L’échappée douce

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Une douce émotion affleure dans les pages de cette Echappée douce.

Une émotion qu’on n’imaginait pas nous gagner aussi sincèrement.

Pourquoi?

C’est un roman qui convoque l’intime profond, aux cours de quarante-huit heures décisives dans la vie d’une femme et d’un homme. 

Ce moment infime d’une vie où tout est en balance, où tout soudain peut basculer d’un côté ou de l’autre. Mais lequel? Le champ des possibles s’offre à eux.

Tout sépare Claire et Callum – leur âge, leur nationalité, leurs vies respectives.

Elle, mère de famille dans la quarantaine « mûre », artiste, terrienne, provinciale.
Lui, londonien, acteur renommé d’une série télévisée à succès dans la pleine puissance de sa jeunesse et de sa beauté.

Leur rencontre arrangée ressemble à un cliché, improbable.

Et pourtant, on sent sourdre quelque chose dans ces heures où chacun peu à peu, par la force des choses, observe, écoute, parle, se dévoile. 

Où les sensibilités se télescopent et transforment la rencontre arrangée en escapade.

Où, se rapprochant petit à petit, déambulant dans Paris qui lève ses plus inattendus secrets de ruelle en passage, de pierre d’angle en pavé, de porte en jardin caché, les fêlures se précisent, les masques tombent, les âmes et les corps s’effleurent, se tournent autour, se rapprochent.

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Sauvage

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Sauvage, définition: se dit d’une espèce animale non domestique, vivant en liberté dans la nature

Tracy vit au milieu de la nature avec son père et son frère, dans une région reculée de l’Alaska.

A dix-sept ans, elle est mue par deux passions: ses chiens de traineau, et la chasse dans la forêt, où depuis son plus jeune âge elle disparaît de longues heures.

Sa mère Hannah, décédée depuis peu, avait bien compris la nature sauvage de sa fille: contrairement à son cadet Scott, Tracy a un besoin viscéral de s’échapper, courir nus pieds dans les sentiers, et de ne faire plus qu’une avec la nature. 

A force d’observation, elle a saisi le fonctionnement précis du monde animal. 

Armée du couteau qui ne la quitte pas, elle a investi la forêt où elle pose des pièges pour capturer les proies que lui offre la nature.

Sa seule contrainte, les trois règles qu’Hannah lui demande de respecter:

– Règle numéro 1: Toujours rester en vue de la maison

– Règle numéro 2: Rentrer à la maison pour le dîner

– Règle numéro 3: ne jamais faire saigner quelqu’un

Le jour où elle se fait exclure du lycée après avoir agressé une camarade, Tracy est doublement punie par son père: non seulement elle ne peut plus entraîner ses chiens de traineau, mais en plus elle n’a plus le droit de disparaître à sa guise dans la forêt.

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Retour à Birkenau

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J’espère que vous ne pensez pas que j’ai exagéré, au moins?

C’est ainsi que Ginette Kolinka conclut son témoignage dans Retour à Birkenau, soixante-quinze ans après avoir été déportée à Birkenau.

Un témoignage plus que jamais nécessaire, à l’heure où un français sur dix (UN SUR DIX!!) affirme  ne pas avoir entendu parler de la Shoah. Comment est-ce même imaginable?

La journaliste Marion Ruggieri a recueilli les mots de Ginette Kolinka, mais c’est bien elle qu’on écoute en lisant ces lignes, une femme de quatre-vingt-quatorze ans revenue des camps de la mort qui a survécu à l’inimaginable – tellement inimaginable qu’à l’instar de la plus grande majorité des déportés elle a choisi de se taire à son retour.

J’ai eu cette chance de revenir et de reprendre une vie normale, et d’être heureuse. Il ne faut pas être trop intelligent dans la vie. Si vous êtes trop intelligent, si vous réfléchissez trop… Moi, je ne réfléchis pas, les choses arrivent, ce n’est pas moi qui décide.

Ginette Kolinka se livre avec une émotion décuplée par l’humilité de son récit. 

Son histoire, c’est celle de millions de juifs, et pourtant son histoire est unique, comme elle est unique à chacun. 

Unique à chaque individu que les nazis ont tenté de déshumaniser, en lui enlevant tout, ses biens personnels, ses vêtements, ses cheveux, et en le tatouant comme une bête, pour le parquer ensuite avec d’autres bêtes.

Les souvenirs de Ginette Kolinka ressurgissent – d’autres sont définitivement envolés.

Celui de son père et de son petit frère aussi, mais la terrible culpabilité de les avoir envoyés vers le camion pour leur épargner une fatigue supplémentaire sans imaginer que le camion les conduirait à la mort, elle, reste.

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Grace

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Depuis bien longtemps je n’avais ressenti un ennui aussi profond au cours d’une lecture.

J’ai bien conscience du côté presque blasphématoire de mon propos:  comment être insensible à ce roman de Paul Lynch, encensé par la critique à sa sortie, et qui narre l’histoire de Grace, une jeune fille de quatorze ans que sa mère envoie gagner de quoi survivre à la terrible famine qui sévit en Irlande en cette année 1845? 

Du jour au lendemain, le cheveu coupé court à la lame émoussée du couteau, affublée de vêtements de garçon, Grace doit partir et parcourir les routes sombres, dangereuses et froides, avec cette horrible faim qui tiraille le ventre. 

C’est le chemin vers l’enfer qui commence dans la tourbe et sous le ciel bas, pour essayer de gagner de quoi survivre à cette apocalypse, où partout errent les ombres fantomatiques de ceux qui n’ont plus rien, corps décharnés en haillons.

Comment survivre à cet enfer, tout comme les millions d’habitants du pays, alors que récolte après récolte, le fléau divin continue de s’abattre sur les champs?

On suit jour après jour Grace, de petits boulots en rencontres qui pendant quatre ans vont jalonner son parcours, de situations dramatiques en toutes petites lueurs d’espoir.

Il paraît tellement dérisoire, l’espoir, quand un pays est dans la totale incapacité de nourrir son peuple, qu’un million de personnes mourront de faim et de misère, et qu’un autre million et demi quittera le pays pour essayer de survivre ailleurs.

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Au péril de la mer

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Autour de lui, les sables sont mouvants et la mer, dit-on, remonte à la vitesse d’un cheval au galop.. mais le rocher reste campé au milieu de la baie, immuable et fier.

Depuis plus de dix siècles, son abbaye a résisté à tout, aux invasions, aux éboulements, aux incendies dont elle est sortie toujours plus grande et plus fière, sous la protection de l’archange Saint-Michel.

Le Mont-Saint-Michel, Dominique Fortier en est tombé littéralement amoureuse à l’âge de treize ans, jeune québécoise venue alors passer ses vacances en France, et l’idée du Mont ne l’a plus quittée, jusqu’à écrire cet ouvrage singulier et étrangement poétique, deux univers qui se rejoignent, le présent sous forme de carnet d’écriture de l’auteure, et le passé sous la forme d’un roman historique.

Le plus difficile, en essayant d’écrire le passé, ce n’est pas de tenter de retrouver la science, la foi ou les légendes perdues, de faire ressurgir les gargouilles et les tailleurs de pierre; c’est d’oublier le monde tel qu’on le connaît; c’est, dans ce monde d’aujourd’hui d’effacer tout ce qui n’était pas encore, tout ce qui existait mais échappait à la vue ou à l’entendement. Comment se priver de la moitié de ce que l’on connaît sans tout à coup avoir l’impression de devenir à moitié sourd et à demi aveugle? Comment oublier l’odeur du tabac, le goût du chocolat et le rouge de la tomate, comment ne pas voir sur toutes les tables un trou en forme de pomme de terre?

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Le sport des rois

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Quelle dose d’audace, ou d’insouciance, faut-il à une jeune auteure pour débuter l’écriture d’un tel roman?

Comment a-t-on pu acquérir autant d’expérience de vie, à peine passé trente ans, pour avoir la maturité de mener à terme, et de façon aussi maîtrisée, un roman d’une telle envergure?

Ces questions me taraudent depuis que j’ai refermé Le sport des rois sur sa six-cent-quarante-septième page…

Il faut s’armer de temps pour s’accaparer ce roman dense et fouillé. Trouver le moment où son poids entre vos mains ne se sentira plus, où ses six-cent-quarante-sept pages de (presque) papier bible ne vous paraîtront pas insurmontables. Le sport des rois est un roman qui se mérite, ni plus ni moins. Car il vous fait voyager à travers trois générations de Forge enracinés à cette terre du Kentucky où Samuel, l’ancêtre de la famille, a établi le domaine familial quelques deux-cents ans plus tôt. 

Jusqu’où peut-on courir pour échapper à son père ?

Interroge le roman dès sa première page. 

Et c’est toute l’histoire de ces Forge, qui se trouve ainsi résumée: ainsi, Henry va-t-il courir pour échapper à John Henry toujours prompt à punir et à humilier le jeune fils fougueux bien décidé à transformer l’exploitation agricole en écurie de renom pour mettre au monde le pure-sang le plus parfaitement abouti, celui qui se distinguera entre toutes dans les courses hippiques, le sport des rois. 

Puis Henrietta, celle qui vient enrayer cette lignée d’hommes Forge, va elle aussi s’affranchir pour échapper à son père Henry. Pas pour fuir le domaine ni les chevaux, non, leur cause lui est acquise – mais fuir l’imposante et odieuse présente du père, l’histoire familiale qui se répète sans fin, le racisme et la haine qui sont l’ADN de la famille, et sont autant de chaînes qui l’entravent comme celles qui ont assujetti les esclaves de sa famille.

