Harry Potter. D’où vraisemblablement ce public nombreux, venu en pèlerinage.

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Au bout d’une bonne vingtaine de minutes, j’ai tendu mes euros à la caissière. En déglutissant. J’avoue que payer pour le droit d’entrer dans une librairie, ça m’embarrasse beaucoup. D’autant plus qu’il s’agit de 5 (CINQ) Euros par personne, sous forme de voucher qu’on déduira du livre que vous y achèterez (mais sachez toutefois que les vouchers ne sont pas cumulables…), certes…. Je me sens déjà un peu en colère de ce qui sent très fort le business éhonté (je ne vous parle même pas des marque pages, cartes postales et autres bougies qui sont aux caisses…).

Heureusement, ma garde rapprochée postée dans la première queue avait avancé et nous sommes entrés rapidement dans la librairie. Comme dans un lieu saint. Oui, tout ce bois magnifique partout, et cet escalier monumental face à nous, ça en impose et je crois même me souvenir d’une odeur de cire… mais il est fort possible que ce soit la mémoire qui sublime ou invente les réminiscences !

Il y a quelques temps encore, les photos étaient interdites. Comme dans un musée.

Et là, je me sentais perdue parmi tout ces touristes en train de faire leur selfies dans l’escalier (bien heureusement les perches à selfies sont interdites!). Un peu comme à Montmartre, ou à la Tour Eiffel. Mais quel escalier tout de même! J’avoue, on s’attend à voir Harry Potter sortir d’une porte cachée, et c’est magique.

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La révolte

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Oyez ayez, braves gens, damoiselles et damoiseaux!

Parce que j’aime les romans historiques, j’ai décidé de démarrer cette rentrée littéraire en vous présentant le nouveau roman de Clara Dupont-Monod, La révolte.

Il fut un temps, il y a fort longtemps, où les hommes rêvaient de terres, de châteaux, et de royaumes toujours plus grands, toujours plus vastes, toujours plus loin.

Il fut un temps où ces hommes déclaraient des guerres pour les conquérir.

Il fut un temps où ces hommes menaient des luttes fratricides pour se les arracher.

Il fut un temps, aussi, où ces hommes renversaient parfois leur père.

Et il fut un jour, même, où une mère poussa ses fils à entrer en guerre contre leur père.

Cette mère, c’est Aliénor d’Aquitaine.

Elle l’a ordonné à ses fils: Renversez votre père!

Elle les a élevés pour cela. Pour combattre, à sa place.

Et en donnant les conseils d’une guerrière avisée: « Tue ou laisse vivant, mais ne blesse jamais, car un animal blessé devient dangereux »

Aliénor, doublement reine, d’abord épouse de Louis VII le roi de France, épousé à 13 ans en 1137 et qu’elle quitta quinze en plus tard, en réussissant la prouesse outrageante de faire annuler le mariage. Puis épouse de Henri II Plantagenêt, futur roi d’Angleterre – à qui Aliénor apporte son territoire considérable et follement convoité, cette Aquitaine qui s’étend du Poitou à la frontière espagnole, cette merveilleuse Aquitaine que le Plantagenêt lui confisquera pour mieux régner. Quelle erreur, ce mariage!

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Dans les angles morts

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Ne cherchez plus, si vous vouliez trouver le roman idéal pour partir en vacances cet été, le voici! Puissant, brillant, haletant, vertigineux.

Nous sommes à la fin des années 70, dans une petite ville de l’état de New York. Sur une route de campagne isolée, dans une vieille ferme bradée quelques mois plus tôt aux enchères, vivent les Clare avec leur petite fille Franny. Professeur d’histoire de l’art à l’université locale, George Clare rentre chez lui un soir de février et découvre sa femme Catherine assassinée, tandis que sa petite fille est restée seule dans sa chambre toute la journée. Que s’est-il passé dans cette maison qui porte déjà dans ses entrailles un autre drame, celui de la mort des Hale, ses anciens propriétaires? Travis Lawton, le shérif, en vient très vite à soupçonner le mari, parti se réfugier chez ses parents dans le Connecticut.

