Remington

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J’aurais pu commencer ce billet sur un mauvais jeu de mots. 

Vous dire que Remington est une fille à vif, prête à dégainer son arme. Ce qui ne serait pas tout à fait faux. Parce qu’elle se promène sur les routes, un revolver caché au fond de son sac, avec trois balles.

Je préfère raconter que Remington, c’est un appel au secours. Une fille dégingandée qui fuit de village en village, la faim au ventre et le brouillard dans la tête, plus un sou en poche, emmitouflée dans son bomber et son écharpe à paillettes. Un double appel au secours. Parce qu’il y a Fédor, vieillard barbu dont elle croise le chemin, et qui l’invite pour quelques gâteaux et un coin chaud à l’hôtel Terminus à réveiller sa virilité.

De la rencontre de ces deux solitudes égarées va naître un road trip vers le sud, vers l’Italie à l’abri derrière la frontière. Que fuient-ils à deux, un passé encombrant dans leurs bagages, Fédor qui traîne la jambe – faire la route à pied, il faut être fou, à son âge, et Remington qui veut tout gommer, son corps, sa féminité, tout raser, jusqu’à sa tête – sans rien dire l’un et l’autre, ou si peu, de ce qui les fait avancer chaque jour davantage? Fuir la mort? Aller à sa rencontre?

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L’autre chambre

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Il y a l’objet, d’abord.

La couverture délicatement nervurée sous les doigts, la finition du blanc nacré qui scintille de façon subtile à la lumière, et le graphisme qui serpente sur toute la surface, des entrelacs noirs comme une carte de niveau dont la mise en couleur, ça et là, révèle la géographie sensuelle d’un corps de femme, le galbe des seins troublé d’une pointe de rose, la ligne du cou qui remonte vers la mâchoire saillante et la bouche aux lèvres ourlées, offertes – ou figées dans l’éternité des eaux, comme une Ophélie, flottante, dans un linceul de fleurs accrochées autour d’elle.

Il y a la forme, ensuite.

Cette mise en page qui alterne un sommaire comme un menu littéraire et trois courtes parties, circonscrites par l’alternance du graphisme, à nouveau, et des pages noires où seuls émergent des prénoms. Marine. Ondine. Marine Ondine.

Il y a, enfin, le texte.

Poème en prose.

Des lignes courtes. Qui claquent. Qui sonnent. Qui frottent.

Un minimalisme qui dit tout du désoeuvrement, de l’amertume, de la violence.

Un texte désinhibé pour deux histoires qui se rejoignent comme les entrelacs noirs de la couverture.

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De si bons amis

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S’il est une auteure américaine contemporaine que j’affectionne particulièrement, c’est bien Joyce Maynard.

J’aime son talent à raconter des histoires simples et pourtant qui vous tiennent en haleine, j’aime sa plume et les personnages, toujours très incarnés, qu’elle réussit à sortir de son imagination d’une grande fertilité. Grande optimiste, sportive, énergique, passionnée, Joyce Maynard avait pourtant aussi montré dans son dernier récit très personne, Un jour tu raconteras cette histoire, ses propres failles – et l’on ne pouvait que mieux en comprendre la sensibilité si particulière de ses personnages.

De si bons amis n’échappe pas à cet art du récit que Joyce Maynard a su déployer, roman après roman et qui en fait une auteure dont on attend toujours un roman avec impatience.

Helen est une de ces héroïnes fragiles, en équilibre sur un fil – quarante ans, divorcée, elle a perdu la garde de son fils Ollie pour conduite en état d’ivresse. 

Ses droits de visite, les petits boulots qu’elle enchaîne et ses réunions aux Alcooliques Anonymes sont les seuls moteurs de sa vie. 

Sa vie qui prend pourtant un tournant inattendu le jour où, serveuse dans une soirée, elle rencontre les Havilland, couple charismatique de bienfaiteurs. 

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Sous le soleil de mes cheveux blonds

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Qui a cru que les chagrins d’amour étaient les plus violents?

Les chagrins d’amitié, eux aussi, peuvent être d’une profondeur abyssale, nous faire pleurer, chuter, douter, et un jour, comme beaucoup d’autres chagrins, finalement s’endormir. Pour se réveiller un jour, à la faveur d’un soubresaut, d’un rêve impromptu, d’une de ces connexions extrasensorielles qu’offrent la grossesse.

