Ordinary People

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L’amour commence avec des rêves. 

S’aimer. Construire à deux pour être trois, quatre, plus peut-être. Installer un nid douillet pour sa famille.

Il leur fallait un rez-de-chaussée et un étage pour déployer leur vie de famille, les rêves en haut, les petits-déjeuners et l’aube des jours nouveaux en bas.

Et puis le disque se raye. 

Ce disque, ça pourrait être celui de John Legend que Michael écoute en boucle, et qui résume l’histoire de sa vie de couple. Surtout quand il s’arrête sur le titre Ordinary People, que Diana Evans a choisi pour le titre de son roman: « en l’écoutant, on comprenait que son amour était indéniable, mais sans cesse confronté à des difficultés qui les amenaient à se disputer en permanence sans que ni lui ni elle n’entrevoient des solutions »

Ils sont deux couples noirs ou métisses Melissa et Michael, les personnages principaux, et leurs amis Damian et Stéphanie.

Ils se sont rencontrés alors qu’ils travaillaient et vivaient à Londres – devenus parents, en quête d’une maison pour élever leurs enfants, ils ont tous traversé la Tamise: les premiers pour une petite maison bancale du sud londoniens, les seconds pour vivre dans le verdoyant Surrey. 

Passées les premières années d’extase conjugale, dépassés par leur rôle de parents, éloignés à regret de la turpitude londonienne, l’amour qui unissait les couples se dilue dans le bouillon quotidien, où la nécessité parentale efface les personnalités de chacun.

Dans la langue de leur couple, le « je » était le pronom perdu. Ils parlaient d’eux-mêmes avec un nous de majesté, y associant leur partenaire et sous-estimant leur moi, de sorte que chacun se trouvait dilué dans un binôme indéfini.

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Il était un fleuve

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Attention, coup de coeur absolu!

Quand avez-vous éprouvé pour la dernière fois ce moment d’enchantement, soudain ressurgi des limbes de l’enfance, qu’on éprouve fasciné par l’histoire qu’on vous raconte? 

Ce moment incroyable où on se laisse porter, suspendu aux lèvres du narrateur, en attendant, fiévreux, la suite?

Ce sentiment est d’un autre ordre que le plaisir de lecture classique, aussi délicieux soit-il. 

Car il touche à quelque chose d’essentiel: notre capacité à ouvrir notre imaginaire au merveilleux et à redécouvrir notre innocence de lecteur.

Il était une fois… 

Nous sommes au 19ème siècle. Dès la première ligne, le récit nous invite en spectateur dans l’auberge Swan, sur les bords de la Tamise. Là, parmi les habitués, en ce soir de solstice d’hiver, nous attendons l’histoire que Joe Bliss va raconter. C’est la tradition depuis des siècles, au Swan. On n’y vient pas seulement pour boire, mais surtout pour y écouter des histoires. 

Mais ce soir-là, c’est un évènement exceptionnel qui va se jouer, pour nourrir d’autres histoires qu’on racontera longtemps, lorsqu’un colosse ensanglanté pénètre trempé et hagard dans l’auberge, portant dans ses bras le corps noyé d’une petite fille…

Qui est cet homme, défiguré par un coup qu’il a reçu et qui tombe inanimé aussitôt entré dans l’auberge? Et qui est cette petite fille, dont le coeur se remet à battre quelques heures après qu’on l’a crue morte? Rita Sunday, l’infirmière appelée au chevet des blessés, est bien en peine d’expliquer ce phénomène qui défie les lois de la science.

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Cassandra Darke

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La première fois que j’ai ouvert un livre de Posy Simmonds, j’ai eu ce sentiment très grisant de déflorer un univers qui m’était totalement inconnu.

 En ce début des années 2000, je crois que le roman graphique ne s’appelait pas encore roman graphique, ou alors c’était quelque chose encore de confidentiel. 

Avec Gemma Bovery (dont les droits n’avaient pas encore étaient rachetés pour être transformé en un film pathétique), cet univers de la BD, au sens large, qui me semblait très masculin, tout d’un coup s’affichait ouvertement féminin avec sa couverture, son format qui sortait des normes et surtout sa maquette qui mélangeait les genres, à la fois la rigueur éditorialiste et la fantaisie d’un affranchissement des codes du journal illustré. 

Bref, Gemma Bovery fut une révélation, et moi qui rêvais depuis toujours d’illustration, j’ai su que j’avais raté ma vocation: j’aurais voulu être Posy Simmonds!

