Orange amère

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Rarement une couverture de livre incarne avec autant d’exactitude et de classe l’esprit d’un roman, la grâce et la fatalité. 

Le jour du baptême de sa fille Franny, Beverly Keating tombe éperdument amoureuse d’Albert Cousins.

Ils n’y peuvent rien, ça leur tombe dessus comme ça, comme la chaleur qui assoiffe ce jour de 1964 les nombreux invités et pour lesquels ils improvisent un cocktail en pressant des dizaines d’oranges de l’arbre du jardin.

Rien de tout cela n’aurait dû arriver, Albert Cousin n’était pas invité,  ils ne s’étaient jamais rencontrés, mais il a débarqué sans prévenir, avec sa bouteille de gin. 

Et lorsque Cousins aperçoit la divine Beverly, il comprend que sa vie vient seulement de commencer – en faisant totalement abstraction de son mariage, de ses trois enfants et du quatrième qui est en route. Beverly, elle, quitte son mari Fix, et part de Los Angeles avec ses deux filles pour suivre Albert en Virginie.

Ann Patchett ne choisit pas la simplicité de la linéarité romanesque. La suite du roman, après cette ouverture, ne sera pas l’histoire de Beverly et Albert, qu’elle nous laissera le soin d’imaginer si on le souhaite. Car le propos n’est déjà plus là. Ann Platchett, divine narratrice, va préférer s’attacher à raconter les dommages collatéraux de l’histoire.

Celle d’une tribu de six enfants qui se retrouvent malgré eux tous les étés en Virginie, une sorte de club des cinq, sauf qu’ils sont six, et qu’ils font contre mauvaise fortune bon coeur jusqu’au drame qui va marquer leurs vies et dont les répercussions, comme le tonnerre qui gronde bien après l’éclair, les rattraperont de longues années plus tard.

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Les héros de la frontière

 

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On peut penser qu’il y a des dingues.

On peut envier leur liberté aussi, cette liberté de ne pas se poser de questions, mais d’agir en fonçant tête baissée. 

Comme Josie, qui décide de larguer les amarres de sa petite vie dans l’Ohio, qui lui pesait trop – en vrac, un mari aussi inconsistant que superficiel dont elle a pris le soin de se séparer, un cabinet dentaire perdu au profit d’une patiente lors d’un procès, le sentiment de culpabilité dans la disparition d’un être cher, et le regard d’une communauté qui la juge trop différente. 

Avec ses quelques milliers d’économie, elle embarque ses deux jeunes enfants dans une fuite à peine réfléchie à l’autre bout du continent, aussi loin qu’elle le peut, au fin fond de l’Alaska. Et c’est ainsi qu’à bord du Château, un vieux camping car dont la sécurité laisse à désirer, va débuter une errance en terre inhospitalière, ravagée par les incendies de fin d’été. 

Le voyage devient un enchaînement de mésaventures tandis que disparaît jour après jour, de parking en parking, la possibilité de réaliser le fantasme de « renaître dans une terre de montagnes et de lumière »

Nous sommes attirés par le confort, pensa Josie, mais celui-ci doit être rationné. Donnez-nous un tiers de confort et deux tiers de chaos – c’est cela l’équilibre

Et du chaos, Josie va en trouver! C’est avec ce chaos qu’elle va apprendre à jongler et tenter de sécuriser ses enfants en leur offrant le cadeau inestimable d’une confiance en soi que seuls ceux qui sont allés aussi loin dans le retour à l’essentiel peuvent probablement ressentir.

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Mauvais joueurs

IMG_6763Voici un roman qui m’a beaucoup fait réfléchir: quel regard porter sur le « modernisme » d’un roman écrit il y a presque cinquante ans?

Si les américains vouent un culte à Joan Didion, la journaliste / écrivaine / essayiste est moins connue en France. L’année de la pensée magique a été pour moi ni plus ni moins qu’une révélation. J’ai aimé poursuivre cette rencontre avec son recueil de chroniques l’Amérique et ce style qui a fait sa réputation, sec, vif, et représentatif de ce New Journalism auquel elle a largement contribué.

