Nos espérances

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Femmes, je vous aime

En clôture de son nouveau roman, Anna Hope remercie les « femmes magnifiques qui ont façonné (sa) vie, les guetteuses d’horizon, les danseuses acharnées, les convertisseuses de camionnettes, les nageuses d’eau douce, les soignantes, celles qui connaissent les méthodes ancestrales » : celles qui sont pour elle une inépuisable source d’inspiration, comme le confirme son troisième roman.

Hannah, Lissa, Cate – d’abord, l’amitié entre Cate et Hannah, sur les bancs du collège: compétition, émulation, admiration. Puis, la rencontre entre Hannah et Lissa dans l’amphi de l’université de Manchester: observation, rapprochement, fusion. Enfin, la présentation de Lissa à Cate, et la naissance d’une amitié profonde et généreuse entre les trois jeunes femmes.

Une amitié nourrie de la richesse de leurs vies de filles pas encore trentenaires, réunies sous le toit d’une vieille maison de London Fields  au début des années 2000. Des vies remplies de tous les possibles qui sont encore à venir, de tous les espoirs qu’elles ont encore.

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La vie mensongère des adultes

La vie mensongère des adultes Elena Ferrante Gallimard
La vie mensongère des adultes Elena Ferrante Gallimard

 

« Des mensonges, encore des mensonges: les adultes les interdisent, et pourtant ils en disent tellement ». C’est le constat de Giovanna lorsque son petit monde s’effondre. 

Elle se croyait admirée par ses parents, et soudain son père la compare à son affreuse tante Vittoria qu’elle ne connaît pas, « la plus noire et la plus vulgaire » personne de cette famille qu’il a reniée en quittant le Pascone, le quartier populaire de Naples où il a grandi, pour devenir un éminent professeur d’histoire et de philosophie dans le plus prestigieux lycée de la ville.

Giovanna n’a que douze ans, elle ne connaît pas cette tante honnie, qui, à en croire ses parents, est le diable en personne – et parce qu’ils ne peuvent plus faire entendre raison à la jeune fille, ils l’autorisent à rencontrer cette sulfureuse tante: Giovanna veut comprendre. 

Elle s’aventure ainsi dans le Pascone miteux de sa famille paternelle, et fait la connaissance de cette femme inquiétante qui s’exprime dans un napolitain colérique et vulgaire, et qui pourtant la subjugue immédiatement.

La beauté de Vittoria me sembla tellement insupportable que la considérer comme laide devint pour moi une nécessité.

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Le rouge n’est plus une couleur

 

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Le roman débute comme un campus novel.

Kate et Max se rencontrent à l’université, et ces années d’étude, partagées entre l’université et leurs retrouvailles hors du campus, vont jalonner ce moment d’apprentissage de la vie où une amitié très forte va se tisser entre eux.

Issu d’une famille bourgeoise, père médecin et mère réalisatrice de cinéma, Max vient des beaux quartiers de Londres.

Kate est issue d’un milieu plus modeste, élevée par sa mère dans une petite ville ouvrière du Gloucestershire. C’est à quelques kilomètres de là justement que les Rippon, la famille paternelle de Max, ont leur maison depuis plus d’un siècle. La vieille maison anglaise, dont l’intérieur évoque à la mère de Max le décor d’un film anglais d’après-guerre (et à moi la maison des Cazalet, si vous avez lu Etés anglais) est le lieu sacré des retrouvailles lors des fêtes de famille.

Cette maison, que Kate admire, rend la conscience de classe plus prégnante, et pourtant Kate se coule dans la vie familiale de Max sans ambivalence – malgré sa fascination pour le travail de Zara, la mère de son ami.

Lors d’une fête chez ces derniers, Kate est violée par le cousin de Max.

Choisissant dans un premier temps de se taire, le traumatisme subit devient de plus en plus lourd à supporter pour Kate, qui va mettre en place des mécanismes de survie pour supporter sa douleur.

Elle se déshabilla, se regarda dans le miroir. Son corps était pâle après tant de mois d’hiver, son ventre et le haut de ses cuisses un peu mous, avec des rondeurs, quoique moins qu’à une époque. Comme elle semblait crue – pas cuite. Le bain était trop chaud, son mollet rougit, la sueur perla sous ses bras, sur son front. Elle lutta contre elle-même un instant, jusqu’à ce ce que son envie de masochisme soit supplantée par les instincts protecteurs de son corps, qui refusait de la laisser plonger dans l’eau plus d’une seconde ou deux, et elle opta à la place pour le bord glacé de la baignoire, pieds en équilibre de l’autre côté, laissant couler l’eau froide.

Comment désormais affronter la famille de Max, qu’elle avait faite sienne? Parler? Se taire? Et comment lutter chaque jour pour ne pas perdre pied?

