Bénis soient les enfants et les bêtes

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Quoi de plus américain que ces Summer Camps, camps d’été de deux mois passés loin des parents, au grand air, dans la nature, qui contribuent au mythe d’une culture ?

Cet été-là, leurs parents ont décidé de les envoyer  au Box Canyon Boys Camp, réservé aux familles fortunées. Eux, ce sont six adolescents, mal dans leur peau, inadaptés, défaillants socialement. En huit semaines, on promet de faire d’eux, en plein cœur de l’Arizona, des vrais cow-boys, de futurs hommes endurcis et aguerris. Regroupés en tribus, les garçons du camp s’affrontent dans différentes compétitions : équitation, tir à l’arc, tir au fusil, épreuves d’adresse, natation, sports au grand air, dont les scores sont totalisés à la fin de chaque semaine et permettent d’attribuer à chaque tribu le nom et le trophée qui lui revient : Apaches, Sioux, Comanches, Cheyennes et Navajos.

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L’année de la pensée magique

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La vie change dans l’instant

L’homme est, et l’instant d’après, il n’est plus.

Le 30 décembre 2003, le mari de Joan Didion meurt, foudroyé par une crise cardiaque.

Ce soir du 30 décembre, Joan et John rentrent chez eux après une nouvelle journée passée au chevet de leur fille Quintana, qui est dans le coma suite aux complications d’une pneumonie. A peine regagné leur appartement de Manhattan, à peine allumé un feu de cheminée, à peine pris le temps de boire un premier whisky avant de passer à table, et John s’effondre sans que Joan comprenne. Cinq minutes pour que l’ambulance arrive, une quarantaine de minutes pendant lesquelles les secouristes vont tenter de le ranimer, cinq autres minutes pour le transporter à l’hôpital – le décès sera prononcé à 22H18. Soudain, après 40 années de vie commune avec son mari John, 40 années au cours desquelles, travaillant ensemble au sein de leur appartement, ils se seront à peine quittés plus de quelques jours, Joan Didion se retrouve seule.

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Joli mois de mai, ou ces livres qui m’appellent…

Je faisais il y a deux jours un petit point sur ma PAL, qui semble ne jamais baisser, entretenue par des achats répétés qui viennent s’ajouter aux candidats en attente de passer sur le grill de la lecture.

D’où vient cette envie compulsive de toujours acheter de nouveaux livres, malgré tous ceux qui attendent depuis des mois sur l’étagère?

Est-ce une façon de compenser une frustration, comme certains achèteraient des vêtements ou d’autres engouffreraient des paquets de gâteaux ? Est-ce une façon d’essayer de réduire le champ des possibles littéraires, pourtant infini? Est-ce qu’un livre acheté est d’une certaine façon un livre déjà à moitié lu? Est-ce tout simplement une soif de découvrir inextinguible,  entretenue par le jeu des nouvelles parutions, des éditos, et des réseaux sociaux?

Toutes les sollicitations fonctionnent et chaque mois apporte son nouveau lot de convoitises.

Mai n’échappe pas à la règle, et voici une petite sélection des publications qui déjà me font les yeux doux:

9782081413146«- Trois morts, c’est exact, dit Danglard. Mais cela regarde les médecins, les épidémiologistes, les zoologues. Nous, en aucun cas. Ce n’est pas de notre compétence.
– Ce qu’il serait bon de vérifier, dit Adamsberg. J’ai donc rendez-vous demain au Muséum d’Histoire naturelle.
– Je ne veux pas y croire, je ne veux pas y croire. Revenez-nous, commissaire. Bon sang mais
dans quelles brumes avez-vous perdu la vue?
– Je vois très bien dans les brumes, dit Adamsberg un peu sèchement, en posant ses deux mains à plat sur la table. Je vais donc être net. Je crois que ces trois hommes ont été assassinés.
– Assassinés, répéta le commandant Danglard. Par l’araignée recluse?»