Dans Mauvais Joueurs, écrit en 1970, Joan Didion met en scène une jeune femme à la dérive, Maria Wyeth – née à Reno, elle a grandi à Silver Wells, Nevada au gré des gains et pertes de jeu de son père, avant de fuir la vacuité de cette bourgade de vingt-huit habitants pour s’installer à New York. D’abord mannequin, Maria est devenue l’égérie de Carter Lang qui l’a faite tourner dans deux films d’avant-garde. Mais voilà, à 36 ans, pleine de la douleur de ne pas pouvoir élever normalement une petite fille au lourd handicap mental, après un avortement forcé par son mari et un divorce qui se profile, lassée de la décadence du milieu du cinéma, Maria ne connaît plus que le vide, le rien. Rien ne l’accroche plus à l’existence à l’exception des longues heures passées à conduire sur l’autoroute de Los Angeles, sans but et la tête délestée de toute pensée, avant de se coucher le soir en avalant des barbituriques.

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Dark Tiger

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Clap de fin – Adieu Calhoun…

Calhoun, je te gardais bien au chaud, calé sur une étagère prête à s’écrouler.

On avait fait connaissance à Casco Bay, je t’avais connu davantage lors d’une Dérive sanglante.

J’avais un petit passage à vide, de ceux où tu regardes tous les livres autour de toi sans avoir envie d’en ouvrir un seul. C’est pour un de ces moments-là que je te gardais. Alors je t’ai délogé de l’étagère…

Calhoun, ta cabane dans les bois m’avait bien manqué. Ecouter la rivière chuchoter, assis sur la terrasse à déguster une tasse de café ou un coca. L’alcool, tu as arrêté il y a 7 ans, après avoir été foudroyé par cet éclair qui t’a rendu à moitié sourd et t’a fait perdre la mémoire. J’accepte – après tout, une petite cure de désintoxication (surtout pour moi qui suis accro, au choix, au champagne, au bourgogne, voire au Spritz) ça n’a jamais fait de mal à personne.

On est bien chez toi, dans le Maine. Le retour à la nature et aux grands espaces. 

Ces moments de grâce où tu pêches, je suis sur le bateau aussi, Ralph ton épagneul à mes pieds – je te regarde lancer la ligne, la mouche (une dark tiger parfaite pour la truite) touche l’eau et à peine avons-nous attendu que déjà des oscillations font frémir l’eau. Le poisson est là, reste plus qu’à lever la canne et ferrer. Une superbe truite du Maine, quatre livres au moins – tu la délivres et la relâche. Tu es comme ça, les poissons tu les préfères dans l’eau. 

La vie, tu la veux tranquille, avec à tes côtés Kate, ton associée et amoureuse – si possible. Elle est toujours un peu compliquée, Kate, mais c’est une chouette fille. 

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La Cloche de détresse

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Quelques vers échappés d’un livre d’anglais de classe de cinquième, dont les mots disparus depuis longtemps ont pourtant laissé une trace sibylline dans mon esprit.

Des vers, nous avait-on expliqué, d’une poétesse qui avait choisi la mort, très jeune. Je me souviens que les vers étaient limpides, simples, et que je m’étonnais que cela puisse être de la poésie.

J’ai toujours gardé Sylvia Plath dans un coin de ma tête. A la librairie Lello à Porto, tombant sur un livre de correspondance de Sylvia Plath (The Letters of Sylvia Plath Volume 1: 1940-1950) j’ai été subjuguée par la photo de couverture, qui tient plus de la pin up des fifties que de la poétesse torturée. Je voulais ce livre, comme l’aboutissement d’une quête que je ne savais décrypter. Je l’ai finalement reposé.

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Lorsque je suis tombée sur La Cloche de détresse, la semaine dernière au Festival America, j’ai su que c’est par là que je devais commencer. Paru peu de temps avant sa mort, La Cloche de détresse est son unique roman, publié sous pseudonyme, et il est très largement inspiré de la vie de son auteure.

A travers l’histoire d’Esther Greenwood, c’est l’histoire de ses propres conflits intérieurs que Sylvia Plath raconte.

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Balles perdues

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Réveil en ce matin du lundi 27 Août 2018, branchée sur France Inter : 7H30, le journaliste annonce une nouvelle fusillade aux Etats-Unis. Jacksonville, Floride. Deux morts, onze blessés. Le tueur avait 24 ans. Il s’est suicidé, il sera le troisième mort.

