Chanson de la ville silencieuse

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Antoine Schaeffer, chanteur célèbre autant pour ses succès que pour ses frasques, a mis brutalement fin à sa carrière quinze ans plus tôt. Après s’être retranché de nombreuses années dans sa maison cossue perdue au milieu de nulle part, il décide un jour de partir, laissant tout derrière lui… s’est-il jeté dans la rivière pour en finir avec la vie, comme peuvent en laisser présager ses dernières traces, ou a-t-il décidé de larguer les amarres pour un ailleurs, dépouillé du costume encombrant d’Antoine-Schaeffer-le-chanteur?

Sa fille, fruit de ses amours avec une égérie inconsistante de son passé sulfureux, décide de partir à sa recherche: Antoine Schaeffer aurait été aperçu dans les rues de Lisbonne, chantant le soir aux terrasses des restaurants. Narratrice de l’histoire, c’est elle qui va faire revivre à travers ses errements dans Lisbonne et dans sa mémoire, la vie de l’ancienne idole – et livrer en parallèle sa propre histoire, avec les failles d’une enfance qu’elle n’a pas eue.

Comme une midinette, je guette toujours la sortie d’un nouveau roman d’Olivier Adam. Une espèce d’addiction à une atmosphère, à une écriture, à un talent.

Et on retrouve ici les ingrédients majeurs qui font un roman d’Olivier Adam: la fuite, la mélancolie latente et l’écriture chargée en émotions, un phrasé millimétré, accumulatif, saccadé, chargé.

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Prix SNCF du polar: édition 2018

Pour une fois que la SNCF fait parler d’elle pour autre chose que les trains en retard, ça vaut le coup de s’attarder dessus!

Le PRIX SNCF DU POLAR, c’est quoi?

un prix qui depuis 18 ans récompense des oeuvres polar dans trois catégories: le Roman, la Bande Dessinée et le Court métrage. Avec 215 000 votes depuis 18 ans et plus de 17 000 votes lors de l’édition 2017, c’est le premier Prix du Public en France.

Qui vote?

Tous ceux qui le souhaitent! C’est un grand jury populaire de lecteurs et de cinéphiles amateurs de polar

Quand et comment?

jusqu’au 31 mai 2018 sur le site http://www.polar.sncf.com

L’accessibilité:

Pour que ce prix soit le plus populaire possible, toutes les oeuvres sont mises gratuitement en ligne:

  • sur l’application SNCF e-livre (de novembre à mars, un roman et une bande dessinée sont à découvrir chaque mois) – les lecteurs peuvent ensuite voter directement via l’application.
  • sur www.polar.sncf.com pour les courts métrages, d’octobre à mai

Les oeuvres en compétition:

elles sont sélectionnées par un jury de 21 experts des 3 comités du Prix SNCF du Polar conduits par Chritine Ferniot pour le Roman, Frédéric Prilleux pour la Bande Dessinée, Roland Nguyen pour le Court Métrage

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Où se partagent les eaux

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Lucien, peintre parisien, est en couple avec Maria, jeune ethnologue italienne, fille d’une riche famille du nord de l’Italie.

En vacances en Sicile, ils sillonnent tranquillement l’île, jusqu’à ce qu’ils tombent sur un petit port de la pointe du sud-est. C’est pour Maria sa première incursion dans le sud italien, et elle y a amené tout son scepticisme et sa supériorité nord italiens. Malgré tout, elle se laisse séduire par l’enthousiasme de Lucien, qui après une rencontre improbable avec un vieil aristocrate convainc Maria d’acheter une maison des plus rudimentaires, au bord d’une falaise, face à la mer, là où se partagent les mers thyrrhénienne  et ionienne.

Sont-ce les divergences nées de leurs regards sur la Sicile, indulgent pour Lucien, critique pour Maria, qui auront raison de leur couple? A l’image de leur maison au bord de la falaise qui se délabre au fil des ans, leur relation ne résistera pas à l’érosion des sentiments de Maria.

Ce roman, publié à l’origine en 2005 et que les éditions Philippe Rey rééditent en cette rentrée littéraire de janvier 2018, est avant tout un recueil de chroniques sur la Sicile. Mais une Sicile un peu fanée, puisque sans que ce soit précisé, on devine que le roman se déroule entre la fin des années 60 et le début des années 70 (je vous avoue, j’ai cherché les indices pour pouvoir dater l’histoire!). On y paie encore en lires italiennes, et les souvenirs de la seconde guerre mondiale ne sont pas loin, les anciens du village en parlent encore, allant jusqu’à regretter Mussolini!