C’est d’un de ces esclaves que descend Allmon Shaughnessy, de l’autre côté du miroir que C.E. Morgan va explorer dans son roman. Jeune garçon métis de Cincinnati, abandonné par son père blanc, la mort de son grand-père et la maladie de sa mère vont le précipiter dans la délinquance et l’emmener plusieurs années en prison. A sa sortie, engagé par Henrietta comme groom il entre au domaine des Forge. 

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Mon père, le Maroc et moi – une chronique sociale

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Vous le savez, j’aime vous parler ici de livres qu’on n’attend pas toujours, vous faire découvrir des ouvrages moins exposés que d’autres et dont le sujet me touche.

Pour des raisons personnelles avec lesquelles je ne vous ennuierai pas ici, le Maroc est un pays qui a une place très particulière dans mon coeur et dans mon histoire – découvert petite en famille, alors que la destination n’était pas encore dévorée par le tourisme, et que quelques heures d’avion suffisaient à nous téléporter dans une société qui semblait figée dans un livre d’histoire, c’était ma première approche de la culture musulmane, envoûtante de différence, de rituels, d’architecture. L’appel du muezzin, de terrifiant pour l’enfant de huit ans, s’est mué en un chant hypnotique, apaisant et puissamment vivant.

Image d’Epinal d’un temps révolu, ce pays à la fois si lointain et si proche a affiché au fur et à mesure de mes voyages ces quinze dernières années des changements très forts, sur lesquels je me suis interrogée. Aussi, comprendre le Maroc à travers le regard d’un de ses enfants, homme de ma génération, m’est apparu comme une nécessité lorsque Driss Ghali m’a parlé de son récit.

Expatrié au Brésil, l’auteur est revenu plusieurs semaines sur sa terre natale au décès de son père. A travers le voile du deuil, la figure paternelle s’est imposée pourtant, plus présente que jamais, faisant revivre les souvenirs, mais surtout, donnant au fils l’occasion d’un ultime échange qui libère la colère et le désenchantement face à un pays qui n’a pas rempli ses promesses – pire, les a trahies.

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Le bruissement des feuilles

 

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Dépaysement total avec Le bruissement des feuilles de Karen Viggers, qui emmène ses lecteurs en Tasmanie. 

C’est sur cette île australienne située au sud de Melbourne que se joue le destin de la jeune Miki, le personnage féminin de son nouveau roman.

Un écrin de nature qui abrite en son sein des arbres plusieurs fois centenaires et des espèces animales rares voire uniques, à l’image de ce diable de Tasmanie qui va revenir dans l’histoire…

Après avoir échappé à l’incendie de la ferme familiale, Miki et son frère aîné Kurt s’installent en ville où ils ouvrent un fast food qui voit défiler les habitants des alentours. Chrétiens fondamentalistes, le frère et la soeur vivent en communiquant le moins possible avec le monde extérieur – pire, Kurt coupe sa soeur du monde en lui interdisant toute forme de sortie à l’exception d’une balade en forêt hebdomadaire ensemble. 

Miki vit ce moment de brève liberté dans une communion intense avec la nature, sensible à ces grands arbres dont elle absorbe viscéralement la vie comme une sève qui la galvanise.

Cible des industriels qui utilisent son bois, la forêt pourtant est menacée chaque jour davantage par les bûcherons qui se rapprochent inéluctablement avec leurs machines pour dévaster ces territoires arborés.

Malgré la surveillance étroite de son frère, Miki se lie d’amitié avec Léon, un jeune garde forestier qui vient d’arriver, en sauvant ensemble des diables de Tasmanie voués à une mort certaine. 

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Léonard de Vinci

 

IMG_0161Le 2 mai 2019 marquera le 500ème anniversaire de la mort de Léonard de Vinci.

2019 sera donc une année de commémoration du maître italien, inaugurée avec l’ouverture aujourd’hui 15 avril d’une première exposition à Turin « Léonard de Vinci: dessiner le futur ». 

Une exposition exceptionnelle aura également lieu en France, au musée du Louvre, à partir d’octobre 2019, mais elle est menacée ces derniers temps par une remise en question par le gouvernement italien des accords de prêts entre la France et l’Italie. 

Le Louvre, pourtant, avait décalé la date de son exposition afin de permettre à l’Italie d’honorer en premier son génie de la Renaissance – qui avait choisi de fuir son pays natal qui ne lui accordait que peu de reconnaissance…

Ce 500ème anniversaire, c’est donc l’occasion de sortir enfin de ma pile de livres à lire cette biographie écrite par Sophie Chauveau, achetée il y a deux ans au Clos-Lucé, dernière demeure du génie. Une biographie parmi des centaines évidemment, car Leonard de Vinci n’en finit pas de fasciner.

Vinci reste le personnage le plus complexe et le plus controversé. Pas un demi-siècle ne s’écoule sans une nouvelle révision de sa vie, sinon de ses oeuvres dont l’attribution évolue radicalement selon les époques.

Léonard de Vinci est une légende, à laquelle il a contribué en brouillant les pistes et en s’imposant parmi les personnages les plus complexes et les plus controversés.

Difficile parmi toutes ces centaines de biographies de démêler le vrai du faux – Sophie Chauveau explique qu’elle a choisi de s’en tenir aux certitudes et aux dates avérées, et pour le reste, elle a fait le tri parmi les informations qui se recoupent au moins trois fois dans l’impressionnante documentation qu’elle a étudiée pour son livre.

La biographie est construite chronologiquement, en courtes parties. Tout en gardant un fil conducteur, cela donne un ouvrage didactique aisé à suivre, où la narration au présent se mêle au conditionnel. Très vite, l’écrivaine nous brosse un portrait de l’artiste qui confère au récit une réelle présence:

Son physique défie tous les éloges. Vasari, même Vasari n’ose le détailler tant il est hors du commun. D’autres parlent de ses contours angéliques, de ses yeux clairs, bleus ou verts, personne ne tranche, de ses cheveux blonds ou roux, on opte pour le blond vénitien. Une carnation claire, un grain de peau serré, magnifique. Un corps d’éphèbe élancé. Et, chose remarquable à l’époque, une taille gigantesque. Il dépasse le mètre quatre-vingt dix. Quant à sa voix, elle serait terriblement haute. Suraigüe même. Et il en jouerait comme d’un instrument magistralement travaillé. Sa gentillesse est légendaire, son humour fait florès. Sociable et bon camarade, il se taille dans la confrérie des peintres, artistes, artisans – ainsi sont classés les Florentins – une solide réputation de bon vivant.

Elle lève les tabous autour de la sacralité du personnage, dont la sexualité a toujours interrogé, mais que la pudibonderie a préféré pendant cinq siècles dire chaste, abstinent, même impuissant. Cinq siècles pour oser écrire dans les biographies le secret de polichinelle qui pourtant n’avait rien d’un secret pour ses contemporains: son homosexualité.

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Bookstagram: cash ou pas cash?

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Récemment, @lollilolette lançait sur Instagram un débat très intéressant au sujet des livres qui passent par vagues sur beaucoup de comptes. Il était nécessaire d’ouvrir cette discussion, et je l’en remercie.

Aujourd’hui je m’interroge sur un autre phénomène: la rémunération des bookstagrameurs.

Vous, qui suivez avec attention nos chroniques,  les liriez-vous du même oeil critique si nous étions rémunérés pour les faire – mieux, si nous réclamions une rémunération en échange de bons mots?

Notre petite communauté, animée par une bienveillance très enviable, a développé une formidable énergie autour de notre passion commune. Oui, nous sommes de grands amoureux des livres, du contenant, du contenu. Une couverture nous fait saliver comme un Paris-Brest en met d’autres en appétit. Un livre est une promesse de quelques heures ou quelques jours de bonheur, et souvent, le moment de relâche indispensable dans nos vies professionnelles et familiales bien chargées. En ce qui me concerne, lire, écrire, partager sur mon fil est devenu un véritable sas de décompression, qui m’a permis de pallier les vicissitudes d’une vie bien chargée – et m’a fait prendre la distance nécessaire dans des moments difficiles de ma vie professionnelle. 

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Cassandra Darke

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La première fois que j’ai ouvert un livre de Posy Simmonds, j’ai eu ce sentiment très grisant de déflorer un univers qui m’était totalement inconnu.

 En ce début des années 2000, je crois que le roman graphique ne s’appelait pas encore roman graphique, ou alors c’était quelque chose encore de confidentiel. 

Avec Gemma Bovery (dont les droits n’avaient pas encore étaient rachetés pour être transformé en un film pathétique), cet univers de la BD, au sens large, qui me semblait très masculin, tout d’un coup s’affichait ouvertement féminin avec sa couverture, son format qui sortait des normes et surtout sa maquette qui mélangeait les genres, à la fois la rigueur éditorialiste et la fantaisie d’un affranchissement des codes du journal illustré. 

Bref, Gemma Bovery fut une révélation, et moi qui rêvais depuis toujours d’illustration, j’ai su que j’avais raté ma vocation: j’aurais voulu être Posy Simmonds!

Au compte-goutte (car ses livres sont au préalables publiés sous forme de feuilleton dans The Guardian), d’autres livres sont arrivés: Tamara Drewe (devenu également un film) et entre deux Literary Life, qui vise un public moins large.