Ce nouveau fait divers sordide, une fusillade parmi tant d’autres aux Etats-Unis, fait tristement écho à la lecture que je viens d’achever, Balles Perdues.

C’est aussi là-bas, en Floride, que se situe le nouveau roman de Jennifer Clement.

Dans le camp de caravanes d’Indian Waters, sur le parking des visiteurs, Margot France a arrêté sa vieille Mercury quinze ans plus tôt.

Elle n’en est plus jamais repartie, garée là, au milieu de nulle part, avec son bébé. La Mercury est devenue leur foyer, l’herbe a poussé autour des roues dont les pneus sont à plat – Pearl a grandi, mais comme sa mère, elle est si petite, comme si leur corps étaient formatés à l’exiguïté de cet espace.

Pearl a la peau très pâle, si pâle, les yeux pastel et les cheveux tellement blancs qu’ils ressemblent à la nacre dont elle porte le nom.

Pearl a bientôt quinze ans, elle en fait à peine six, et elle n’a connu jusqu’ici de la vie que ce camp de caravanes, la Mercury et l’école. Pearl, de sa mère, a appris la délicatesse, les gants blancs qu’on se doit de porter pour aller à l’église, la porcelaine de France et les couverts en argent. Elle a aussi hérité de son incroyable empathie pour les êtres et pour les objets. Et elle vole des cigarettes.

Telles de petites elfes, mère et fille survivent dans la puanteur de la décharge derrière le camp, et dans la peur d’être dévorées par les alligators qui grouillent dans la rivière. Autour d’elles, dans des caravanes éparpillées comme dans une cour des miracles, vivent les personnages les plus improbables qui soient:  Avril May, la seule copine de Pearl, avec laquelle elle se lance les défis les plus improbables, fille du sergent vétéran Bob et de Rose l’infirmière. Le pasteur Rex, secrètement amoureux de Margot. Roberta Young, ses deux chihuahuas, son perroquet, Noelle sa fille de trente ans passionnée de circuits électriques et de sa collection de Barbie. Ray et Corazon, un couple de mexicains qui ont parsemé le devant de leur caravane de flamants roses en plastique.

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La neuvième heure

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Alice Mc Dermott a fait de Brooklyn son territoire littéraire, qu’elle explore inlassablement. Son dernier roman, La Neuvième Heure, ne fait pas exception.

On y retrouve donc les ingrédients familiers de son oeuvre: les années 30, les liens familiaux, les origines irlandaises, et bien sûr, l’église.

C’est d’ailleurs elle qui est le personnage principal de La neuvième heure, ou plus exactement ses silencieuses et besogneuses représentantes, les Petites Soeurs soignantes des Pauvres Malades de la Congrégation de Marie devant la Croix, qui telles des chefs scout organisent la vie de ce quartier de Brooklyn.

Le jour où Annie, une jeune immigrée irlandaise, se retrouve veuve, de surcroît enceinte, soeur Saint-Sauveur débarque dans l’appartement sinistré par le suicide du mari comme elle débarque dans la vie d’Annie: directe, efficace, charitable.

Annie se retrouve avec un emploi de blanchisseuse au couvent, et avec une armada de baby sitters attentives à la petite Sally qui va grandir entourée de nonnes, chacune pourvue de son caractère: Soeur Lucy, au premier abord mal embouchée mais qui veillera avec bienveillance sur Annie, la novice Soeur Jeanne, espiègle et complètement dévouée aux enfants et surtout à Sally, et Soeur Illuminata, qui initiera Annie aux secrets du métier de blanchisseuse.

Dans le confinement du couvent, une belle demeure au parfum d’encaustique offerte à la congrégation, Alice Mc Dermott observe le ballet des nonnes à travers leur multiples tâches quotidiennes ponctuées par les prières dévouées à leur Dieu tout puissant.

Mais elle nous narre aussi l’histoire d’Annie et de Sally.

Annie, veuve, mère célibataire et pas moins femme qui portera le poids double du péché, celui de son mari suicidé et celui de la relation secrète qu’elle entretient avec M. Costello, le laitier tristement marié.

