La décision

La décision Karine Tuil

Etre à la fois juge et partie: rarement l’expression aura trouvé une illustration aussi juste que dans ce roman, où Karine Tuil revient sur la douleur des attentats de 2015.

Alma Revel est juge d’instruction antiterroriste au parquet de Paris – coordinatrice du pôle lors des attentats de 2015, elle est en charge un an plus tard de l’instruction du dossier d’Abdeljalil Kacem – le jeune homme, soupçonné d’être un terroriste islamiste, a été arrêté à son retour en France après avoir quitté la Syrie, où il s’était rendu avec sa femme peu avant les attentats de 2015. 

Est-il innocent, coupable? Alma va devoir rendre justice, en restant plus que jamais fidèle à ses convictions professionnelles fondées sur le droit à la justice.

Soumise aux pressions quotidiennes d’un « métier de conflit » qui l’accapare et à la menace permanente d’être visée par une attaque, Alma consacre peu de temps à ses enfants et s’est éloignée de son mari Ezra, un écrivain frustré qui ne conçoit pas de se séparer de sa femme. 

Malgré son professionnalisme, elle s’est engagée dans une relation adultère avec l’avocat du jeune radicalisé sur lequel elle doit se prononcer. 

Alma est confrontée à un dilemme qui pourrait faire écrouler non seulement sa carrière professionnelle, mais avoir aussi des répercussions dramatiques sur sa famille et sur la sécurité nationale.

Karine Tuil signe un roman brillant, qui se lit à la fois comme un reportage d’investigation très documenté au coeur de la magistrature et une chronique post-traumatique de la France de 2015.

L’écrivaine alterne les interrogatoires, où elle nous invite à réfléchir sur la part d’humanité du prévenu, et le récit d’Alma – une femme (jusqu’à présent aussi droite et efficace que ses interrogatoires) aux prises avec ses responsabilités nationales, ses valeurs humanistes et sa vie affective. 

Derrière la magistrate, Alma est une femme, une mère. Ses questionnements, ses doutes et la relation amoureuse qui la lie à son amant la dimensionnent dans toute sa féminité, son intégrité, son humanité.

Dans un contexte de douleur nationale ravivée par l’actualité (le procès des attentats de 2015 et, concomitamment à la sortie du roman, le septième anniversaire de Charlie), Karine Tuil interroge notre propre rapport à la justice et au choix d’Alma. Qu’aurions-nous fait à sa place?

Le style est sobre, efficace avec élégance, intelligent, puissant – et même si elle donne d’emblée une clé pour nous dire vers quelle direction elle nous emmène, Karine Tuil a l’adresse d’emprunter d’autres chemins que ceux attendus – on relâche son souffle à la dernière page, avec l’envie de lui dire tout simplement « Bravo ».

Titre: La décision

Auteur: Karine Tuil

Editeur: Gallimard

Parution: 6 janvier 2022

Une nuit après nous

Delphine Arbo Pariente
Une nuit après vous,
Gallimard

D’elle j’ai longtemps porté un bijou, une médaille ronde et lisse à l’or élégant, glissée sur une longue chaîne – toute sa délicatesse était dans la cohabitation de sa sobriété et des quelques mots gravés dessus, empruntés à Saint-Exupéry « l’essentiel est invisible pour les yeux ».

Des bijoux, Delphine Arbo Pariente est passée aux livres. Les mots, elle ne les emprunte plus aux autres, ce sont les siens qu’elle grave désormais sur les pages – ils ont en commun le travail de l’orfèvre: la précision absolue du bijou longuement travaillé, ciselé, poli, chéri. 

Mon histoire était emballée dans du papier journal, parfois quelques lettres s’en échappaient, formant des mots, rarement des phrases, je confondais aimer avec marié, écrire avec crier.

C’est d’abord la beauté des phrases qui happe, une émotion vive, viscérale, qui parcourt l’épiderme. La grâce est dans ces phrases, que l’on ressent le besoin de lire plusieurs fois, dans le frisson que procurent les métaphores, dans le rythme du phrasé qui suspend tout autour de nous. L’écriture de l’écrivaine vient de loin, et c’est certainement pour cette raison qu’elle bouleverse tant.

Et puis il y a l’histoire. 

Mona a quarante-six ans, elle vit avec Paul qui depuis douze ans a su apaiser sa vie – quand Vincent y entre, par le biais d’un regard dans lequel l’un et l’autre se reconnaissent.