Onze ans après Tamara Drew, Posy Simmonds revient enfin avec une nouvelle pépite, Cassandra Darke.

Nous sommes loin des sexy et vénéneuses Gemma et Tamara. Lire la suite

Edmonde

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C’est son image un brin austère, cheveux tirés en un gros chignon, clips aux oreilles, tailleur Chanel et lavallière, que les plus de trente ans ont probablement encore en mémoire, un physique entre celui de Simone Veil et celui de Simone de Beauvoir. 

Mais un prénom bien à elle, et une personnalité qui lui fait appartenir à ce clan des plus grandes dames françaises du vingtième siècle: Edmonde Charles-Roux.

Que sait-on encore sur elle sans sonder internet? Ecrivaine et journaliste, épouse de Gaston Defferre, oui.

 Pour le reste, on pâlit devant l’immensité de cette carrière que Wikipédia fait défiler sous nos yeux, auréolée de prix (Goncourt 1966 pour Oublier Palerme) et de décorations (Croix de Guerre, Commandeur de la Légion d’honneur,…).

La première partie de sa biographie laisse une large part à celle qui fut une femme engagée dans la seconde guerre mondiale.

Et c’est justement à celle-ci que Dominique de Saint-Pern consacre son dernier roman, Edmonde

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Rencontres: Alexandra Lapierre

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Depuis toujours, j’aime les biographies.

Si un personnage mérite une biographie, c’est que sa vie a suffisamment de matière romanesque pour être racontée. Mais si le personnage a suffisamment d’étoffe, encore faut-il que le biographe, lui, ai suffisamment de matériel pour en parler, en plus des outils de son imagination qui l’aideront à combler les trous et remplir les pointillés.

En amont du travail de l’écrivain, il y a toujours un important travail de recherche. Des milliers de pages de documents, de livres à éplucher, d’interviews à mener. Et parfois, à la manière d’un journaliste d’investigation, le biographe travaille sur le terrain – c’est de cette manière qu’Alexandra Lapierre entre en contact avec l’histoire de ses personnages.

Si elle a d’abord étudié la littérature, Alexandra Lapierre est partie à Los Angeles pendant cinq ans pour étudier le cinéma et l’écriture de scénario. Depuis toujours passionnée de littérature et de cinéma, elle a appris à Los Angeles à convertir les mots en image. De retour en France, l’industrie cinématographique n’offrant pas de perspectives professionnelles intéressantes, Alexandra Lapierre reprend sa thèse consacrée à la femme fatale dans la première partie du dix-neuvième siècle.

Au cours de ses recherches, une femme capte son attention, courtisane et muse de Théophile Gautier, devenue comtesse prussienne. Elle bifurque alors de sa thèse pour se consacrer à son histoire et signera avec son premier roman: La lionne du boulevard.

Alexandra Lapierre est faite de cette étoffe qui habille les personnages auxquels elle consacre sa vie. Pas sa vie d’écrivain uniquement non, sa vie complète. Elle consacre à chacun plusieurs années de sa vie, en immersion totale, voyageant pour suivre leurs traces, apprenant une langue pour avoir accès aux archives (l’espagnol, par exemple, pour écrire Je te vois reine des quatre parties du monde, l’histoire d’Isabel Barreto), et même, aussi en quittant la France pour s’installer plusieurs années ailleurs – à Rome notamment, pour écrire son roman sur Artemisia Gentileschi.

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Les sept mariages d’Edgar et Ludmilla

IMG_9402Certains auteurs écrivent pour écrire.

D’autres écrivent pour être lus. Jean-Christophe Rufin fait partie de ceux-là. 

Et c’est très certainement son secret pour savoir insuffler le romanesque à ses histoires. Ou l’un de ses secrets. Car lui-même, homme aux vies multiples (médecin, diplomate, académicien – et montagnard reconverti) n’a rien à envier aux héros de la littérature qui ont nourri son appétit de lecteur.

Dans Les sept mariages d’Edgar et Ludmilla, son nouveau roman qui se déroule sur un demi-siècle, l’écrivain se sert de la trame historique pour revisiter les souvenirs. 

Le narrateur (est-ce l’auteur lui-même ou un personnage fictif – vous serez probablement tentés de vous pencher sur les sources d’internet pour savoir ce qui est vrai ou ne l’est pas) donc, se penche sur ses souvenirs, attachés à un homme et à une femme qu’il a connus, Edgar et Ludmilla. 

Deux êtres exceptionnels dans la grande aventure de la vie et de l’amour.

Edgar, parti de rien, débrouillard, intelligent, autodidacte qui va créer un empire financier – et Ludmilla, jeune fille sauvage et déterminée, qu’Edgar va revenir chercher après en être tombé éperdument amoureux lors d’un voyage rocambolesque en Russie à la fin des années 50 et qui deviendra une immense cantatrice.

Le retour d’Edgar et Ludmilla en France marque le début d’une nouvelle vie pour les deux jeunes gens qui ne se connaissent pas mais doivent apprendre à s’aimer malgré les obstacles: la langue (Ludmilla ne parlant pas français), l’argent qui manque et l’extrême pauvreté qui en découle. Ainsi commence le premier mariage, et bientôt le premier divorce des deux personnages – qui ne sauront jamais vraiment fonctionner selon les schémas maritaux classiques.

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La citadelle

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Je le savais bien qu’un sombre romantique sommeillait en lui.

Déjà, dans les Orphée, son anti-héros désabusé cherchait son Eurydice, idéal féminin absolu.

Avec La Citadelle, Emile, son personnage, est un sombre et orgueilleux héros stendhalien qui refuse l’amour parce qu’il est terrorisé par la perspective de l’échec.

Après de nombreuses années, Emile revient à Calvi.

Il était encore étudiant lorsqu’il a découvert la Corse quelques années plus tôt, à l’occasion d’un festival de musique avec ses amis. 

Une semaine d’été folle, rythmée par l’alcool, la danse, les nuits blanches et la rencontre avec Andrea, jeune liane corse belle et fière. 

Parce qu’il a peur d’échouer, hanté par ses peurs et ses complexes, Emile refuse de tomber amoureux de la jeune femme, alternant moments de profonde gentillesse et de haine à son égard dans un jeu de cache-cache sentimental.

Emile travaille à sa thèse sur « L’amour comme objet de gloire du héros stendhalien Julien Sorel », qui devient le double gémellaire d’Emile et lui fait entrevoir par le prisme de la littérature les affres de ses aspirations amoureuses. Comme Julien Sorel, Emile se laisse aveugler par sa fierté

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Elsa mon amour

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Le monde se divise en deux: ceux qui idolâtrent Elsa Morante, et ceux qui ne la connaissent pas

Je fais partie des seconds – en dehors de son roman La Storia, connu pour la série télévisée éponyme, Elsa Morante restait pour moi un nom dans le paysage littéraire italien, une femme écrivain à découvrir. Ecrivain, car j’ai appris dans ce brillant roman de Simonetta Greggio qu’elle n’aurait pas encouragé les velléités de féminisation du langage: elle ne voulait pas être une écrivaine, mais un écrivain.

Ce que l’on appelle la nature féminine est assez suspect. C’est la raison pour laquelle je me revendique écrivain, et non écrivaine. Je ne joue pas dans les listes roses.

Dans Elsa mon amour, Simonetta Greggio donne voix donc à une Elsa Morante, au soir d’une vie qu’elle raconte par tranches, entourée de ses fantômes. 

Dans la solitude de sa maison, la pluie tombe inlassablement – son chien Neve s’en moque, et les chats passent leur temps à dormir. 

Elle, elle se souvient. 

Elle égrène les noms, Moravia, Visconti, Pasolini, Saba, Penna, Bill, Fellini. Malaparte. Magnani. Et les autres. 

Elle morcelle les souvenirs, de prime abord de façon déconcertante, un peu décousue pour le lecteur profane. Il manque les indices pour comprendre ce que nous raconte cette Elsa, beauté féline, libre et sensuelle, aux yeux émeraude et violets. Petit à petit heureusement, le jour se fait sur l’enfance et le secret des origines, le corps qui se transforme pour la sensualité, le mauvais caractère, l’amour avec Moravia, Rome la ville d’une vie, les rencontres, les autres hommes.

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Le voyage de Ludwig

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Voici une façon bien singulière de raconter la seconde guerre mondiale, sujet sur lequel vous êtes nombreux je sais à apprécier les romans.

Julien Jouanneau a choisi de nous surprendre en faisant de Ludwig, un chien, le narrateur de cette histoire dans la grande histoire de la guerre.

Hannah, sa jeune maîtresse, l’a baptisé du prénom de celui dont elle aime tant la musique, qui apaise le vacarme de la guerre mais n’aura pas raison des Crieurs le jour où ils débarquent pour l’arrêter.

Ludwig, c’est l’idée qu’il faut toujours garder l’espoir, s’accrocher avec ténacité.

Lorsqu’il voit Hannah monter dans un des wagons du serpent de fer et de bois, à son image de chien fidèle il ne se résigne pas à l’abandonner – courant entre les rails, toujours tout droit, il entreprend une de ces odyssées que seuls les espoirs démesurés motivent. Ne pas abandonner Hannah.

Si le monde de Ludwig tourne autour de sa maîtresse, qui a toujours oeuvré à développer l’intelligence de son chien, il s’est fait de tout ce qui l’entoure une idée précise. 

