Adoration

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Je le sais maintenant. L’adoration est un fanatisme et je suis son prophète

Les références religieuses ne manquent pas dans ce roman, l’adoration des mages, Job, le buisson ardent, l’extase de Thérèse d’Avila.

Et l’adoration du narrateur pour L a tout de la ferveur religieuse et du fanatisme qui détruit tout sur son passage, à l’image d’un camion fou qui emporte tout. C’est dans la violence de cette image, devenue traumatique depuis que des fanatiques se réclamant d’un dieu ont foncé dans les foules avec des véhicules, que commence le roman.

Dans ce couloir où roule ce camion, un jour, les vies du narrateur et de L se télescopent – et balayent tout ce qui a précédé. L est sexy, L est une bombe, à retardement, à fragmentation – mais le narrateur ne le sait pas encore. Pour elle il quitte tout, leur amour est fou. Fou comme la folie de L qui se diffuse petit à petit, L bipolaire qui dévore les tablettes de médicaments comme elle avale des bonbons, L anorexique qui enchaîne les laxatifs parce qu’elle ne supporte pas de se faire vomir, L acheteuse compulsive qui dépense sans compter dans les boutiques de luxe de l’avenue Montaigne. L enjôleuse, ensorceleuse, plantureuse, vénéneuse, gorgone, vampire assoiffée de sexe, L démoniaque – jusqu’à terroriser le narrateur, l’être aimant qui va chercher l’issue de cette relation, et de victime va être pris pour le bourreau. Mauvais film, machination, cauchemar.

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La Cloche de détresse

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Quelques vers échappés d’un livre d’anglais de classe de cinquième, dont les mots disparus depuis longtemps ont pourtant laissé une trace sibylline dans mon esprit.

Des vers, nous avait-on expliqué, d’une poétesse qui avait choisi la mort, très jeune. Je me souviens que les vers étaient limpides, simples, et que je m’étonnais que cela puisse être de la poésie.

J’ai toujours gardé Sylvia Plath dans un coin de ma tête. A la librairie Lello à Porto, tombant sur un livre de correspondance de Sylvia Plath (The Letters of Sylvia Plath Volume 1: 1940-1950) j’ai été subjuguée par la photo de couverture, qui tient plus de la pin up des fifties que de la poétesse torturée. Je voulais ce livre, comme l’aboutissement d’une quête que je ne savais décrypter. Je l’ai finalement reposé.

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Lorsque je suis tombée sur La Cloche de détresse, la semaine dernière au Festival America, j’ai su que c’est par là que je devais commencer. Paru peu de temps avant sa mort, La Cloche de détresse est son unique roman, publié sous pseudonyme, et il est très largement inspiré de la vie de son auteure.

A travers l’histoire d’Esther Greenwood, c’est l’histoire de ses propres conflits intérieurs que Sylvia Plath raconte.

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La toile du monde

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Paris, 1900 – le monde s’ouvre sur le vingtième siècle dans le sillon de l’exposition universelle, à laquelle convois officiels débarquant des quatre coins de la planète et peuplades moins civilisées, plantées dans les décor de carton-pâte de ce monde en version réduite, participent.

Aileen Bowman débarque des Etats-Unis pour couvrir l’évènement pour le New York Tribune. Flamboyante rousse, indépendante, fille d’un aventurier anglais et d’une utopiste alsacienne, Aileen a la liberté de ceux qui ont grandi dans la jouissance des grands espaces.

Sous couvert de reportages journalistiques, Aileen est venue à Paris à la recherche de Joseph, celui qu’elle appelle son frère blanc, un métisse indien, embarqué dans la troupe de spectacle du Pawnee Bill’s Historic Wild West Show.

Parallèlement à son emploi au New York Tribune, Aileen écrit sous pseudonyme des chroniques pour La Fronde, un journal féministe.

Dans ce Paris au coeur palpitant, à la charnière de deux siècles mais résolument en route vers la modernité, Aileen va côtoyer les architectes de ce renouveau – artistes pas encore célèbres du Bateau-Lavoir, inventeurs du progrès comme un certain Rudolf Diesel, ou encore les ingénieurs du métro parisien qui creusent les entrailles de la capitale.

Dans un grand souffle romanesque, Antonin Varenne nous embarque dans ce roman d’aventures – au pluriel, mené par une héroïne qui s’offre toutes les libertés – celle de porter des pantalons avec l’autorisation du préfet Lépine, de conduire une bicyclette pour traverser Paris, d’aimer librement les femmes comme les hommes, d’offrir à la toile du peintre Julius Stewart son corps tatoué. On pourrait même, parfois, percevoir une pointe de machisme chez Aileen, ce qui paradoxalement ne fait qu’exacerber sa féminité, sa sexualité sensuelle et sulfureuse.