Pour la petite histoire, je fais partie des profanes qui n’ont jamais lu Fred Vargas, et j’ai vraiment très très envie de m’y mettre

Quand sort la recluse, Fred Vargas, Flammarion

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No home

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Ma première vraie prise de conscience de l’esclavage date de ma classe de 1ère : nous étudiions alors Voltaire et son optimiste Candide, quand nous croisâmes dans les pages du Lagarde et Michard le nègre du Surinam, propriété du « fameux négociant » M. Vanderdendur – l’occasion pour Voltaire de dénoncer dans ce conte philosophique la cruauté de l’esclavage.

Ma seconde prise de conscience vint peu de temps après, la même année, lors d’un voyage en famille au Sénégal. Nous prîmes un matin le bateau à Dakar pour débarquer une heure plus tard sur une île hors du temps, Gorée, symbole de la traite négrière. Là, nous visitâmes le lieu de passage obligé pour cultiver la mémoire de l’esclavage, La maison aux esclaves. Je me souviens avoir éprouvé un sentiment d’une tristesse inouïe avec une intense acuité au récit du gardien, évoquant les cachots au rez-de-chaussée de la maison dans lesquels étaient entassés hommes, femmes et enfants, qui bientôt, en empruntant la porte au fond conduisant vers la mer, traverseraient à bord d’un bateau l’océan vers l’Amérique.

* * *

Dans son premier roman, c’est une histoire de l’esclavage que nous raconte Yaa Gyasi, une fresque historique et puissante qui court sur près de trois siècles, à travers sept générations. Elle commence au dix-huitième siècle dans un village du Ghana, ou Maame, une esclave, va donner naissance à deux filles de deux pères différents, dans des villages rivaux. La première, Effia, sera élevée par celle qu’elle prendra longtemps pour sa mère, avant d’être mariée au gouverneur britannique du fort de Cape Coast, tandis que la seconde, Esi, dont elle ne connaît pas l’existence, sera enlevée et enfermée dans les cachots du fort, exactement au-dessous de là où habite désormais Effia. Esi sera vendue et envoyée vers l’Amérique à bord d’un bateau, et Effia fondera avec James Collins sa lignée métissée. C’est donc sur deux continents que nous allons suivre les destins des deux sœurs et de leur descendance.

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Croire au merveilleux

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César n’arrive pas à faire le deuil de Paz, sa sublime et lumineuse femme, l’ancre de sa vie. Paz avait-elle décidé de les quitter, lui et leur fils ? Il n’aura jamais la réponse, que Paz a emportée deux ans plus tôt en se noyant au fond de l’océan… Impossible pour César de revenir à la vie, d’être un père pour son jeune garçon, alors il décide de mourir. Grâce à internet, il s’est procuré un petit kit de suicide qui contient quelques pilules, qu’il décide d’avaler méthodiquement dans sa cuisine, un soir d’été…  alors qu’il sent déjà son corps s’affaiblir une fois les premiers cachets avalés, une jeune femme sonne à sa porte. Nana, jeune beauté grecque, étudiante en architecture et nouvelle voisine de César, a perdu ses clés et vient se réfugier chez lui, perturbant César dans ses projets de mort. Qui est cette Nana, aussi belle et gracieuse qu’érudite, qui pioche dans la bibliothèque de César et s’entretient avec lui des mythes antiques ? Tant de mystère plane au-dessus de Nana. Qui est-elle vraiment, et pourquoi reste-t-elle inaccessible malgré son désir de se rapprocher de César ? Pourquoi semble-t-elle vouloir protéger l’homme éploré, qui peu à peu accepte de laisser tomber l’armure antique de son veuvage ?

 J’avais le sentiment étrange que tout ce qu’elle faisait était destiné à me faire plaisir

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Ma cousine Rachel

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L’histoire de Ma cousine Rachel se situe en Cornouailles, au 19ème siècle, et n’est pas sans évoquer les œuvres de Jane Austen ou des sœurs Brontë, chères à Daphné du Maurier.