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Une femme en contre-jour

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Ses photos ont surgi un jour de nulle part, et leur construction, leur perfection, l’oeil si particulier qu’elles démontraient ont médusé le monde. 

Elle était alors une inconnue, morte et enterrée depuis 2009. Par le biais d’un achat de cartons de négatifs lors d’une vente aux enchères en 2007, deux hommes, chacun de leur côté, ont découvert Vivian Maier.

Dans la postface du livre qu’elle lui consacre, Gaëlle Josse explique ce qui l’a fascinée chez celle que l’on reconnaît maintenant comme photographe: « La sensation, presque physique, d’entrer dans chacune de ses photos, tout entière, et non comme spectatrice passive, appréciant le sujet, le cadrage, la composition ».

Elle va reconstruire l’histoire de Vivian Maier, décédée en 2009 dans le plus grand dénuement et dans l’ombre, comme elle aura toujours vécu: héritant du lourd passé dissimulateur et schizophrène de sa famille émigrée de France côté maternel et d’Autriche côté paternel, Vivian Maier en gagnant son indépendance, gardera toujours secrète ses origines, travaillera comme gouvernante pour enfants dans de nombreuses familles à Chicago, et passera sa vie à faire de tout ce qui l’entoure un sujet d’étude pour ses photographies.

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Remington

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J’aurais pu commencer ce billet sur un mauvais jeu de mots. 

Vous dire que Remington est une fille à vif, prête à dégainer son arme. Ce qui ne serait pas tout à fait faux. Parce qu’elle se promène sur les routes, un revolver caché au fond de son sac, avec trois balles.

Je préfère raconter que Remington, c’est un appel au secours. Une fille dégingandée qui fuit de village en village, la faim au ventre et le brouillard dans la tête, plus un sou en poche, emmitouflée dans son bomber et son écharpe à paillettes. Un double appel au secours. Parce qu’il y a Fédor, vieillard barbu dont elle croise le chemin, et qui l’invite pour quelques gâteaux et un coin chaud à l’hôtel Terminus à réveiller sa virilité.

De la rencontre de ces deux solitudes égarées va naître un road trip vers le sud, vers l’Italie à l’abri derrière la frontière. Que fuient-ils à deux, un passé encombrant dans leurs bagages, Fédor qui traîne la jambe – faire la route à pied, il faut être fou, à son âge, et Remington qui veut tout gommer, son corps, sa féminité, tout raser, jusqu’à sa tête – sans rien dire l’un et l’autre, ou si peu, de ce qui les fait avancer chaque jour davantage? Fuir la mort? Aller à sa rencontre?

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L’autre chambre

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Il y a l’objet, d’abord.

La couverture délicatement nervurée sous les doigts, la finition du blanc nacré qui scintille de façon subtile à la lumière, et le graphisme qui serpente sur toute la surface, des entrelacs noirs comme une carte de niveau dont la mise en couleur, ça et là, révèle la géographie sensuelle d’un corps de femme, le galbe des seins troublé d’une pointe de rose, la ligne du cou qui remonte vers la mâchoire saillante et la bouche aux lèvres ourlées, offertes – ou figées dans l’éternité des eaux, comme une Ophélie, flottante, dans un linceul de fleurs accrochées autour d’elle.

Il y a la forme, ensuite.

Cette mise en page qui alterne un sommaire comme un menu littéraire et trois courtes parties, circonscrites par l’alternance du graphisme, à nouveau, et des pages noires où seuls émergent des prénoms. Marine. Ondine. Marine Ondine.

Il y a, enfin, le texte.

Poème en prose.

Des lignes courtes. Qui claquent. Qui sonnent. Qui frottent.

Un minimalisme qui dit tout du désoeuvrement, de l’amertume, de la violence.

Un texte désinhibé pour deux histoires qui se rejoignent comme les entrelacs noirs de la couverture.

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De si bons amis

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S’il est une auteure américaine contemporaine que j’affectionne particulièrement, c’est bien Joyce Maynard.

J’aime son talent à raconter des histoires simples et pourtant qui vous tiennent en haleine, j’aime sa plume et les personnages, toujours très incarnés, qu’elle réussit à sortir de son imagination d’une grande fertilité. Grande optimiste, sportive, énergique, passionnée, Joyce Maynard avait pourtant aussi montré dans son dernier récit très personne, Un jour tu raconteras cette histoire, ses propres failles – et l’on ne pouvait que mieux en comprendre la sensibilité si particulière de ses personnages.

De si bons amis n’échappe pas à cet art du récit que Joyce Maynard a su déployer, roman après roman et qui en fait une auteure dont on attend toujours un roman avec impatience.

Helen est une de ces héroïnes fragiles, en équilibre sur un fil – quarante ans, divorcée, elle a perdu la garde de son fils Ollie pour conduite en état d’ivresse. 

Ses droits de visite, les petits boulots qu’elle enchaîne et ses réunions aux Alcooliques Anonymes sont les seuls moteurs de sa vie. 

Sa vie qui prend pourtant un tournant inattendu le jour où, serveuse dans une soirée, elle rencontre les Havilland, couple charismatique de bienfaiteurs. 

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Sous le soleil de mes cheveux blonds

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Qui a cru que les chagrins d’amour étaient les plus violents?

Les chagrins d’amitié, eux aussi, peuvent être d’une profondeur abyssale, nous faire pleurer, chuter, douter, et un jour, comme beaucoup d’autres chagrins, finalement s’endormir. Pour se réveiller un jour, à la faveur d’un soubresaut, d’un rêve impromptu, d’une de ces connexions extrasensorielles qu’offrent la grossesse.

La rencontre entre Brigitte, blonde sensuelle surnommée ainsi pour son allure à la BB, et Brune, pétillante et brillante lycéenne, se fait sous les auspices de toutes les plus complices promesses qu’offre la folie aux filles qui ont la foi insolente de leur jeunesse et de leur beauté.

Elles se promettent de tout vivre dans l’ivresse de ces années de toute puissance de la jeunesse indomptable, avec l’énergie, les bulles du champagne, la danse des folles soirées et l’amour pour carburant. Brune tombe amoureuse de Valéry, tandis que Brigitte elle, s’endort sur des amours impossibles – les lycéennes  s’éveillent à la féminité, la sensualité, tandis qu’elles abordent la fac de médecine, à corps perdu. 

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Les amants parallèles

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Une amitié, des lettres d’amour à profusion, une histoire charnelle et passionnée.

Margot est encore une jeune étudiante en art lorsqu’elle rencontre sa voisine Mathilde, une photographe élégante et féline. Malgré les dizaines d’années qui les séparent, une réelle amitié lie les deux femmes. 

Dans les cartons de photos que Mathilde a archivées tout au long de sa carrière, Margot cherche l’inspiration pour donner sens et matière à sa fibre artistique, étouffée dans le quotidien de son travail de coloriste.

Mais un jour, Margot découvre un carton empli de centaines de lettres d’amour numérotées.

Au soir de sa vie, Mathilde confie à son amie le carton, témoignage de son intense et fusionnelle relation avec Paul.

Dans un récit qui se découpe entre le présent, la correspondance amoureuse, et l’histoire de Mathilde, c’est une sorte de jeu de piste qui commence, semant ça et là les graines d’une histoire incommensurable, extraordinaire tout autant que les mauvaises herbes, invisibles pourtant à l’oeil nu.

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L’Etincelle

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Il y a des étés qui changent tout, qui balayent d’un coup tout ce que vous avez pu être, font disparaître les vestiges de l’enfance et augurent de l’adulte en devenir.

Coralie a 18 ans, et l’été 1993 a fait basculer sa vie.

Ving-cinq ans plus tard, à la faveur d’un faire-part de mariage inattendu, tandis qu’elle s’interroge face au trouble qu’éveille en elle l’invitation – ira-t-elle, n’ira-t-elle pas? – elle replonge dans les souvenirs de cet été initiatique.

1993, flashback – Coralie s’ennuie dans le modeste pavillon de banlieue que son père a déserté, la laissant avec sa mère aigrie par son amertume et son petit frère. L’invitation de Soline, son amie de fac, à la rejoindre dans la maison familiale en Dordogne est une échappatoire inespérée.

Dans un écrin de campagne, avec une rivière en contrebas, s’étend le magnifique domaine des Weyers. Une maison familiale, sorte de vieux castelet aux pierres blondes, débordante de convives.

Impressionnée par ces invités issus d’un milieu social, culturel et intellectuel qui n’est pas le sien, Coralie va louvoyer et trouver sa place comme chacun, adultes et enfants, vaquant en journée à ses occupations ou languissant, pour mieux se retrouver le soir à l’heure du rosé, dès 19 heures tapantes.

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Une famille comme il faut

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Nostalgiques de L’amie prodigieuse et du sud italien d’Elena Ferrante, j’ai une excellente nouvelle pour vous: la saga familiale de Rosa Ventrella, parue aux éditions Les Escales début janvier!

C’est à Bari, dans les Pouilles, que l’éditrice et journaliste pose le décor de son roman.

Les Pouilles, l’authenticité suprême de l’Italie (ceux qui me connaissent savent que je suis amoureuse de cette région), parent pauvre longtemps délaissé et ignoré, loin des élites culturelles italiennes, mais riche de son identité sauvage et rebelle.

Maria grandit dans une famille pauvre du vieux quartier populaire de Bari, derrière la muraille qui fait face à la mer.

La famille n’a plus de rêves, si ce n’est celui, chaque mois, de joindre les deux bouts avec la pêche que le père ramène des filets de son petit bateau. 