L’histoire reprend un an plus tôt, en 1978 alors que les Hale habitent encore la maison. La famille Hale a tout perdu, l’activité laitière de la ferme n’est plus rentable. Bientôt, leur maison leur sera prise. Dans un acte de désespoir, ou d’égoïsme profond, Cal Hale, homme taciturne, violent, décide de mettre fin à ses jours et à ceux de sa femme Ella. Ils laissent orphelins leurs trois garçons, Eddy, Wade et Cole, incapables de comprendre le geste de leurs parents et profondément meurtris d’avoir été abandonnés par leur mère si aimante – et également si malheureuse. La maison saisie, ils quittent leur foyer – mais à travers les murs de la vieille bâtisse, une douleur continue de vibrer. Une errance, un souffle, un esprit, que Catherine Clare, mal à l’aise dans sa nouvelle maison, a très vite senti, sans pour autant connaître le drame qui s’y est déroulé quelques temps plus tôt. Isolée avec sa fille, délaissée par un mari accaparé par son travail et son caractère volage, la tristesse de Catherine fait écho à celle d’Ella qui hante son ancien foyer.

La maison avait quelque chose d’étrange. Une sensation de froid se dégageait de certaines pièces et une odeur montait de la cave, celle de carcasses pourrissantes de souris prises au piège. Même dans la douceur de l’été, quand le monde extérieur chantait son éclatante chanson, il régnait une obscurité oppressante; on aurait dit que la maison entière, telle une cage à oiseaux, avait été recouverte d’un tissu de velours.

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Idaho

 

 

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Ces derniers mois, pour diverses raisons, j’ai beaucoup négligé la littérature américaine.

J’avais une sorte de manque.

Alors j’ai laissé tombé les promesses de la rentrée littéraire, et j’ai soigneusement sélectionné les ingrédients pour ce petit retour en littérature américaine: 1/ une écrivaine 2/ du nature writing 3/ de la sauce Gallmeister. Et j’ai attaqué, en salivant.

Surprise, je me suis retrouvée dès la première page en 2004 – j’ai vérifié la quatrième de couverture, je pensais commencer l’histoire en 1995, là où elle était sensée démarrer, par une chaude journée estivale et bucolique qui se termine en cauchemar. Une histoire dramatique qui porte le récit et tisse la toile du roman, une toile sur laquelle il rebondit, toujours, tout au long des 358 pages.

En cette journée aoutienne, donc, dans une contrée sauvage de l’Idaho, une famille ordinaire – le père, la mère et ses deux petites filles, s’embarque à bord de son pick up pour aller chercher du bois dans une clairière.

Comment ce moment, doux et joyeux, peut-il soudainement tourner au drame?

Comment la machette que Jenny, apparemment épouse et mère sans histoire, peut-elle s’abattre sur May, la plus jeune de ses filles et la tuer?

Qu’est devenue June, l’aînée des fillettes, qui s’est enfuie face au drame, et qu’on n’a plus jamais revue?

C’est ce qu’Ann, la nouvelle épouse de Wade, le père, cherche inlassablement à comprendre, tandis qu’en cette année 2004, neuf ans après le drame, la mémoire de Wade fiche le camp, comme elle a lâché son père et son grand-père avant lui.

Pendant ce temps, Jenny purge humblement sa peine, condamnée à perpétuité, silencieuse.

Le récit entame alors des allers retours, 2008, 1995, 2006, 1999, 1973, 1995, 2009 – je continue? Je vous propose d’aller jusqu’en 2025.

Il m’en faut peu pour être étourdie, autant vous dire que je me suis sentie ballottée comme une toupie. Mais j’ai tenu bon, cherchant toujours à garder l’équilibre, car des questions, j’en avais plein.

Enfin, j’en avais au moins deux. Je suis plutôt cartésienne (même si je l’avoue j’ai une grande tendance à la rêverie – mais c’est compatible, non?), alors j’ai besoin, souvent, de clarté, de faits, de précision. Et de réponses à mes questions.

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Le Grand Prix de l’Héroïne

Vous avez vu passer par ici, ces dernières semaines, plusieurs lectures réalisées dans le cadre du Grand Prix de l’Héroïne.