Leur histoire s’ancre dans leurs blessures intimes qui vont les révéler l’un à l’autre, au-delà de l’amour profond qui naît de cette rencontre. 

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Pot-Bouille

Pot-Bouille
Emile Zola
Books moods and more

Récemment, je vous parlais ici de ma relecture enthousiaste d’Au Bonheur des Dames, et de mon envie de me lancer dans la redécouverte de Zola.

C’est autour d’Octave Mouret, le protagoniste d’Au Bonheur… que s’est cristallisée ma motivation. Car depuis « La conquête de Plassans », Zola a fait d’Octave Mouret un personnage récurrent des Rougon-Macquart. 

Mon idée n’était pas de découvrir chronologiquement Mouret, mais plutôt de comprendre quel caractère a engendré l’Octave homme d’affaires. Et c’est le roman qui l’a directement précédé, « Pot-Bouille », qui permet cette approche.

L’hypocrisie de la morale bourgeoise

Dans cette satire qui dénonce l’hypocrisie de la morale bourgeoise, Octave Mouret débarque à Paris après avoir quitté Plassans, les poches garnies du commerce d’un stock de cotonnades invendues (Octave a déjà un sens aigu des affaires). C’est dans une maison bourgeoise rue de Choiseul, propriété du vieux Vabre, qu’il loue une petite chambre – il se familiarise vite avec les locataires des différents étages, et, à sa façon, va drainer le cours du récit.

Le huis-clos de cette maison, où va principalement se dérouler l’intrigue, fait de Pot-Bouille une sorte de vaudeville: un rythme effréné tisse le récit, les personnages sont croqués à travers leurs vices (à de rares exceptions, ils ne suscitent guère de sympathie) et les situations sont souvent d’un burlesque assumé, qui ne vise qu’à souligner le ridicule de ces esprits.

D’un étage à l’autre, derrière la façade d’un décor faussement rutilent, nous entrons dans l’intimité des familles qui l’habitent – et découvrons les vices et les petits arrangements de chacun avec la morale. Le manque de moralité est à tous les étages, et l’hypocrisie transpire à travers les murs: au premier chez les Vabre et Duveryrier ou l’on se trompe allègrement, au 3e chez les Campardon où la maîtresse vit sous le même toit que l’épouse, au 4e chez Madame Josserand qui pousse sa fille à se marier en utilisant les manoeuvres les plus basses, au 5e chez les domestiques qui ouvrent leur porte aux visites des messieurs des autres étages. 

Sans compter cette famille du 2e, dont le locataire, un écrivain qui écrit d’affreuses choses « sur les gens comme il faut » n’est pas sans rappeler la figure de Zola.

L’argent est un des moteurs de l’intrigue et de ce manque de moralité: c’est une course permanente à la dot pour pouvoir arranger un mariage, une course à l’héritage pour pouvoir renflouer un ménage. Une course qui entraîne les plus grandes bassesses.

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Les mains du miracle

Les mains du miracle
Joseph Kessel
Folio
Books moods and more

Si l’histoire de Schindler, qui a sauvé un millier de Juifs pendant la guerre est devenue célèbre (merci Steven Spielberg) celle de Felix Kersten, qui en sauva plusieurs milliers l’est beaucoup moins.

C’est cette histoire méconnue du grand public que Joseph Kessel raconte dans « Les mains du miracle », récit romancé publié en 1960. Celle d’un homme qui, en devenant le médecin personnel de Himmler, a réussi à négocier à maintes reprises la vie de plusieurs milliers de personnes.

C’est pourtant avec une réticence extrême qu’à la demande d’un ami, Kersten va pour la première fois soigner Himmler. Atteint de crampes d’estomac dont aucun traitement ne venait jusque là à bout, les massages miraculeux de Kersten vont soulager Himmler à un point tel que la disponibilité de Kersten va devenir vitale au chef nazi. Et le pouvoir de Kersten sur Himmler va devenir exponentiellement immense.

Himmler est le maître d’oeuvre démoniaque de mesures qui terrifient les Allemands et bientôt la population mondiale – mais face à Kersten, il n’est qu’un homme chétif, cheveux pauvres, yeux gris sombres protégés par des verres sur monture d’acier, pommettes mongoloïdes et menton fuyant. A demi-nu devant Kersten, il perd toute sa puissance.