La vie l’a rendu âpre, souvent violent avec sa femme et ses trois enfants. 

Du haut de ses neuf ans, Maria la cadette admire ce père autant qu’elle craint son imprévisibilité. Chétive, dégingandée, sauvageonne et déterminée, sa grand-mère l’a surnommée la « Malacarne » – la mauvaise chair.

Ici, les surnoms remplacent souvent les noms, et se transmettent de génération en génération. Et si par malheur celui que l’on porte est connoté de malheur ou d’une histoire sordide, il marquera ses descendants au fer rouge. Les traditions ont la vie dure ici, et Michele, le meilleur ami de Maria subit cela depuis toujours.

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La vraie vie

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Envie de rugir.

Rugir du plaisir donné par cette lecture, mais aussi rugir sans rougir de ma honte d’avoir banni ce livre de mes envies de lectures parce qu’à trop le voir apparaître sur les réseaux, j’avais senti un piège.

Mais il n’y a pas de piège pour le lecteur, si ce n’est celui d’être incapable de lâcher ce livre une fois commencé. 

S’il y a un piège, en réalité, il est dans l’histoire.

Dans ce lotissement pavillonnaire qui ressemble à un décor en carton pâte du film The Truman Show, où la vie s’étire étrangement. 

Ils ont le plus beau pavillon du « Démo », le plus grand, avec quatre chambre. Celle des parents, celle de la jeune narratrice, celle du petit frère – et « celle des cadavres », emplie des trophées empaillés abattus par le père. Le prédateur, toujours à l’affût.

Les proies ne sont pas tant celles mortes sous les balles de son fusil que celles qui habitent sous son toit: une épouse et mère insignifiante qui ressemble à un amibe et deux enfants, complices dans le silence qui doit être le leur. 

Quatre ans séparent la grande soeur du petit Gilles, mais ils partagent les mêmes jeux et les mêmes rires. 

Jusqu’au jour terrible où survient l’accident qui va faire perdre à Gilles son sourire et sa joyeuse innocence – peut-être qu’en remontant le temps, sa grande soeur pourrait effacer ce qui s’est passé et retrouver son petit frère d’avant?

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Salina, les trois exils

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Assis dans une barque, au large d’une baie qui mène à l’île cimetière, un fils raconte la vie de sa mère:  c’est là l’unique moyen de lui offrir le repos éternel. 

Le cimetière, entouré d’une muraille, est sacré. Au terme du récit qui sera fait pendant la traversée vers l’île, c’est le cimetière qui décidera s’il ouvrira ses portes pour accueillir la défunte…

Ainsi Malaka commence-t-il le récit de sa mère Salina, qu’il a accompagnée vers la mort une fois qu’elle l’a su assez endurci pour l’emmener vers ce dernier exil.

Et il essaie de se souvenir de sa voix à elle, Salina, sa voix cassée, qui lui a si souvent raconté les histoires de l’origine, qui a si souvent charrié dans ses récits les combats, les guerres, sa voix qui l’enveloppait dans les nuits d’étoiles, lorsqu’ils n’étaient que deux, sa voix qui s’est maintenant retirée du monde, comme une mer lassée du sable

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Le berceau

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Connaissez-vous le Nord du Cotentin, cette langue de terre qui plonge dans la mer et qui ressemble à l’Irlande? C’est là, sur cette terre sauvage, que Joseph vit seul dans sa ferme, depuis que la maladie a vaincu son épouse. 

Mais Joseph, en ce jour, se réjouit des nouvelles promesses de la vie: il peaufine avec fierté le berceau de bois qu’il a fabriqué pour sa petite fille à naître. Jusqu’au moment où le téléphone sonne pour lui annoncer une terrible nouvelle: l’avion dans lequel se trouvaient son fils, le futur papa, avec son compagnon, s’est crashé en mer. Emmanuel et Béranger avaient dans l’élan de cette nouvelle vie tout prévu, tout contractualisé : la mère porteuse soigneusement choisie au Canada alors qu’ils résidaient aux Etats-Unis, la location de l’appartement en attendant l’adoption du bébé, les séances d’haptonomie,… Tout, sauf leur disparition soudaine et tragique.

Joseph ne réfléchit pas: s’il ne peut pas faire le deuil de son fils faute de dépouille, Emmanuel continue à vivre à travers cette petite fille qui bientôt viendra au monde. Alors, muni de ses petites économies, de ses quelques mots d’anglais et de sa débrouillardise, Joseph s’envole pour le Canada pour retrouver coûte que coûte la mère porteuse avec une seule idée en tête: ramener la petite avec lui, faisant fi de toute contrainte. 

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Antonia / Journal 1965-1966

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J’aime quand un livre a la capacité de me surprendre alors que je ne l’ai pas encore lu.

Antonia, ou plutôt une pile d’une vingtaine d’Antonia, officiait tranquillement à la caisse de ma librairie. 

Ca sent toujours le coup de coeur du libraire, ces piles bien placées. Alerte.

C’est un petit livre tout fin, d’à peine une centaine de pages que j’ai feuilletées, mon regard s’est posé sur des vieilles photos en noir et blanc, j’ai survolé les dates d’un journal intime 21 février 1965, 3 août 1965, 6 octobre 1965, déjà j’en voyais trop alors j’ai refermé très vite pour juguler cette envie irrépressible qui me prenait de le lire et là, sur la quatrième de couverture, mes yeux tombent en arrêt devant ce nom sacré, Palerme – Palerme se met à clignoter comme un néon. 

J’ajoute le livre à celui que j’étais en train de payer.

Antonia est un journal intime, et on l’ouvre animé d’un plaisir de transgression coupable. Le frisson délicieux de l’interdit qui s’approprie l’intime de l’autre. L’intime de la langueur, du chagrin, des regrets, de la souffrance qui nous sautent immédiatement dessus. 

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Orange amère

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Rarement une couverture de livre incarne avec autant d’exactitude et de classe l’esprit d’un roman, la grâce et la fatalité. 

Le jour du baptême de sa fille Franny, Beverly Keating tombe éperdument amoureuse d’Albert Cousins.

Ils n’y peuvent rien, ça leur tombe dessus comme ça, comme la chaleur qui assoiffe ce jour de 1964 les nombreux invités et pour lesquels ils improvisent un cocktail en pressant des dizaines d’oranges de l’arbre du jardin.

Rien de tout cela n’aurait dû arriver, Albert Cousin n’était pas invité,  ils ne s’étaient jamais rencontrés, mais il a débarqué sans prévenir, avec sa bouteille de gin. 

Et lorsque Cousins aperçoit la divine Beverly, il comprend que sa vie vient seulement de commencer – en faisant totalement abstraction de son mariage, de ses trois enfants et du quatrième qui est en route. Beverly, elle, quitte son mari Fix, et part de Los Angeles avec ses deux filles pour suivre Albert en Virginie.

Ann Patchett ne choisit pas la simplicité de la linéarité romanesque. La suite du roman, après cette ouverture, ne sera pas l’histoire de Beverly et Albert, qu’elle nous laissera le soin d’imaginer si on le souhaite. Car le propos n’est déjà plus là. Ann Platchett, divine narratrice, va préférer s’attacher à raconter les dommages collatéraux de l’histoire.

Celle d’une tribu de six enfants qui se retrouvent malgré eux tous les étés en Virginie, une sorte de club des cinq, sauf qu’ils sont six, et qu’ils font contre mauvaise fortune bon coeur jusqu’au drame qui va marquer leurs vies et dont les répercussions, comme le tonnerre qui gronde bien après l’éclair, les rattraperont de longues années plus tard.

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Edith & Oliver

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Les désillusions d’un illusionniste.

C’est un drôle de réveil en ce jour de 1906 dans la cuisine de l’Empire Theater à Belfast.

Après une soirée d’excès alcoolisés, Oliver Fleck l’illusionniste reprend ses esprits au petit matin, quasiment nu, tenant dans sa main ensanglantée une molaire. Celle de la femme qui gît plus loin, endormie sur ses vêtements, la jupe retroussée dévoilant attachée autour de sa cuisse la lavallière bleue d’Oliver! 

Cette femme, c’est Edith, une pianiste – et malgré ce démarrage aussi burlesque que gênant, ils vont vite devenir inséparables à la vie comme à la scène, où l’illusionniste de génie et la pianiste de talent vont exceller ensemble. 

La vie leur sourit, le succès leur donne l’audace de croire en eux, et les deux jumeaux conçus lors de leur première nuit vont définitivement sceller leur destin.

Pourtant, les jours de faste où un pécule « suffisant pour payer le toit et la pitance de sa nouvelle famille pendant deux ou trois semaines, voire un mois » vont se faire de plus en plus rares. 

Les salles de spectacles, délaissées par la naissance du cinéma et aussi bientôt par la guerre, ne font plus recette – et les perspectives de contrats, elles, se tarissent. Mais Oliver, artiste dans l’âme, passionné par l’art de l’illusionnisme qui a fait sa renommée, veut continuer à croire aveuglément au succès d’un spectacle en solo qui lui apporterait la gloire. 

Alors, de tournée en tournée pour gagner un maigre salaire, loin de sa famille pendant des mois, il s’enlise dans l’alcool et dans ses illusions pour mieux tomber dans la disgrâce, tandis que sa famille tente de survivre. 

