Il est des hommes qui se perdront toujours

couverture du livre Il est des hommes qui se perdront toujours

« Je te propose un voyage dans le temps, via Planète Marseille » : sur le son de IAM, retour aux années 80 et à l’enfance de Karel, Hendricka et Mohand Clayes, trois gamins de la cité Artaud à Marseille.

Aux beaux jours, les chansons d’amour de Whitney Houston, Johnny, Cheb Hasni ou Khaled s’échappent des fenêtres de la cité Artaud. « L’amour existe, mais dans un monde qui n’est pas le nôtre, un monde où personne ne jette sa poubelle par la fenêtre ni ne met le feu aux paillassons », un monde où les pères ne brutalisent pas leurs enfants, comme derrière la porte de l’appartement 619. Des enfants beaux comme des dieux, si on exclue Mohand le petit dernier, né avec toutes les déficiences possibles, et qui lui vaudront la haine encore plus insensée du père. 

A côté du manque d’argent et de nourriture, la violence et les humiliations sont le lot quotidien des enfants Clayes. 

Alors souvent, après l’école, ils s’échappent: auprès des gitans du Chemin 50, ils découvrent ce qu’est une vie de famille, même marginale. Quelques années plus tard, l’amie d’enfance, Chayenne, devient l’amoureuse de Karel, petite gitane qui l’ensorcelle de son désir insatiable. Forts de leur amour, ils n’ont plus qu’un rêve, quitter cette vie-là. Car la seule issue possible pour Karel, c’est fuir ses origines, mais est-il pour autant possible de se dépouiller de la haine qui l’a construit et de la culpabilité d’avoir laissé là-bas ce petit-frère si vulnérable? 

Cette histoire, agrémentée d’une bande-son éclectique qui va de Julio Iglesias à NTM en passant par Elsa, IAM ou The Pasadenas, c’est Karel qui nous la raconte : dès les premières lignes, le réalisme brut du récit nous prend aux tripes grâce à ce quelque chose en plus qui nous bouscule. 

L’écriture formidablement incandescente de Rebecca Lighieri. 

La brutalité de l’histoire.

Et l’aura qui habille les personnages. Quels personnages. Ecorchés, malmenés, combattifs, sauvages, à la présence physique puissante qui vibre, comme vibre la ville enflammée ce soir de 1993 par la victoire de l’OM. De ces personnages qui nous touchent en plein coeur, plus encore que Karel, c’est Mohand, jeune homme à l’étrange beauté, « fait du bois dont on fait les héros et les princes »  qui a l’étoffe des vrais héros. De ceux qu’on retient un peu plus longtemps auprès de nous après avoir refermé le roman.

Laisse pas traîner ton fils, si tu veux pas qu’il glisse, qu’il te ramène du vice. Cette chanson, Mohand et moi la prendrons dans la gueule. Pourtant, nous n’avons pas eu besoin de descendre dans la rue pour trouver le vice. Le vice, lui comme moi avons grandi dedans. Le vice, il nous a défoncé la tête à coups de baffes, enfoncé les côtes à coups de latte, niqué la tête à force d’injures éructées et bavantes: t’es qu’une merde, dégage, putain, dégage si tu veux pas que je te crève! Alors, la rue, finalement, c’était un moindre mal. Mohand y a même puise les forces qui ont fait de lui un prince, le sauveur dont je rêvais quand ma mère l’attendait.

Titre: Il est des hommes qui toujours se perdront

Auteur: Rebecca Lighieri 

Editeur: POL / Folio

Parution: 2020

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