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Arrête avec tes mensonges

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Il est des livres qui vous rappellent viscéralement pourquoi vous aimez lire, et pourquoi vous aimez les écrivains – surtout quand ils laissent tomber le masque.

Fini de raconter des histoires, fini d’inventer des personnages, fini le mensonge qui cache la vérité.

A la faveur d’un déplacement en province, dans sa région d’origine, une rencontre inattendue va bouleverser l’auteur et le faire basculer plus de trente ans en arrière: la silhouette d’un jeune homme, son allure, sa tenue, tout lui évoque son premier grand amour, Thomas.

En cette année 1984, Philippe Besson est élève en classe de Terminale C au lycée de Barbizieux.

J’ai dix-sept ans.

Je ne sais pas que je n’aurai plus jamais dix-sept ans, je ne sais pas que la jeunesse, ça ne dure pas, que ça n’est qu’un instant, que ça disparaît et quand on s’en rend compte il est trop tard, c’est fini, elle s’est volatilisée, on l’a perdue, certains autour de moi le pressentent et le disent, pourtant les adultes le répètent, mais je ne les écoute pas, leurs paroles roulent sur moi, ne s’accrochent pas, de l’eau sur les plumes d’un canard, je suis un idiot, un idiot insouciant.

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2017: le bilan de ma première année!

 

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Un an déjà!

Books, moods and more souffle en ce 1er janvier 2018 sa première bougie!

Une autre façon de mesurer à quelle vitesse folle cette année est passée, et surtout, surtout de réaliser le plaisir immense que m’a apporté la création de ce blog dont je rêvais depuis si longtemps!

A ce jour, le blog compte 121 abonnés – chiffre modeste au regard de celui de nombreux autres blogs, mais qui ressemble pour moi à une grande prouesse. Je suis extrêmement reconnaissante à tous ceux, abonnés ou non, qui prennent le temps de venir me lire, et me font des retours si positifs. Se sentir légitime demande du temps (Electra, dans son bilan 2017, expliquait qu’elle se sentait enfin légitime – alors qu’elle blogue depuis de nombreuses années avec beaucoup de talent), mais tous ces retours mis bout à bout, toutes ces visites hors abonnement, que je mesure grâce aux statistiques (des chiffres, toujours des chiffres!) me donnent confiance, et je vous en remercie.

Via mon compte Instagram (@sosos_moods_books_and_more), j’ai eu la chance d’être mise à l’honneur dans le magazine Elle, en septembre dernier, avec cinq autres Instagrameuses, en tant que « nouvelle influenceuse du monde littéraire« . Rien que ça!! Bon, n’exagérons rien, tout cela reste très modeste et fugace, mais je crois vraiment au pouvoir des blogueurs dans la sphère littéraire, qui font des choix de lecture et des critiques objectifs, souvent plus proches des attentes des lecteurs.

J’ai également fait la rencontre de plusieurs blogueurs et blogueuses, dont les goûts, les avis, et la façon de gérer leur blog m’inspirent beaucoup!

Je papote, je papote (je peux être très bavarde, surtout quand on me lance sur mes sujets préférés), mais venons-en tout de même à l’essentiel, mon bilan lecture 2017!

Les chiffres:

j’ai toujours détesté les maths, mais en fait, j’adore les chiffres 😊

Alors justement, une année de lecture, ça donne quoi? 73 livres… un chiffre un peu bas, comparé à d’autres grands lecteurs et grandes lectrices. Et pourtant, on me demande souvent comment je fais pour lire autant!

Les pays:

romans et essais confondus, les livres que j’ai lus en 2017 viennent principalement des pays suivants (je pensais être à niveau égal entre la France et les Etats-Unis!):

  • 32 livres français
  • 23 livres américains
  • 5 livres anglais
  • 4 livres irlandais
  • 4 livres italiens

Les auteurs: hommes ou femmes?

Le constat m’a étonnée, car je pensais la répartition plus équilibrée là aussi: 28 auteurs hommes, contre 45 auteurs femmes. Serais-je une féministe qui s’ignore? J’en suis ravie!

Les éditeurs:

Les maisons d’édition qui arrivent en tête (critère important, car il montre en quoi les choix éditoriaux nous correspondent) m’ont également surprise!

