Fugitive parce que reine

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« Maman était mon héroïne, un point c’est tout »

Alors qu’elle assiste du haut de ses dix ans à la chute du mur de Berlin, c’est une autre chute qui se superpose à l’actualité pour la jeune narratrice: celle de sa mère, internée en hôpital psychiatrique, aussi soudainement que brutalement. Une mère maniaco-dépressive, qui rendra l’enfance de Violaine et sa soeur Elsa terriblement chaotique, bringuebalées à travers les hauts et les bas de sa folie.

nous avions eu une expression consacrée, une expression que nous lui avions consacrée, ma soeur et moi: maman chérie que j’aime à la folie pour toute la vie – et pour l’éternité du monde entier

Comme par magie, la petite phrase des deux filles retourne les situations, celles où la mère perd pied, s’emporte, insulte tout le monde et traite ses filles de petite salopes, une grande bourgeoise en tailleurs Saint-Laurent, dont la gouaille aux origines populaires revient au galop si naturellement. Une mère amoureuse d’un drôle de père qui collectionne les aventures et incite sa femme à en faire autant, une mère qui exhibe sa sexualité décomplexée, une mère qui danse avec ses filles en plein milieu du salon malgré sa patte folle, une mère démocratique qui invite le tout Paris sur son canapé, des clochards du quartier aux élites intellectuelles dont elle sera souvent la risée, une mère qui déteste sa propre mère (et vice versa) – bref, une mère excessive en tout.

Alors les petites filles n’ont qu’une mission: aimer cette maman, par-dessus tout, en étant les meilleures possibles.

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Les Orphée

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D’Eric Metzger, nous connaissons surtout les pitreries télévisuelles – clown de la parodie et du croquignolesque. Et si c’était le vrai Eric Metzger qui se dévoilait ici, laissant tomber le masque de l’auguste?

Pourtant, Les Orphée commence comme une farce : imaginons plutôt Louis, un trentenaire parisien, célibataire. Lors d’une promenade dominicale, il déniche chez un brocanteur de la rue de Bretagne (oui, Louis est un type un peu bobo de l’Est parisien) un téléphone vintage marron, à cadran – en parfait état de marche, lui assure le vendeur. Effectivement, aussi surprenant soit-il, une tonalité se fait entendre lorsque Louis le branche, de retour chez lui. Sauf que, rapidement, de façon inattendue, Louis remarque que ce téléphone a le pouvoir de le faire entrer en communication avec son passé – cette découverte, inouïe, à laquelle son entourage ne porte aucun crédit, bouscule bientôt les journées de Louis. Car, à travers ce téléphone, il peut entrer en contact avec son père, qu’il a perdu vingt ans plus tôt. Et s’il avait le pouvoir de changer le cours des choses et empêcher la mort de son père?

La nuit, Orphée est un jeune homme qui arpente les soirées parisiennes – Souvenez-vous d’Orphée le musicien qui du son de sa lyre endort tout autour de lui, jusqu’à triompher des sirènes lors du voyage des Argonautes, Orphée qui ira rechercher aux enfers sa douce Eurydice tuée d’une morsure de serpent et à peine sauvée, ne pourra résister à se retourner pour voir si elle le suit, la perdant à jamais… Notre Orphée 2.0, lui, navigue dans la nuit, cercle après cercle, accompagné de Virgile le poète, pour mieux plonger dans les enfers à la recherche d’une Eurydice providentielle. Où est-elle, cette jeune femme qu’il ne connaît pas encore mais recherche désespérément, dans ces soirées  embrumées de vapeurs d’alcool? Lequel d’Orphée ou d’Eurydice doit sauver l’autre?

L’alcool rend colérique, ce sont toujours les mêmes qui titubent à la recherche d’un combat qu’ils perdront de toute façon. Mais ça, ils ne le comprendront que le lendemain, l’oeil beurré, la lèvre gonflée et la honte qui les glacera jusqu’au bout des pieds. Avant, comme eux, Orphée se bagarrait. Il n’était pas encore Orphée d’ailleurs, pas même un Argonaute, juste une mouche du coche. Maintenant qu’il s’appelle Orphée, il ne se bat plus contre les autres. Orphée ne s’abaisse pas à ça! Orphée préfère s’attaquer à lui même, il y a plus de panache à le faire!

 

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Pas facile d’explorer le thème de la machine à remonter le temps – l’histoire n’est pas nouvelle, elle a fait les beaux jours d’un cinéma qui remplissait les premières parties de soirée ou d’un genre littéraire aux pages qui ont bien jauni, mais Eric Metzger a l’heur de lui apporter le renouveau de son oeil trentenaire et de nous prendre au jeu de son histoire, pas dénuée d’émotion dans cette quête désespérée de faire revenir un père trop vite parti.

