Trésor national

Trésor national Sedef Ecer

Une fois n’est pas coutume, c’est d’abord en vous parlant de son auteure que je vais aborder ce roman.

Je ne connaissais pas Sedef Ecer, et à dire vrai je ne m’étais pas vraiment intéressée à elle en entamant cette lecture. Mais au fil des pages, j’ai eu besoin de savoir qui elle était – le personnage de son roman, une star de l’âge d’or du cinéma turc, avait-elle vraiment existé?

Je suis tombée sur un ancien podcast de France Culture, où j’ai pu l’écouter parler  – et cette voix, ce ton, ce phrasé parfait et élégant, cette presque imperceptible pointe d’accent dans le français lettré, se sont soudain superposés à la voix de la narratrice de Trésor National en même temps que l’histoire personnelle de l’auteure m’offrait un éclairage subtil sur son roman.

Car si aujourd’hui Sefer Ecer est dramaturge, scénariste, metteuse en scène et vit en France (plusieurs points communs avec la narratrice), elle a été une enfant-star du cinéma turc des années 60-70, petite fille idolâtrée par un public à travers une bonne vingtaine de films. 

Qui mieux qu’elle pouvait raconter l’histoire d’une diva du cinéma et les coulisses de l’âge d’or d’Istanbullywood ?

Cette diva, c’est Esra Zaman – avant de mourir, la grande actrice demande à sa fille Hülya de lui écrire une oraison funèbre: gravement malade, elle n’en reste pas moins la star qu’elle a toujours été et prépare le grand show pour son enterrement. La dernière provocation de celle qui fut hissée par l’état au statut de « Trésor National ». 

Hülya, fâchée avec sa mère, entame alors dans l’amertume l’écriture de ce discours et replonge dans ses souvenirs pour croquer le portrait de cette femme qu’elle déteste. Il y a tant de non-dits entre elles deux, qu’elle a préféré la fuir quarante ans plus tôt en venant habiter Paris.

Leur histoire se mêle à l’histoire politique de la Turquie, marquée par quatre coups d’état qui rythmeront la vie d’Esra.

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Ce matin-là

Ce matin-là de Gaëlle Josse
Editions Notabilia

Une enquête Cadremploi publiée en 2019 affirmait qu’un cadre sur deux avait été victime d’un burnout. Aux 50% de personnes touchées, il fallait ajouter 36% de sondés qui disaient avoir été partiellement touchés.

Le burnout, ça pourrait être vous, moi. Et c’est Clara. 

Un matin qui succède à des centaines d’autres dans la routine du métro-boulot-dodo, la voiture de Clara la lâche – et son corps suit, Clara se retrouve à terre par KO.

« Au bout du jour, une certitude, une seule, gagne du terrain et s’accroche: aujourd’hui, elle n’ira pas travailler ».

Avec une écriture grave, épurée, à fleur de ligne, dans un rythme modelé sur les émotions, Gaëlle Josse met des mots sur le vide qui saisit Clara après la chute, « ces palpitations, ces insomnies, cette pince qui broie l’estomac, cette gorgée nouée, et tout ce qu’elle n’a pas voulu voir, pas voulu entendre depuis des semaines, depuis des mois ».

Il y a tant de justesse, à décrire ce processus qui détruit, à petit feu. 

Si chacun peut appréhender le mécanisme de la chute, celui que décrit Gaëlle Josse, pourtant, nous saisit par son acuité. 

Le chaud puis le froid que la cheffe (ici surnommée La Carabosse) souffle, le doute qu’elle distille, les injonctions qu’elle multiplie, la pression qu’elle entretient, à toute heure, soirées, week-end et vacances compris…

A la chute succède l’isolement, celui que Clara subit, et provoque, tandis que son monde vole en éclats. 

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La Pâqueline ou les mémoires d’une mère monstrueuse

roman d'Isabelle Duquesnoy, La Pâqueline ou les mémoires d'une mère monstrueuse

A la sortie de L’embaumeur en 2017, sous les lumières tamisées d’un début de soirée au café Zimmer (ah! se rencontrer dans un café était si naturel en ce temps-là), Isabelle Duquesnoy avait confessé que son Embaumeur aurait probablement une suite… chaque personnage du roman vivait déjà indépendamment des autres à travers un vade-mecum que l’auteure avait écrit pour chacun, en amont de son travail. Bref, elle avait déjà là toute la matière à sa future suite.

