Terrible vertu

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Cette année, j’ai partagé avec vous deux ouvrages éclairants sur la légalisation de la contraception, l’avortement, et de façon plus large, sur les droits des femmes (Tristes Grossesses et Ma vie sur la route Gloria Steinem).

Aujourd’hui, je vous en présente un troisième, qui retrace aussi un parcours de lutte pour les droits de la femme: Terrible vertu.

Terrible Vertu est une biographie romancée de l’américaine Margaret Sanger, grande militante du droit à la contraception et à l’avortement du début du 20ème siècle. 

La connaissiez-vous? Moi pas.

Margaret Sanger

Margaret Sanger, 1915

Quel parcours pour cette femme issue d’une famille pauvre et trop nombreuse, dont la mère s’est usée avec treize grossesses!

Je pensai à mes propres terreurs d’enfance, que personne n’avait remarquées ni consolées. Soudain, j’étais furieuse. Furieuse contre la désinvolture de mon père; contre l’incapacité de ma mère à réagir et, bien qu’elle eût gâché sa santé et usé sa vie pour nous, contre son égoïsme; contre une société qui permettait que des enfants viennent au monde sans être désirés ni aimés.

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Mon année de repos et de détente

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Avouez-le… Vous aussi, vous avez déjà rêvé de vous enfermer chez vous sous votre couette et de vous faire oublier du temps qui passe – pourvu qu’il le fasse sans vous ?

C’est ce que décide de faire la narratrice du roman d’Ottessa Moshfegh. En juin 2000, alors que l’été s’annonce, elle se décide à… hiberner! 

Rester chez elle une année à dormir, oublier le job dans une galerie d’art dont elle s’est faite virer, oublier Trevor le petit ami toxique pas prêt à s’engager avec elle mais toujours partant pour une petite fellation – bref, laisser une année passer, mais sans elle. 

Entendons-nous: je ne me suicidais pas. C’était même tout le contraire d’un suicide. Mon hibernation relevait d’un instinct de conservation. Je pensais qu’elle me sauverait la vie.

Bien sûr, l’entreprise est bien plus simple lorsque vous êtes orpheline et pouvez vous assurer le maintien d’un train de vie grâce aux deniers que vous aurons laissé au préalable vos parents.

Un minimum d’organisation s’impose pour régler les loyers par virement automatique, anticiper les taxes foncières, s’assurer une fois par mois du virement de son chômage sur son compte, et faire confiance à son conseiller financier pour gérer ses intérêts à distance. Pour le reste, la bodega en face de chez elle lui assurera dans ses moments d’éveil de quoi subsister, tandis que la pharmacie Rite Aid à trois rues de chez elle lui fournira les innombrables cachets prescrits par une psy frappa dingue que même Woody Allen renierait.

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La crête des damnés

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J’avais deux bonnes raisons de commencer la lecture de « La crête de damnés ».

La première, retrouver Joe Meno que j’avais eu plaisir à découvrir avec Le blues de La Harpie.

La seconde, lire un roman d’apprentissage dans la grande tradition américaine.

Dès les premières pages, j’ai un peu eu l’impression d’un faux démarrage: je me retrouvais avec un héros de série américaine des années 1990 version lose, et le roman était ponctué de morceaux aux allures des Journal d’un dégonflé que lisaient mes enfants! J’ai décidé de continuer ma lecture.

Pas facile la vie d’ado pour Brian Oswald. Dans son lycée catholique, il fait partie au mieux des invisibles, au pire des types dont on se moque et sur lesquels on jette des oeufs. A 17 ans, il cumule toutes les tares, depuis ses lunettes jusqu’à sa virginité. Sans compter qu’il n’a ni moustache ni voiture.

Aucune consolation à la maison où depuis plusieurs semaines son père fait chambre à part et dort avec lui au sous-sol. Brian traîne avec Gretchen, une punk aux cheveux roses  en espérant pouvoir lui avouer son amour – Gretchen, avec son physique hors norme, cogne sur tous ceux qui lui rappellent qu’elle n’est pas comme eux. Et elle est amoureuse d’un suprémaciste de 26 ans à qui elle voudrait bien offrir sa virginité. Ensemble, tandis que Gretchen est au volant de son Escort pourrie, ils écoutent de la musique punk.