Mais il remonte l’histoire plus loin encore en revisitant la mythologie grecque (convoquant au détour dans le grand bal des nuits blanches et alcoolisées les Hadès, Cerbère, Charon et autres Erinyes des temps moderne – et qu’est-ce qu’il s’y prend bien!) dépoussiérant chemin faisant le mythe d’Orphée. Il fallait oser quand même, car qui la mythologie intéresse-t-elle encore en dehors des nostalgiques des cours de grec ancien? Oui, Orphée peut aussi être un anti-héros moderne désabusé, mais également romantique, à la recherche de son Eurydice, son idéal féminin absolu. Le plus délicieux étant, sans rien vous dévoiler, la réinterprétation libre des intentions d’Orphée, qui peut-être n’a fait que sauver Eurydice (et lui-même au passage!) le jour où il s’est retourné sur elle dans les Enfers, la perdant à jamais…

Les Orphée est un roman qui m’a agréablement surprise, entremêlant habilement les histoires de Louis, animal diurne, et Orphée, animal nocturne, jusqu’à la fatalité.

Vous l’aurez deviné, il n’est pas question d’humour ici (ce qui m’arrange, car l’humour, ce n’est pas la première chose que je recherche en littérature). Le clown  (Eric la figure publique d’une émission télévisée qu’on ne nomme plus) a laissé tomber le masque, et nous offre sa part sombre dans un conte cruel, où à force de courir après des chimères, c’est la folie qui rattrape le héros.

Bien sûr, Eric Metzger ne peut s’empêcher d’être drôle, dans son rôle, mais on a surtout le sentiment d’une vraie mise à nu dans ce roman. Derrière son humour, il cache une pudeur qui lui sied vraiment bien.

Titre: Les Orphée

Auteur: Eric Metzger

Editeur: Gallimard (collection L’Arpenteur)

Parution: 8 février 2018

 

Une vie minuscule (ou Un dieu dans la poitrine)

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Une vie minuscule fait partie de ces livres qui vous chavirent, et qui vous donnent très fort envie de croire qu’au bout de tout chemin chaotique, il y a l’espoir.

Dans ce premier roman, qu’on suppose très largement autobiographique, le comédien Philippe Krhajac nous raconte l’histoire de Phérial, petit orphelin maltraité qui va rejoindre un orphelinat pour enfants en régression affective et sociale. Du haut de ses quatre ans, Phérial a déjà subi la violence des familles d’accueil et connaîtra le long parcours, en ces années 1970-80, des enfants de l’assistance publique. Phérial, petit garçon abandonné, adolescent trimballé de famille d’accueil en famille d’accueil, qui cherche désespérément l’amour.

Mais comment se construire quand tout ce qu’on connaît n’a pas grand chose à voir avec, et que l’on doit apprendre à composer avec la violence, avec l’abus sexuel, avec les familles d’accueil sans amour, et qu’au fond de soi on a qu’une attente, l’amour d’une maman?

Assez des mamans sans mains, sans coeur, et des papas en paille

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Les bouées jaunes

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C’était il y a un peu plus d’une semaine, au musée Gustave Moreau.

Les éditions Stock organisaient une présentation de la rentrée littéraire de janvier. Les écrivains défilaient chacun leur tour, pour nous parler de leur livre.

Serge Toubiana est arrivé à pas lents, humble, avec une hésitation légèrement perceptible. Un homme distingué, à l’élégance simple et naturelle, face à un auditoire en attente et déjà bienveillant. Car nous savions que le livre dont il venait nous parler était une plaie vive, le réceptacle d’un immense chagrin. Et malgré cette peine immense, qui nous a tous bouleversés, à travers ses larmes pudiques, il a dit cette chose à la fois simple et forte : « j’ai écrit ce livre pour moi, mais maintenant il appartient aux lecteurs », avec une sorte de gêne à dévoiler ces pages intimes.

Car il est bien question d’intime ici, et d’amour – surtout d’amour. D’un amour profond, inaltérable. « Parler de l’amour, c’est quelque chose d’important » a-t-il continué. Et nous n’attendions que cela, qu’il nous parle de l’amour.

« L’écriture a fait renaître Emmanuelle telle qu’elle était, jeune, intrépide, guerrière, séduisante »

Le 10 mai 2017, Emmanuèle Bernheim, romancière et compagne de Serge Toubiana, mourrait après un long combat contre la maladie. Vingt-huit ans de vie commune ont rendu ces deux êtres inséparables. Comment faire face au chagrin, démuni de l’amour de sa vie? Raconter. Ecrire.

Ecrire pour être à ses côtés et prolonger le bonheur d’avoir vécu auprès d’elle. Ecrire pour combler le vide, l’absence. Pour raconter le film de sa vie. Et faire en sorte qu’il ne soit jamais interrompu.