  • Stock: 7 livres
  • Albin Michel : 6 livres
  • Gallimard: 4 livres (sans compter l’abandon des Fantômes du vieux pays, abandonné, et La salle de bal qui m’attend dans ma PAL depuis la rentrée littéraire)
  • Gallmeister: 5 livres
  • JC Lattès: 4 livres
  • Philippe Rey: 4 livres (et un en cours)

Peu de livres lus dans la Collection Quai Voltaire aux Editions de la Table Ronde (3), ou des éditions Sabine Wespieser (2) – deux éditeurs que j’aime pourtant beaucoup.

Le reste de mes lectures est répartie sur de nombreuses autres maisons d’édition.

Mes meilleurs livres de 2017:

18 lectures marquantes (qui obtiennent la note maximale de 5 – que je pense d’ailleurs inclure dorénavant dans mes billets). Rétrospectivement, Arrête avec tes mensonges, qui ne m’avait pas semblé être un coup de coeur absolu, fera indéniablement partie de mes lectures les plus marquantes de 2017.

Commençons par les français (ils sont 10!):

Les américains, au nombre de six:

Et mes chouchoutes européennes:

 

Mes intentions de 2018?

Lire, lire et lire encore!

Et surtout:

– découvrir davantage d’auteurs américains (en vue du Festival America)

– veiller à vider ma PAL de façon plus drastique

– moins hésiter à sortir de ma zone de confort

– écrire davantage – en partipant j’espère à un atelier d’écriture.

Et vous, quelles sont vos intentions?

Je vous souhaite une très belle année 2018, riche en lectures et en échanges autour des livres!

 

 

Il reste la poussière

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Quelque part en Patagonie, dans les steppes sans fin de ce désert argentin.

On devine que l’action se situe au début du vingtième siècle, mais qu’importe peut-être? Les grandes exploitations qui commercent avec l’Europe ont remplacé les petites fermes qui survivent comme elles le peuvent, à l’image de l’estancia de la mère.

C’est d’une main de fer qu’elle dirige sa ferme isolée. Le mari, soulard comme son père, a disparu depuis longtemps. Parti, a-t-elle dit à ses enfants, sans autre forme d’explication. Les enfants sont quatre: les jumeaux Mauro le grand et Joaquin le petit, suivis de celui qu’ils ont surnommé le débile, Steban, et enfin le petit, né après la disparition du père, Rafael. Six ans le séparent des aînés, qui depuis toujours le martyrisent. Alors Rafael se réfugie auprès de son cheval et de ses chiens. La mère, elle, ferme les yeux, sévère, froide, indifférente – seul l’intérêt du bétail, bovins et brebis, semble avoir un intérêt à ses yeux. Elle a revêtu ses épaules du rôle de l’homme, et lorsqu’elle se rend à San Léon, les hommes la respectent comme un des leurs

A part elle, aucune femme ne franchit les portes du bar. Parfois, quand elle a bien bu, elle pouffe en disant qu’elle est devenue un homme comme les autres.

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L’heure du bilan: décembre

 

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Décembre aura été un mois un peu difficile, en dents de scie. Mon humeur n’était pas toujours au rendez-vous pour la lecture, bien que la lecture me soit indispensable, et je n’ai peut-être pas savouré ce mois comme j’aurais dû le faire.

Les chiffres:

Heureusement, grâce à la trêve de fin d’année, j’ai pu m’accorder un peu de temps et lire davantage sur les derniers jours de décembre. Au final, sept livres lus (je reste dans ma moyenne). Pas de coup de coeur absolu, mais de belles découvertes et une bonne dose d’émotion aussi.

Deux grandes émotions, donc:

J’ai dévoré en une nuit d’insomnie le dernier Philippe Besson, Arrête avec tes mensonges (chronique à suivre). J’ai adoré l’écriture incisive de l’auteur, sa mise à nu, l’abandon du filtre pour assumer la crudité sensuelle. Et j’ai été très émue par cette histoire d’amour impossible.

Avec Les passeurs de livres de Daraya, c’est une autre émotion, de l’ordre de la prise de conscience – celle de notre liberté, dont nous avons si peu conscience, de notre impuissance face à un conflit politique qui dépasse tout, et surtout de notre abandon du peuple syrien.

 

Une suite:

ou le plaisir infini de retrouver Stoney Calhoun dans Casco Bay. Nous sommes plusieurs à être devenu(e)s accro à notre nouveau chouchou. Même si pour certains ce deuxième volet est un peu moins haletant que le premier, j’ai eu pour ma part le même plaisir à le côtoyer. Reste un seul épisode pour le découvrir un peu plus, en apprendrons-nous davantage sur lui?

