Le bruissement des feuilles

 

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Dépaysement total avec Le bruissement des feuilles de Karen Viggers, qui emmène ses lecteurs en Tasmanie. 

C’est sur cette île australienne située au sud de Melbourne que se joue le destin de la jeune Miki, le personnage féminin de son nouveau roman.

Un écrin de nature qui abrite en son sein des arbres plusieurs fois centenaires et des espèces animales rares voire uniques, à l’image de ce diable de Tasmanie qui va revenir dans l’histoire…

Après avoir échappé à l’incendie de la ferme familiale, Miki et son frère aîné Kurt s’installent en ville où ils ouvrent un fast food qui voit défiler les habitants des alentours. Chrétiens fondamentalistes, le frère et la soeur vivent en communiquant le moins possible avec le monde extérieur – pire, Kurt coupe sa soeur du monde en lui interdisant toute forme de sortie à l’exception d’une balade en forêt hebdomadaire ensemble. 

Miki vit ce moment de brève liberté dans une communion intense avec la nature, sensible à ces grands arbres dont elle absorbe viscéralement la vie comme une sève qui la galvanise.

Cible des industriels qui utilisent son bois, la forêt pourtant est menacée chaque jour davantage par les bûcherons qui se rapprochent inéluctablement avec leurs machines pour dévaster ces territoires arborés.

Malgré la surveillance étroite de son frère, Miki se lie d’amitié avec Léon, un jeune garde forestier qui vient d’arriver, en sauvant ensemble des diables de Tasmanie voués à une mort certaine. 

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Léonard de Vinci

 

IMG_0161Le 2 mai 2019 marquera le 500ème anniversaire de la mort de Léonard de Vinci.

2019 sera donc une année de commémoration du maître italien, inaugurée avec l’ouverture aujourd’hui 15 avril d’une première exposition à Turin « Léonard de Vinci: dessiner le futur ». 

Une exposition exceptionnelle aura également lieu en France, au musée du Louvre, à partir d’octobre 2019, mais elle est menacée ces derniers temps par une remise en question par le gouvernement italien des accords de prêts entre la France et l’Italie. 

Le Louvre, pourtant, avait décalé la date de son exposition afin de permettre à l’Italie d’honorer en premier son génie de la Renaissance – qui avait choisi de fuir son pays natal qui ne lui accordait que peu de reconnaissance…

Ce 500ème anniversaire, c’est donc l’occasion de sortir enfin de ma pile de livres à lire cette biographie écrite par Sophie Chauveau, achetée il y a deux ans au Clos-Lucé, dernière demeure du génie. Une biographie parmi des centaines évidemment, car Leonard de Vinci n’en finit pas de fasciner.

Vinci reste le personnage le plus complexe et le plus controversé. Pas un demi-siècle ne s’écoule sans une nouvelle révision de sa vie, sinon de ses oeuvres dont l’attribution évolue radicalement selon les époques.

Léonard de Vinci est une légende, à laquelle il a contribué en brouillant les pistes et en s’imposant parmi les personnages les plus complexes et les plus controversés.

Difficile parmi toutes ces centaines de biographies de démêler le vrai du faux – Sophie Chauveau explique qu’elle a choisi de s’en tenir aux certitudes et aux dates avérées, et pour le reste, elle a fait le tri parmi les informations qui se recoupent au moins trois fois dans l’impressionnante documentation qu’elle a étudiée pour son livre.

La biographie est construite chronologiquement, en courtes parties. Tout en gardant un fil conducteur, cela donne un ouvrage didactique aisé à suivre, où la narration au présent se mêle au conditionnel. Très vite, l’écrivaine nous brosse un portrait de l’artiste qui confère au récit une réelle présence:

Son physique défie tous les éloges. Vasari, même Vasari n’ose le détailler tant il est hors du commun. D’autres parlent de ses contours angéliques, de ses yeux clairs, bleus ou verts, personne ne tranche, de ses cheveux blonds ou roux, on opte pour le blond vénitien. Une carnation claire, un grain de peau serré, magnifique. Un corps d’éphèbe élancé. Et, chose remarquable à l’époque, une taille gigantesque. Il dépasse le mètre quatre-vingt dix. Quant à sa voix, elle serait terriblement haute. Suraigüe même. Et il en jouerait comme d’un instrument magistralement travaillé. Sa gentillesse est légendaire, son humour fait florès. Sociable et bon camarade, il se taille dans la confrérie des peintres, artistes, artisans – ainsi sont classés les Florentins – une solide réputation de bon vivant.