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Un mariage américain

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Ils se sont juré fidélité, secours et assistance.

Mais à peine un an après leur échange de consentement, Roy et Celestial se retrouvent tragiquement séparés: Roy est accusé d’un viol qu’il n’a pas commis, et condamné à une peine de douze ans de prison.

Il est innocent, personne n’en doute et surtout pas sa femme qui était avec lui dans une chambre d’hôtel au moment des faits, mais être Noir suffisait à faire de lui le coupable idéal, dans ce Sud des Etats-Unis où le racisme continue de régner. 

Incarcéré en Louisiane, loin d’Atlanta où ils habitent, Roy voit peu à peu Celestial prendre de la distance, jusqu’à ne plus donner de nouvelles. Douze années de séparation, à l’âge où l’on veut construire une famille, paraissent insurmontables à la jeune femme, qui par ailleurs développe sa carrière artistique.

Elle s’est rapprochée de son ami d’enfance, Andre, épris d’elle depuis toujours – c’est pourtant lui qui avait présenté Roy à Celestial alors qu’ils étaient encore étudiants.

Partagée entre son devoir envers Roy et son amour pour Andre, Celestial doit affronter la réalité lorsqu’au bout de cinq années Roy est libéré – tandis que celui-ci cherche à retrouver sa femme et reprendre sa vie là où il l’avait laissée cinq ans plus tôt. Et si la distance et la solitude l’ont mené vers le lit d’un autre homme, elle doit désormais, aux yeux de Roy, reprendre son rôle d’épouse auprès de lui.

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Mrs Hemingway

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Ma première avait une réserve de tendresse insensée, ma seconde était la femme la plus courageuse qu’il ait jamais rencontrée, ma troisième avait une soif de liberté encore plus grande que la sienne, ma quatrième fut la dernière… Qui suis-je?…

Mrs Hemingway!

Parfois, j’ai le sentiment que les choses se répètent. Je pose l’aiguille au même endroit, sur le même disque, et je m’attends à un air différent

Bien vu, cher Ernest!

C’est effectivement à chaque fois la même ritournelle, avec Ernest Hemingway: la rencontre, l’amour fou, la vie qui devient une fête, et puis la lassitude, poussée par ses vieux démons que sont la déprime et la bouteille. Une femme chasse l’autre, ou plutôt, chaque femme laisse sa place à une autre: car les femmes qu’il aime ne restent pas des maîtresses, il les épouse, pour le meilleur et pour le pire.

Correspondant de guerre, écrivain, il a connu mille vie, couru les guerres, libéré le Ritz, frôlé cent fois la mort – il a aimé les femmes comme il a vécu, dans une frénésie constante, intensément, avidement. Un ogre.

Elles furent quatre, donc. Il y eut d’abord Hadley Richardson, généreuse et sacrifiée, qui lui servit sur un plateau la socialite Pauline Pfeiffer, alias Fife. Détrônée par l’impétueuse Martha Gellhorn, double féminin d’Hemingway, cette dernière laissa la place à celle qui l’accompagnera jusqu’à la fin de sa vie, Mary Welsh.

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Hadley Richardson

C’est à ces quatre femmes que Naomi Wood consacre ce brillant roman, dont le fil rouge, bien sûr, est cet homme aussi charismatique que détestable, écrivain de génie et coureur de jupons invétéré. 

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En attendant le jour

 

 

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Avez-vous déjà ouvert un livre de Michael Connelly? Moi pas.

Pourtant, je ne déteste pas les polars, je les aime, même, quand ils sont écrits par des femmes comme Elizabeth George ou Donna Leon.

Dans son nouveau roman, l’auteur américain a donné le rôle principal à une nouvelle héroïne, l’inspectrice René Ballard. Une motivation certaine pour entrer dans ce roman, car dans les polars, j’apprécie beaucoup les personnages féminins.