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La fille de l’espagnole

 

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A Caracas, Adelaida Falcon vient de perdre sa mère, l’autre Adelaida Falcón.

La capitale vénézuélienne est à feu et à sang.

Peut-on imaginer, depuis l’Europe, cette révolution qui a transformé le pays autrefois prospère, riche d’immenses ressources naturelles, tombé dans un chaos économique qui lui donne des allures de pays du tiers monde? 

Inflation, corruption, marché noir, le pays crève de faim, les gens meurent parce qu’on ne peut plus les soigner – la vie ne vaut plus rien.

De longues files encombraient les marches de la clinique Sagrario. Des gens brisés et sans expression. Des hommes, des femmes et des enfants qui attendaient leur tour dans l’anti-chambre de l’outre-tombe. Tous étaient maigres, torturés par la faim, murés dans quelque chose de semblable à la rage de ceux qui n’ont pas le souvenir d’avoir un jour mieux vécu.

Lorsqu’elle rentre un jour à l’appartement qu’elle partageait avec sa mère, peu de temps après l’enterrement, Adelaida trouve porte close. 

Serrures changées. Logement squatté par un groupe de femmes violentes, les filles de la révolution.

Elle réussit à se réfugier dans l’appartement de sa voisine, Aurora Peralta, son aînée de neuf ans qui elle aussi a perdu sa mère et n’a plus d’attaches familiales au Venezuela. Et pour cause, Aurora est « la fille de l’espagnole » et toute sa famille vit à Madrid. 

Quel avenir dans ce pays en ruine, quand on n’a plus rien, ni toit, ni famille, ni argent?

Alors, comme des milliers de personnes, peut-être que la seule solution, c’est fuir.

Et si une chance infime de le faire s’offre à elle, même si cela l’oblige elle aussi à basculer de l’autre côté, qu’a-t-elle encore à perdre?

Nous avions oublié ce qu’est la compassion, parce que nous souhaitions faire payer la rançon de tout ce qui allait mal

Voici un roman qui me laisse un étrange sentiment. Celui de ne pas avoir réussi à l’aimer à la hauteur de ce qu’il mérite. Et je ne saurais dire pourquoi il y a une distance entre la puissance de l’écrit et la froideur de mon ressenti. Çar l’écriture est juste, forte. 

C’est un roman de femmes, où les hommes ont peu de place.

Des femmes fortes, qui se battent pour survivre – Adelaida et Aurora, chacune, l’ont appris de leur mère. Des femmes au parcours de vie étriqués, où le plaisir, la beauté n’ont pas de place. Où les hommes n’existent pas – ou plus. Cette absence de tout est oppressante. Tout comme la fragilité que le roman évoque, le basculement d’un pays qui réduit un tout au néant.

A quoi tient la chance d’en échapper? Adelaida Falcón pourrait vous surprendre.

Titre: La fille de l’espagnole (La Hija de la Española)

Auteur: Karina Sainz Borgo

Editeur: Gallimard

Parution: 2019

 

Hérésies glorieuses

Les chances de s’élever de sa condition sociale sont bien minces, quand on grandit dans les quartiers pourris de Cork auprès d’un père alcoolique ou malfrat. 

Celui de Ryan, Tony Cusack, est les deux à la fois: un gros alcoolique et un petit malfrat pas très courageux, mais il est impossible de refuser quelque chose à Jimmy Phelan, le caïd de Cork, quand on est veuf et qu’on a six gosses à charge – même quand vous savez que ça vous collera  à la peau comme la merde poisseuse dans laquelle le-dit Jimmy fait sombrer ses proies.

Ryan a quinze ans, s’ennuie au lycée malgré une intelligence très au-dessus de la moyenne, il est fou amoureux de Karine d’Arcy avec laquelle il découvre ses premiers émois charnels. Et il deale. Après tout, il est un Cusack.

Mais justement, être un Cusack comme son père, ça lui répugne, et Ryan n’a qu’une envie: reprendre la main sur ce destin qu’on a tracé pour lui.

Sauf que Jimmy Phelan, allez savoir pourquoi, a ramené à Cork Maureen, sa pécheresse de mère qui l’a abandonné à sa naissance quarante ans plus tôt, contrainte par la fervente Irlande catholique. Il l’a installée dans un ancien bordel qu’il gérait parmi tant d’affaires crapuleuses, et veille à distance sur elle, partagé entre des sentiments qu’il tient aussi loin de lui que possible. Quand on s’appelle Jimmy Phelan, on n’a pas de sentiments. 