Au compte-goutte (car ses livres sont au préalables publiés sous forme de feuilleton dans The Guardian), d’autres livres sont arrivés: Tamara Drewe (devenu également un film) et entre deux Literary Life, qui vise un public moins large.

Onze ans après Tamara Drew, Posy Simmonds revient enfin avec une nouvelle pépite, Cassandra Darke.

Nous sommes loin des sexy et vénéneuses Gemma et Tamara. Lire la suite

L’Ecart

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J’ai vécu sous le regard d’un ciel immense, dans un espace infini. Pourtant, je me heurtais sans cesse aux confins de l’île et de la ferme

A dix-huit ans, Amy Liptrot quitte l’île des Orcades au Nord de l’Ecosse, où elle est née et a grandi.

L’île est trop petite pour ses rêves, trop calme pour l’action.

A Londres, où elle s’installe, dans le confinement d’une chambre d’étudiante, le bouillonnement de la ville donne matière à son exaltation, et Amy est emportée dans le tourbillon des soirées où l’alcool devient le complice toxique de ses débordements, et l’ivresse sa seconde nature.

Aspirée dans la spirale de l’alcoolisme, la frasque de trop la mènera vers la cure de désintoxication quelques années plus tard.

C’est ce retour à soi dans le renoncement à l’alcool, qui chaque jour est un nouveau combat, qu’Amy Liptrot livre dans L’Ecart.

L’Ecart, mot magnifique à double sens, qui désigne le pâturage le plus éloigné de la ferme, sis sur une bande de terre côtière où les brebis et les agneaux passent l’été – mais aussi la fuite.

Celle d’Amy qui va rebrousser chemin, et retrouver ses Orcades natales pour tenter de renaître à la vie, et se purifier au contact de la nature salvatrice.

Aidant un premier temps son père dans la ferme familiale, elle redécouvre la magnificence des îles, la nature omniprésente, les vents qui soufflent, la lande, la mer, les oiseaux – que, bientôt missionnée par la Société royale de protection des oiseaux (RSPB),  elle va patiemment dénombrer.

C’est sur l’île de Papay, isolée pour l’hiver, que la quête introspective va prendre tout son sens. Dans la solitude de l’île où elle loue une maison au confort spartiate, Rose Cottage, se nourrir, se chauffer sont des défis quotidiens simples qui raccrochent à la vie.

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Midwinter

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Landyn Midwinter et son fils Vale habitent une ferme sur les terres du Suffolk, terres éprouvées par de rudes conditions climatiques qui trop souvent ont mis à mal les récoltes de la famille.

Dix ans plus tôt, alors qu’il ne voulait pas céder ses terres à la culture pour de plus grands que lui, ruiné, Landyn est parti avec femme et enfant en Zambie, recommencer une autre vie, dans une autre ferme. Mais un drame s’est joué, Landyn et Vale sont rentrés veuf et orphelin, blessés à jamais et envahis par les non-dits qu’il y a entre eux, insurmontables.

A la faveur d’une période où Vale se questionne à nouveau sur la mort terrible de sa mère, l’impossibilité d’un dialogue entre le jeune homme de vingt ans et son père vieillissant se cristallise, chargée par le poids de la culpabilité et par l’absence de la femme chérie et de la mère tendrement aimée.

Moi j’étais tout le temps en colère, mais lui avait surtout l’air d’un animal débile qui attend sur la route qu’on l’écrase en croyant que ça va lui épargner la douleur de vivre

Enfoncé dans un ressentiment profond, alors qu’il doit en plus affronter sa propre culpabilité dans l’accident en mer qui vient de blesser grièvement son meilleur ami et frère de coeur Tom, Vale est un jeune homme perdu, mal dans sa peau, et de plus en plus désespéré.

Landyn, dans sa solitude, se raccroche à la terre pour laquelle il a tant sacrifié, et se réfugie dans son amour des bêtes – notamment celui d’une magnifique renarde qui rôde tout près, et qu’il considère comme l’esprit de sa femme qui continue à veiller sur lui et son fils…

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Le club des pendus

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Il faut toujours lire un polar de temps en temps. C’est comme une bonne bouffée d’oxygène, surtout en période de rentrée littéraire où on enchaîne les romans avec une avidité qui dépasse souvent l’entendement. Dans le polar, les exigences littéraires sont mises de côté, pourvu que l’intrigue soit bonne!

