La peau des filles

Livre La peau des filles de Joanne Richoux

Elles sont trois trentenaire – tellement loin de ce que je pouvais être au même âge que soudain je me suis sentie vachement vieille, et j’ai bien cru que je ne parviendrais pas à les aimer.

Trois filles paumées qui paraissent à peine sorties de l’adolescence. 

Louise souffre d’un « trouble anxieux généralisé » et vient d’abandonner son poste de journaliste et carbure au Xanax. Rose, elle, vient de divorcer de Léandre et soumet son corps à des tortures obsessionnelles.

Jenna est strip-teaseuse, et, contrairement aux deux premières qu’elle a du mal à supporter, elle assume parfaitement son corps (sexy) et sa vie (libre) – jusqu’à l’appel qui lui annonce que son père est hospitalisé. 

Elle quitte Grenoble pour retourner voir sa famille en Auvergne, suivie de Louise et Rose décidées à soutenir leur copine – que Jenna voit plutôt comme deux insupportables boulets.

Mais elle se laisse convaincre de poursuivre cette échappée vers St Jean de Luz, dans la maison de vacances des parents de Rose.

Là, elles vont apprendre à se délester du poids encombrant des angoisses, faire des rencontres, laisser parler leurs corps, apprivoiser la liberté, le désir, les névroses et tenter la possibilité d’être enfin, peut-être, en accord avec elles-mêmes.

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Il est des hommes qui se perdront toujours

couverture du livre Il est des hommes qui se perdront toujours

« Je te propose un voyage dans le temps, via Planète Marseille » : sur le son de IAM, retour aux années 80 et à l’enfance de Karel, Hendricka et Mohand Clayes, trois gamins de la cité Artaud à Marseille.

Aux beaux jours, les chansons d’amour de Whitney Houston, Johnny, Cheb Hasni ou Khaled s’échappent des fenêtres de la cité Artaud. « L’amour existe, mais dans un monde qui n’est pas le nôtre, un monde où personne ne jette sa poubelle par la fenêtre ni ne met le feu aux paillassons », un monde où les pères ne brutalisent pas leurs enfants, comme derrière la porte de l’appartement 619. Des enfants beaux comme des dieux, si on exclue Mohand le petit dernier, né avec toutes les déficiences possibles, et qui lui vaudront la haine encore plus insensée du père. 

A côté du manque d’argent et de nourriture, la violence et les humiliations sont le lot quotidien des enfants Clayes. 

Alors souvent, après l’école, ils s’échappent: auprès des gitans du Chemin 50, ils découvrent ce qu’est une vie de famille, même marginale. Quelques années plus tard, l’amie d’enfance, Chayenne, devient l’amoureuse de Karel, petite gitane qui l’ensorcelle de son désir insatiable. Forts de leur amour, ils n’ont plus qu’un rêve, quitter cette vie-là. Car la seule issue possible pour Karel, c’est fuir ses origines, mais est-il pour autant possible de se dépouiller de la haine qui l’a construit et de la culpabilité d’avoir laissé là-bas ce petit-frère si vulnérable? 

Cette histoire, agrémentée d’une bande-son éclectique qui va de Julio Iglesias à NTM en passant par Elsa, IAM ou The Pasadenas, c’est Karel qui nous la raconte : dès les premières lignes, le réalisme brut du récit nous prend aux tripes grâce à ce quelque chose en plus qui nous bouscule. 

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Au café de la ville perdue

Au café de la ville perdue Anaïs Llobet

Eté 1974, l’armée turque bombarde Varosha, une station balnéaire chypriote en vogue.

La ville est abandonnée brutalement par des milliers de chypriotes, obligés de fuir en laissant tout derrière eux.

Quarante six ans plus tard, le drame est encore vivace. 

Ariana a grandi dans l’espoir de reconstruire un jour le 14, rue Ilios, la maison de ses grands-parents paternels, là où sont plantées les racines de ce figuier qu’elle a tatoué sur sa peau.