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La désertion

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Amis lecteurs qui aimez sortir de votre zone de confort, ce livre est fait pour vous.

La désertion raconte l’histoire, par fragments, d’Eva Silber, une jeune femme en marge qui disparaît du jour au lendemain.

Eva est expert-codeur nosologue à La Force, ancien bâtiment des Hôpitaux de Paris.

Dans la routine de ses journées, elle code les certificats de décès pour alimenter la Statistique, la Politique de Prévention et alerter, au besoin, les Pouvoirs Publics. Eva est une petite main, un rouage, avec un rôle majeur si on en croit son Directeur, Franck Bourgoin. Eva collecte les informations, doit déterminer les causes précises d’un décès qui permettront à la Statistique d’être la plus exacte possible, l’amenant parfois à investiguer plus étroitement sur certains cas de décès.

Le jour où Eva disparaît sans prévenir, chacun s’interroge. Qui est-elle, cette jeune femme que personne ne connaissait vraiment, qui n’avait aucun contact avec ses collègues sauf Marie-Claude avec qui elle s’est un temps liée d’amitié, et qui semble n’avoir personne d’autre dans sa vie que Paul, un homme en marge comme elle, avec qui elle a entamé une étrange relation?

C’est du point de vue de chacun que ces questionnements vont se faire: Franck Bourgoin, le supérieur hiérarchique manipulateur, maniaque et malsain, qui espionne ses subalternes à ses heures perdues, monte des dossiers sur chacun et semble avoir eu sur Eva une emprise qui s’apparente au harcèlement? Marie-Claude, la collègue et amie qui s’est détachée d’Eva lorsque celle-ci a commencé à avoir un comportement étrange et de plus en plus inadapté. Et Paul, l’amant à la fragilité psychique qui interroge, investi dans cette relation étrange car persuadé d’être entré « en collision » avec Eva. Chacun pense avoir sa propre explication sur la disparition inexpliquée d’Eva.

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Les loyautés

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Hélène, Théo, Cécile, Mathis – c’est à travers les yeux de ces quatre personnages que Delphine de Vigan fait vivre l’histoire de son nouveau roman, un roman sombre comme elle sait les écrire.

Théo est un adolescent qui pourrait se perdre dans la masse de tous les adolescents de classe de cinquième, silencieux, discret, si ses yeux rouges, sa fatigue, son air absent n’avaient pas interpellé Hélène, sa prof de SVT.

Persuadée qu’il est maltraité, celle qui a été elle-même victime de violence lorsqu’elle était enfant, entreprend sans succès tout ce qui est en et hors de son pouvoir afin d’essayer de l’aider. Sauf que Théo ne subit pas de violence. Théo boit, avec son copain Mathis, sous l’escalier de la cantine. Dès qu’ils le peuvent, dès qu’ils trouvent de l’alcool, ils boivent chaque fois un peu plus. Si c’est un jeu pour Mathis, Théo y cherche autre chose, une échappatoire à une vie trop lourde.

Théo est la victime des dommages collatéraux d’un divorce difficile, coincé entre la rancune d’une mère culpabilisante qui ne s’est jamais remise de cette séparation, et la dépression d’un père sans-emploi qu’il couvre pour que personne ne connaisse sa situation.

Cécile aussi s’interroge, sur son fils Mathis qui est rentré ivre, sur cette amitié avec Théo qui a une mauvaise influence mais elle est trop occupée à parler seule à voix haute depuis qu’elle a découvert les activités secrètes auxquelles s’adonne son mari. Comment éviter le drame qui se profile, alors que la spirale infernale semble aspirer les deux garçons? Quel est le pouvoir de ces loyautés qui habitent chacun d’eux?

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Chanson de la ville silencieuse

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Antoine Schaeffer, chanteur célèbre autant pour ses succès que pour ses frasques, a mis brutalement fin à sa carrière quinze ans plus tôt. Après s’être retranché de nombreuses années dans sa maison cossue perdue au milieu de nulle part, il décide un jour de partir, laissant tout derrière lui… s’est-il jeté dans la rivière pour en finir avec la vie, comme peuvent en laisser présager ses dernières traces, ou a-t-il décidé de larguer les amarres pour un ailleurs, dépouillé du costume encombrant d’Antoine-Schaeffer-le-chanteur?

Sa fille, fruit de ses amours avec une égérie inconsistante de son passé sulfureux, décide de partir à sa recherche: Antoine Schaeffer aurait été aperçu dans les rues de Lisbonne, chantant le soir aux terrasses des restaurants. Narratrice de l’histoire, c’est elle qui va faire revivre à travers ses errements dans Lisbonne et dans sa mémoire, la vie de l’ancienne idole – et livrer en parallèle sa propre histoire, avec les failles d’une enfance qu’elle n’a pas eue.