Philipp Ashley, orphelin depuis son plus jeune âge, a été élevé par son cousin Ambroise, de 20 ans son aîné. Dans leur manoir, ils vivent entourés de domestiques fidèles à leur maître, célibataire endurci. Ce dernier, souffrant de rhumatismes, va passer ses hivers dans le sud de l’Europe. A l’occasion d’un voyage en Italie, il rencontre à Florence une cousine lointaine, Rachel  – qu’il épouse à la surprise de tous. Passé l’enchantement des premiers mois, livré par Ambroise dans ses missives à Philipp, le jeune marié se met à souffrir d’un mal mystérieux. Alerté par une lettre particulièrement alarmante, Philipp entreprend un voyage à Florence mais il arrive trop tard : son cousin a été vaincu par son mal 3 semaines plus tôt. Point de trace de la veuve Rachel, qui a disparu en emportant toutes les affaires du défunt. De retour en Cornouailles, Philipp apprend que Rachel va venir le rencontrer. Persuadé qu’elle est responsable de la mort d’Ambroise, Philipp est très réticent à accueillir cette intruse qu’il a d’emblée détestée dans les lettres d’Ambroise, jaloux que celle-ci lui vole son cousin. Aussi est-il surpris lorsqu’il fait sa connaissance : loin de lui la vieille fille qu’il avait imaginée, Rachel est aussi charmante que ravissante. Par sa gaité, son entreprise et son charme, Rachel ramène la vie au manoir. Mieux, elle l’auréole de la grâce qui avait manqué à cette maison d’hommes. Et bientôt, sans comprendre ce qu’il lui arrive, Philipp tombe fou amoureux de Rachel. Mais ses soupçons envers elle ne cessent de venir le troubler. Qui est vraiment Rachel, quelles sont ses intentions ? Devenu l’héritier unique du domaine et de tous les biens d’Ambroise, Rachel est-elle en quête d’une part de l’héritage auquel elle n’a pas eu droit, ou est-elle juste une jeune femme désœuvrée et triste qui veut seulement se rapprocher de son mari disparu en séduisant un jeune homme naïf?

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Grande section

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Septembre 2014 – rentrée des classes. La narratrice accompagne sa fille pour son entrée en grande section et s’immerge trente ans plutôt dans sa propre rentrée en dernière année de maternelle, l’année où elle a dit au-revoir à l’insouciance…

Comment vole-t-on l’innocence d’un enfant sinon en le confrontant à la mort prématurée d’un de ses parents ?

Alors qu’elle n’a que cinq ans, la petite fille se retrouve déracinée. Elle en a connu pourtant, des déménagements. Née au Koweït, elle a passé ses jeunes années à Cannes, où sa famille s’est installée comme beaucoup de familles privilégiées du Moyen-Orient dès le début de la guerre civile au Liban. De là, le père mène des affaires familiales florissantes. Mais du jour au lendemain, la famille repart soudainement à Damas. La Syrie, retour aux sources pour la famille, et début de la descente aux enfers pour la maman. Comment peut-on comprendre, quand on a cinq ans, les décisions des adultes et  les blessures qu’ils portent en eux ? Ce retour en Syrie n’est hélas que le commencement d’une itinérance de quelques mois car à nouveau la famille repart avec ses quatre enfants. Un drôle de voyage, où on laisse en chemin les deux aînés à Paris, avant de continuer vers San Diego, le début de la parenthèse américaine et de la fin d’une enfance qui s’achève trop tôt…

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Une ombre chacun

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Une femme, un homme. Deux ombres.

Clara, trentenaire parisienne, mène une vie lisse dans le confort luxueux du 7ème arrondissement, passant ses journées entre  le cadre monochrome d’un superbe appartement et le Bon Marché où elle semble faire ses courses en permanence. Lorsqu’elle n’est pas réfugiée sous la couette de la chambre blanche, Clara voit ses « amies », cuisine, et poste sa vie sur Instagram, faisant rêver des milliers d’abonnés. Clara a un mari beau  et bien né, doté d’un nom à particule. Clara est une liane à la beauté remarquable, Clara est intelligente, Clara est enviée, mais Clara n’est qu’apparence et faux-semblant. Clara n’est plus qu’une coquille vide, depuis qu’elle a été enlevée enfant, et depuis que sa mère est morte. Le jour où Charles, son mari, lui demande un enfant, Clara décide de disparaître sans laisser de trace.