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Tristes grossesses

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Nous vivons une période déstabilisante et fragile, où soudain les avancées acquises au cours des six dernières décennies semblent propres à être remises en question.

Est-ce que nous, Femmes, dans la banalité de nos usages contraceptifs (avaler une pilule quotidienne, se faire poser un stérilet pour plusieurs années, utiliser un diaphragme ou des préservatifs) avons conscience des combats qui sont derrière notre droit fondamental et bienheureux à contrôler notre fécondité? A avoir un enfant quand nous le voulons?

Est-ce que nous, Femmes, qui avons cette liberté de mettre fin à une grossesse, mesurons aujourd’hui l’interdit censuré par la condamnation (quand ce n’était pas la mort due aux conditions dans lesquelles s’exerçait l’avortement clandestin) que devaient braver nos mères et nos grand-mères, sous le joug d’une loi de 1920 qui voulait assurer le renouvellement de la population française ?

1967, l’adoption de la loi Neuwirth autorise la contraception.

1975, l’adoption de la loi Veil dépénalise l’avortement

Ces lois sont l’aboutissement d’un long combat, mené par la gynécologue Marie-Andrée Lagroua Weill-Hallé, fondatrice de la Maternité Heureuse – qui devint ensuite le Planning familial.

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Sans compter la neige

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La neige s’en mêle, ce jour-là, en plus du reste, lorsque Russel Fontenot doit quitter dans la hâte une réunion à Washington pour rejoindre sa compagne Jennie, sur le point d’accoucher. 

Après une scène des plus gênantes si elle n’était pas si drôle dans les toilettes où son téléphone portable tombe dans la cuvette, le voici devenu injoignable et dans l’incapacité de contacter Jennie.

A peine sur la route, la colère le gagne soudain alors qu’il devrait être tout à la joie de la naissance imminente de leur enfant, une colère qui remonte du fond de son corps, de son histoire et qu’il dirige contre celle qu’il aime. Et la neige continue à tomber dans des bulletins météo alarmistes, augurant d’un voyage long et difficile pour arriver jusqu’à Charlottesville.

Au cours des heures de cette odyssée qui s’égrainent, les souvenirs refont surface, et Russel revient sur le parcours de sa vie en même temps qu’il prend conscience qu’il n’est décidément pas prêt à être père. Peut-être peut-il encore échapper à ce bouleversement? Et s’il quittait la route, là, maintenant, pour partir ailleurs?

De flashbacks en souvenirs, Russel nous livre son histoire, celle d’un gamin élevé seul par son père, «le vieux », un cajun, ni américain ni français malgré son nom, Fontenot. Un taiseux, un vieux bourru, sans affection ostensible. 

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L’appel

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JO de Mexico, 1968 – un grand gars dégingandé de 21 ans efface la barre au saut en hauteur à 2,24 mètres. Record mondial et médaille d’or olympique, mais surtout consécration d’un saut dorsal qu’il a inventé : le Fosbury Flop.

L’appel n’est pas une biographie de Dick Fosbury. 

C’est le roman d’un garçon qui s’appelle Richard, un gamin entraperçu sur une photo par l’auteure dans les yeux de celui qui se cachait derrière ses mains pour se concentrer avant de sauter. 

Après l’échauffement, lorsqu’il se met en place devant le sautoir, ses réflexes reviennent tout seuls. Le balancement d’avant en arrière, le franchissement des paliers de concentration, tout se déroule dans l’ordre et il repousse l’émotion qu’il sent poindre en s’emmurant dans le silence. Il respire profondément et visualise sa course d’appel, son impulsion, puis convoque cette énergie étrange qui l’a propulsé par-dessus la barre, le corps à cent quatre-vingts degrés, bras et jambes tendus.

 

Comment nait une vocation, comment elle se déploie: c’est cet appel intime que Fanny Wallendorf s’attache à raconter dans ce beau et sensible premier roman.

A travers l’itinéraire de Richard, depuis les bancs de l’école à Portland, Oregon, jusqu’aux Jeux Olympiques de Mexico, Fanny Wallendorf raconte avec brio le dépassement de soi d’un gamin même pas plus sportif qu’un autre, mais entêté à réussir dans ce sport où les entraîneurs les uns après les autres, renoncent à l’entraîner. 

Avec son drôle de corps, ses bras trop long, Richard découvre le plaisir physique du sport et bientôt une capacité particulière à entrer en soi pour se concentrer. Richard travaille à l’instinct. D’abord, il perfectionne sa course d’appel « jusqu’à ce que son corps acquière une connaissance inconsciente des mouvements à accomplir ». Puis, par accident, après des milliers de tentatives de sauts aux ciseaux puis ventraux, il découvre qu’il peut enfin améliorer son saut en franchissant la barre en dorsal – une technique non répertoriée mais contre laquelle aucun règlement ne peut s’opposer. 

Peu lui importent les railleries, les menaces de disqualification, les humiliations des coach qui veulent le faire renoncer: celui qu’on surnomme l’Hurluberlu va finir par fasciner les journaux et à force de foi en sa technique, parvenir aux sélections des JO, alors que pèse sur lui la menace d’une convocation de l’armée pour partir au Vietnam.

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Le matin est un tigre

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C’est un roman tout en poésie.

Ou plutôt un conte qui, s’il n’était pas empreint de surréalisme, évoquerait un tableau du Douanier Rousseau, une végétation foisonnante dans laquelle se tapit un tigre, rugissant. On  ajouterait au vert des feuilles des touches de fleurs bleues, des camélias, quelques grenades, une poignée de pissenlits et le piquant des chardons.

Dans l’univers d’Alma, le monde est végétal, le paysage est une feuille, l’air a un parfum de fenouil et les lithographies qu’elle accroche au fil courant de sa boîte de bouquiniste, sur les bords de Seine, sont des représentations botaniques délicates.

Lorsque sa fille Billie tombe malade, les poumons envahis par une étrange maladie qui la fait suffoquer et la mange de l’intérieur, Alma a l’intuition qu’un chardon pousse là, au creux des poumons de sa fille. 

Jean, son mari, se moque gentiment d’Alma, le coup de la fleur dans les poumons, c’est un roman de Boris Vian, pas la vraie vie.

Les dix mois de maladie de Billie, cette enfant si sage, si adulte déjà, ont usé Alma. Elle est vidée, mais elle croule sous le poids de deux lourdes valises qu’elle traîne, sa vie lui a échappé – aime-t-elle même encore Jean, qui pourtant ne cesse de lui manifester tant de petites attentions? Elle n’a plus de désir pour lui. Seule la maladie de Billie la remplit.

Ce serait mentir que de dire que la période de maladie de Billie n’est qu’horreur. Alma a la sensation d’être privilégiée parfois: elle est là avec sa fille, dans la nuit, à fumer des roulées sur un tapis de feuilles craquantes de givre. Quel parent a cette chance?

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Les petits garçons

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Qu’il est doux, le refuge de l’enfance, celui où l’on est né heureux et où les parents restent éternellement « papa et maman ».

Qu’il est doux de ne pas perdre de vue l’enfant qu’on a été. 

D’ailleurs, a-t-on jamais vraiment grandi, malgré l’adversité et l’âpreté du monde, devenu imprévisible, auquel on appartient?

C’est sur ces chemins de l’enfance qui mènent à l’âge adulte que nous promène le narrateur. 

Un narrateur qui n’a pas de nom, qui reste juste le petit garçon, le doux, le rêveur, le timide, le maladroit. 

Celui qui pose un regard sans complaisance sur sa personne, mais toujours admiratif sur l’autre petit garçon de l’histoire, Grégoire, l’ami d’enfance, l’ami prodigieux jamais médiocre. Là où le narrateur se fera dilettante en optant pour les choix que l’on fait à sa place – une fac d’histoire pour y suivre sa petite amie du moment, une école de journalisme suggérée par sa mère, Grégoire  se fixera très tôt des objectifs de réussite que son intelligence brillante lui permettra d’atteindre avec succès. 

Dans la tradition du roman d’apprentissage, les petits bouts de vie du narrateur, en un écho nostalgique à nos propres petits bouts de vie, se succèdent dans le chaos plus ou moins maîtrisé de l’adolescence: les premières amours, les premières clopes, les premières boums, les premiers voyages scolaires, les premiers baisers maladroits, les coupes de cheveux grunge  laborieusement copiées sur celle du chanteur du « groupe le plus triste du monde ». Tandis que Grégoire coche toutes les cases de sa to do list, suivant scrupuleusement son objectif de vie pour parvenir au sommet de sa réussite.

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2018: le bilan

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C’est une année très riche qui s’achève. Une année des plus fortes en terme de lectures, d’évènements, de rencontres.

Une année aux allures d’accélérateur de particules, qui a décuplé toutes les énergies.

Paradoxalement, cette année de tous les possibles, de toutes les griseries, m’apparaît a posteriori comme celle où il est important de de ne pas perdre de vue d’où l’on vient, pour rester fidèle à soi et à ses envies, quitte à prendre parfois un peu de distance.

Les chiffres:

83 livres (hors BD et romans graphiques) lus en 2018 soit une moyenne de presque 7 livres par mois. A ceux qui s’interrogent sur ce rythme (qui n’est pas franchement élevé par rapport à d’autres lecteurs que je côtoie), je lis essentiellement le soir (donc très peu de télévision – et même si je me suis récemment abonnée à Netflix, les livres continuent à passer avant le petit écran).