La rencontre entre Brigitte, blonde sensuelle surnommée ainsi pour son allure à la BB, et Brune, pétillante et brillante lycéenne, se fait sous les auspices de toutes les plus complices promesses qu’offre la folie aux filles qui ont la foi insolente de leur jeunesse et de leur beauté.

Elles se promettent de tout vivre dans l’ivresse de ces années de toute puissance de la jeunesse indomptable, avec l’énergie, les bulles du champagne, la danse des folles soirées et l’amour pour carburant. Brune tombe amoureuse de Valéry, tandis que Brigitte elle, s’endort sur des amours impossibles – les lycéennes  s’éveillent à la féminité, la sensualité, tandis qu’elles abordent la fac de médecine, à corps perdu. 

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Les amants parallèles

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Une amitié, des lettres d’amour à profusion, une histoire charnelle et passionnée.

Margot est encore une jeune étudiante en art lorsqu’elle rencontre sa voisine Mathilde, une photographe élégante et féline. Malgré les dizaines d’années qui les séparent, une réelle amitié lie les deux femmes. 

Dans les cartons de photos que Mathilde a archivées tout au long de sa carrière, Margot cherche l’inspiration pour donner sens et matière à sa fibre artistique, étouffée dans le quotidien de son travail de coloriste.

Mais un jour, Margot découvre un carton empli de centaines de lettres d’amour numérotées.

Au soir de sa vie, Mathilde confie à son amie le carton, témoignage de son intense et fusionnelle relation avec Paul.

Dans un récit qui se découpe entre le présent, la correspondance amoureuse, et l’histoire de Mathilde, c’est une sorte de jeu de piste qui commence, semant ça et là les graines d’une histoire incommensurable, extraordinaire tout autant que les mauvaises herbes, invisibles pourtant à l’oeil nu.

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L’Etincelle

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Il y a des étés qui changent tout, qui balayent d’un coup tout ce que vous avez pu être, font disparaître les vestiges de l’enfance et augurent de l’adulte en devenir.

Coralie a 18 ans, et l’été 1993 a fait basculer sa vie.

Ving-cinq ans plus tard, à la faveur d’un faire-part de mariage inattendu, tandis qu’elle s’interroge face au trouble qu’éveille en elle l’invitation – ira-t-elle, n’ira-t-elle pas? – elle replonge dans les souvenirs de cet été initiatique.

1993, flashback – Coralie s’ennuie dans le modeste pavillon de banlieue que son père a déserté, la laissant avec sa mère aigrie par son amertume et son petit frère. L’invitation de Soline, son amie de fac, à la rejoindre dans la maison familiale en Dordogne est une échappatoire inespérée.

Dans un écrin de campagne, avec une rivière en contrebas, s’étend le magnifique domaine des Weyers. Une maison familiale, sorte de vieux castelet aux pierres blondes, débordante de convives.

Impressionnée par ces invités issus d’un milieu social, culturel et intellectuel qui n’est pas le sien, Coralie va louvoyer et trouver sa place comme chacun, adultes et enfants, vaquant en journée à ses occupations ou languissant, pour mieux se retrouver le soir à l’heure du rosé, dès 19 heures tapantes.

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Une famille comme il faut

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Nostalgiques de L’amie prodigieuse et du sud italien d’Elena Ferrante, j’ai une excellente nouvelle pour vous: la saga familiale de Rosa Ventrella, parue aux éditions Les Escales début janvier!

C’est à Bari, dans les Pouilles, que l’éditrice et journaliste pose le décor de son roman.

Les Pouilles, l’authenticité suprême de l’Italie (ceux qui me connaissent savent que je suis amoureuse de cette région), parent pauvre longtemps délaissé et ignoré, loin des élites culturelles italiennes, mais riche de son identité sauvage et rebelle.

Maria grandit dans une famille pauvre du vieux quartier populaire de Bari, derrière la muraille qui fait face à la mer.

La famille n’a plus de rêves, si ce n’est celui, chaque mois, de joindre les deux bouts avec la pêche que le père ramène des filets de son petit bateau. 

La vie l’a rendu âpre, souvent violent avec sa femme et ses trois enfants. 

Du haut de ses neuf ans, Maria la cadette admire ce père autant qu’elle craint son imprévisibilité. Chétive, dégingandée, sauvageonne et déterminée, sa grand-mère l’a surnommée la « Malacarne » – la mauvaise chair.