Comme une midinette, je guette toujours la sortie d’un nouveau roman d’Olivier Adam. Une espèce d’addiction à une atmosphère, à une écriture, à un talent.

Et on retrouve ici les ingrédients majeurs qui font un roman d’Olivier Adam: la fuite, la mélancolie latente et l’écriture chargée en émotions, un phrasé millimétré, accumulatif, saccadé, chargé.

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Où se partagent les eaux

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Lucien, peintre parisien, est en couple avec Maria, jeune ethnologue italienne, fille d’une riche famille du nord de l’Italie.

En vacances en Sicile, ils sillonnent tranquillement l’île, jusqu’à ce qu’ils tombent sur un petit port de la pointe du sud-est. C’est pour Maria sa première incursion dans le sud italien, et elle y a amené tout son scepticisme et sa supériorité nord italiens. Malgré tout, elle se laisse séduire par l’enthousiasme de Lucien, qui après une rencontre improbable avec un vieil aristocrate convainc Maria d’acheter une maison des plus rudimentaires, au bord d’une falaise, face à la mer, là où se partagent les mers thyrrhénienne  et ionienne.

Sont-ce les divergences nées de leurs regards sur la Sicile, indulgent pour Lucien, critique pour Maria, qui auront raison de leur couple? A l’image de leur maison au bord de la falaise qui se délabre au fil des ans, leur relation ne résistera pas à l’érosion des sentiments de Maria.

Ce roman, publié à l’origine en 2005 et que les éditions Philippe Rey rééditent en cette rentrée littéraire de janvier 2018, est avant tout un recueil de chroniques sur la Sicile. Mais une Sicile un peu fanée, puisque sans que ce soit précisé, on devine que le roman se déroule entre la fin des années 60 et le début des années 70 (je vous avoue, j’ai cherché les indices pour pouvoir dater l’histoire!). On y paie encore en lires italiennes, et les souvenirs de la seconde guerre mondiale ne sont pas loin, les anciens du village en parlent encore, allant jusqu’à regretter Mussolini!

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Arrête avec tes mensonges

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Il est des livres qui vous rappellent viscéralement pourquoi vous aimez lire, et pourquoi vous aimez les écrivains – surtout quand ils laissent tomber le masque.

Fini de raconter des histoires, fini d’inventer des personnages, fini le mensonge qui cache la vérité.

A la faveur d’un déplacement en province, dans sa région d’origine, une rencontre inattendue va bouleverser l’auteur et le faire basculer plus de trente ans en arrière: la silhouette d’un jeune homme, son allure, sa tenue, tout lui évoque son premier grand amour, Thomas.

En cette année 1984, Philippe Besson est élève en classe de Terminale C au lycée de Barbizieux.

J’ai dix-sept ans.

Je ne sais pas que je n’aurai plus jamais dix-sept ans, je ne sais pas que la jeunesse, ça ne dure pas, que ça n’est qu’un instant, que ça disparaît et quand on s’en rend compte il est trop tard, c’est fini, elle s’est volatilisée, on l’a perdue, certains autour de moi le pressentent et le disent, pourtant les adultes le répètent, mais je ne les écoute pas, leurs paroles roulent sur moi, ne s’accrochent pas, de l’eau sur les plumes d’un canard, je suis un idiot, un idiot insouciant.

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Il reste la poussière

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Quelque part en Patagonie, dans les steppes sans fin de ce désert argentin.

On devine que l’action se situe au début du vingtième siècle, mais qu’importe peut-être? Les grandes exploitations qui commercent avec l’Europe ont remplacé les petites fermes qui survivent comme elles le peuvent, à l’image de l’estancia de la mère.

C’est d’une main de fer qu’elle dirige sa ferme isolée. Le mari, soulard comme son père, a disparu depuis longtemps. Parti, a-t-elle dit à ses enfants, sans autre forme d’explication. Les enfants sont quatre: les jumeaux Mauro le grand et Joaquin le petit, suivis de celui qu’ils ont surnommé le débile, Steban, et enfin le petit, né après la disparition du père, Rafael. Six ans le séparent des aînés, qui depuis toujours le martyrisent. Alors Rafael se réfugie auprès de son cheval et de ses chiens. La mère, elle, ferme les yeux, sévère, froide, indifférente – seul l’intérêt du bétail, bovins et brebis, semble avoir un intérêt à ses yeux. Elle a revêtu ses épaules du rôle de l’homme, et lorsqu’elle se rend à San Léon, les hommes la respectent comme un des leurs

A part elle, aucune femme ne franchit les portes du bar. Parfois, quand elle a bien bu, elle pouffe en disant qu’elle est devenue un homme comme les autres.

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