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Les voyages de sable

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Comment réagiriez-vous si une personne que vous côtoyez quotidiennement depuis quarante ans vous dévoilait soudain qu’elle a 315 ans?

C’est ce qui va arriver à Virgile Alighieri.

Ce soir de décembre, lorsqu’il débarque à la Table des Arts, Monsieur Jaume n’a pas l’air très en forme.

Depuis quarante ans que le cafetier et son client se voient quotidiennement dans le petit troquet de la rue Saint-André-des-Arts, ils ne se parlent pas beaucoup, selon leur rituel réglé comme du papier à musique: assis sur sa banquette en moleskine, après avoir porté son index et son majeur à sa tempe pour le remercier, Jaume avale le café crème déposé par monsieur Virgile.

Ce soir-là, pourtant, pour la première fois depuis quarante ans, les deux hommes vont parler.

Et Jaume va raconter à un Alighieri ahuri, tour à tour sceptique et intrigué, sa folle histoire à travers les siècles.

Car Jaume est immortel.

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J’ai un tel désir

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Après « L’indolente » Marthe Bonnard, c’est à Marie Laurencin que Françoise Cloarec s’intéresse dans sa nouvelle biographie – pas seulement à l’artiste, mais à la femme amoureuse et à l’histoire passionnée qu’elle a vécu avec Nicole Groult, couturière, femme d’esprit, soeur de créateur, épouse de designer, et mère de deux filles qui deviendront deux grandes féministes, Benoîte et Flora.

Se plonger dans l’histoire de Marie Laurencin, c’est côtoyer d’éminents artistes contributeurs de l’art moderne, cubistes, fauvistes, dadaïstes, c’est voir revivre Montmartre et le Bateau-Lavoir, c’est pénétrer l’intimité de la création aussi bien littéraire que picturale, c’est assister à une grande fête, gueule de bois comprise, où les monstres sacrés de l’art sont réunis, c’est aimer sans contrainte.

Etre artiste, c’était avant tout avoir un tempérament hors du commun.

Et il lui en fallait, à cette jeune fille née en 1883 de père inconnu , qui a grandi dans l’ombre d’une mère qui ressemblait à une nonne – mais qu’elle aimait intensément. Il lui aura fallu de la fantaisie, pour vouloir étudier la peinture sur porcelaine lorsque sa mère voulait en faire une petite institutrice toute grise, fréquenter l’académie Humbert et finalement choisir de devenir artiste dans un milieu d’hommes où les femmes, au mieux, étaient seulement des muses.

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Autoportrait, Marie Laurencin

Déjà, en ce début de siècle, elle fait des premières rencontres essentielles: Georges Braque, Francis Picabia, Henri-Pierre Roché, Yvonne Chastel. Au Bateau-Lavoir, elle rencontre Picasso, qui la présentera au poète Guillaume Apollinaire et avec qui elle vivra une relation amoureuse et tumultueuse pendant cinq ans.

C’est l’année de cette rencontre, alors qu’elles ne se connaissent pas encore, que Nicole Poiret, soeur du célèbre couturier Paul Poiret connu non seulement pour avoir allégé la tenue des femmes mais également pour avoir donné à Paris des fêtes mémorables, épouse André Groult. De cet intellectuel, elle fera un designer reconnu. Nicole est avant tout une femme de tête, une élégante au goût sûr, une féministe avant l’heure, une personnalité brillante et joyeuse, qui à l’instar de son frère ouvrira sa maison de couture. Si les deux femmes semblent parfaitement épanouies dans leurs vies sociales et amoureuses, la question de leur plénitude sexuelle se pose. Marie Laurencin a déjà eu des amours féminines dans lesquelles elle semble plus s’épanouir, tandis que Nicole Groult est rebutée par l’idée de la sexualité avec son mari.

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Un monde à portée de main

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Je sors de ce roman un peu sonnée. Etourdie. Et reconnaissante aussi. Nourrie d’une langue autant que d’une histoire.

Je me suis détachée de Paula Karst, et l’image de Maylis de Kerangal s’est superposée à la sienne. Ce ne sont pas les similitudes entre le personnage et l’auteure qui se sont imposées, mais l’auteure elle-même, dans sa démarche d’exigence, dans son travail d’écriture qui texturise la matière, explore les strates, dissèque les mouvements. Je l’ai vue, dans la besogne vertueuse, dans cette chambre de bonne qui depuis plusieurs années est son espace de recherche, de réflexion, de création littéraire, subjuguée par la liberté que lui offre le confinement de l’endroit, envieuse de ce savoir-écrire rare. De ce souffle qui emporte, de cette acuité hypnotique, paralysante. De ces phrases longues qui s’enroulent en spirales, ou se déroulent en volutes. De cette grâce qui se dégage du labeur qui a dû soupeser chaque mot, Maylis de Kerangal se faisant l’artisan d’une langue comme Paula se fait l’artisan du trompe-l’oeil.