J’ai eu l’heureuse surprise, courant Mars, de me voir proposer de participer à ce prix littéraire qui honore la Femme, cette héroïne… Une nouvelle expérience, inattendue.

Le Grand Prix de l’Héroïne, pour vous expliquer un peu les faits, a été créé en 2006 par Bernard Babkine. Journaliste, cet amoureux des mots est également passionné de théâtre et de danse (il a co-fondé le Festival de Danse d’Uzès).

Présidé par Patrick Poivre d’Arvor, le jury s’est réuni pour débattre le 29 mai dernier. Constitué de plusieurs personnalités qui honorent la littérature (Nathalie Rykiel, Sarah Poniatowksi Lavoine, Anna Mouglalis, Pierre Lescure, Rachida Brakni, Caroline de Maigret et Alex Lutz) et de cinq lectrices, chacun avait à coeur de défendre son candidat dans les 3 différentes catégories.

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crédit photo @Madame Figaro et @ Jean Picon

Les lauréats ont été dévoilés lors d’une très belle soirée à l’hôtel Raphaël, le 19 juin. Anne-Florence Schmidt, directrice de la rédaction de Madame Figaro, a été aidée dans son rôle de maîtresse de cérémonie par deux nouvelles recrues, Catherine et Liliane. Un moment aussi drôle qu’inattendu.

Ont donc été récompensées, dans la catégorie Biographie / Documentaire, Anne et Claire Berest pour leur livre Gabriële.

Dans la catégorie Roman Etranger, c’est My absolute darling, de Gabriel Tallent, qui a remporté le prix.

Enfin, avec son premier roman largement autobiographique Les rêveurs, Isabelle Carré est la grande héroïne de la soirée dans la catégorie Roman Français.

 

 

 

 

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Et comme si vous y étiez… (crédits photo @Madame Figaro et @Pierre Mouton):

 

 

Sans oublier la #lectriceteam:

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Bleu de Delft

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Dans la catégorie Roman Historique option Hollande 17ème siècle – avis à toi cher lecteur ou chère lectrice qui reste nostalgique de La jeune fille à la perle de Tracy Chevalier, je vous ai déniché un petit nouveau : Bleu de Delft.

Bleu de Delft ne coupe pas à la règle de ces romans historiques « hollandais » qui nous baignent dans le monde de l’art. Forcément, le 17ème siècle fut riche de contributions en ce siècle d’or, et l’école hollandaise a eu une influence inestimable sur la peinture.

De La jeune fille à la perle à Les mots entre les mains, en passant par Miniaturiste, ce sont les femmes qui racontent l’Histoire. C’est également le cas dans Bleu de Delft, où une jeune campagnarde, Catrijn se retrouve veuve après une année de mariage.

Des bruits courent sur les conditions mystérieuses de la mort de son mari, si soudaine.

Alors Catrijn fuit, quitte la campagne, sa famille, ses amis, vend tous ses biens et entre comme intendante au service d’un riche couple d’Amsterdam (c’est d’ailleurs un autre point commun à toutes ces histoires, à bien y réfléchir…).

Auprès de sa maîtresse, jeune femme désoeuvrée qui prend des cours de peinture auprès d’un des élèves du grand Rembrandt, Nicolaes Maes, Catrijn éveille sa sensibilité à l’art, à la couleur et à la lumière.

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Interview: Carole Declercq (Fille du silence)

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Carole Declercq

Certains livres, encore plus que de fortes émotions, sont de véritables rencontres.

Je vous ai parlé il y a quelques jours de Fille du silence, l’histoire de Rita Atria, cette jeune fille sicilienne issue d’une famille de la mafia et qui a choisi de témoigner contre son milieu. Véritable coup de coeur, j’ai eu envie d’en savoir plus…

Carole Declercq, son auteure, a eu l’extrême gentillesse de consacrer du temps à mes questions.

Books Moods and more: Chère Carole, vous venez de publier votre troisième roman, Fille du silence. Pour les lecteurs qui vous découvrent, pouvez-vous nous parler un peu de vous?