Avec Himmler, il semblait à Kersten qu’il avait entre ses mains un enfant débile »

Lorsque Himmler souffre, il est prêt à tout accorder. Lorsqu’il est soulagé, il a le plaisir indicible de parler sans réticence de tout, même des sujets les plus secrets, les plus stratégiques. Alors, usant de son ascendant guérisseur et tout en triturant les nerfs de son patient, Kersten manipule au sens propre comme au sens figuré le numéro deux du régime nazi – qui n’y voit que du feu malgré la suspicion de plus en plus grande d’autres militaires du parti, et offre non seulement son absolue confiance au médecin-masseur mais aussi sa protection face à aux ennemis qu’il ne tarde pas à se faire.

Gagnant peu à peu la confiance de Brandt, le secrétaire privé de Himmler (et le dépositaire de tous ses secrets, qui n’hésite pas à arranger certains documents pour aider Kersten dans son entreprise), de Godlob Berger le commandant de l’armée du Reichsführer et de Walter Schellenberg qui dirigeait les services d’espionnage, Felix Kersten va oeuvrer durant cinq années, jusqu’à la défaite de l’Allemagne. Son intervention auprès de Himmler aura permis de sauver de la déportation et de la mort des milliers de vies.

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Seule en sa demeure

Seule en sa demeure, Cécile Coulon

Aimée Deville a dix-huit ans lorsque Candre Marchère demande sa main à son père. 

Nous sommes au 19e siècle, et les jeunes filles n’ont pas beaucoup à dire dans les affaires de mariage. Si le charme silencieux de Candre la séduit, son arrivée dans la demeure de ce dernier la plonge dans la peur et la solitude: propriétaire d’une exploitation de bois nichée dans ce Jura de forêts, son mari est souvent absent.

Aimée se trouve livrée à Henria, la vieille servante qui a élevé Candre. 

La présence d’Henria est à la fois incontournable, et fantomatique, sans qu’on sache si elle est bienveillante ou maléfique. 

(…) Henria traversait le couloir, les bras chargés de draps, on ne voyait plus son visage, le linge se promenait dans la maison campé sur deux jambes solides 

Le domaine, entouré du mystère touffu de la forêt d’Or, effraie Aimée – bientôt, la demeure commence à livrer ses premiers secrets: la mort prématurée d’une première épouse deux ans plus tôt, la présence du fils muet d’Henria qui rôde sur la propriété… 

Pour distraire sa jeune épouse mélancolique, Candre engage une professeure de musique, dont la présence va venir troubler l’ordre du domaine.

C’est avec ce huitième roman que je découvre Cécile Coulon – un opus qui reprend les codes du conte et du roman gothique.

« Seule en sa demeure » évoque inévitablement « Rebecca » de Daphné du Maurier

Mais loin de le copier maladroitement comme c’est généralement le cas avec ce célèbre roman, Cécile Coulon crée autour d’Aimée, Candre et du domaine Marchère une histoire est un mystère qui leur sont propres.

Le roman alterne le feu du caractère d’Aimée qui ne demanderait qu’à s’exalter, la glace du silence de Candre qui s’en est remis à Dieu. Le feu du désir et la glace de la peur qui paralyse.

Son nom, sa voix profonde et ses forêts luisantes suffisaient à soumettre Aimée

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Au bonheur des dames

Au bonheur des dames
Emile Zola

En à peine une journée, j’ai vu au cinéma « Illusions perdues » et fini ma (re)lecture d’ « Au bonheur des dames ».

Que ce soit Balzac ou Zola, le constat est le même: quelle étrange résonance avec notre époque! Les deux écrivains étaient-ils visionnaires, ou doit-on simplement en conclure que les siècles se succèdent et se ressemblent?

Dans « Au bonheur des dames », Zola raconte le développement d’un grand magasin parisien. Véritable machine à broyer dans la gloire du Paris haussmannien, Zola déroule la mécanique qui va faire naître le commerce de masse, et tout ce qu’il induit: la vente à bas prix pour écraser la concurrence, la pression des prix sur les fabricants, les budgets publicitaires outranciers pour attirer la clientèle de ventes exceptionnelles, la surconsommation et la qualité tirée vers le bas. Et, inéluctablement, la mort des petits commerces incapables de faire face à l’agressivité marchande du géant.