Sally, petite fille heureuse, choyée par sa mère et par les soeurs, qui se promènera sur le chemin de la vocation religieuse en cherchant sa voie.

Alice Mc Dermott a un don particulier pour explorer et décortiquer les petits riens de la vie quotidienne, et ce talent est encore plus louable lorsqu’il s’attache à rendre captivante la vie de quatre nonnes… Car franchement, le sujet est loin d’être glamour!

Captivantes, touchantes, énervantes parfois, elles sont aussi lumineuses, dans leurs habits amidonnés, ces petites fourmis indispensables à la vie du quartier, entre les soins qu’elles prodiguent aux malades et aux nécessiteux et l’aumône à laquelle elles consacrent leur fin de vie.

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Dans les angles morts

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Ne cherchez plus, si vous vouliez trouver le roman idéal pour partir en vacances cet été, le voici! Puissant, brillant, haletant, vertigineux.

Nous sommes à la fin des années 70, dans une petite ville de l’état de New York. Sur une route de campagne isolée, dans une vieille ferme bradée quelques mois plus tôt aux enchères, vivent les Clare avec leur petite fille Franny. Professeur d’histoire de l’art à l’université locale, George Clare rentre chez lui un soir de février et découvre sa femme Catherine assassinée, tandis que sa petite fille est restée seule dans sa chambre toute la journée. Que s’est-il passé dans cette maison qui porte déjà dans ses entrailles un autre drame, celui de la mort des Hale, ses anciens propriétaires? Travis Lawton, le shérif, en vient très vite à soupçonner le mari, parti se réfugier chez ses parents dans le Connecticut.

L’histoire reprend un an plus tôt, en 1978 alors que les Hale habitent encore la maison. La famille Hale a tout perdu, l’activité laitière de la ferme n’est plus rentable. Bientôt, leur maison leur sera prise. Dans un acte de désespoir, ou d’égoïsme profond, Cal Hale, homme taciturne, violent, décide de mettre fin à ses jours et à ceux de sa femme Ella. Ils laissent orphelins leurs trois garçons, Eddy, Wade et Cole, incapables de comprendre le geste de leurs parents et profondément meurtris d’avoir été abandonnés par leur mère si aimante – et également si malheureuse. La maison saisie, ils quittent leur foyer – mais à travers les murs de la vieille bâtisse, une douleur continue de vibrer. Une errance, un souffle, un esprit, que Catherine Clare, mal à l’aise dans sa nouvelle maison, a très vite senti, sans pour autant connaître le drame qui s’y est déroulé quelques temps plus tôt. Isolée avec sa fille, délaissée par un mari accaparé par son travail et son caractère volage, la tristesse de Catherine fait écho à celle d’Ella qui hante son ancien foyer.

La maison avait quelque chose d’étrange. Une sensation de froid se dégageait de certaines pièces et une odeur montait de la cave, celle de carcasses pourrissantes de souris prises au piège. Même dans la douceur de l’été, quand le monde extérieur chantait son éclatante chanson, il régnait une obscurité oppressante; on aurait dit que la maison entière, telle une cage à oiseaux, avait été recouverte d’un tissu de velours.

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Idaho

 

 

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Ces derniers mois, pour diverses raisons, j’ai beaucoup négligé la littérature américaine.

J’avais une sorte de manque.

Alors j’ai laissé tombé les promesses de la rentrée littéraire, et j’ai soigneusement sélectionné les ingrédients pour ce petit retour en littérature américaine: 1/ une écrivaine 2/ du nature writing 3/ de la sauce Gallmeister. Et j’ai attaqué, en salivant.

Surprise, je me suis retrouvée dès la première page en 2004 – j’ai vérifié la quatrième de couverture, je pensais commencer l’histoire en 1995, là où elle était sensée démarrer, par une chaude journée estivale et bucolique qui se termine en cauchemar. Une histoire dramatique qui porte le récit et tisse la toile du roman, une toile sur laquelle il rebondit, toujours, tout au long des 358 pages.

En cette journée aoutienne, donc, dans une contrée sauvage de l’Idaho, une famille ordinaire – le père, la mère et ses deux petites filles, s’embarque à bord de son pick up pour aller chercher du bois dans une clairière.