Ici, les surnoms remplacent souvent les noms, et se transmettent de génération en génération. Et si par malheur celui que l’on porte est connoté de malheur ou d’une histoire sordide, il marquera ses descendants au fer rouge. Les traditions ont la vie dure ici, et Michele, le meilleur ami de Maria subit cela depuis toujours.

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La vraie vie

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Envie de rugir.

Rugir du plaisir donné par cette lecture, mais aussi rugir sans rougir de ma honte d’avoir banni ce livre de mes envies de lectures parce qu’à trop le voir apparaître sur les réseaux, j’avais senti un piège.

Mais il n’y a pas de piège pour le lecteur, si ce n’est celui d’être incapable de lâcher ce livre une fois commencé. 

S’il y a un piège, en réalité, il est dans l’histoire.

Dans ce lotissement pavillonnaire qui ressemble à un décor en carton pâte du film The Truman Show, où la vie s’étire étrangement. 

Ils ont le plus beau pavillon du « Démo », le plus grand, avec quatre chambre. Celle des parents, celle de la jeune narratrice, celle du petit frère – et « celle des cadavres », emplie des trophées empaillés abattus par le père. Le prédateur, toujours à l’affût.

Les proies ne sont pas tant celles mortes sous les balles de son fusil que celles qui habitent sous son toit: une épouse et mère insignifiante qui ressemble à un amibe et deux enfants, complices dans le silence qui doit être le leur. 

Quatre ans séparent la grande soeur du petit Gilles, mais ils partagent les mêmes jeux et les mêmes rires. 

Jusqu’au jour terrible où survient l’accident qui va faire perdre à Gilles son sourire et sa joyeuse innocence – peut-être qu’en remontant le temps, sa grande soeur pourrait effacer ce qui s’est passé et retrouver son petit frère d’avant?

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Salina, les trois exils

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Assis dans une barque, au large d’une baie qui mène à l’île cimetière, un fils raconte la vie de sa mère:  c’est là l’unique moyen de lui offrir le repos éternel. 

Le cimetière, entouré d’une muraille, est sacré. Au terme du récit qui sera fait pendant la traversée vers l’île, c’est le cimetière qui décidera s’il ouvrira ses portes pour accueillir la défunte…

Ainsi Malaka commence-t-il le récit de sa mère Salina, qu’il a accompagnée vers la mort une fois qu’elle l’a su assez endurci pour l’emmener vers ce dernier exil.

Et il essaie de se souvenir de sa voix à elle, Salina, sa voix cassée, qui lui a si souvent raconté les histoires de l’origine, qui a si souvent charrié dans ses récits les combats, les guerres, sa voix qui l’enveloppait dans les nuits d’étoiles, lorsqu’ils n’étaient que deux, sa voix qui s’est maintenant retirée du monde, comme une mer lassée du sable

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Le berceau

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Connaissez-vous le Nord du Cotentin, cette langue de terre qui plonge dans la mer et qui ressemble à l’Irlande? C’est là, sur cette terre sauvage, que Joseph vit seul dans sa ferme, depuis que la maladie a vaincu son épouse. 

Mais Joseph, en ce jour, se réjouit des nouvelles promesses de la vie: il peaufine avec fierté le berceau de bois qu’il a fabriqué pour sa petite fille à naître. Jusqu’au moment où le téléphone sonne pour lui annoncer une terrible nouvelle: l’avion dans lequel se trouvaient son fils, le futur papa, avec son compagnon, s’est crashé en mer. Emmanuel et Béranger avaient dans l’élan de cette nouvelle vie tout prévu, tout contractualisé : la mère porteuse soigneusement choisie au Canada alors qu’ils résidaient aux Etats-Unis, la location de l’appartement en attendant l’adoption du bébé, les séances d’haptonomie,… Tout, sauf leur disparition soudaine et tragique.

Joseph ne réfléchit pas: s’il ne peut pas faire le deuil de son fils faute de dépouille, Emmanuel continue à vivre à travers cette petite fille qui bientôt viendra au monde. Alors, muni de ses petites économies, de ses quelques mots d’anglais et de sa débrouillardise, Joseph s’envole pour le Canada pour retrouver coûte que coûte la mère porteuse avec une seule idée en tête: ramener la petite avec lui, faisant fi de toute contrainte. 

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