On avait expliqué à James Phelan, avec une raide et froide dignité, que Maureen-de-Londres était sa vraie mère, qu’il ne devait plus y penser, mais il était quand même revenu à la charge une fois qu’Una eut desserré son emprise sur le monde en expirant dans le lit conjugal en présence d’une assemblée de gravures représentant des jésus efféminés. Bien d’autres garçons et filles grandirent avec, dans la poitrine, un trou aussi béant que la chrétienne fente qui les avait expulsés dans le vaste monde

Mais voilà, le jour où Maureen tue par inadvertance un grand gaillard qui s’est introduit pour voler dieu sait quoi dans l’ancien bordel, lui défonçant le crâne à coups de la Sainte-Caillasse, une de ses bondieuseries, tout bascule dans la petite vie bien rodée à la bière et aux coups de Tony Cusack – et par ricochet, dans celle de Ryan.

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Le pays des autres

Le pays des autres Leila Slimani

Retour aux sources – c’est à son pays natal, le Maroc, et à l’histoire de sa famille, que Leïla Slimani a choisi de consacrer son troisième roman et premier tome d’une trilogie.

Le pays des autres, c’est l’histoire de Mathilde qui, au sortir de la guerre, a décidé de rattraper tout ce qu’elle n’a pas vécu pendant ces années de privation.

A la Libération, la jeune Alsacienne pleine de rêves rencontre Amine, le soldat marocain venu combattre pour la France, elle l’épouse et part le rejoindre au Maroc. 

A Meknès, les fantasmes d’exotisme dans lesquels Mathilde s’était projetée font place à une double déception: non seulement la vie au Maroc ne ressemble en rien aux romans de Karen Blixen ou Pearl Buck, mais surtout Amine, si amoureux et démonstratif en Alsace, s’est transformé en un homme austère, parfois violent, qui dédie ses journées aux pénibles travaux de sa fermette, juchée sur un terrain aride. 

Leurs différences culturelles, charmantes en Alsace, se chargent dès lors de tous les reproches. 

Parfois il ressentait un besoin violent et cruel de revenir à sa culture, d’aimer de tout coeur son dieu, sa langue et sa terre, et l’incompréhension de Mathilde le rendait fou. Il voulait une femme pareille à sa mère, qui le comprenne à demi-mot, qui ait la patience et l’abnégation de son peuple, qui parle peu et qui travaille beaucoup. Une femme qui l’attende le soir, silence et dévouée, et qui le regarderait manger et trouverait là tout son bonheur et toute sa gloire.  Mathilde faisait de lui un traitre et un hérétique.

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Belle infidèle

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C’est sur la plage de Monopoli, une petite ville des Pouilles connue pour son joli port fortifié, que Julien Sauvage rencontre l’incendiaire Laura.

Après quelques années nourries des hauts et des bas d’un amour insensé, suivies d’une rupture incompréhensible qui lui fait abandonner sa thèse sur la réintroduction des « belles infidèles » dans les traductions contemporaines, Julien est devenu traducteur à la petite semaine, plus abonné aux guides touristiques et gastronomiques qu’à la littérature.

Aussi, lorsqu’il est contacté, sur recommandation, par une grande maison d’édition parisienne pour traduire le roman italien du moment en lice pour le Strega, Rebus, Julien est éberlué – mais il accepte la mission et se lance tant bien que mal dans la traduction. 

Au fur et à mesure qu’il avance, le roman le ramène en Italie… et commence à faire bizarrement écho à sa vie. 

Le personnage principal de Rebus revient dans les Pouilles, où son père vient de mourir – qui mieux que Julien, qui fait le deuil de sa mère, pour traduire ce qu’il ressent? 

Julien s’interroge: qui est l’auteur de Rebus, le fringant Agostino Leonelli à qui tout semble réussir, alors que lui ne fait que stagner dans le néant? 

Son succès commence à obséder Julien, qui essaie désespérément d’écrire le roman de son histoire d’amour avec Laura. Laura aussi sulfureuse que Rachele, la jeune femme que le protagoniste rencontre dès son arrivée dans les Pouilles. En commun, elles ont sur le ventre, autour du nombril, des grains de beauté qui rappellent la constellation de la Grande Ourse – et une façon bien à elle de montrer qu’elles sont sur le point de jouir…

Alors que Julien aurait bien besoin de l’aide de son ami libraire Salvatore pour aborder une partie de la traduction, celui-ci prend soudain ses distances avec Julien. Tout le petit monde et et les souvenirs auxquels il se raccrochait semblent chahutés et le trouble s’insinue de plus en plus, entre fiction et réalité…

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De rien ni de personne

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Il faut reconnaître que, de prime abord, Palerme n’est pas une ville qui fait rêver.

Ce n’est qu’en la parcourant qu’on découvre sa beauté, en soulevant la poussière de ses rues, en jetant un oeil derrière les murs éventrés de ses palais, en poussant la porte d’une église baroque, en parcourant ses marchés ou en faisant abstraction de l’urbanisme sauvage qui s’est emparé d’elle.