Que dire de cette langue qui claque, rythmique, obsédante, aspirante, technicienne, débarrassée  de la froideur chirurgicale de « Réparer les vivants », et qui dans « Un monde à portée de main » atteint à mon sens les sommets de la création littéraire?

Cette langue, qui m’a tellement conquise, m’en ferait presque oublier, à tort, une histoire qui nous raccroche aux racines de notre monde, de notre histoire et de l’art.

Paula Karst, le regard fendu, les yeux vairons au léger strabisme divergeant est une fille un peu indécise, même, aux dires du narrateur, une fille « moyenne, protégée, routinière, et pour tout dire assez glandeuse ». Paula veut peindre, nous sommes en 2007 et elle intègre une école de peinture rue du Métal à Bruxelles, pour apprendre l’art du trompe l’oeil.

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L’Ecart

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J’ai vécu sous le regard d’un ciel immense, dans un espace infini. Pourtant, je me heurtais sans cesse aux confins de l’île et de la ferme

A dix-huit ans, Amy Liptrot quitte l’île des Orcades au Nord de l’Ecosse, où elle est née et a grandi.

L’île est trop petite pour ses rêves, trop calme pour l’action.

A Londres, où elle s’installe, dans le confinement d’une chambre d’étudiante, le bouillonnement de la ville donne matière à son exaltation, et Amy est emportée dans le tourbillon des soirées où l’alcool devient le complice toxique de ses débordements, et l’ivresse sa seconde nature.

Aspirée dans la spirale de l’alcoolisme, la frasque de trop la mènera vers la cure de désintoxication quelques années plus tard.

C’est ce retour à soi dans le renoncement à l’alcool, qui chaque jour est un nouveau combat, qu’Amy Liptrot livre dans L’Ecart.

L’Ecart, mot magnifique à double sens, qui désigne le pâturage le plus éloigné de la ferme, sis sur une bande de terre côtière où les brebis et les agneaux passent l’été – mais aussi la fuite.

Celle d’Amy qui va rebrousser chemin, et retrouver ses Orcades natales pour tenter de renaître à la vie, et se purifier au contact de la nature salvatrice.

Aidant un premier temps son père dans la ferme familiale, elle redécouvre la magnificence des îles, la nature omniprésente, les vents qui soufflent, la lande, la mer, les oiseaux – que, bientôt missionnée par la Société royale de protection des oiseaux (RSPB),  elle va patiemment dénombrer.

C’est sur l’île de Papay, isolée pour l’hiver, que la quête introspective va prendre tout son sens. Dans la solitude de l’île où elle loue une maison au confort spartiate, Rose Cottage, se nourrir, se chauffer sont des défis quotidiens simples qui raccrochent à la vie.

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Une vie de pierres chaudes

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Il y a parfois des titres, plus que le sujet derrière le titre, qui nous attirent.

Que se cachait-il derrière la minéralité de celui-ci, « Une vie de pierres chaudes », qui m’a fait dépasser ma hantise d’un thème que je fuis le plus souvent: la guerre d’Algérie?

Il aurait aimé lui parler de la mer, de tout ce qu’elle était réellement, les voiles géantes des vagues, les routes invisibles des bateaux, les eaux profondes parcourues d’étoiles, un grand baiser très bleu, un monde sans origines ni fin qui porte en lui l’histoire des hommes et la promesse d’une paix infinie.

Je me suis laissée porter par ce récit qui démarre de façon énigmatique, un homme dans un tramway qui va vers les hauteurs d’Alger, un étranger que le regard des autres exclut. Un homme qui d’emblée fait naître une lourdeur dans le bas du ventre, comme un malaise, comme une attente aussi.

Mais le récit glisse sur un autre terrain, revient six en arrière en 1964, dans l’été lumineux d’Alger la blanche: les filles de la jeunesse dorée française y sont belles, brandissant leur légèreté un peu sulfureuse comme des héroïnes de Sagan. Rose rencontre Louis, l’homme du tramway, et le destin entre la bachelière et l’appelé de la guerre d’Algérie est scellé.

Rose est volubile, gâtée, heureuse de vivre. Louis est terriblement séduisant – tout autant qu’il est silencieux, coupant, taciturne. Et soudain, dans la vie de Rose, le doute va s’insinuer: qui est vraiment Louis, cet homme qu’elle finit par épouser – sans le connaître?