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Un roman historique:

voyage au Moyen-Age et séjour en immersion dans le grand béguinage de Paris avec La nuit des béguines, ou comment en découvrir un peu plus sur cette période historique mystérieuse et méconnue, aux côtés d’une communauté de femmes libres et modernes avant l’heure

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Un roman noir:

j’ai découvert Sandrine Collette dans ce magnifique, Il reste la poussière roman digne de la littérature américaine des grands espaces à la sauce nature writing – il a comblé ma frustration de ne pas lire davantage de littérature américaine ce mois-ci.

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Un roman de la rentrée littéraire de janvier:

La désertion, d’Emmanuelle Lambert, m’a déconcertée, retournée. Je vous en reparle à sa sortie, le 17 janvier.

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Un flop:

et un achat inutile aussi: Je m’appelle Lucy Barton. J’ai trouvé le style lourd, non abouti, dénué de naturel. Pourquoi tant d’engouement outre-Atlantique? Je crois surtout à une promotion abusive de l’éditeur.

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Un abandon:

qui entre malheureusement dans la catégorie rentrée littéraire de janvier. Je vivais à l’étranger quand est sorti La première gorgée de bière – quel bien ce livre m’a fait, me raccrochant au pays qui me manquait, à ces petits instants que Philippe Delerm décrivait si bien en les faisant miens / nôtres / vôtres… Qu’en reste-t-il vingt ans plus tard? Philippe Delerm a renoué avec l’exercice des petits textes courts dans Et vous avez eu beau temps? La perfidie ordinaire des petites phrases. Le temps a passé, et la dernière gorgée de bière est digérée depuis longtemps. Les petites phrases ne sont pas perfides, elles sont ennuyeuses, mesquines et sans intérêt – enfin, pour celles que j’ai lues. Car je n’ai pas pu continuer. Peut-être est-ce un tort, peut-être ai-je loupé le sens profond de ce qui s’y cachait. Tant pis pour moi. Que mon avis ne vous empêche pas pour autant de vous faire votre propre idée – et alors peut-être penserez-vous que c’est moi qui suis ennuyeuse, mesquine et sans intérêt. Ce à quoi je répondrai juste mea culpa!

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Rendez-vous dans quelques jours pour le grand bilan de lectures 2017!

 

Les passeurs de livres de Daraya

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J’ai rarement réfléchi à la possibilité matérielle, intellectuelle, économique et politique d’ouvrir un livre, de posséder un livre, et de le lire – sans entrave. Franchir la porte d’une librairie, d’une bibliothèque sont des actes anodins, sans conséquence, si ce n’est le plaisir d’en repartir avec un livre.

Et pourtant, à quelques milliers de kilomètres de chez nous, lire peut être un luxe, un affront, et même un acte de résistance.

La guerre est perverse, elle transforme les hommes, elle tue les émotions, les angoisses, les peurs. Quand on est en guerre, on voit le monde différemment. La lecture est divertissante, elle nous maintient en vie. Si nous lisons, c’est avant tout pour rester humain.

Dans ce documentaire bouleversant, la reporter Delphine Minoui nous raconte la bravoure de quelques hommes, qui ont défié le régime de Bachar al-Assad par la littérature.

C’est depuis Istanbul où elle vit que la grand reporter découvre sur internet la bibliothèque clandestine de Daraya, dans la banlieue de Damas, ville assiégée, pillée, détruite par les bombardements et les attaques chimiques, privée de toutes les ressources élémentaires à la survie depuis 2012.

Bachar al-Assad avait fait le pari de les enterrer tous vivants. D’ensevelir la ville, ses derniers habitants. Ses maisons. Ses arbres. Ses raisins. Ses livres.

Des ruines, il repousserait une forteresse de papier.
La bibliothèque secrète de Daraya.

Pendant plusieurs mois, Delphine Minoui, en contact via Skype, Whatsapp avec de jeunes activistes résistants, va retracer l’histoire de cette bibliothèque souterraine et s’attacher aux témoignages poignants de ces hommes engagés dans le sauvetage de la connaissance, de leur patrimoine, dans une quête effrénée de nourriture de l’esprit, alors qu’ils meurent littéralement de faim. Son but: écrire un livre sur cette bibliothèque, qui pourra, l’espère-t-elle, rejoindre un jour ses étagères.