En attendant ce jour où elle espère pouvoir retourner à Varosha, transformée en zone militaire contrôlée par l’armée turque, elle travaille à Nicosie dans le café de son père Andreas, le This Khamenis Polis – le café de la ville perdue.

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Le gosse

Le gosse Véronique Olmi

Joseph est né au sortir de la grande guerre. Le père, gueule cassée, est mort depuis longtemps.

Peu importe, il ne l’a pas connu, et puis il est heureux avec sa mère Colette la joyeuse, et sa grand-mère Florentine. Elles le chérissent, ce petit garçon qui siffle déjà comme un artiste.

Colette a un amoureux, et tout dérape: l’avortement, et la mort qui la cueille. 

Joseph n’est pas seulement orphelin, il est la honte de la nation, et sa mère une traitre qui se retrouve punie d’avoir voulu refuser de repeupler la France.

Double peine, car bientôt le petit garçon de sept ans va se retrouver pupille de l’état. 

L’assistance publique, pourquoi la craindre? Elle prend soin des enfants, non?

Il est en sécurité, maintenant il est assisté par l’état, comme la grand-mère, chacun à sa place, dommage qu’on ne puisse pas les partager

L’engrenage est en marche: le placement en famille nourricière à la campagne pour prêter ses bras de petit garçon aux durs travaux de la ferme, la faute qui fait de lui un hors-la-loi de neuf ans, la prison de la Petite Roquette aux méthodes glaçantes pour remettre les enfants sur le droit chemin, et puis le surclassement en colonie pénitentiaire à Mettray à dix ans – la primeur des mauvais traitements, des humiliations, du travail surhumain. « A dix ans il est temps d’être un homme » et Joseph va puiser au fond d’une volonté immense la force de survivre au quotidien inhumain infligé à ces enfants. 

Ainsi il est arrivé parmi les vicieux de la République, le vivier de la racaille, et il y a pris sa place

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Au café de la ville perdue

Eté 1974, l’armée turque bombarde Varosha, une station balnéaire chypriote en vogue.

La ville est abandonnée brutalement par des milliers de chypriotes, obligés de fuir en laissant tout derrière eux.

Quarante six ans plus tard, le drame est encore vivace. 

Ariana a grandi dans l’espoir de reconstruire un jour le 14, rue Ilios, la maison de ses grands-parents paternels, là où sont plantées les racines de ce figuier qu’elle a tatoué sur sa peau.

En attendant ce jour où elle espère pouvoir retourner à Varosha, transformée en zone militaire contrôlée par l’armée turque, elle travaille à Nicosie dans le café de son père Andreas, le This Khamenis Polis – le café de la ville perdue.

Andreas avait 7 ans lorsqu’ils ont dû quitter Varosha. Sa mère Adriné, chypriote turque, a fui avec un soldat turc. Son père Ioannis, chypriote grec, a pris la mer. Abandonnant Andreas aux bons soins de sa soeur Eleni, qui va élever Andreas comme son fils.

Désormais, Andreas veut vendre la maison, et Ariana ne peut s’y résoudre.

Avec elle disparaîtrait le devoir épuisant de se remémorer une ville qu’elle n’avait jamais connue, où avaient vécu des grands-parents dont on ne lui avait parlé que par détours et omission

Au café, une journaliste française en poste à Chypre s’installe un jour par hasard pour écrire, essayant de trouver l’inspiration : comment écrire son roman sur Varoshna,  une ville «artificiellement plongée dans (un) coma de rouille et de tristesse » si elle ne peut pas la visiter

Ariana lui propose un marché: elle l’aidera à comprendre Varosha, si elle promet de faire revivre le 14, rue Ilios dans son roman. 

Giorgios, un vieil habitué du café et meilleur ami d’Ioannis, remonte le fil des souvenirs pour faire revivre Varosha, mêlant l’histoire de la ville à cette époque heureuse où il était le nouveau prince de Varosha et avait le monde à ses pieds.

Peu à peu, d’une époque à l’autre, l’histoire prend vie – ou plutôt, tels les murs de la maison du 14, rue Ilios qui s’effondrent, elle se déconstruit dans la chronique d’un drame annoncé: l’amour impossible entre un chypriote grec et une chypriote turque.