Avec Le Club des pendus, j’ai été servie! Aspirée par le rythme de l’histoire, si ma disponibilité s’y était prêtée je l’aurais lu en une seule journée.

Max Wolf est policier (DC) à la MET de Londres et officie à la célèbre adresse du 27 Savile Row. En ces premiers jours d’été, la canicule s’est abattue sur la capitale anglaise, alors qu’un drôle de gang commence à terroriser la ville en procédant à des exécutions qu’ils diffusent en direct sur les réseaux sociaux.

Savez-vous pourquoi vous vous retrouvez sur ce lieu d’execution?

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Ma cousine Rachel

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L’histoire de Ma cousine Rachel se situe en Cornouailles, au 19ème siècle, et n’est pas sans évoquer les œuvres de Jane Austen ou des sœurs Brontë, chères à Daphné du Maurier.

Philipp Ashley, orphelin depuis son plus jeune âge, a été élevé par son cousin Ambroise, de 20 ans son aîné. Dans leur manoir, ils vivent entourés de domestiques fidèles à leur maître, célibataire endurci. Ce dernier, souffrant de rhumatismes, va passer ses hivers dans le sud de l’Europe. A l’occasion d’un voyage en Italie, il rencontre à Florence une cousine lointaine, Rachel  – qu’il épouse à la surprise de tous. Passé l’enchantement des premiers mois, livré par Ambroise dans ses missives à Philipp, le jeune marié se met à souffrir d’un mal mystérieux. Alerté par une lettre particulièrement alarmante, Philipp entreprend un voyage à Florence mais il arrive trop tard : son cousin a été vaincu par son mal 3 semaines plus tôt. Point de trace de la veuve Rachel, qui a disparu en emportant toutes les affaires du défunt. De retour en Cornouailles, Philipp apprend que Rachel va venir le rencontrer. Persuadé qu’elle est responsable de la mort d’Ambroise, Philipp est très réticent à accueillir cette intruse qu’il a d’emblée détestée dans les lettres d’Ambroise, jaloux que celle-ci lui vole son cousin. Aussi est-il surpris lorsqu’il fait sa connaissance : loin de lui la vieille fille qu’il avait imaginée, Rachel est aussi charmante que ravissante. Par sa gaité, son entreprise et son charme, Rachel ramène la vie au manoir. Mieux, elle l’auréole de la grâce qui avait manqué à cette maison d’hommes. Et bientôt, sans comprendre ce qu’il lui arrive, Philipp tombe fou amoureux de Rachel. Mais ses soupçons envers elle ne cessent de venir le troubler. Qui est vraiment Rachel, quelles sont ses intentions ? Devenu l’héritier unique du domaine et de tous les biens d’Ambroise, Rachel est-elle en quête d’une part de l’héritage auquel elle n’a pas eu droit, ou est-elle juste une jeune femme désœuvrée et triste qui veut seulement se rapprocher de son mari disparu en séduisant un jeune homme naïf?

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La menace

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L’histoire débute comme un conte de fée mais tourne vite au cauchemar.

Rachel, jeune trentenaire londonienne née dans la misère qui s’est battue pour s’extirper de sa condition, rencontre un jour le beau David Kerthen, avocat riche et brillant. Et profondément meurtri aussi, car il fait le deuil de sa jeune épouse Nina Kerthen, décédée mystérieusement quelques mois plus tôt. Rachel tombe sous le charme de David et de son petit Jamie de huit ans, qui a tant de mal à se remettre de la mort de sa mère – et très vite ils se marient. Rachel abandonne alors sa vie londonienne et emménage à Carnhallow, le manoir familial situé en Cornouailles. Elle s’installe dans la magnifique mais mystérieuse demeure, s’occupant de Jamie,  entourée de Cassie l’employée de maison thaïe et de Juliet, la maman de David malade d’Alzheimer, tandis que son mari continue à mener en semaine sa vie professionnelle à Londres. Rachel entreprend également de continuer les travaux de restauration du manoir, commencés par Nina – mais le fantôme de celle-ci plane au-dessus de Carnhallow, troublant le bien-être de la famille recomposée. Jamie, persuadé que sa mère n’est pas morte, commence à prononcer des prophéties qui se réalisent, inquiétant terriblement Rachel, jusqu’au jour où le petit garçon lui annonce que cette dernière mourra à Noël… commence alors un terrible compte à rebours, où Rachel se met à douter de tout, de David qui ne lui a pas dit toute la vérité sur la disparition de sa femme, dont le corps disparu dans une mine n’a jamais été retrouvé,  et surtout d’elle-même, qui sent renaître en elle les démons de la folie, qui l’avaient conduite à l’internement psychiatrique quelques années plus tôt…

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La vie rêvée de Virginia Fly

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Un nouveau petit bijou de la collection Quai Voltaire. Tiens donc, de quoi parle-t-il, celui-ci ?