Elle lève les tabous autour de la sacralité du personnage, dont la sexualité a toujours interrogé, mais que la pudibonderie a préféré pendant cinq siècles dire chaste, abstinent, même impuissant. Cinq siècles pour oser écrire dans les biographies le secret de polichinelle qui pourtant n’avait rien d’un secret pour ses contemporains: son homosexualité.

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Bookstagram: cash ou pas cash?

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Récemment, @lollilolette lançait sur Instagram un débat très intéressant au sujet des livres qui passent par vagues sur beaucoup de comptes. Il était nécessaire d’ouvrir cette discussion, et je l’en remercie.

Aujourd’hui je m’interroge sur un autre phénomène: la rémunération des bookstagrameurs.

Vous, qui suivez avec attention nos chroniques,  les liriez-vous du même oeil critique si nous étions rémunérés pour les faire – mieux, si nous réclamions une rémunération en échange de bons mots?

Notre petite communauté, animée par une bienveillance très enviable, a développé une formidable énergie autour de notre passion commune. Oui, nous sommes de grands amoureux des livres, du contenant, du contenu. Une couverture nous fait saliver comme un Paris-Brest en met d’autres en appétit. Un livre est une promesse de quelques heures ou quelques jours de bonheur, et souvent, le moment de relâche indispensable dans nos vies professionnelles et familiales bien chargées. En ce qui me concerne, lire, écrire, partager sur mon fil est devenu un véritable sas de décompression, qui m’a permis de pallier les vicissitudes d’une vie bien chargée – et m’a fait prendre la distance nécessaire dans des moments difficiles de ma vie professionnelle. 

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Cassandra Darke

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La première fois que j’ai ouvert un livre de Posy Simmonds, j’ai eu ce sentiment très grisant de déflorer un univers qui m’était totalement inconnu.

 En ce début des années 2000, je crois que le roman graphique ne s’appelait pas encore roman graphique, ou alors c’était quelque chose encore de confidentiel. 

Avec Gemma Bovery (dont les droits n’avaient pas encore étaient rachetés pour être transformé en un film pathétique), cet univers de la BD, au sens large, qui me semblait très masculin, tout d’un coup s’affichait ouvertement féminin avec sa couverture, son format qui sortait des normes et surtout sa maquette qui mélangeait les genres, à la fois la rigueur éditorialiste et la fantaisie d’un affranchissement des codes du journal illustré. 

Bref, Gemma Bovery fut une révélation, et moi qui rêvais depuis toujours d’illustration, j’ai su que j’avais raté ma vocation: j’aurais voulu être Posy Simmonds!

Au compte-goutte (car ses livres sont au préalables publiés sous forme de feuilleton dans The Guardian), d’autres livres sont arrivés: Tamara Drewe (devenu également un film) et entre deux Literary Life, qui vise un public moins large.

Onze ans après Tamara Drew, Posy Simmonds revient enfin avec une nouvelle pépite, Cassandra Darke.

Nous sommes loin des sexy et vénéneuses Gemma et Tamara. Lire la suite

Edmonde

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C’est son image un brin austère, cheveux tirés en un gros chignon, clips aux oreilles, tailleur Chanel et lavallière, que les plus de trente ans ont probablement encore en mémoire, un physique entre celui de Simone Veil et celui de Simone de Beauvoir. 

Mais un prénom bien à elle, et une personnalité qui lui fait appartenir à ce clan des plus grandes dames françaises du vingtième siècle: Edmonde Charles-Roux.

Que sait-on encore sur elle sans sonder internet? Ecrivaine et journaliste, épouse de Gaston Defferre, oui.

 Pour le reste, on pâlit devant l’immensité de cette carrière que Wikipédia fait défiler sous nos yeux, auréolée de prix (Goncourt 1966 pour Oublier Palerme) et de décorations (Croix de Guerre, Commandeur de la Légion d’honneur,…).