Coup de coeur total pour l’amplitude romanesque de ce livre – d’une génération à l’autre, d’une partie de l’île à l’autre, l’histoire se transmet, immuable. Des personnages fascinants, tant dans leur ferveur que dans leurs trahisons.

Qu’est-ce qui unit des zones disparates en une seule et même ville? Un passé commun ou le vide qui les délimite? 

Avec son talent de journaliste et ses mots de romancière, Anaïs Llodet nous emporte dans  l’histoire de Varoshna, ville fantôme prisonnière des barbelés du territoire turc.

Elle nous sensibilise aussi à la terrifiante de Chypre, « Une île disloquée, percluse d’interdits et de paradoxes » – depuis toujours enjeu militaire et politique par sa situation stratégique aux portes du Moyen-Orient. Mais avant tout un enjeu humain, dans lequel les chypriotes grecs et turcs, séparés par une frontière rendue encore plus étanche par les haines et les différences culturelles, ne réussissent pas à trouver la paix.

Titre: Au café de la ville perdue

Auteur: Anaïs Llobet

Editeur: éditions de l’Observatoire

Parution: janvier 2022

Connemara

Connemara de Nicolas Mathieu

Ce qu’on dit du naturel est valable pour les origines: on a beau les fuir, elles nous reviennent toujours en pleine figure.

Adolescente, Hélène n’avait qu’un rêve: vivre loin de Cornécourt et de la vie étriquée qui s’offrait à elle.

On a si peu de raisons de se réjouir de ces endroits qui n’ont ni la mer ni la tour Eiffel, où Dieu est mort comme partout, et où les soirées s’achèvent à vingt heures en semaine et dans les talus le week-end.

La prépa, l’école de commerce à Lyon, les jobs dans des cabinets de consultants à Paris, ça en valait bien la peine si c’était pour faire un burn out et revenir à la case départ.

A Nancy, Hélène devrait être heureuse: elle est en lice pour devenir associée d’un cabinet lucratif qui compte bien profiter de la réforme des régions et des réorganisations salariales conséquentes à la naissance du Grand-Est. Elle vit dans une maison d’architecte, et forme avec son mari et ses deux filles une belle famille. Voilà pour les apparences, car Hélène n’est pas heureuse, s’égare sur Tinder pour tromper son ennui, et finit par retrouver Christophe, dont elle était amoureuse autrefois au lycée.

Christophe n’a jamais quitté Cornécourt – ancienne gloire locale du hockey qui étourdissait les filles, il vend de l’alimentation pour animaux et vit désormais une de ces « existences rotatives » dans la maison de son enfance auprès de son père, avec son fils, et fréquente toujours ses vieux copains du lycée.

Il regardait les minettes et se disait merde, plus jamais, et ce deuil attisait en lui des sentiments mauvais. Il pensait à leurs jeunes culs, aux garçons qui avaient le droit, aux étreintes sans froissures, à la beauté de leurs corps intacts qui n’étaient plus pour lui. Se levaient alors dans sa poitrine de mornes passions, un frémissement incommodé à l’encolure.

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Presque le silence

Presque le silence Julie Estève

La première page est à peine entamée, et déjà le grand chaos a surgi, comme un mythe antique que l’on raconte.

Cassandre a onze ans, c’est un été qui a la saveur du monde sauvage de l’enfance dans le sud chez son grand-père Jean, des vacances au goût éternel de mûres, de confiture. Et Papy Jean meurt, l’enfance de Cassandre se referme.

Au collège, Cassandre est amoureuse de Camille Leygues, et elle n’a qu’un rêve, l’embrasser. Cassandre est rousse, frisée comme un caniche, on dit qu’elle est laide, elle n’a pas d’amis – la seule attention qu’on lui prête, ce sont les brimades. Pourtant, un jour, elle l’embrassera, Camille: le voyant qu’elle consulte un jour en cachette lui affirme. Mais il lui a aussi soufflé, effrayé, cinq prophéties qui vont hanter sa vie. La première annonce le chaos: « le monde s’effondrera en 2023, l’été de tes quarante-deux ans ».

