Murène

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La nuit où j’ai tourné la dernière page de Murène, j’ai rêvé que je n’avais plus de bras. J’étais François, le personnage du dernier roman de Valentine Goby. C’était un ressenti étrange: chargée inconsciemment de toute l’expérience de François, qui apprend à vivre autrement, j’étais résignée. Mais confiante. Les personnages des romans que j’ai lus se sont rarement invités dans mes rêves. Preuve que ce roman m’a particulièrement bouleversée.

Drôle de façon de commencer une chronique, penserez-vous. Drôle de façon de vous dire que j’ai intensément aimé lire ce roman et que j’ai envie que vous aussi vous plongiez dedans – quitte à ce que vous en rêviez aussi!

Valentine Goby a une prédilection pour écrire sur le passé, la guerre, l’après-guerre, et ce n’est pas une surprise qu’elle situe le démarrage de Murène en hiver 1956, l’hiver où un froid sibérien a paralysé la France, fait souffrir une nation du froid, de la faim. François Sandre est jeune, sportif, amoureux, plein d’élan – un élan brisé net par un accident. Electrocuté par un arc électrique de 25.000 volts, le torse et le dos brûlé, les bras carbonisés, une partie de ses souvenirs envolés, agonisant dans la neige, il est secouru, puis sauvé par un chirurgien – au prix de ses deux bras, épaules comprises. 

« Survivre n’est pas toujours une chance », pensera ce médecin pourtant pétri d’humanité 

Survivre ne sera pas le plus grand des défis, vivre sera bien plus difficile encore, avec ce corps qui trahit son envie de continuer à fonctionner quand pour François la vie n’a plus de sens. Mutilé. Dépendant. Invalidité Catégorie 3 majorée d’une tierce personne.

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Un paquebot dans les arbres

En préparant ma prochaine chronique, sur le nouveau roman de Valentine Goby, j’ai réalisé que ma dernière lecture d’elle, Un paquebot dans les arbres, datait d’avant la création du blog, et aucune lecture ne figurait donc ici – je remédie à ce manque en publiant la chronique écrite en octobre 2016 – la rencontre avec l’auteure, autour de ce roman, est à retrouver ici.

Le Balto, café tenu par Paul Blanc et sa femme  Odile, est le centre névralgique de La Roche Guyon. Paul, avec son harmonica et sa joie de vivre, émerveille tout le monde autour de lui, sa femme, Annie sa fille aînée, son petit Jacques et surtout Mathilde, son p’tit gars, la fille qui a remplacé le fils aîné décédé si jeune. Mathilde qui se bat pour recevoir l’amour de son père. Mais bientôt Paul, tuberculeux, est interné au sanatorium d’Aincourt et la famille bascule vers son tragique destin. Mathilde, à peine sortie de l’enfance, va endosser la lourde responsabilité familiale et se battre pour garder les Blanc unis. La lumière, la force, la détermination de Mathilde sont le fil conducteur de ce roman tissé de malheur. Un magnifique portrait de femme, de fille, de soeur, qui à certains moments du livre m’a beaucoup rappelé la Lila de L’amie prodigieuse

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Rencontres: Valentine GOBY

Ce jeudi 19 janvier 2017, Valentine GOBY était l’invitée de la librairie L’Amandier.

L’Amandier, dynamique librairie putéolienne (92), organise régulièrement des rencontres avec des écrivains, toujours dans un moment de convivialité intime. Une merveilleuse occasion à chaque fois de parler avec un écrivain autour de son roman.

Rendez-vous était fixé à 19H – elle était déjà là, souriante, naturelle, lumineuse, prête à accueillir son public – tout en plaisantant sur cette soirée des primaires à gauche qui allait confiner tout le monde à la maison -sans parler du froid ! On sent déjà beaucoup d’humour et une personnalité facétieuse.

Il était question ce soir de son dernier roman, Un paquebot dans les arbres, paru il y a quelques mois chez Actes Sud.

Valentine GOBY nous raconte ainsi la genèse de ce livre, dont la possibilité est née par hasard, au cours d’un dîner où le fameux sanatorium d’Aincourt est évoqué… sa curiosité fera le reste, la chance ou le destin aussi, en mettant sur son chemin Elise BELLION qui lui racontera son histoire et deviendra la Mathilde de son roman. L’émotion est palpable lorsque Valentine GOBY évoque la première scène du livre, où Mathilde découvre le sanatorium dévasté, cinquante ans après la mort de son père : elle était à ses côtés lorsqu’elle a vécu ce moment. Elise lui a confié son histoire, l’écrivaine a construit son roman en s’en inspirant, en infusant aussi de son être dans Mathilde. Son talent a fait le reste.
Valentine GOBY nous apporte des évidences auxquelles on n’a probablement jamais pensé (en tous les cas pas moi !). Et lorsqu’elle dit

le roman donne accès à une vérité qui reste à distance…

tout est résumé.

Julie, la libraire, a souligné la tristesse qui se dégage de l’œuvre de Valentine GOBY. Qui l’a corrigée. Ses romans ne sont pas tristes, ils sont graves.

Valentine GOBY fait un remarquable travail de recherche pour ses romans. Elle écrit sur le passé, et a une prédilection pour la période historique de la seconde guerre mondiale. Mais elle dit ne pas arriver à écrire sur son époque. Sauf peut-être quand il s’agit d’un récit autobiographique comme Baumes, où elle parle de sa relation à son père parfumeur.

Ce travail de recherche ne serait rien sans un magnifique travail d’écriture, à côté duquel il faut savoir écrire l’essentiel. Elle dit à ce propos

Ecrire, c’est savoir s’empêcher d’écrire

Eviter de vouloir en dire trop, apporter trop de substance inutile à l’essence du roman, qui va se nourrir de la plume de Valentine GOBY, remarquable, brillante d’intelligence, subtile, rythmée, musicale. Mélomane, elle « écrit avec ses oreilles ».

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