Mais plutôt que de nous offrir une suite en bonne et due forme des aventures de Victor Renard, Isabelle Duquesnoy a choisi de nous donner des nouvelles de son héros à travers la Pâqueline, son odieuse mère que nous avions détestée pendant 520 pages. Il faut dire que notre pauvre Victor, qui a échappé par on ne sait quel miracle à la guillotine, croupit dans les geôles parisiennes et sa vie y est bien moins foisonnante qu’au fond de son cabinet d’embaumement!

De personnage secondaire, la Pâqueline devient donc figure principale, remontée contre son fils Victor qui, avec sa condamnation, a ruiné sa réputation (qui n’était déjà pas fameuse). 

Toujours aussi sûre d’elle, et persuadée que Victor lui doit sa réussite et donc sa fortune, elle va récupérer son dû en s’installant chez son fils emprisonné, son paon adoré au croupion déplumé sous le bras, bien décidée à se venger de son infâme rejeton. 

Et comme dilapider sa fortune en dépouillant son appartement et en revendant les objets et meubles un par un ne suffit pas, elle décide de re-décorer le logis de Victor en écrivant son histoire sur les murs de chaque pièce…

En partant du postulat que derrière chaque bourreau se cache une victime, on peut imaginer que la vie qui a fait de Pâqueline cette mère toxique et maltraitante, n’a pas été bienveillante avec elle… et c’est en nous emmenant sur les chemins de son enfance sous Louis XV que son histoire va prendre toute sa dimension. Jusqu’à nous faire éprouver de l’affection pour cette marâtre… mais la Pâqueline reste la Pâqueline, et sa nature sans pitié reprend toujours le dessus. Et là, je peux vous garantir que Victor va passer pour un enfant de choeur à côté de sa mère, qui n’est pas seulement sans scrupules mais surtout sans sentiment et (presque) dénuée d’humanité.

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Tout peut s’oublier

Tout peut s'oublier 
Olivier Adam
Flammarion

Tout peut s’oublier – je ne peux qu’abonder dans votre sens, cher Olivier Adam.

Oui, tout peut s’oublier, comme vos derniers romans qui m’avaient déçue.

« Tout peut s’oublier » m’a réconciliée avec vous, m’a redonné le plaisir de vous lire. 

Je vous ai retrouvé, entre St Malo et Kyoto, points d’ancrage de mes voyages littéraires à vos côtés, emportée dans Des vents contraires à bord du Kyoto Limited Express.

Toujours armé de colère, et de mélancolie, fidèle à vous-même, ou plutôt à votre ancien moi, avant que je vous perde de vue dans les rues de Lisbonne la ville silencieuse, puis vous abandonne lors d’Une partie de badminton.

Jun, sans prévenir, est repartie vivre au Japon. Emmenant avec elle Léo, le fils qu’elle a eu avec Nathan. Bien qu’ils vivaient séparés, Nathan n’était pas préparé à cette disparition brutale – qu’est-ce qui a motivé cette décision? Pourquoi n’a-t-il rien vu venir? 

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Les évasions particulières

Dans les années 80, alors que j’étais évidemment encore une touuuute petite fille, j’adorais les feuilletons français (maintenant on appelle ça des s.é.r.i.e.s) dont le charme aux couleurs passées me remplit de nostalgie. Il y avait notamment l’Esprit de famille, et ces quatre soeurs que je trouvais formidables. En tapant le nom du feuilleton dans ma barre de recherche, je tombe sur elles, les trois aînées à mobylette sur une route de campagne, tandis que la benjamine à vélo s’essouffle derrière elles en pestant (on la surnommait la poison).

Voilà un peu comme je les imagine, les soeurs Malavieri, des soeurs unies, des jeunes femmes affirmées, héroïnes d’une saga familiale au coeur d’une société en route pour les grands bouleversements des années à venir. 