Dans la tragédie moderne, Cassandre n’est plus celle qui annonce les prophéties, elle est celle qui les reçoit.

Dès lors, les années s’égrènent, Cassandre a treize, quinze, dix-sept, dix-huit ans, elle est devenue une fille rousse, sexy, attirante, et sera vétérinaire, comme elle l’avait promis à papy Jean. Et Camille Leygues finit par l’aimer, mais son destin est en marche, et derrière le rideau, la puissance animale grignote peu à peu le monde, insidieuse apocalypse, papillons, chiens, rats, crapauds, cafards, le règne animal s’emballe et assoit sa toute puissance – jusqu’où?

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La décision

La décision Karine Tuil

Etre à la fois juge et partie: rarement l’expression aura trouvé une illustration aussi juste que dans ce roman, où Karine Tuil revient sur la douleur des attentats de 2015.

Alma Revel est juge d’instruction antiterroriste au parquet de Paris – coordinatrice du pôle lors des attentats de 2015, elle est en charge un an plus tard de l’instruction du dossier d’Abdeljalil Kacem – le jeune homme, soupçonné d’être un terroriste islamiste, a été arrêté à son retour en France après avoir quitté la Syrie, où il s’était rendu avec sa femme peu avant les attentats de 2015. 

Est-il innocent, coupable? Alma va devoir rendre justice, en restant plus que jamais fidèle à ses convictions professionnelles fondées sur le droit à la justice.

Soumise aux pressions quotidiennes d’un « métier de conflit » qui l’accapare et à la menace permanente d’être visée par une attaque, Alma consacre peu de temps à ses enfants et s’est éloignée de son mari Ezra, un écrivain frustré qui ne conçoit pas de se séparer de sa femme. 

Malgré son professionnalisme, elle s’est engagée dans une relation adultère avec l’avocat du jeune radicalisé sur lequel elle doit se prononcer. 

Alma est confrontée à un dilemme qui pourrait faire écrouler non seulement sa carrière professionnelle, mais avoir aussi des répercussions dramatiques sur sa famille et sur la sécurité nationale.

Karine Tuil signe un roman brillant, qui se lit à la fois comme un reportage d’investigation très documenté au coeur de la magistrature et une chronique post-traumatique de la France de 2015.

L’écrivaine alterne les interrogatoires, où elle nous invite à réfléchir sur la part d’humanité du prévenu, et le récit d’Alma – une femme (jusqu’à présent aussi droite et efficace que ses interrogatoires) aux prises avec ses responsabilités nationales, ses valeurs humanistes et sa vie affective. 

Derrière la magistrate, Alma est une femme, une mère. Ses questionnements, ses doutes et la relation amoureuse qui la lie à son amant la dimensionnent dans toute sa féminité, son intégrité, son humanité.

Dans un contexte de douleur nationale ravivée par l’actualité (le procès des attentats de 2015 et, concomitamment à la sortie du roman, le septième anniversaire de Charlie), Karine Tuil interroge notre propre rapport à la justice et au choix d’Alma. Qu’aurions-nous fait à sa place?

Le style est sobre, efficace avec élégance, intelligent, puissant – et même si elle donne d’emblée une clé pour nous dire vers quelle direction elle nous emmène, Karine Tuil a l’adresse d’emprunter d’autres chemins que ceux attendus – on relâche son souffle à la dernière page, avec l’envie de lui dire tout simplement « Bravo ».

Titre: La décision

Auteur: Karine Tuil

Editeur: Gallimard

Parution: 6 janvier 2022

Une nuit après nous

Delphine Arbo Pariente
Une nuit après vous,
Gallimard

D’elle j’ai longtemps porté un bijou, une médaille ronde et lisse à l’or élégant, glissée sur une longue chaîne – toute sa délicatesse était dans la cohabitation de sa sobriété et des quelques mots gravés dessus, empruntés à Saint-Exupéry « l’essentiel est invisible pour les yeux ».