Les pays:

la littérature française a pris plus d’importance cette année (+21 versus 2017), au détriment de la littérature américaine (-9 versus 2017). Les quinze livres restants se répartissent essentiellement entre littérature italienne, anglaise et belge.

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Les héros de la frontière

 

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On peut penser qu’il y a des dingues.

On peut envier leur liberté aussi, cette liberté de ne pas se poser de questions, mais d’agir en fonçant tête baissée. 

Comme Josie, qui décide de larguer les amarres de sa petite vie dans l’Ohio, qui lui pesait trop – en vrac, un mari aussi inconsistant que superficiel dont elle a pris le soin de se séparer, un cabinet dentaire perdu au profit d’une patiente lors d’un procès, le sentiment de culpabilité dans la disparition d’un être cher, et le regard d’une communauté qui la juge trop différente. 

Avec ses quelques milliers d’économie, elle embarque ses deux jeunes enfants dans une fuite à peine réfléchie à l’autre bout du continent, aussi loin qu’elle le peut, au fin fond de l’Alaska. Et c’est ainsi qu’à bord du Château, un vieux camping car dont la sécurité laisse à désirer, va débuter une errance en terre inhospitalière, ravagée par les incendies de fin d’été. 

Le voyage devient un enchaînement de mésaventures tandis que disparaît jour après jour, de parking en parking, la possibilité de réaliser le fantasme de « renaître dans une terre de montagnes et de lumière »

Nous sommes attirés par le confort, pensa Josie, mais celui-ci doit être rationné. Donnez-nous un tiers de confort et deux tiers de chaos – c’est cela l’équilibre

Et du chaos, Josie va en trouver! C’est avec ce chaos qu’elle va apprendre à jongler et tenter de sécuriser ses enfants en leur offrant le cadeau inestimable d’une confiance en soi que seuls ceux qui sont allés aussi loin dans le retour à l’essentiel peuvent probablement ressentir.

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Simple

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La Corse. Les odeurs du thym et de la marjolaine sauvage imprègnent immédiatement les pages. La lumière crue du soleil les éclaire. 

C’est un village posé au milieu de nulle part, entouré de maquis, de cailloux, d’une forêt et d’un lac. 

Un petit village avec son église, son cimetière, son bar, son épicerie. Et son fou – Il s’appelle Antoine, on l’appelle Anto, mais le plus souvent, c’est le baoul. 

Au village, il connaît tout le monde, mais il n’a pas d’ami. Enfin, plus maintenant. 

Il parle aux objets qu’il entasse dans sa cabane, comme les mots du dictionnaire qu’il collectionne.

A cette chaise cassée, qu’il vient de trouver, jetée au rebut, il va raconter sa vie en la promenant à travers le village. Comment il a tué sa mère en venant au monde. Comme il s’est senti seul quand madame Madeleine, l’institutrice qui a pris le gamin sale et cabossé sous son aile, est morte à son tour. Comment il s’est fait sa place au village, même quand on le traitait de débile ou de putois. Comment il s’est lié d’amitié avec Florence Biancarelli, la plus belle fille du village. Et comment il a pris quinze ans pour son meurtre. Qu’il n’a pas commis. 

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L’heure du bilan: novembre

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Changez-vous d’humeur en novembre? Faites-vous partie de ceux que le changement d’heure déprime?

Est-ce que vous avez l’impression vous aussi qu’on vole des heures à votre vie, que les soirées sont réduites à une peau de chagrin, qu’à peine rentrés du boulot on a l’impression que c’est déjà l’heure de se coucher?

Les chiffres:

J’ai la preuve, parfaitement, que l’espace temporel n’est plus le même: ma moyenne de lecture a chuté. Six livres lus en ce mois de novembre!

D’accord, ce n’est pas qu’une histoire de dimensionnement temporel: j’ai rencontré une petite panne de lecture,  un passage à vide de quelques jours, mais j’ai réussi à trouver la parade…

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Mauvais joueurs

IMG_6763Voici un roman qui m’a beaucoup fait réfléchir: quel regard porter sur le « modernisme » d’un roman écrit il y a presque cinquante ans?

Si les américains vouent un culte à Joan Didion, la journaliste / écrivaine / essayiste est moins connue en France. L’année de la pensée magique a été pour moi ni plus ni moins qu’une révélation. J’ai aimé poursuivre cette rencontre avec son recueil de chroniques l’Amérique et ce style qui a fait sa réputation, sec, vif, et représentatif de ce New Journalism auquel elle a largement contribué.

Dans Mauvais Joueurs, écrit en 1970, Joan Didion met en scène une jeune femme à la dérive, Maria Wyeth – née à Reno, elle a grandi à Silver Wells, Nevada au gré des gains et pertes de jeu de son père, avant de fuir la vacuité de cette bourgade de vingt-huit habitants pour s’installer à New York. D’abord mannequin, Maria est devenue l’égérie de Carter Lang qui l’a faite tourner dans deux films d’avant-garde. Mais voilà, à 36 ans, pleine de la douleur de ne pas pouvoir élever normalement une petite fille au lourd handicap mental, après un avortement forcé par son mari et un divorce qui se profile, lassée de la décadence du milieu du cinéma, Maria ne connaît plus que le vide, le rien. Rien ne l’accroche plus à l’existence à l’exception des longues heures passées à conduire sur l’autoroute de Los Angeles, sans but et la tête délestée de toute pensée, avant de se coucher le soir en avalant des barbituriques.

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Douce

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Douce.

Je peux vous le dire maintenant: Douce m’a bouleversée.

Douce, c’est une amie, une soeur, un reflet de soi dans un miroir à un instant donné.

Douce, c’est l’histoire d’une femme, et à travers elle, de tant d’autres femmes.

J’ai voulu attendre pour vous parler d’elle. Laisser passer le flot de ceux et celles qui l’ont lue.

Vous la présenter dans un écrin. 

Comme si, égoïstement, j’étais la première à vous en parler.

C’est elle, Douce qui vous racontera l’amour fou qu’on ne pressent pas venir, les rouages de la passion qui emporte, l’emprise totale qui aveugle.

Vous, vous verrez peut-être, d’emblée, le pervers narcissique, le manipulateur. L’homme égoïste, que tout sépare d’elle. L’âge, la géographie, les idées sur la vie, un mariage.

Vous verrez le danger, celui qu’elle a aussi pressenti, sur le qui-vive, intuitive. Mais qu’elle n’a pas pu, pas voulu esquiver. 

Huit ans de montagnes russes, transportée vers les sommets de l’amour éblouissant et dévorant, aimée, dévorée, chosifiée, puis happée par la chute vertigineuse, par l’attraction vers un désastre annoncé et inévitable.

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Ton histoire mon histoire

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Construction et déconstruction d’un mythe.

La légende de Sylvia Plath est née avec sa mort, et son suicide a donné toute la puissance dramatique à ses recueils de poèmes et à son histoire.

Connie Palmen a pris le contrepied de la légende qui fait porter à son mari le poète Ted Hughes la responsabilité de la mort de la poétesse, en choisissant de lui donner la parole dans une autopsie romanesque de leur histoire, en effet de miroir.

Tout commence en 1956 – bien sûr la tragédie était inscrite depuis bien plus longtemps en Sylvia Plath – lorsque les deux jeunes poètes se rencontrent à Cambridge.

Ted Hughes, géant bourru du Yorkshire, s’éprend follement de cette volubile américaine, « belle, spirituelle, lettrée et en rut, talentueuse et terrifiante, géniale et redoutable »

Habitué à la nature discrète des Anglaises, je la trouvais grandiose comme le Niagara, le flot incessant de ses paroles se déversant implacablement aussi assourdissant que d’immenses chutes d’eau.

Dans les premiers assauts d’une folie dévorante, elle marque du sceau de sa morsure la joue du poète: il est à elle, ils se marieront dans le secret quatre mois plus tard, réunis pour dédier leur amour à un idéal absolu de création poétique et littéraire. 

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Dark Tiger

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Clap de fin – Adieu Calhoun…

Calhoun, je te gardais bien au chaud, calé sur une étagère prête à s’écrouler.

On avait fait connaissance à Casco Bay, je t’avais connu davantage lors d’une Dérive sanglante.

J’avais un petit passage à vide, de ceux où tu regardes tous les livres autour de toi sans avoir envie d’en ouvrir un seul. C’est pour un de ces moments-là que je te gardais. Alors je t’ai délogé de l’étagère…

Calhoun, ta cabane dans les bois m’avait bien manqué. Ecouter la rivière chuchoter, assis sur la terrasse à déguster une tasse de café ou un coca. L’alcool, tu as arrêté il y a 7 ans, après avoir été foudroyé par cet éclair qui t’a rendu à moitié sourd et t’a fait perdre la mémoire. J’accepte – après tout, une petite cure de désintoxication (surtout pour moi qui suis accro, au choix, au champagne, au bourgogne, voire au Spritz) ça n’a jamais fait de mal à personne.

On est bien chez toi, dans le Maine. Le retour à la nature et aux grands espaces. 

Ces moments de grâce où tu pêches, je suis sur le bateau aussi, Ralph ton épagneul à mes pieds – je te regarde lancer la ligne, la mouche (une dark tiger parfaite pour la truite) touche l’eau et à peine avons-nous attendu que déjà des oscillations font frémir l’eau. Le poisson est là, reste plus qu’à lever la canne et ferrer. Une superbe truite du Maine, quatre livres au moins – tu la délivres et la relâche. Tu es comme ça, les poissons tu les préfères dans l’eau. 