Qu’en voit-il de sa beauté, lui, Rosario, dans son quartier coupe-gorge des faubourgs de la ville, à Brancaccio? Les jours où il va au lycée dans le centre historique, peut-être, quand il prend le 224 qui le dépose dans cet autre monde de la Palerme dorée.

A Brancaccio, la plus belle rue s’appelle ville dei Picciotti. Les trottoirs sont tout crottés, il y a sept platanes desséchés, des boutiques à l’enseigne dévastée. C’est la rue des gens aisés: le caissier du discount, le primeur avec sa pension d’invalidité, le panellaro qui vend ses panini au lycée voisin

Adolescent solitaire qui aime la mythologie et l’écriture, il se découvre un talent pour le football – comme celui de ce grand-père qu’il n’a pas connu, et dont il porte le prénom, comme tout bon palermitain qui se respecte. Lui, il aurait préféré s’appeler Jonathan, le prénom qu’avait choisi pour lui son père. 

Au Virtus Brancaccio, le club de foot où il s’entraîne, son talent lui attire plus d’inimitiés que d’amitiés complices, et le confronte très vite à la violence de son milieu populaire, surtout depuis qu’il a séduit la mystérieuse Anna, la petite amie de l’autre gardien de but, Totò. 

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L’amie Prodigieuse en série – saison 2

Le Nouveau Nom

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Des quatre volumes de L’amie prodigieuse, je garde un attachement particulier au second, Le nouveau nom.

Probablement parce qu’il évoque les années d’adolescence et le passage vers la vie adulte, un thème que je ne me lasse pas d’explorer (et qu’il est inutile de chercher à analyser, évidemment).

Souvenez-vous, on y retrouve Lila au soir de son mariage avec Stefano Carracci : elle a compris qu’il l’a trahie en s’associant avec les frères Solara, et la violence de leur nuit de noces, à Amalfi, va installer tout le mépris que Lila ne cessera d’éprouver pour Stefano. 

Lila est devenue une sublime jeune femme, à la séduction aussi arrogante que diablement naturelle. La blonde Lenu, plus effacée, moins volcanique, poursuit ses études au lycée – creusant davantage le fossé culturel sur le terrain de leur amitié.

C’est ce fabuleux second volume, Jeunesse, que narre la seconde saison de la série, et que vous avez peut-être la chance de découvrir en ce moment.

Voyage dans le temps, on y découvre les superbes reconstitutions des années 60 – décors napolitains, costumes et voitures.

Cette saison 2 nous emmène, en plus de Naples, à Ischia, où Lila et Lenu passent ensemble l’été qui va faire basculer leur vie, et leur relation. 

Retrouver Ischia à travers ces images, ses plages, Forio, ou le Borgo di Celsa que l’on aperçoit depuis l’embarcadère du bateau, a été un plaisir infini empreint d’une douce nostalgie.

Mais contre toute attente, les scènes tournées à Pise, une ville magnifique qui par miracle échappe aux hordes de touristes qui se concentrent autour de la fameuse tour avant de repartir pour leur grand tour, délaissant le centre historique, m’ont probablement encore plus fait plaisir – même si cette période amorce une période plus terne pour les deux héroïnes (à ce titre, d’ailleurs, je n’ai pas été convaincue par la coupe de cheveux tristounette de Lenu, qui avait été si ravissante lors de cet été à Ischia).

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L’île d’Arturo

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Procida – c’est une petite île plongée dans les eaux bleu marine de la baie de Naples, où le bateau fait escale quand il rejoint chaque jour Ischia.

C’est l’Île d’Arturo.

L’île d’Arturo est un livre sauvage, à la fois conte et roman d’apprentissage, aux airs de robinsonnade: Arturo a grandi seul en petit sauvageon, à moitié vêtu et allant nus pieds, poussant sans entrave comme les herbes folles de cette île qu’il a faite sienne.

Sa mère est morte en enfantant, et son père est parti courir le monde, ou autre chose, abandonnant le bébé à Silvestro le cuisinier-nourrice, dans sa Maison des « guaglioni », un palazzo croulant dont la légende sulfureuse fdit qu’il est interdit aux femmes.

Silvestro parti, livré à lui-même, mais libre et heureux, Arturo explore inlassablement son île, plonge dans ses eaux, manie la barque dès son plus jeune âge, et guette, chaque jour, le bateau de Naples qui ramènera son père au gré d’escales plus ou moins longues. Wilhelm Gerace, ce père aussi blond qu’Arturo est brun et moricaud, est le héros fantasmé du jeune garçon – tandis que sa mère reste la blessure d’une grande absence.

Une mère était quelqu’un qui aurait attendu à la maison mes retours, en pensant à moi jour et nuit. Elle aurait approuvé tout ce que je disais, loué toutes mes entreprises et vanté la beauté supérieure des bruns, aux cheveux noirs, de taille moyenne et même peut-être au-dessus de la moyenne .

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