Rose n’entendait plus qu’un bourdonnement monstrueux. Elle luttait contre le vertige, une sensation hideuse d’écoeurement qui explosait dans sa tête. Ses cheveux étaient trempés, la sueur coulait comme de l’eau sur son front. Elle relâcha tous les muscles de son corps et se laissa doucement glisser au sol

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L’heure du bilan: août

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Et soudain, en entamant la rédaction de cet article, le vertige: je n’ai pas publié ici depuis mai! Trois bilans manqués, trois mois trop chargés. Trois mois de plaisir de lecture, de rencontres, et de frustrations aussi. C’est pour cette raison que j’ai fait le choix de ne m’inscrire à aucun jury pour les mois à venir, pour rester libre de mes lectures, de mon temps et de mes envies.

Alors voilà, après un magnifique été, des vacances très denses qui m’ont apporté une belle décompression, de très heureux moments en famille, et un dépaysement complet sans partir vraiment très loin, je suis prête pour cette rentrée! Triple rentrée, professionnelle d’un côté, scolaire de l’autre. Et au milieu, la rentrée littéraire qui se prépare déjà depuis plusieurs semaines. Mais l’idée, c’est de réussir à tout gérer! Et de retrouver de la ré-gu-la-ri-té!

Les chiffres:

Trois semaines de vacances, des kilomètres entre le Portugal et l’Andalousie, à fond – toujours! La peur que ce rythme ralentisse mes lectures, mais finalement j’ai réussi à enchaîner sans pression aucune, en gardant le plaisir intact. L’idée, pendant ces trois semaines, c’était d’alterner les lectures dédiées au Portugal, les envies spontanées et quelques romans de la rentrée littéraire. Voire, parfois, allier les deux (je vous explique après!). On arrive ainsi à un bilan plutôt satisfaisant de 8 livres!

Les livres:

Deux lectures autour du Portugal

 

Découvrir la littérature portugaise à travers Lidia Jorge et ce somptueux roman, La couverture du soldat autour de la relation d’une fille et de son oncle, qui est en réalité son père. Lecture exigeante mais à l’écriture remarquable, d’une grande profondeur.

A Lisbonne, c’est Philippe Besson qui m’a accompagnée avec Les passants de Lisbonne. Besson qui ausculte les âmes, les corps, les maux. Une très belle histoire, triste mais pleine d’espoir. Et j’ai trouvé intéressant que Besson ose à sa façon le roman d’anticipation avec ce roman.

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Balles perdues

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Réveil en ce matin du lundi 27 Août 2018, branchée sur France Inter : 7H30, le journaliste annonce une nouvelle fusillade aux Etats-Unis. Jacksonville, Floride. Deux morts, onze blessés. Le tueur avait 24 ans. Il s’est suicidé, il sera le troisième mort.

Ce nouveau fait divers sordide, une fusillade parmi tant d’autres aux Etats-Unis, fait tristement écho à la lecture que je viens d’achever, Balles Perdues.

C’est aussi là-bas, en Floride, que se situe le nouveau roman de Jennifer Clement.

Dans le camp de caravanes d’Indian Waters, sur le parking des visiteurs, Margot France a arrêté sa vieille Mercury quinze ans plus tôt.

Elle n’en est plus jamais repartie, garée là, au milieu de nulle part, avec son bébé. La Mercury est devenue leur foyer, l’herbe a poussé autour des roues dont les pneus sont à plat – Pearl a grandi, mais comme sa mère, elle est si petite, comme si leur corps étaient formatés à l’exiguïté de cet espace.

Pearl a la peau très pâle, si pâle, les yeux pastel et les cheveux tellement blancs qu’ils ressemblent à la nacre dont elle porte le nom.

Pearl a bientôt quinze ans, elle en fait à peine six, et elle n’a connu jusqu’ici de la vie que ce camp de caravanes, la Mercury et l’école. Pearl, de sa mère, a appris la délicatesse, les gants blancs qu’on se doit de porter pour aller à l’église, la porcelaine de France et les couverts en argent. Elle a aussi hérité de son incroyable empathie pour les êtres et pour les objets. Et elle vole des cigarettes.

Telles de petites elfes, mère et fille survivent dans la puanteur de la décharge derrière le camp, et dans la peur d’être dévorées par les alligators qui grouillent dans la rivière. Autour d’elles, dans des caravanes éparpillées comme dans une cour des miracles, vivent les personnages les plus improbables qui soient:  Avril May, la seule copine de Pearl, avec laquelle elle se lance les défis les plus improbables, fille du sergent vétéran Bob et de Rose l’infirmière. Le pasteur Rex, secrètement amoureux de Margot. Roberta Young, ses deux chihuahuas, son perroquet, Noelle sa fille de trente ans passionnée de circuits électriques et de sa collection de Barbie. Ray et Corazon, un couple de mexicains qui ont parsemé le devant de leur caravane de flamants roses en plastique.

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