Carole Declercq:  En quelques mots, je suis professeur de lettres depuis 22 ans. J’enseigne aussi les langues anciennes. J’aime beaucoup mon métier car il m’apporte beaucoup de satisfactions et j’aime le contact avec les jeunes. J’ai fait mes études à l’Université Charles de Gaulle, à Lille. Declercq est le nom de mon arrière-grand-mère. Je l’ai choisi pour pseudonyme car c’est un vrai beau nom du Nord et j’ai gardé beaucoup de tendresse pour les « Hauts de France » comme on les appelle aujourd’hui. Que dire encore? J’ai un tempérament plutôt calme, réfléchi. On dit parfois que je suis trop discrète. J’aime voyager, m’occuper de mon jardin en Isère, de mes enfants et de mes chats. Tout cela est très conventionnel et fait un peu « écrivain mystérieux », non?

 

Votre roman s’inspire de la vie et du combat d’une jeune fille contre la mafia sicilienne, Rita Atria. Comment est née l’envie de raconter son histoire?

D’une lecture. Un essai d’Anne Véron sur les femmes dans la mafia. Je préparais alors un séjour familial en Sicile. Une fois que j’ai une idée fixe dans la tête, ça se met à turbiner et il faut que je passe à la vitesse supérieure. Donc recherches documentaires et premières pages d’écriture. Je pose toujours quelques mots sur le papier même si mes recherches ne sont pas terminées. J’affine ensuite. Il m’arrive de supprimer les pages  d’un premier jet mais tant pis! C’est le jeu.

 

Le double littéraire de Rita s’appelle Rina. Est-il facile de romancer un tel personnage? Est-ce que vous vous êtes fixé des limites?

Oui et non. Disons que j’ai eu des contraintes narratives en ce sens que je voulais respecter le fil du destin de la vraie Rita Atria. J’ai modifié quelques noms et quelques lieux mais pour le reste, tout est authentique. En revanche je me suis accordé une liberté totale pour la vie intérieure de Rina et cela a représenté un bonheur. J’ai adoré être cette petite fille pendant quelques mois. Je ressentais ses sensations, ses émotions et j’essayais de les retranscrire au plus juste car j’aime jouer avec les mots.

 

Comment avez-vous préparé ce roman? Avez-vous pu investiguer en Sicile, travailler à l’écriture en immersion?

Je me suis rendue en Sicile pour le « ressenti » général:  l’ambiance, la lumière, les odeurs sont très présentes dans le texte. C’est aussi, je pense, un roman sur la Sicile. Ensuite j’ai correspondu avec Fabrice Rizzoli qui est maître de conférences à Paris et est spécialiste des organisations criminelles. Il a écrit de nombreux livres sur la mafia italienne. Je voulais que la partie « imagination » de mon roman corresponde à quelque chose de réaliste, histoire de ne pas raconter des bêtises. Enfin la journaliste et romancière allemande Petra Reski a écrit une biographie de Rita Atria qui n’a malheureusement pas été traduite en  français. Je l’ai lue en italien. C’est une enquête très incisive et Petra a rencontré les acteurs du drame, notamment la belle-sœur de Rita. J’ai aussi correspondu avec elle. Je lui ai envoyé le livre, j’espère qu’elle l’aimera.

 

Il y a en Sicile un vrai mouvement anti-mafia, pourtant elle reste très présente malgré les nombreuses condamnations qui ont eu lieu. Comment expliquez-vous cela?

C’est vrai. De nombreux mouvements de protestation féminins sont nés après la mort de Rita. La grande photographe sicilienne, spécialiste de la mafia, Letizia Battaglia était présente aux obsèques de Rita en 1992. Mais, vous savez, la situation est très compliquée en Italie. Il y a des collusions traditionnelles entre l’état et les organisations criminelles. Il y a des « protections ». Et surtout la mafia est une entreprise qui brasse beaucoup d’argent. Des milliards. C’est une économie parallèle incontournable. Bien des choses s’écrouleraient sans elle en Italie.

 

Pensez-vous que Rina / Rita aurait pu avoir eu un autre destin, ou bien la fatalité s’était-elle penchée au-dessus de son berceau, comme dans une tragédie grecque?