Elles sont trois, Sabine l’aînée, Hélène la cadette et Mariette la benjamine. Contrairement aux soeurs Moreau, elle ne vivent pas dans l’aisance d’une famille bourgeoise de la campagne pontoisienne, mais au sein d’une famille catholique et modeste dans un appartement exigu d’Aix-en-Provence.

Sabine rêve de partir à Paris pour devenir comédienne, et envie Hélène qui, par le biais d’un accord familial étrange, passe ses vacances chez son oncle et sa tante à Neuilly-sur-Seine.

En ce début des années 1970, le vent de l’émancipation souffle, les femmes commencent à prendre la pilule (en cachette) et les soeurs aînées développent leur conscience sociale et politique, tandis que Mariette, depuis la sphère de l’enfance, observe ses soeurs, prête à faire éclore le moment venu la jeune fille libre qu’elle aspire à être. Pour Agnès aussi, leur mère, il est temps de penser à son propre épanouissement, après ses années de jeunesse sacrifiée aux devoirs maritaux et à la maternité.

Agnès et Bruno, rassurés par l’accession à la présidence de Giscard sont loin d’imaginer le bouleversement du 10 mai 1981 vers lesquels ces années les conduisent.

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Mon père, ma mère, mes tremblements de terre

Mon père ma mère mes tremblements de terre Julien Dufresnes-Lamy Belfond

Il y a ces écrivains auxquels on s’attache, avec cette impression de construire avec eux, de livre en livre, une histoire. 

Julien Dufresnes Lamy est de ceux-là. Un passeur d’histoires humaines, prolifique, hyperactif, pour qui l’écriture semble être une urgence – que ce soit dans la littérature jeunesse ou la blanche, où il alterne ses publications avec succès. Finalement, ces deux genres littéraires dans lesquels il s’exprime ne font peut-être qu’un, où JDL s’affranchit des cases de façon audacieuse.

Au fil des ses romans, on peut relier les points entre chaque, car s’il se renouvelle, il y a sa voix, toujours, à la fois douce, sensible et revendicative, et une fascination constante pour l’adolescence et les blessures de la vie.

« Mon père, ma mère, mes tremblements de terre » pourrait être un hybride de ses derniers romans. Un peu des « Indifférents », un peu de « Boom », un peu de « Jolis jolis Monstres ». Pour en faire toutefois un roman singulier, porteur de bienveillance et d’amour dans les grands séismes qui bouleversent la vie.

Dans ce nouveau roman, JDL interroge l’identité et les relations familiales, à travers la voix de Charlie, un garçon de quinze ans – cet âge fragile où la norme définit les rapports entre adolescents, et où la différence crée le rejet.

« J’avais le droit d’avoir des humeurs et d’être ingrat, c’est mon âge qui le disait. Sauf que non. Mon père me volait ma crise d’adolescence sans trembler »

Depuis que son père a avoué à sa famille son désir d’être femme, deux ans plus tôt, Charlie tient le journal de la transition de son père, au fil des jours qui se succèdent: la transformation physique, les rapports père-fils, le regard des autres sur lui, et sur eux.

Alors qu’il attend avec sa mère, à l’hôpital, la sortie du bloc de son père qui dans quelques heures sera irrévocablement devenuE Alice, le récit présent alterne avec le décompte des jours de cette transition identitaire et familiale.

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Le fil rompu

Le fil rompu Céline Spierer

Dans son immeuble du Lower East Side à New-York, le jeune Ethan est intrigué par sa voisine, dont la seule distraction semble consister à nourrir les oiseaux.

En perte de repères familiaux, Ethan se rapproche de la vieille dame solitaire à la mise élégante, qui peu à peu va dérouler le fil de sa mémoire fragile.

Chez elle, Madame Janick cache six tableaux convoités lors d’enchères fiévreuses chez Sotheby’s quarante ans plus tôt, et achetés par un acquéreur aussi mystérieux que le peintre de ces toiles, Mirko Danowski.

Quelle histoire abritent ces toiles et la très belle jeune fille blonde qui figure sur chacune d’entre elle?