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La nuit des béguines

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Qui connaît les Flandres ou les Pays-Bas a un jour ou l’autre été charmé par les béguinages que l’on y trouve encore, et la sérénité qu’ils dégagent, après avoir traversé les siècles – même s’ils sont aujourd’hui dépourvus des béguines qui ont créé leur histoire.

Notre histoire, elle, se situe en 1310 à Paris, dans le Marais que nous connaissons actuellement. C’est là qu’est installé le Grand Béguinage de Paris, qui abrite une communauté de femmes laïques, indépendantes, souvent célibataires ou veuves, parfois mystiques, elles refusent le mariage et continuent à mener une vie libre au sein de la communauté, protégées de la domination des hommes.

Ainsi apparaît-il au regard du visiteur exceptionnellement convié à pénétrer le béguinage:

La Bricharde remarque son étonnement devant la beauté sans ostentation des bâtiments qu’il découvre à sa suite. Elle lui présente tour à tour la vaste salle commune lambrissée de chêne où se tiennent les chapitres, la chapelle, modeste mais dont le choeur est fleuri, illuminé de cierges et même le potager avec ses énormes courges et ses rangs de poireaux bien alignés.

Ordre et propreté. N’étaient les maisons qui bordent la cour intérieure, il pourrait se croire dans un monastère. La vie, cependant, y est moins contrainte. Deux femmes passent en bavardant, panier sous le bras, la tête simplement enveloppée d’un linge blanc; une autre, vêtue d’une cape bordée de fourrure, entre dans une belle demeure à deux étages; le portail s’ouvre à plusieurs reprises sur des silhouettes pressées. La messe terminée, les béguines vaquent à leurs activités.

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Béguinage d’Amsterdam (2015)

Ysabel, une des doyennes du béguinage, recueille Maheut, une jeune fille à la chevelure de feu qui a fui un mari qu’on l’a contrainte à épouser. Pour échapper à la violence de cet homme, Maheut est parvenue jusqu’à Paris – Ysabel va décider de la cacher après l’avoir soignée au sein de l’hôpital du béguinage qu’elle dirige avec son charisme et les potions qu’elle prépare. C’est à Ade, issue de la noblesse, croyante et cultivée, qui refuse de se remarier depuis son veuvage, qu’elle demande d’abriter la jeune fille, malgré ses réticences:

Je ne m’adresse pas à vous sans avoir pesé mon choix. Maheut, je vous l’ai dit, a le cheveu roux. J’ai peur que beaucoup ne partagent les préventions communes à propos de sa toison »

Ade lève le menton.

– Qui dit que je ne les partage pas, moi aussi? Après tout, le roux est la couleur du diable?

– Ce n’est pas Satan qui habite cette enfant. Mais la peur, et la solitude

En juin de cette même année, la ville assiste à la condamnation à mort de Marguerite Porete, une béguine condamnée par l’Inquisition et brûlée vive en place de Grève. Quelques semaines plus tôt, ce sont 54 templiers qui ont été brûlés au terme d’un long procès. Philippe Le Bel, alors roi de France, est hanté par la peur de l’hérésie. Sévère, inflexible, il défend avec ferveur ce qu’il estime être la vraie foi. Marguerite Porete a écrit un ouvrage jugé hérétique, Le miroir des âmes simples anéanties, où elle prône sa soumission à Dieu sans avoir besoin de s’en remettre à l’Eglise. Son livre, désormais interdit, a été détruit, mais un exemplaire subsiste…

C’est à cette occasion que le Franciscain Humbert, à la poursuite de Maheut, croisera les trois femmes et mêlera son destin au leur.

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Casco Bay

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Je vous ai parlé il y a quelques temps de ma rencontre avec Stoney Calhoun. J’ai essayé de résister un petit moment avant d’aller le retrouver dans ce deuxième opus, mais cela n’a pas duré longtemps. J’ai donc repris la route du Maine pour aller me balader sur ces côtes sauvages de la Nouvelle-Angleterre… et je n’ai pas été déçue!

Alors qu’il aspire à vivre des jours tranquilles entre sa cabane tapie au fond des bois et la boutique d’articles de pêche de la belle Kate, à qui il est désormais associé, Stoney est de nouveau mêlé à une histoire dont il se serait bien passé: lors d’une sortie dans la baie de Casco où il emmenait un client à la découverte des meilleurs spots de pêche dont il s’est fait le spécialiste, ils sont tombés sur un cadavre carbonisé, isolé sur un des îlots de l’archipel de Calendar Islands.

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