La première partie de sa biographie laisse une large part à celle qui fut une femme engagée dans la seconde guerre mondiale.

Et c’est justement à celle-ci que Dominique de Saint-Pern consacre son dernier roman, Edmonde

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Rencontres: Alexandra Lapierre

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Depuis toujours, j’aime les biographies.

Si un personnage mérite une biographie, c’est que sa vie a suffisamment de matière romanesque pour être racontée. Mais si le personnage a suffisamment d’étoffe, encore faut-il que le biographe, lui, ai suffisamment de matériel pour en parler, en plus des outils de son imagination qui l’aideront à combler les trous et remplir les pointillés.

En amont du travail de l’écrivain, il y a toujours un important travail de recherche. Des milliers de pages de documents, de livres à éplucher, d’interviews à mener. Et parfois, à la manière d’un journaliste d’investigation, le biographe travaille sur le terrain – c’est de cette manière qu’Alexandra Lapierre entre en contact avec l’histoire de ses personnages.

Si elle a d’abord étudié la littérature, Alexandra Lapierre est partie à Los Angeles pendant cinq ans pour étudier le cinéma et l’écriture de scénario. Depuis toujours passionnée de littérature et de cinéma, elle a appris à Los Angeles à convertir les mots en image. De retour en France, l’industrie cinématographique n’offrant pas de perspectives professionnelles intéressantes, Alexandra Lapierre reprend sa thèse consacrée à la femme fatale dans la première partie du dix-neuvième siècle.

Au cours de ses recherches, une femme capte son attention, courtisane et muse de Théophile Gautier, devenue comtesse prussienne. Elle bifurque alors de sa thèse pour se consacrer à son histoire et signera avec son premier roman: La lionne du boulevard.

Alexandra Lapierre est faite de cette étoffe qui habille les personnages auxquels elle consacre sa vie. Pas sa vie d’écrivain uniquement non, sa vie complète. Elle consacre à chacun plusieurs années de sa vie, en immersion totale, voyageant pour suivre leurs traces, apprenant une langue pour avoir accès aux archives (l’espagnol, par exemple, pour écrire Je te vois reine des quatre parties du monde, l’histoire d’Isabel Barreto), et même, aussi en quittant la France pour s’installer plusieurs années ailleurs – à Rome notamment, pour écrire son roman sur Artemisia Gentileschi.

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Les sept mariages d’Edgar et Ludmilla

IMG_9402Certains auteurs écrivent pour écrire.

D’autres écrivent pour être lus. Jean-Christophe Rufin fait partie de ceux-là. 

Et c’est très certainement son secret pour savoir insuffler le romanesque à ses histoires. Ou l’un de ses secrets. Car lui-même, homme aux vies multiples (médecin, diplomate, académicien – et montagnard reconverti) n’a rien à envier aux héros de la littérature qui ont nourri son appétit de lecteur.

Dans Les sept mariages d’Edgar et Ludmilla, son nouveau roman qui se déroule sur un demi-siècle, l’écrivain se sert de la trame historique pour revisiter les souvenirs. 

Le narrateur (est-ce l’auteur lui-même ou un personnage fictif – vous serez probablement tentés de vous pencher sur les sources d’internet pour savoir ce qui est vrai ou ne l’est pas) donc, se penche sur ses souvenirs, attachés à un homme et à une femme qu’il a connus, Edgar et Ludmilla. 

Deux êtres exceptionnels dans la grande aventure de la vie et de l’amour.

Edgar, parti de rien, débrouillard, intelligent, autodidacte qui va créer un empire financier – et Ludmilla, jeune fille sauvage et déterminée, qu’Edgar va revenir chercher après en être tombé éperdument amoureux lors d’un voyage rocambolesque en Russie à la fin des années 50 et qui deviendra une immense cantatrice.

Le retour d’Edgar et Ludmilla en France marque le début d’une nouvelle vie pour les deux jeunes gens qui ne se connaissent pas mais doivent apprendre à s’aimer malgré les obstacles: la langue (Ludmilla ne parlant pas français), l’argent qui manque et l’extrême pauvreté qui en découle. Ainsi commence le premier mariage, et bientôt le premier divorce des deux personnages – qui ne sauront jamais vraiment fonctionner selon les schémas maritaux classiques.