Avec une parfaite maîtrise du suspense, Céline Spierer nous tient en haleine jusqu’aux dernières pages de son roman, en remontant la grande histoire du vingtième siècle. Depuis la Pologne de l’Empire russe jusqu’à Ellis Island et Manhattan,  de la montée du nazisme en Allemagne jusqu’à Lódz en Pologne, les destins des personnages se croisent dans des allers-retours temporels. Parmi eux, trois femmes : Katarzyna, Edith et Magda, dont les vies s’enchevêtrent entre la vieille Europe et New-York. Quel est ce fil qui court tout au long de l’histoire et semble les relier d’un continent à l’autre?

C’est une formidable immersion historique qui traverse la tragédie de deux guerres et les grands courants de l’Histoire.

« Le fil rompu » évoque à certains égards « Le chardonneret » de Donna Tart, par le mystère qui auréole ces toiles cachées qui traversent les années, et ce jeune garçon new-yorkais forcé à grandir trop vite, Ethan, qui m’a rappelé le Théo du roman de Donna Tart. 

Vous le savez, j’aime les romans historiques, et particulièrement cette période, j’ai donc été largement séduite par cet aspect mais aussi par l’audace des allers-retours temporels qui permettent d’entretenir l’intrigue. 

J’ai regretté toutefois que quelques personnages, essentiels à l’intrigue, ne soient pas davantage fouillés et passent d’un rôle de premier plan à un rôle figuratif, alors qu’ils auraient largement mérité qu’on les découvre davantage.

Céline Spierer a étudié l’écriture scénaristique, et on ressent effectivement une inspiration très cinématographique dans la construction de ce roman, tant par la vivacité du rythme que par la force d’évocation des situations et des personnages. 

Un premier roman fort réussi, tant par la maîtrise de l’écriture que par les rebondissements qui nous surprennent jusqu’à la fin de l’histoire.

Titre: Le fil rompu

Auteur: Céline Spierer

Editeur: Editions Héloïse d’Ormesson

Parution: septembre 2020

Chavirer

Chavirer Lola Lafon Actes Sud

Dans sa loge, avant de revêtir ses résilles, ses strass et ses plumes, Cléo camoufle et efface méticuleusement ses cicatrices derrière le fond de teint Porcelaine 0.1. 

Son corps est rompu à la danse, musclé, tonique, épuisé. La danse est la discipline qui forge sa vie, depuis ses premiers cours de modern jazz.

De page en page, Cléo traverse les âges, vingt-sept, trente, quarante-huit ans. 

Pourtant, « Cléo aurait treize ans pour l’éternité, elle se cognait à chacun des angles morts de cette éternité ».

Treize ans, l’âge des rêves et l’envie tenace d’y croire, surtout lorsqu’une découvreuse de talents vous repère à la MJC  et vous entrouvre les portes d’une gloire possible – celle de la fondation Galatée, qui finance de jeunes prodiges. A coups de cadeaux et autres attentions délicates, c’est un mécanisme d’emprise qui se met en place, auquel il est déjà trop tard d’échapper lorsque les prédateurs sexuels sont à l’oeuvre… 

De façon insidieuse, la victime devient consentante, et coupable: elle va bientôt recruter d’autres collégiennes pour la fondation.

Je ne souffre pas de ce qu’on m’a fait, je souffre de ce que je n’ai  pas fait, je ne suis victime de rien

Treize ans, trop jeune pour comprendre la manipulation, trop jeune pour dépasser cette culpabilité écrasante, savant calcul pour réduire les victimes au silence

« Chavirer » est une spirale hypnotique, comme le corps discipliné de la danseuse qui ondule.

Un récit nerveux, cabré, lustré, besogneux, exigeant, qui se déploie dans une chorégraphie littéraire magistrale des rêves brisés et de l’innocence perdue.

Comme un corps de ballet, ceux qui ont côtoyé Cléo nous la font découvrir à travers leur histoire, tandis que la découverte d’un fichier et un appel à témoin pourrait enfin donner la parole aux victimes de Galatée. Sortir de leur cachette sombre les non-dits, et briser le déni des familles « qui possédaient toutes la recette des mots décolorés » pour mieux fermer les yeux. Et faire taire la douleur, enfouie sous les chairs mal cicatrisées, comme une vieille écharde.

Cette histoire est une écharde sur laquelle sa chair s’est recomposée, à force d’années. Un petit coussin de vie rosé, solide et élastique. Ce corps étranger n’en est plus un, il lui appartient, solidement maintenu dans un faisceau de fibres musculaires, à peine effrité par le temps.