Je vais l’avouer, j’ai mis un peu de temps à entrer dans l’histoire. Forcément, il faut que tout s’installe et j’ai eu un peu de mal à gérer toutes ces différentes unités de police, les équipes de nuit qui refilent le bébé aux autres équipes le petit matin arrivant au LAPD, les caïds de l’Homocide Special, la FSD, et j’en passe. Sans compter le jargon technique dans lequel j’ai failli m’étouffer, alors que Renée Ballard et son coéquipier Jenkins avaient déjà deux affaires sur le dos!!

Evidemment, Renée Ballard est une rebelle, aussi bien dans sa vie professionnelle que dans sa vie privée, alors on devine rapidement que ses aventures vont très mal tourner… et dans ces cas-là, j’ai peur de ne pas être assez courageuse pour lire la suite. Mais je me suis accrochée et au fil des pages, et je me suis attachée à la jeune inspectrice.

L’intrigue policière est rondement menée par Michael Connelly. D’un côté, un prostitué transgenre tabassé et mutilé par un client. De l’autre une fusillade dans un club de nuit, avec six morts à la clé. 

Sur les deux affaires, Renée Ballard ne lâche pas le morceau.

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Sauvage

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Sauvage, définition: se dit d’une espèce animale non domestique, vivant en liberté dans la nature

Tracy vit au milieu de la nature avec son père et son frère, dans une région reculée de l’Alaska.

A dix-sept ans, elle est mue par deux passions: ses chiens de traineau, et la chasse dans la forêt, où depuis son plus jeune âge elle disparaît de longues heures.

Sa mère Hannah, décédée depuis peu, avait bien compris la nature sauvage de sa fille: contrairement à son cadet Scott, Tracy a un besoin viscéral de s’échapper, courir nus pieds dans les sentiers, et de ne faire plus qu’une avec la nature. 

A force d’observation, elle a saisi le fonctionnement précis du monde animal. 

Armée du couteau qui ne la quitte pas, elle a investi la forêt où elle pose des pièges pour capturer les proies que lui offre la nature.

Sa seule contrainte, les trois règles qu’Hannah lui demande de respecter:

– Règle numéro 1: Toujours rester en vue de la maison

– Règle numéro 2: Rentrer à la maison pour le dîner

– Règle numéro 3: ne jamais faire saigner quelqu’un

Le jour où elle se fait exclure du lycée après avoir agressé une camarade, Tracy est doublement punie par son père: non seulement elle ne peut plus entraîner ses chiens de traineau, mais en plus elle n’a plus le droit de disparaître à sa guise dans la forêt.

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Le sport des rois

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Quelle dose d’audace, ou d’insouciance, faut-il à une jeune auteure pour débuter l’écriture d’un tel roman?

Comment a-t-on pu acquérir autant d’expérience de vie, à peine passé trente ans, pour avoir la maturité de mener à terme, et de façon aussi maîtrisée, un roman d’une telle envergure?

Ces questions me taraudent depuis que j’ai refermé Le sport des rois sur sa six-cent-quarante-septième page…

Il faut s’armer de temps pour s’accaparer ce roman dense et fouillé. Trouver le moment où son poids entre vos mains ne se sentira plus, où ses six-cent-quarante-sept pages de (presque) papier bible ne vous paraîtront pas insurmontables. Le sport des rois est un roman qui se mérite, ni plus ni moins. Car il vous fait voyager à travers trois générations de Forge enracinés à cette terre du Kentucky où Samuel, l’ancêtre de la famille, a établi le domaine familial quelques deux-cents ans plus tôt. 

Jusqu’où peut-on courir pour échapper à son père ?

Interroge le roman dès sa première page. 

Et c’est toute l’histoire de ces Forge, qui se trouve ainsi résumée: ainsi, Henry va-t-il courir pour échapper à John Henry toujours prompt à punir et à humilier le jeune fils fougueux bien décidé à transformer l’exploitation agricole en écurie de renom pour mettre au monde le pure-sang le plus parfaitement abouti, celui qui se distinguera entre toutes dans les courses hippiques, le sport des rois. 