Comment ce moment, doux et joyeux, peut-il soudainement tourner au drame?

Comment la machette que Jenny, apparemment épouse et mère sans histoire, peut-elle s’abattre sur May, la plus jeune de ses filles et la tuer?

Qu’est devenue June, l’aînée des fillettes, qui s’est enfuie face au drame, et qu’on n’a plus jamais revue?

C’est ce qu’Ann, la nouvelle épouse de Wade, le père, cherche inlassablement à comprendre, tandis qu’en cette année 2004, neuf ans après le drame, la mémoire de Wade fiche le camp, comme elle a lâché son père et son grand-père avant lui.

Pendant ce temps, Jenny purge humblement sa peine, condamnée à perpétuité, silencieuse.

Le récit entame alors des allers retours, 2008, 1995, 2006, 1999, 1973, 1995, 2009 – je continue? Je vous propose d’aller jusqu’en 2025.

Il m’en faut peu pour être étourdie, autant vous dire que je me suis sentie ballottée comme une toupie. Mais j’ai tenu bon, cherchant toujours à garder l’équilibre, car des questions, j’en avais plein.

Enfin, j’en avais au moins deux. Je suis plutôt cartésienne (même si je l’avoue j’ai une grande tendance à la rêverie – mais c’est compatible, non?), alors j’ai besoin, souvent, de clarté, de faits, de précision. Et de réponses à mes questions.

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Les jours de Vita Gallitelli

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Connaissez-vous l’Italie du Sud?

Oubliez Naples, quittez la Campanie et roulez. Laissez la Calabre, abandonnez les Pouilles aux touristes, et arrêtez-vous un peu en Basilicate. Avec ses montagnes, ses plaines arides et calcaires, son climat chaud et sec, la Basilicate avait toute les prédispositions à la pauvreté qui la caractérise, tout comme ses voisines apulienne et calabraise.

Pas étonnant que neuf millions d’habitants de ce sud italien aient fui leur pays de 1871 et 1951.

Parmi eux, il y avait Vita Gallitelli.

Et c’est son histoire que raconte Helene Stapinski, son arrière-arrière-petite-fille.

S’il est totalement concevable que chaque américain s’interroge sur l’histoire qui a amené un jour sa famille en Amérique, certainement peu d’entre eux mènent une enquête aussi fiévreuse que celle d’Helene. Helene avait une raison bien précise de vouloir découvrir l’histoire de Vita: conjurer le sort qui pèse sur la légende familiale, avant qu’il n’atteigne ses deux enfants…

Journaliste, Helene Stapinski a grandi avec l’histoire racontée maintes fois par sa mère, l’histoire folle de son aïeule Vita arrivée en Amérique en 1892  avec ses deux fils – Vita aurait fui son sud italien natal après avoir tué un homme lors d’une partie de carte…

L’histoire aurait pu en rester là, comme une légende qu’on raconte aux enfants pour leur faire peur, sauf que les descendants de Vita, de petits larcins en crime, semblent avoir véhiculé la trace manifeste d’un gène du crime transmis par Vita, qui inquiète Helene eu égard à ses enfants. Et si eux aussi étaient porteurs de cette tare, évoquée dans des enquêtes journalistiques dont elle a eu connaissance ?

A 39 ans, à l’âge qu’avait Vita lorsqu’elle est arrivée à Ellis Island, Helene fait le voyage en sens inverse pour rejoindre la Basilicate et enquêter sur la fondatrice de ce mythe familial.

Qui était Vita, quel est ce crime qui l’a obligée à fuir son pays, qui était son mari, pourquoi disait-on d’elle que c’était une puttana, qu’en est-il de ce troisième fils que l’on dit avoir été perdu lors du voyage vers l’Amérique?

Pays du silence, la Basilicate ne livre pas aisément les secrets qu’elle garde bien trop jalousement dans l’omerta des familles taiseuses, à l’abri sur les étagères des casiers obscurs des archives, ou au fond des grottes qui autrefois servaient de culte ou d’abri… Il faudra beaucoup de persévérance, de coups de pouce du destin, de rencontres envoyées par le ciel pour assembler tous les morceaux qui ont construit la légende, rétablir des vérités, et pouvoir ré-écrire cette incroyable histoire familiale.

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