De Virginia Fly, comme son titre le dit si bien….

Virginia Fly, jeune trentenaire, est institutrice dans la banlieue londonienne – jeune, mais grise et discrète, comme une petite souris. Nuit et jour, derrière son apparence calme et rangée, Virginia nourrit des fantasmes charnels, laissant en pensée de parfaits inconnus venir  la prendre sauvagement au moment où elle s’y attend le moins.

Ses parents, chez qui elle vit encore, sont loin de se douter que les draps froissés de son lit au réveil sont le résultat de ses rêves érotiques « Dire que ton père et moi nous dérangeons à peine les draps… », dit sa mère en plaignant sa fille de cette mauvaise nuit.

Virginia, à 31 ans, est encore vierge (quel prénom prédestiné, n’est-ce pas !), ce que ses parents n’ignorent d’ailleurs pas. C’est ainsi qu’elle est sollicitée pour une émission télévisée pour parler de sa drôle de situation personnelle. Vierge à 31 ans, cela peut faire de l’audience, surtout quand l’interview est menée par Geoffrey Wysdom, la star masculine de la télévision…

Enfin quoi, de nos jours, pardonnez-moi, mais les vierges ne courent pas les rues

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Le dimanche des mères

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C’est dans une ambiance à la Downton Abbey que nous transporte ce court roman de Graham Swift.

Imaginez plutôt : 1924, dans la verdure du comté du Berkshire, dans le Sud de l’Angleterre, des noms de maisons qui résonnent d’un charme tout anglais: Henley, Beechwood, Upleigh. Des familles aristocratiques ou issues de la grande bourgeoisie, de belles demeures familiales, où on a renvoyé la plus grande partie du personnel, où les chevaux sont remplacés par des voitures. Ici et là, les familles ont perdu des fils à la guerre, mais continuent la tête haute comme l’exige leur rang.

En cette journée de mars, c’est le Dimanche des Mères : les employeurs octroient à leur personnel cette journée annuelle de congés pour qu’ils puissent rendre visite à leur famille. Jane Fairchild, jeune bonne au service des Niven depuis plusieurs années, hésite sur la façon dont elle occupera cette journée : orpheline, n’ayant personne à qui rendre visite, peut-être profitera-t-elle de cette journée particulièrement chaude et ensoleillée pour faire une balade à vélo ou lire, tout simplement ? Car Jane a découvert l’amour de la lecture, l’amour des mots, encouragée par l’indulgence de son employeur. Mais l’appel téléphonique de Paul Sheringham coupera court à ces projets : fils d’une grande famille amie des Niven, il entretient depuis de nombreuses années une liaison avec Jane, liaison à laquelle ses fiançailles avec une riche héritière vont devoir mettre un terme.
Alors en ce dimanche où privées de leur personnel ces familles préfèrent déserter leur maison, Paul Sheringhan invite chez lui sa jeune maîtresse pour une ultime rencontre, avant d’aller rejoindre sa fiancée, et offrant à Jane restée seule la liberté de flâner quelques heures dans la maison abandonnée.

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Dans ces heures suspendues, le corps chargé d’amour, Jane erre, sensuelle et nue de pièce en pièce dans la demeure des Sheringhan, sans savoir que ce jour changera à jamais sa vie. Mais les fondations de son destin sont là, déjà, vibrant en elle lorsqu’elle pénètre la bibliothèque de la maison.

Normalement, on ne devait entrer dans les bibliothèques, oui, surtout dans les bibliothèques, qu’après avoir discrètement frappé à la porte, même si, à en juger par celle de Beechwood, il n’y avait personne la plupart du temps. Cependant, même sans personne à l’intérieur, elles pouvaient vous donner l’impression plutôt désobligeante que vous n’aviez rien à y faire. Une bonne se devait toutefois de l’épousseter

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