Edith & Oliver

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Les désillusions d’un illusionniste.

C’est un drôle de réveil en ce jour de 1906 dans la cuisine de l’Empire Theater à Belfast.

Après une soirée d’excès alcoolisés, Oliver Fleck l’illusionniste reprend ses esprits au petit matin, quasiment nu, tenant dans sa main ensanglantée une molaire. Celle de la femme qui gît plus loin, endormie sur ses vêtements, la jupe retroussée dévoilant attachée autour de sa cuisse la lavallière bleue d’Oliver! 

Cette femme, c’est Edith, une pianiste – et malgré ce démarrage aussi burlesque que gênant, ils vont vite devenir inséparables à la vie comme à la scène, où l’illusionniste de génie et la pianiste de talent vont exceller ensemble. 

La vie leur sourit, le succès leur donne l’audace de croire en eux, et les deux jumeaux conçus lors de leur première nuit vont définitivement sceller leur destin.

Pourtant, les jours de faste où un pécule « suffisant pour payer le toit et la pitance de sa nouvelle famille pendant deux ou trois semaines, voire un mois » vont se faire de plus en plus rares. 

Les salles de spectacles, délaissées par la naissance du cinéma et aussi bientôt par la guerre, ne font plus recette – et les perspectives de contrats, elles, se tarissent. Mais Oliver, artiste dans l’âme, passionné par l’art de l’illusionnisme qui a fait sa renommée, veut continuer à croire aveuglément au succès d’un spectacle en solo qui lui apporterait la gloire. 

Alors, de tournée en tournée pour gagner un maigre salaire, loin de sa famille pendant des mois, il s’enlise dans l’alcool et dans ses illusions pour mieux tomber dans la disgrâce, tandis que sa famille tente de survivre. 

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Le Sans Dieu

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Mille sabords!

Qui aurait pu croire que je m’éprendrais d’un roman de pirates? Certainement pas moi…

Et pourtant, dès les premières pages, Virginie Caillé-Bastide m’a embarquée dans l’histoire du Sans Dieu, sans que j’aie envie de la lâcher!

L’histoire commence en 1709, en Bretagne. Lors d’un hiver terriblement froid au cours duquel une famine outrageusement meurtrière s’installe, Arzhur de Kerloguen perd le dernier de ses sept enfants, tandis que sa femme sombre dans la folie. Sa foi l’abandonne, tout comme l’humanité qu’il avait en lui. Derrière lui, il laisse sa seigneurie et les lambeaux de sa vie, muni de son incommensurable colère à l’égard de Dieu pour tout bagage.

Six ans plus tard, un navire pirate, Le Sans Dieu, fait régner la terreur sur la mer des Caraïbes. Son cruel capitaine, surnommé L’Ombre, attaque les navires qui croisent en mer, entouré de sa fidèle équipe de flibustiers, hommes sans foi ni loi qui ont renoncé à tout:

Pour Palsambleu, Gant-de-Fer, Fantôme de Nez, Bois-sans-Soif et tous les autres, le passé n’avait plus d’existence et l’avenir n’offrait aucune espérance. Tous étaient devenus des hommes du présent. Dès lors, l’action seule importait, car leur choix de vie n’oscillait plus qu’entre liberté et potence.

Lors du pillage particulièrement sanglant d’un galion espagnol, l’Urca de Sevilla, sur lequel les flibustiers sèment comme à chaque fois la mort, L’Ombre épargne la vie d’Anselme, un père jésuite. Embarqué comme prisonnier sur le brick, le « Padre », qui lui même a parcouru dans sa vie des chemins sombres et douloureux, oppose sa foi au rejet religieux de l’Ombre – les deux hommes ne vont cesser de s’affronter autour de la question de l’existence de Dieu, chacun cherchant à faire renoncer l’autre à ses idées.

Tirons notre courage de notre désespoir même (Sénèque)

Quelle prouesse que cet incroyable roman dans le pur style du roman d’aventures et de piraterie!

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Assez de bleu dans le ciel

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Lignes de fuites – c’est ainsi qu’aurait pu s’intituler ce nouveau roman de Maggie O’Farrell, le meilleur à mon sens parmi tous ceux que l’écrivaine irlandaise a écrits jusque-là !