J’aime cette idée d’une fatalité au-dessus d’elle. Une fatalité maléfique. Pourtant elle a été aimée, elle a eu des moments de bonheur. Elle a été une jeune fille italienne comme une autre. Elle aurait pu avoir un autre destin à Rome mais sa terre lui manquait tellement. La mer, le soleil…Sa mère aussi, paradoxalement…cette mère, gardienne des traditions, qui l’a reniée et a profané sa tombe…

 

De l’écriture à la lecture il n’y a qu’un pas… Quelle lectrice êtes-vous? Quelle a été votre plus grande émotion littéraire?

J’ai lu beaucoup de classiques par le passé, formation oblige. J’aime les écrivains naturalistes. J’aime aussi découvrir des littératures étrangères. J’ai eu ma période anglaise, indienne, russe, italienne, américaine…Et je n’ai pas honte de dire que je suis bon public pour le polar, le roman historique. Un de mes grands bonheurs d’auteur a été d’embrasser Anne Golon (dont les excellents romans historiques ont longtemps été déconsidérés à cause des adaptations cinématographiques) avant qu’elle ne meure. J’ai été conviée à ses obsèques mais je n’ai pas pu m’y rendre.

Avez-vous de nouveaux projets d’écriture?

Oui mais je resterai discrète à ce sujet. Deux indices: c’est une histoire qui sera tendre et lumineuse, j’en ai bien besoin après Fille du silence! Et je lis en ce moment une grosse thèse de 700 pages sur l’histoire des Balkans…Pour Noël, je vais sortir le premier tome d’une série jeunesse historique chez Dreamland et mon premier roman Ce qui ne nous tue pas, qui a connu un beau succès, a été traduit en espagnol et va sortir en Espagne pour novembre.

Merci infiniment, chère Carole.

A vous de découvrir maintenant l’histoire de Rita à travers son double littéraire Rina dans le bouleversant roman de Carole Declercq, paru le 16 mai 2018 aux éditions Terra Nova

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Rencontres: Amy Liptrot

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La rentrée littéraire de septembre se prépare avec effervescence, et les éditeurs présentent actuellement les romans à paraître, l’occasion de rencontrer des auteurs – comme c’était le cas hier chez Globe.

Le 29 Août sortira L’écart d’Amy Liptrot.

Ariel Wizman, qui animait la rencontre avec la jeune auteure écossaise, qualifie ce premier livre d’Amy Liptrot de « Mémoires », livrées dans un style d’une grande sincérité.

A la voir avec ses cheveux blonds d’ange, son teint diaphane et ses yeux clairs, grande, fine et svelte, qui pourrait deviner le parcours de cette jeune maman qui semble avoir passé toute sa vie au grand air de la ferme familiale de l’archipel des Orcades, là où elle est née?

Dans L’Ecart, Amy Liptrot raconte sa lutte contre son addiction à l’alcool, son chemin vers l’abstinence qui depuis Londres la ramènera vers ses îles du nord de l’Ecosse. C’est l’histoire d’un retour aux sources, d’un retour à soi, accompli dans la magie sacrée d’une nature sauvage et indomptable.

Amy Liptrot s’est nourrie de ses expériences de diariste et de journaliste pour écrire. Mais son style, très fragmenté, a également été influencé par le hiphop et par twitter!

La traductrice du livre, Karine Reigner-Guerre, a évoqué son travail, et la difficulté que lui a donné le titre orginal, The Outrun, titre à double sens qui évoque le pâturage le plus loin du corps de ferme, et la fuite. L’Ecart, terme d’agriculture peu connu, lui permettait également de retrouver ce double sens. A noter que la traduction française est la seule à avoir réinterprété le titre original.

Amy Liptrot nous a parlé de ce qui inspirait son écriture, de sa vie sur ces terres isolées d’Ecosse, de la nature – en imitant les oiseaux qu’elle était chargée de surveiller en travaillant pour la Royal Society for the Protection of Birds, de la résonance que son récit a trouvé auprès des lecteurs. Une seule hâte: me plonger dans cette lecture.

Ce livre, ode à la nature, a reçu en 2016 le prix Wainwright qui récompense une oeuvre littéraire de Nature Writing, et, en 2017, l’English Pen Ackerley Prize.