La vie, tu la veux tranquille, avec à tes côtés Kate, ton associée et amoureuse – si possible. Elle est toujours un peu compliquée, Kate, mais c’est une chouette fille. 

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Les soeurs Livanos

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« Nous sommes grecques, le bonheur n’est pas pour nous… »

La naissance des soeurs Livanos était une occasion extraordinaire pour les dieux de la tragédie antique: à peine venues au monde, ils se sont précipités sur le berceau des riches héritières, filles du magnat des mers Stavros Livanos –  ils allaient leur en donner, de la beauté, de la folie, du drame pour animer leur vie de petites filles riches! 

Poséidon, sous les traits d’Aristote Onassis, dieu des mers, roi des océans, le torse puissant bombé, n’allait faire qu’une bouchée de Tina, la cadette, sublime naïade blonde.

Tina a seize ans, elle épouse en 1946 Onassis qui en a 23 de plus. Il est petit, trapu, mais avec son charme animal, il séduit les plus belles femmes. Tina est ambitieuse, magnifique, elle adore l’argent, et elle est follement amoureuse de celui que tout le monde appelle le Turc – celui qui parti de rien a su monter un gigantesque empire maritime.

Zeus lui aussi convoitait la jolie Tina – Stavros Niarchos est puissant et riche comme son ennemi Onassis. Coiffé au poteau, il épouse Eugénie la grande soeur de 19 ans en 1947, moins spectaculaire, plus discrète, et son nez, elle aurait préféré l’avoir moins long. Peu importe, finalement, elle a la plus belle dot, elle est intelligente, éperdument éprise, Niarchos la façonnera pour être la plus cultivée, la comblera de maisons, de toiles de maîtres et de bijoux.

Le ton de la surenchère est donné: dans une rivalité sans commune mesure, les deux hommes se dament le pion en permanence – l’un loue un château sur la Riviera, l’autre va l’acheter. Celui-ci achète un caillou désertique en Grèce dans la baie d’Argos et le transforme en jardin d’Eden, celui-là répond en achetant un îlot rocailleux qu’il transformera en paradis sur mer. Rien n’est assez cher, aucun obstacle ne leur résiste. Leur richesse n’a d’égale que leur puissance mégalomane. 

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Le crâne de mon ami

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Qu’ont en commun Goethe et Schiller, Dumas et Hugo, Sand et Flaubert, Tourgueniev et  Tchekov, Henry James et Stevenson, Virginia Woolf et Katherine Mansfield, ou encore Senghor et Césaire, pour ne citer qu’eux?

L’amitié!

Oui, les écrivains sont des humains comme les autres, capables d’entretenir de belles amitiés, faisant fi, au moins pour un temps, de leurs égos.

Anne Boquel et Etienne Kern ont regroupé dans cet ouvrage fort documenté, fort bien écrit, et tout simplement passionnant, treize histoires d’amitié aussi extraordinaires que le sont leurs protagonistes, mais également aussi humaines que celles du commun des mortels.

Ces amitiés ont poussé, pour la plupart, sur le terreau fertile d’une correspondance assidue qui aujourd’hui peut témoigner de leur intensité et de leur profondeur. Mais à double tranchant, les échanges épistolaires de ces mêmes écrivains avec des personnes extérieures à la relation permettent parfois aussi de voir cette amitié sous un angle plus critique, voire perfide…

On découvre à travers ces treize récits, qui se lisent indépendamment les uns des autres, des amitiés inattendues, de savoureuses anecdotes, des moments uniques de création littéraire, des témoignages historiques, des écrivains parfois en devenir qui doutent ou au contraire débordent de confiance en soi, des témoignages d’époques révolues.

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L’heure du bilan: octobre

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C’est fou comme un mois peut vite passer. Déjà un nouveau bilan? J’ai l’impression d’avoir à peine fini celui de septembre…

Les chiffres:

Huit livres – je suis en phase avec ma moyenne mensuelle (même si je triche un peu avec un roman graphique lu en à peine une heure!!)

Les livres:

Un thriller

ou tout comme – Piranhas est un roman glaçant mais qui tient parfaitement en haleine. Comment imaginer un baby gang qui va prendre la tête de la mafia napolitaine? Pas besoin d’imaginer, Roberto Saviano a recueilli les témoignages des survivants qui en ont fait partie, et en a conçu ce roman.

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Une déception

j’attendais beaucoup de Par les écrans du monde , mais le roman de Fanny Taillandier m’a paru froid, peu pourvu d’émotions dans un traitement proche du documentaire

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Un malaise

Roman sur la passion dévastatrice, Adoration m’a hélas tenue à distance, malgré un récit fort et une écriture exigeante.

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Einstein, le sexe et moi

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Soirée télé.

Oui, ça m’arrive rarement. Et encore plus rarement quand il s’agit d’un jeu télévisé!

Il m’a fallu à peine une petite soirée pour ce « Question pour un champion » exceptionnel, avec en special guest star un romancier qui est en train de se tailler une place de choix avec son second roman, Einstein, le sexe et moi.

En quatre manches, Olivier Liron m’a mise KO sur le ring du jeu. Un KO hébété, heureux, désarmé, révolté aussi.

A ceux qui ne le sauraient pas encore, Olivier Liron est autiste Asperger – je situe les choses comme lui, d’emblée, dans son roman, nous invite d’emblée dans son monde, fait d’habitudes immuables, de difficultés à appréhender les autres, d’émotions décuplées, et de dates, toutes les dates possibles et imaginables.

Sa mémoire est prodigieuse, ses centres d’intérêt aussi variés qu’inattendus, Olivier est le candidat idéal pour ce Question pour un super champion, la finale des meilleurs candidats!

Sauf que le jour de l’enregistrement, Olivier se réveille tard, tellement tard qu’il a à peine le temps d’enfiler une chemise, d’attraper son sac avec des vêtements de rechange pour les différentes prises et de se rendre en hâte aux studios de Saint-Denis. Et c’est une folle journée qui va commencer pour lui, entre les attentes et les parties qui vont s’enchaîner. Olivier veut gagner, il s’est préparé, entraîné, comme un sportif en vue de la compétition.

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Le coeur converti

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Il y a des livres qu’on n’arrive pas à quitter. Des livres qui nous touchent si intimement qu’ils nous suivent des jours encore après avoir tourné à regret la dernière page.

C’est ce qui vient de m’arriver avec Le coeur converti, le nouveau roman de Stefan Hertmans. Après un récit familial et personnel captivant dans Guerre et Térébenthine, l’écrivain choisit à nouveau la veine historique pour ce nouveau livre, dans lequel il mêle avec maîtrise la genèse de son roman à travers le récit d’une enquête de longue haleine, et l’histoire de ses personnages tissée à partir des matériaux récoltés lors de ces recherches.

Le résultat est passionnant pour qui est curieux de récits historiques enfouis, du lointain et mystérieux Moyen-Age, de destins de femmes hors du commun et néanmoins tragiques, et de l’histoire du judaïsme en Europe.

Stefans Hertmans est belge, mais il séjourne régulièrement dans le petit village provençal de Monieux, qui sous ses dehors tranquilles cache le tragique épisode d’un pogrom au 11ème siècle, pogrom qui pourrait être à l’origine de la légende d’un trésor caché dans le village.

 

Hanté par cette histoire, l’écrivain va essayer de reconstituer l’histoire à partir d’un fragment de parchemin trouvé dans la vieille synagogue du Caire. Ce parchemin, comme tous les écrits qui portaient le nom de Dieu, a été déposé dans la genizah du lieu sacré, où il a reposé pendant près de huit cent ans…

Sa traduction a permis de dévoiler une lettre de recommandation en faveur d’une jeune prosélyte d’origine chrétienne, convertie par amour au judaïsme et qui va devoir fuir pour échapper aux chevaliers que son père a lancés à sa poursuite pour la ramener.

Ainsi est née Vigdis Adélaïs, la triste héroïne de ce sombre roman.

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Frère d’âme

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Pour tous, soldats noirs et blancs, je suis devenu la mort. Je le sais, je l’ai compris. Qu’ils soient soldats toubabs ou soldats chocolats comme moi, ils pensent que je suis un sorcier, un dévoreur du dedans des gens, un dëmm. Que je le suis depuis toujours mais que la guerre l’a révélé

Comme une centaine de milliers de tirailleurs sénégalais, armés de leur fusil et de leur coupe-coupe, Alfa Ndiaye et Mademba Diop sont venus se battre sous le drapeau de la France. En Europe rugit la première guerre mondiale. Mademba Diop, tout chétif, mais avec l’âme d’un vrai combattant qui veut sauver la mère patrie, a su convaincre Alfa Ndiaye, son ami d’enfance, son frère adoptif, son plus que frère.

Ensemble ils ont quitté Gandiol, leur village. Avant de partir, Fary Thiam, la fille du chef du village, a offert au beau et fort Alfa le chaud, le doux et le moelleux du dedans de son corps, le début de la route vers la perte de l’innocence.

Au coup de sifflet du capitaine pour seule langue qu’ils comprennent sur le champ de bataille, les tirailleurs sénégalais courent au combat, fusil dans une main, coupe-coupe dans l’autre, lâchés sous les balles et les obus de l’ennemi comme de la chair à canon. La chair du dedans au dehors, comme celle de Mademba blessé par l’ennemi, qui dans l’atrocité de sa souffrance implore son ami Alfa de l’achever.

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