Daniel Sullivan, le narrateur, a posé un jour ses valises dans le Donegal auprès de Claudette Wells, une actrice qui a choisi de quitter les lumières d’une célébrité trop envahissante en se terrant dans une maison inaccessible au sommet d’une vallée, coupée du monde par douze portails… Ensemble, entourés de leurs deux enfants et d’Ari, le fils aîné de Claudette, ils mènent une vie paisible dans l’isolement de leur maison, entrecoupée par les allers-retours de Daniel à Belfast, où il enseigne la linguistique. En ce jour qui amorce l’enchaînement des événements à venir, Daniel s’y rend une nouvelle fois, avant de prendre un avion qui l’emmènera à New-York fêter les 90 ans de son père. Alors qu’il est en voiture il tombe sur l’interview de son ancienne petite amie, Nicola, et apprend que celle-ci est morte peu après l’interview, en 1986. Le début d’une longue errance pour Daniel, persuadé qu’il est responsable de la mort de Nicola, qu’il fuit depuis toutes ces années.

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Rencontres: Anna MC PARTLIN

Parfois, rencontrer l’auteur d’un livre peut s’avérer surprenant, impressionnant, intimidant, voire décevant, en décalage total avec l’idée que vous en aviez à travers son livre.

Rencontrer Anna Mc Partlin, c’est entrer tout de suite dans l’émotion et la lumière de ses romans ! Solaire, rieuse, drôle, sensible, elle nous accueille avec simplicité dans son univers. Anne Mc Partlin, c’est une frimousse adorable, des yeux rieurs, un franc-parler, et un rire communicatif. Elle vous donne immédiatement envie d’être sa meilleure copine, car derrière cette personnalité franche et naturelle, on devine également beaucoup d’empathie et une certaine expérience de la vie, qui visiblement n’a pas toujours été simple pour elle.

A l’occasion de la sortie de son nouveau roman Mon midi Mon minuit le 6 avril prochain, les éditions du Cherche-Midi et Babelio ont organisé une rencontre avec l’auteure irlandaise, à laquelle j’ai eu la chance d’être conviée.

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Géneration

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J’ai un problème : je ne sais pas résister aux couvertures de la collection Quai Voltaire aux Editions de la Table Ronde !

Ce bleu, et cette jolie photo à chaque fois. Les ingrédients sont toujours réunis pour attirer mon instinct de lectrice. J’oublie de mentionner que la ligne éditoriale correspond aussi beaucoup à mes goûts littéraires, et ce depuis un bon moment.

Bref… Ce Génération m’évoquait aussi quelque part la couverture du Girls d’Emma Cline, que j’ai adoré, alors j’ai foncé dessus.

Dans ce roman choral, l’Irlandaise Paula Mc Grath évoque la transmission entre les générations, du point de vue des différents personnages.

Dans une ferme bio de l’Illinois, Joe recrute de l’aide via internet. Etudiants et wwoofeurs étrangers viennent lui prêter main forte sur une courte période. Solitaire, peu soucieux de sa personne, le quadragénaire n’en est pas moins séduisant selon les dires d’une collègue d’Aine, irlandaise et mère célibataire – et cette dernière caresse le rêve d’une nouvelle vie, loin de son Irlande natale, de son job ennuyeux et de son ex-mari qui va bientôt être à nouveau père. Alors, après des échanges avec le fermier et une première visite, elle s’y embarque pour 6 semaines, avec sa petite fille de 5 ans dans les bagages. Dans la crasse de la maison, et malgré l’irascibilité d’un Joe accro à la marijuana, Aine essaie de s’investir dans la vie de la maison et de la ferme. Elle y croise Carlos, ouvrier clandestin mexicain qui depuis des années travaille illégalement chez Joe et espère que ce sera son dernier voyage, pour profiter enfin de sa retraite auprès de sa femme Silvia. Carlos, qui a bien conscience que les choses ne sont pas claires à la ferme, est soucieux d’Aine et de sa petite Daisy, qu’il prend sous son aile. Lorsqu’Aine découvre les secrets de Joe, elle se rapproche de Vicky, ancienne amie de Joe avec qui elle a fait ses études, afin de comprendre l’homme auprès duquel elle s’est engagée.

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Paula Mc Grath, tel un coryphée, orchestre ce récit et nous promène dans les allées sinueuses de toutes ces vies.

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