Charles fait appel à un ancien marine pour la retrouver, Seven Warren Smith. Après avoir combattu en Irak, le retour à une vie normale l’a laissé désœuvré. Aussi quitte-t-il sa ville de Colombus sans un dernier regard pour sa femme, et s’envole pour Paris en quête de Clara, en quête de redonner un sens à sa vie. A travers le Sud de l’Europe, Seven s’engage à la poursuite de Clara, espérant la retrouver avant qu’il ne soit trop tard, persuadé qu’elle est partie se cacher pour mourir.

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Assez de bleu dans le ciel

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Lignes de fuites – c’est ainsi qu’aurait pu s’intituler ce nouveau roman de Maggie O’Farrell, le meilleur à mon sens parmi tous ceux que l’écrivaine irlandaise a écrits jusque-là !

Daniel Sullivan, le narrateur, a posé un jour ses valises dans le Donegal auprès de Claudette Wells, une actrice qui a choisi de quitter les lumières d’une célébrité trop envahissante en se terrant dans une maison inaccessible au sommet d’une vallée, coupée du monde par douze portails… Ensemble, entourés de leurs deux enfants et d’Ari, le fils aîné de Claudette, ils mènent une vie paisible dans l’isolement de leur maison, entrecoupée par les allers-retours de Daniel à Belfast, où il enseigne la linguistique. En ce jour qui amorce l’enchaînement des événements à venir, Daniel s’y rend une nouvelle fois, avant de prendre un avion qui l’emmènera à New-York fêter les 90 ans de son père. Alors qu’il est en voiture il tombe sur l’interview de son ancienne petite amie, Nicola, et apprend que celle-ci est morte peu après l’interview, en 1986. Le début d’une longue errance pour Daniel, persuadé qu’il est responsable de la mort de Nicola, qu’il fuit depuis toutes ces années.

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Rencontres: Louis-Philippe DALEMBERT

Ce 30 mars 2017, rendez-vous était donné à la librairie Le Point de Côté, à Suresnes (92) pour une rencontre avec Louis-Philippe DALEMBERT, auteur du coup de cœur littéraire chroniqué récemment, Avant que les ombres s’effacent (éditions Sabine Wespieser).

19H30, et l’écrivain est déjà là, impressionnant de grandeur au milieu de la librairie, arborant sa sympathie et son humour en toute simplicité. Ces rencontres sont toujours des moments privilégiés, surtout lorsque les auteurs sont d’un abord aisé et aussi ouverts à la discussion.

Né en Haïti où il a passé les 23 premières années de sa vie, l’homme semble avoir vécu partout, il évoque tour à tour la France, l’Italie, Jérusalem… Écrivain, poète, essayiste, il s’amuse à nous avouer que, trop timide avec les filles, ce sont elles qui l’ont incité à écrire. Il publiera son premier recueil de poèmes à 19 ans. La poésie et les poètes engagés ont joué un grand rôle dans l’éducation de l’homme, qui a grandi auprès d’une mère institutrice sous la dictature de François Duvalier.

Louis-Philippe Dalembert, dont un nouveau recueil de poésies sortait fin mars, confesse écrire ses vers dans les moments d’urgence. Ainsi, bouleversé par la condamnation de Cedric Herrou, l’agriculteur ayant aidé des migrants, ce dernier lui a inspiré un poème car « on ne met pas assez en avant la main tendue ». « Ces moments forts réconcilient avec l’humain dans un univers d’informations négatives ».

Avant que s’effacent les ombres est son huitième roman, et le premier aux éditions Sabine Wespieser. Si le roman apparaît à première vue comme une grande saga historique, l’écrivain nous dit l’avoir conçu comme un roman d’aventure. Bien sûr, planter son décor dans l’Histoire aura nécessité d’intenses recherches, dont 95% ne serviront finalement à rien. Car selon LP Dalembert, il faut éviter 2 écueils:

  1. ne pas se prendre pour un historien
  2. ne pas trop alourdir le récit

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