Il n’est pire aveugle

John Boyne Il n'est pire aveugle Lattès

« Si je ne peux voir le bien chez chacun et espérer que la souffrance que nous partageons tous cessera un jour, alors quel genre de prêtre suis-je? Quel genre d’homme? » s’interroge le père Odran Yates lorsque son monde s’effondre.

L’Irlande est un pays meurtri, les plaies qu’y a creusées l’Eglise catholique sont béantes. Les irlandais affichent une haine féroce envers les prêtres qui étaient naguère si respectés.

Les scandales d’abus sexuels sur les enfants ont éclaté dans tout le pays, après avoir été couverts pendant des décennies. 

Odran Yates n’a rien vu. Ou peut-être n’a-t-il rien voulu voir?

Il fait partie de ces nombreux fils envoyés au séminaire, parce qu’ils étaient les derniers de la fratrie ou parce que leurs mères avaient décrété qu’ils avaient la vocation.

C’était un temps où les femmes étaient entièrement dévouées à l’Eglise, qui n’affichait pourtant que mépris et sexisme à leur égard.

C’était un temps où les prêtres jouaient tous les rôles dans la communauté, et dans la famille: conseiller conjugal, conseiller éducatif… au moindre problème, c’est le tout-puissant prêtre de la paroisse qu’on appelait pour résoudre les conflits, débarrasser les esprits des pensées impures et pour remettre les enfants sur le droit chemin.

La mère d’Odran Yates en était donc certaine, de la vocation de son fils. Lui-même si convaincu qu’il n’a pas eu le sentiment de renoncer à sa vie d’homme lorsqu’il a tracé son parcours jusqu’à son ordination.

J’étais indubitablement croyant. Je croyais en Dieu, en l’Eglise, au pouvoir du christianisme de promouvoir un monde meilleur. Je croyais que la prêtrise était une vocation noble, pratiquée par des hommes qui voulaient répandre la bienveillance et la charité. Je croyais que le Seigneur m’avait choisi pour une raison précise. Je n’avais pas besoin de chercher cette foi, elle faisait tout simplement partie de moi. Et je pensais que ça ne changerait jamais 

Ces révélations qui secouent la foi irlandaises rattrapent Odran Yates, le confrontant à ce qu’il n’a pas voulu voir, jusqu’aux blessures intimes de sa propre famille. 

John Boyne analyse d’une façon magistrale la culpabilité, en interrogeant la complicité et la responsabilité.

C’est un sujet difficile, partant d’un point de vue qui aurait pu paraître étroit, mais c’est sans compter sur l’énorme empathie que suscite le personnage, un homme débordant de foi, d’engagement et de naïveté. Victime du système en lequel il a cru.

Il y a dans ces pages des moments éprouvants, bouleversants, quand d’autres nous mettent en colère.

John Boyle nous entraîne avec un énorme talent dans les rouages du pouvoir de l’Eglise, dénonce les manipulations du Vatican, l’archaïsme de la société irlandaise étouffée par le poids de la religion – et l’indicible souffrance des innombrables enfants victimes de ces crimes pédophiles.

Traduction Sophie Aslanides

Titre: Il n’est pire aveugle

Auteur: John Boyne

Editeur: Lattès

Parution: avril 2021

3 réflexions sur “Il n’est pire aveugle

    1. Je pense que je vais devenir accro aussi!! Je n’avais pas réalisé qu’il était l’auteur du Garçon au pyjama rayé, lu il y a des années avec mes enfants. Cela confirme que c’est un auteur, comme dans Il n’y a pire aveugle, qui sait se transposer avec talent dans le temps.

      Aimé par 1 personne

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