Son mari et sa fille lui ont offert la possibilité d’un chemin qu’elle a emprunté avec reconnaissance, un ruban de satin, savante arithmétique de fils de trame et fils de chaîne fondus en un lissé brillant. Cléo y a travaillé sans relâche, au lissé de ce chemin, ôtant au fur et à mesure les minuscules éclats d’écharde. Sans relâche.

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Le pays des autres

Le pays des autres Leila Slimani

Retour aux sources – c’est à son pays natal, le Maroc, et à l’histoire de sa famille, que Leïla Slimani a choisi de consacrer son troisième roman et premier tome d’une trilogie.

Le pays des autres, c’est l’histoire de Mathilde qui, au sortir de la guerre, a décidé de rattraper tout ce qu’elle n’a pas vécu pendant ces années de privation.

A la Libération, la jeune Alsacienne pleine de rêves rencontre Amine, le soldat marocain venu combattre pour la France, elle l’épouse et part le rejoindre au Maroc. 

A Meknès, les fantasmes d’exotisme dans lesquels Mathilde s’était projetée font place à une double déception: non seulement la vie au Maroc ne ressemble en rien aux romans de Karen Blixen ou Pearl Buck, mais surtout Amine, si amoureux et démonstratif en Alsace, s’est transformé en un homme austère, parfois violent, qui dédie ses journées aux pénibles travaux de sa fermette, juchée sur un terrain aride. 

Leurs différences culturelles, charmantes en Alsace, se chargent dès lors de tous les reproches. 

Parfois il ressentait un besoin violent et cruel de revenir à sa culture, d’aimer de tout coeur son dieu, sa langue et sa terre, et l’incompréhension de Mathilde le rendait fou. Il voulait une femme pareille à sa mère, qui le comprenne à demi-mot, qui ait la patience et l’abnégation de son peuple, qui parle peu et qui travaille beaucoup. Une femme qui l’attende le soir, silence et dévouée, et qui le regarderait manger et trouverait là tout son bonheur et toute sa gloire.  Mathilde faisait de lui un traitre et un hérétique.

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Belle infidèle

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C’est sur la plage de Monopoli, une petite ville des Pouilles connue pour son joli port fortifié, que Julien Sauvage rencontre l’incendiaire Laura.

Après quelques années nourries des hauts et des bas d’un amour insensé, suivies d’une rupture incompréhensible qui lui fait abandonner sa thèse sur la réintroduction des « belles infidèles » dans les traductions contemporaines, Julien est devenu traducteur à la petite semaine, plus abonné aux guides touristiques et gastronomiques qu’à la littérature.

Aussi, lorsqu’il est contacté, sur recommandation, par une grande maison d’édition parisienne pour traduire le roman italien du moment en lice pour le Strega, Rebus, Julien est éberlué – mais il accepte la mission et se lance tant bien que mal dans la traduction. 

Au fur et à mesure qu’il avance, le roman le ramène en Italie… et commence à faire bizarrement écho à sa vie. 

Le personnage principal de Rebus revient dans les Pouilles, où son père vient de mourir – qui mieux que Julien, qui fait le deuil de sa mère, pour traduire ce qu’il ressent? 

Julien s’interroge: qui est l’auteur de Rebus, le fringant Agostino Leonelli à qui tout semble réussir, alors que lui ne fait que stagner dans le néant? 

Son succès commence à obséder Julien, qui essaie désespérément d’écrire le roman de son histoire d’amour avec Laura. Laura aussi sulfureuse que Rachele, la jeune femme que le protagoniste rencontre dès son arrivée dans les Pouilles. En commun, elles ont sur le ventre, autour du nombril, des grains de beauté qui rappellent la constellation de la Grande Ourse – et une façon bien à elle de montrer qu’elles sont sur le point de jouir…

Alors que Julien aurait bien besoin de l’aide de son ami libraire Salvatore pour aborder une partie de la traduction, celui-ci prend soudain ses distances avec Julien. Tout le petit monde et et les souvenirs auxquels il se raccrochait semblent chahutés et le trouble s’insinue de plus en plus, entre fiction et réalité…

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