Octave Mouret est le jeune propriétaire ambitieux qui oeuvre au déploiement incessant du grand magasin. Visionnaire, financier intrépide, Octave a un sens très fin de la mise en avant des produits et de la psychologie de ses clientes. Car bien évidemment, ce sont les femmes, petites choses superficielles, avides légères, changeantes, névrosées, faibles face aux dentelles et aux étoffes, qui font la fortune (souvent aux dépens de leur ménage) du grand magasin.

Il acheva d’expliquer le mécanisme du grand commerce moderne. Alors, plus haut que les faits déjà donnés, au sommet, apparut l’exploitation de la femme. Tout y aboutissait, le capital sans cesse renouvelé, le système de l’entassement des marchandises, le bon marché qui attire, la marque en chiffre

Jeune veuf mondain , séducteur, Mouret a pris pour maîtresse Mme Desforges qui l’aidera dans son ascension. Il collectionne les maîtresses et quelques aventures avec des vendeuses de son magasin. 

Denise Baudu, lorsqu’elle débarque de Valognes à Paris avec ses deux jeunes frères pour tenter une nouvelle vie, tombe en extase devant le foisonnement du grand magasin. Elle y trouve vite un emploi, mais timide, mal dégrossie, elle a du mal à se faire une place au milieu des autres vendeuses, moqueuses, méchantes, et bientôt jalouses. A force de courage, de travail, d’abnégation, Denise va parvenir à conquérir les uns et les autres. Mieux, fine observatrice, empathique, et également visionnaire, elle sera à l’origine de mesures sociales qui permettront non seulement d’améliorer les conditions de travail de ses collègues, mais également de les protéger. Mouret, fasciné par cette douce et chétive jeune fille blonde à la chevelure indomptable, se fait ravir le coeur, et il est prêt à tout pour qu’elle cède à son amour. Mais Denise, droite, soucieuse de rester dévouée à ses frères, n’entend pas se laisser entraîner dans une histoire avec Mouret – malgré les sentiments qu’elle éprouve également pour lui.

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La mélancolie des baleines

La mélancolie des baleines
Philippe Gérin

J’ai longtemps cru que la beauté se trouvait ailleurs. Je me suis trompé. Je me suis trompé toutes ces années… C’est idiot, non? Chercher partout la beauté, alors qu’elle était juste là, devant soi.

Ce roman est une invitation onirique et mélancolique à découvrir l’Islande autrement qu’à travers les romans d’Audur Ava Olafsdottir et Arnaldur Indridason (oui, c’est possible et vous ne serez pas déçus!).

Neuf ans après le voyage en Islande qui a scellé leur histoire, Ayden et Sasha sont de retour sur l’île avec leur fils Eldfell. Eldfell a grandi bercé par les récits de volcans et de baleines, et le petit garçon se raccroche à une vie fragile grâce à la perspective de pouvoir approcher les baleines.

Arna, depuis la petite maison bleue où elle a grandi, observe les baleines s’échouer jour après jour sur la plage. Elle n’a plus foulé le sable noir de la baie depuis vingt-cinq ans, après la disparition inexpliquée de son compagnon. 

Chaque jour, Gudmundur roule avec son bus sur la route 1 – avec sa drôle de tête d’Alfe noir, ses yeux vairons bridés et son teint mat, il n’a jamais été vraiment accepté par les autres depuis son enfance. Gudmundur vit seul, avec pour uniques compagnons le stylo et les cahiers sur lesquels il écrit inlassablement. 

Ils auraient pu ne jamais se rencontrer, et pourtant, tous portent en eux des blessures qui vont les réunir le temps d’une tempête.

Philippe Gerin nous offre un roman choral profondément humain, lumineux et touchant.

Sa capacité à nous transposer de façon aussi immersive en Islande m’a par ailleurs totalement envoûtée. Son écriture nous ouvre à la beauté rude et volcanique de l’île et à la puissance organique des éléments: la mer qui se déchaîne, le brouillard dense qui étouffe les vagues, ou la lune « dévoreuse » qui éclipse le soleil. La réalité, parfois, atteint un territoire trouble et fascinant, qui interroge le rêve et le mythe.

« La mélancolie des baleines » est aussi une réflexion bouleversante sur l’échouage massif de l’espèce, auquel chacun des personnages va être confronté dans un moment d’union magnifique.