Puis Henrietta, celle qui vient enrayer cette lignée d’hommes Forge, va elle aussi s’affranchir pour échapper à son père Henry. Pas pour fuir le domaine ni les chevaux, non, leur cause lui est acquise – mais fuir l’imposante et odieuse présente du père, l’histoire familiale qui se répète sans fin, le racisme et la haine qui sont l’ADN de la famille, et sont autant de chaînes qui l’entravent comme celles qui ont assujetti les esclaves de sa famille.

C’est d’un de ces esclaves que descend Allmon Shaughnessy, de l’autre côté du miroir que C.E. Morgan va explorer dans son roman. Jeune garçon métis de Cincinnati, abandonné par son père blanc, la mort de son grand-père et la maladie de sa mère vont le précipiter dans la délinquance et l’emmener plusieurs années en prison. A sa sortie, engagé par Henrietta comme groom il entre au domaine des Forge. 

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De si bons amis

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S’il est une auteure américaine contemporaine que j’affectionne particulièrement, c’est bien Joyce Maynard.

J’aime son talent à raconter des histoires simples et pourtant qui vous tiennent en haleine, j’aime sa plume et les personnages, toujours très incarnés, qu’elle réussit à sortir de son imagination d’une grande fertilité. Grande optimiste, sportive, énergique, passionnée, Joyce Maynard avait pourtant aussi montré dans son dernier récit très personne, Un jour tu raconteras cette histoire, ses propres failles – et l’on ne pouvait que mieux en comprendre la sensibilité si particulière de ses personnages.

De si bons amis n’échappe pas à cet art du récit que Joyce Maynard a su déployer, roman après roman et qui en fait une auteure dont on attend toujours un roman avec impatience.

Helen est une de ces héroïnes fragiles, en équilibre sur un fil – quarante ans, divorcée, elle a perdu la garde de son fils Ollie pour conduite en état d’ivresse. 

Ses droits de visite, les petits boulots qu’elle enchaîne et ses réunions aux Alcooliques Anonymes sont les seuls moteurs de sa vie. 

Sa vie qui prend pourtant un tournant inattendu le jour où, serveuse dans une soirée, elle rencontre les Havilland, couple charismatique de bienfaiteurs. 

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Orange amère

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Rarement une couverture de livre incarne avec autant d’exactitude et de classe l’esprit d’un roman, la grâce et la fatalité. 

Le jour du baptême de sa fille Franny, Beverly Keating tombe éperdument amoureuse d’Albert Cousins.

Ils n’y peuvent rien, ça leur tombe dessus comme ça, comme la chaleur qui assoiffe ce jour de 1964 les nombreux invités et pour lesquels ils improvisent un cocktail en pressant des dizaines d’oranges de l’arbre du jardin.

Rien de tout cela n’aurait dû arriver, Albert Cousin n’était pas invité,  ils ne s’étaient jamais rencontrés, mais il a débarqué sans prévenir, avec sa bouteille de gin. 

Et lorsque Cousins aperçoit la divine Beverly, il comprend que sa vie vient seulement de commencer – en faisant totalement abstraction de son mariage, de ses trois enfants et du quatrième qui est en route. Beverly, elle, quitte son mari Fix, et part de Los Angeles avec ses deux filles pour suivre Albert en Virginie.

Ann Patchett ne choisit pas la simplicité de la linéarité romanesque. La suite du roman, après cette ouverture, ne sera pas l’histoire de Beverly et Albert, qu’elle nous laissera le soin d’imaginer si on le souhaite. Car le propos n’est déjà plus là. Ann Platchett, divine narratrice, va préférer s’attacher à raconter les dommages collatéraux de l’histoire.

Celle d’une tribu de six enfants qui se retrouvent malgré eux tous les étés en Virginie, une sorte de club des cinq, sauf qu’ils sont six, et qu’ils font contre mauvaise fortune bon coeur jusqu’au drame qui va marquer leurs vies et dont les répercussions, comme le tonnerre qui gronde bien après l’éclair, les rattraperont de longues années plus tard.

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