Des bijoux, Delphine Arbo Pariente est passée aux livres. Les mots, elle ne les emprunte plus aux autres, ce sont les siens qu’elle grave désormais sur les pages – ils ont en commun le travail de l’orfèvre: la précision absolue du bijou longuement travaillé, ciselé, poli, chéri. 

Mon histoire était emballée dans du papier journal, parfois quelques lettres s’en échappaient, formant des mots, rarement des phrases, je confondais aimer avec marié, écrire avec crier.

C’est d’abord la beauté des phrases qui happe, une émotion vive, viscérale, qui parcourt l’épiderme. La grâce est dans ces phrases, que l’on ressent le besoin de lire plusieurs fois, dans le frisson que procurent les métaphores, dans le rythme du phrasé qui suspend tout autour de nous. L’écriture de l’écrivaine vient de loin, et c’est certainement pour cette raison qu’elle bouleverse tant.

Et puis il y a l’histoire. 

Mona a quarante-six ans, elle vit avec Paul qui depuis douze ans a su apaiser sa vie – quand Vincent y entre, par le biais d’un regard dans lequel l’un et l’autre se reconnaissent.

Leur histoire s’ancre dans leurs blessures intimes qui vont les révéler l’un à l’autre, au-delà de l’amour profond qui naît de cette rencontre. 

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Pot-Bouille

Pot-Bouille
Emile Zola
Books moods and more

Récemment, je vous parlais ici de ma relecture enthousiaste d’Au Bonheur des Dames, et de mon envie de me lancer dans la redécouverte de Zola.

C’est autour d’Octave Mouret, le protagoniste d’Au Bonheur… que s’est cristallisée ma motivation. Car depuis « La conquête de Plassans », Zola a fait d’Octave Mouret un personnage récurrent des Rougon-Macquart. 

Mon idée n’était pas de découvrir chronologiquement Mouret, mais plutôt de comprendre quel caractère a engendré l’Octave homme d’affaires. Et c’est le roman qui l’a directement précédé, « Pot-Bouille », qui permet cette approche.

L’hypocrisie de la morale bourgeoise

Dans cette satire qui dénonce l’hypocrisie de la morale bourgeoise, Octave Mouret débarque à Paris après avoir quitté Plassans, les poches garnies du commerce d’un stock de cotonnades invendues (Octave a déjà un sens aigu des affaires). C’est dans une maison bourgeoise rue de Choiseul, propriété du vieux Vabre, qu’il loue une petite chambre – il se familiarise vite avec les locataires des différents étages, et, à sa façon, va drainer le cours du récit.

Le huis-clos de cette maison, où va principalement se dérouler l’intrigue, fait de Pot-Bouille une sorte de vaudeville: un rythme effréné tisse le récit, les personnages sont croqués à travers leurs vices (à de rares exceptions, ils ne suscitent guère de sympathie) et les situations sont souvent d’un burlesque assumé, qui ne vise qu’à souligner le ridicule de ces esprits.

D’un étage à l’autre, derrière la façade d’un décor faussement rutilent, nous entrons dans l’intimité des familles qui l’habitent – et découvrons les vices et les petits arrangements de chacun avec la morale. Le manque de moralité est à tous les étages, et l’hypocrisie transpire à travers les murs: au premier chez les Vabre et Duveryrier ou l’on se trompe allègrement, au 3e chez les Campardon où la maîtresse vit sous le même toit que l’épouse, au 4e chez Madame Josserand qui pousse sa fille à se marier en utilisant les manoeuvres les plus basses, au 5e chez les domestiques qui ouvrent leur porte aux visites des messieurs des autres étages. 

Sans compter cette famille du 2e, dont le locataire, un écrivain qui écrit d’affreuses choses « sur les gens comme il faut » n’est pas sans rappeler la figure de Zola.

L’argent est un des moteurs de l’intrigue et de ce manque de moralité: c’est une course permanente à la dot pour pouvoir arranger un mariage, une course à l’héritage pour pouvoir renflouer un ménage. Une course qui entraîne les plus grandes bassesses.

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