Titre: La mélancolie des baleines

Auteur: Philippe Gerin

Editeur: Gaïa

Parution: septembre 2021

Feu

Feu Maria Pourchet Fayard

Quand il a commencé à se susurrer que le roman était en rupture, mon intérêt jusqu’alors un peu en réserve s’est émoustillé… Ce livre devait être trop bon, s’il s’arrachait (ou trop dingue, ou trop trash, enfin bref, il devait être « trop » tout simplement). Mon oeil dès lors a traqué l’objet dans toutes les librairies qu’il rencontrait sur son chemin. J’ai eu de la chance, je n’ai pas eu besoin d’attendre la réimpression et j’ai tenu mon exemplaire entre mes mains comme le saint-graal. Et abordé sa lecture comme celle d’un texte sacré, ou profane. Car là où brûle le feu de la passion…

Nous sommes pourtant dans ce qui pourrait être la plus banale des histoires. 

Une femme mariée, Laure, universitaire, la quarantaine, rencontre Clément, financier froid et cynique. Elle est immédiatement séduite par ce quinquagénaire. En quoi, on se demande, car le portrait qu’elle en fait dans les premières pages n’est ni très attrayant, ni très flatteur.

Mais voilà, il y a une étincelle, on sent d’emblée cette petite odeur de souffre qui se dégage quand on gratte l’allumette.

Et c’est l’enchaînement.

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La carte postale

Anne Berest La carte postale Grasset

Longtemps, Anne Berest s’est interrogée.

« Qu’est-ce qu’être juif? »

Porteuse d’un héritage familial occulté depuis la guerre, le mot « juif » n’avait pas de place visible sur son visage « tellement français », pas plus que dans son patronyme breton.

Lorsque sa fille de six ans, au même âge qu’elle, au même âge que sa mère, au même âge que sa Agrand-mère, est confrontée à l’antisémitisme, Anne Berest reprend alors une enquête qu’elle avait abandonnée quelques années plus tôt. Qui est l’auteur de cette carte postale envoyée à sa grand-mère Myriam treize ans auparavant, sur laquelle seuls quatre prénoms étaient inscrits: Ephraïm, Emma, Noémie, Jacques. Les parents, la soeur, et le frère de Myriam, disparus dans les camps de la mort pendant la guerre.

C’est par le biais de cette carte que l’écrivaine découvre l’histoire de ses aïeux, juifs russes qui ont fui leur pays lors de la révolution d’un pays qui ne tarderait pas à s’en prendre à eux: après un long voyage de 10 ans, Ephraïm et Emma s’installent à Paris, certains qu’une vie meilleure les attend. Mais le monde, bientôt, allait plonger à nouveau dans le chaos, et les Rabinovitch, « juifs étrangers », allaient faire partie des premiers à être déportés vers les camps d’extermination. Seule Myriam, leur fille aînée, échapperait aux rafles et aux arrestations. Porteuse à jamais de la culpabilité d’avoir été survécu à sa famille, Myriam ne parlera plus jamais des siens.

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L’éblouissement des petites filles

L'éblouissement des petites filles
Timothée Stanculescu

Je croyais que l’été de ses seize ans on vivait des choses mémorables, je croyais qu’on avait un amoureux, des amis et des bêtises à faire tous ensemble, l’été de ses seize ans. Pour moi, ce n’est vraiment pas le cas.

Océane, une fille du lycée, a disparu. Elle et Justine ont en commun d’avoir seize ans, et d’habiter ce village où il ne se passe rien. D’habitude.

Tout le monde cherche Océane, depuis des semaines. C’est l’été, la canicule, et sa mère interdit à Justine de quitter la maison – tant qu’on ne sait pas ce qui est arrivé à Océane. Tant qu’on n’a pas retrouvé Océane.

Océane remplit cet été vide, et s’invite dans ses cauchemars. 

Justine voudrait avoir un amoureux, comme sa meilleure amie Mathilde qui la néglige depuis qu’elle sort avec Quentin, elle voudrait avoir des frères et soeurs, des parents avec qui elle pourrait fumer des cigarettes et boire une bière, comme Mathilde.

Justine est seule dans la torpeur de ces journées sans fin, à peine quelques moments en ville, au cinéma, au fast food.

Elle aimerait partir, être libre. Et être aimée. 

Et puis un jour, il y a cet homme, Vedel, qui vient entretenir le jardin de sa mère.

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