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La citadelle

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Je le savais bien qu’un sombre romantique sommeillait en lui.

Déjà, dans les Orphée, son anti-héros désabusé cherchait son Eurydice, idéal féminin absolu.

Avec La Citadelle, Emile, son personnage, est un sombre et orgueilleux héros stendhalien qui refuse l’amour parce qu’il est terrorisé par la perspective de l’échec.

Après de nombreuses années, Emile revient à Calvi.

Il était encore étudiant lorsqu’il a découvert la Corse quelques années plus tôt, à l’occasion d’un festival de musique avec ses amis. 

Une semaine d’été folle, rythmée par l’alcool, la danse, les nuits blanches et la rencontre avec Andrea, jeune liane corse belle et fière. 

Parce qu’il a peur d’échouer, hanté par ses peurs et ses complexes, Emile refuse de tomber amoureux de la jeune femme, alternant moments de profonde gentillesse et de haine à son égard dans un jeu de cache-cache sentimental.

Emile travaille à sa thèse sur « L’amour comme objet de gloire du héros stendhalien Julien Sorel », qui devient le double gémellaire d’Emile et lui fait entrevoir par le prisme de la littérature les affres de ses aspirations amoureuses. Comme Julien Sorel, Emile se laisse aveugler par sa fierté

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Elsa mon amour

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Le monde se divise en deux: ceux qui idolâtrent Elsa Morante, et ceux qui ne la connaissent pas

Je fais partie des seconds – en dehors de son roman La Storia, connu pour la série télévisée éponyme, Elsa Morante restait pour moi un nom dans le paysage littéraire italien, une femme écrivain à découvrir. Ecrivain, car j’ai appris dans ce brillant roman de Simonetta Greggio qu’elle n’aurait pas encouragé les velléités de féminisation du langage: elle ne voulait pas être une écrivaine, mais un écrivain.

Ce que l’on appelle la nature féminine est assez suspect. C’est la raison pour laquelle je me revendique écrivain, et non écrivaine. Je ne joue pas dans les listes roses.

Dans Elsa mon amour, Simonetta Greggio donne voix donc à une Elsa Morante, au soir d’une vie qu’elle raconte par tranches, entourée de ses fantômes. 

Dans la solitude de sa maison, la pluie tombe inlassablement – son chien Neve s’en moque, et les chats passent leur temps à dormir. 

Elle, elle se souvient. 

Elle égrène les noms, Moravia, Visconti, Pasolini, Saba, Penna, Bill, Fellini. Malaparte. Magnani. Et les autres. 

Elle morcelle les souvenirs, de prime abord de façon déconcertante, un peu décousue pour le lecteur profane. Il manque les indices pour comprendre ce que nous raconte cette Elsa, beauté féline, libre et sensuelle, aux yeux émeraude et violets. Petit à petit heureusement, le jour se fait sur l’enfance et le secret des origines, le corps qui se transforme pour la sensualité, le mauvais caractère, l’amour avec Moravia, Rome la ville d’une vie, les rencontres, les autres hommes.

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Le voyage de Ludwig

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Voici une façon bien singulière de raconter la seconde guerre mondiale, sujet sur lequel vous êtes nombreux je sais à apprécier les romans.

Julien Jouanneau a choisi de nous surprendre en faisant de Ludwig, un chien, le narrateur de cette histoire dans la grande histoire de la guerre.

Hannah, sa jeune maîtresse, l’a baptisé du prénom de celui dont elle aime tant la musique, qui apaise le vacarme de la guerre mais n’aura pas raison des Crieurs le jour où ils débarquent pour l’arrêter.

Ludwig, c’est l’idée qu’il faut toujours garder l’espoir, s’accrocher avec ténacité.

Lorsqu’il voit Hannah monter dans un des wagons du serpent de fer et de bois, à son image de chien fidèle il ne se résigne pas à l’abandonner – courant entre les rails, toujours tout droit, il entreprend une de ces odyssées que seuls les espoirs démesurés motivent. Ne pas abandonner Hannah.

Si le monde de Ludwig tourne autour de sa maîtresse, qui a toujours oeuvré à développer l’intelligence de son chien, il s’est fait de tout ce qui l’entoure une idée précise. 

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