Ma vie sur la route – mémoires d’une icône féministe

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Pourquoi le nom de Gloria Steinem m’était-il inconnu jusqu’alors?

Parce que je ne suis pas une militante féministe?

Ou tout simplement parce qu’elle n’a pas été particulièrement médiatisée en France jusqu’à présent?

Je découvre avec ce livre impressionnant une icône américaine, une femme libre, qui a passé sa vie à sillonner les routes.

La route, elle la porte dans le sang avec un gène du voyage hérité de son père – nomade face à l’éternel, il a promené sa famille sur les routes américaines, où Gloria Steinem a passé la plus grande partie de son enfance. 

Quel est l’équilibre entre la maison et la route? Le foyer et l’horizon? Entre ce qui est et ce qui pourrait être?

Après des études de journalisme, c’est à la faveur d’un voyage de deux ans en Inde où elle sillonne les routes que le pouvoir de la communauté féminine et des cercles de parole se révèlent à elle. Quel meilleur moyen pour rassurer la population face aux émeutes des années 1950 – liées au système de castes –  que d’aller informer, rassurer, dissiper les rumeurs et juguler la violence? Gloria Steinem suit les membres d’un ashram de village en village et en ressort transformée.

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En attendant le jour

 

 

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Avez-vous déjà ouvert un livre de Michael Connelly? Moi pas.

Pourtant, je ne déteste pas les polars, je les aime, même, quand ils sont écrits par des femmes comme Elizabeth George ou Donna Leon.

Dans son nouveau roman, l’auteur américain a donné le rôle principal à une nouvelle héroïne, l’inspectrice René Ballard. Une motivation certaine pour entrer dans ce roman, car dans les polars, j’apprécie beaucoup les personnages féminins.

Je vais l’avouer, j’ai mis un peu de temps à entrer dans l’histoire. Forcément, il faut que tout s’installe et j’ai eu un peu de mal à gérer toutes ces différentes unités de police, les équipes de nuit qui refilent le bébé aux autres équipes le petit matin arrivant au LAPD, les caïds de l’Homocide Special, la FSD, et j’en passe. Sans compter le jargon technique dans lequel j’ai failli m’étouffer, alors que Renée Ballard et son coéquipier Jenkins avaient déjà deux affaires sur le dos!!

Evidemment, Renée Ballard est une rebelle, aussi bien dans sa vie professionnelle que dans sa vie privée, alors on devine rapidement que ses aventures vont très mal tourner… et dans ces cas-là, j’ai peur de ne pas être assez courageuse pour lire la suite. Mais je me suis accrochée et au fil des pages, et je me suis attachée à la jeune inspectrice.

L’intrigue policière est rondement menée par Michael Connelly. D’un côté, un prostitué transgenre tabassé et mutilé par un client. De l’autre une fusillade dans un club de nuit, avec six morts à la clé. 

Sur les deux affaires, Renée Ballard ne lâche pas le morceau.

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Aya

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Difficile parfois de sortir de sa zone de confort quand on a du mal à dépasser certains a priori.

Le cliché de la femme blanche qui écrit un livre sur le pays dont elle s’est éprise, en l’occurence ici l’Afrique, en se glissant dans la peau de la petite fille noire avait tout pour me déranger, alors j’ai démarré cette lecture avec une réticence palpable.

Sans m’en apercevoir, pourtant, je me suis laissée porter dès les premières pages par l’histoire de cette petite Aya, à laquelle on s’attache vite. 

Aya a perdu son perd lors d’un naufrage, sa mère n’est plus que l’ombre d’elle-même, son frère a quitté l’île de Karabane en quête d’espoir pour sa famille – elle est seule face à l’oncle Boubacar qui abuse d’elle.

Mais dans l’innocence de ses douze ans, Aya reste une petite fille presque comme les autres, joyeuse, solaire, ravissante, et amoureuse depuis toujours d’Ousmane. Et les jours où elle veut oublier son terrible secret, elle trouve abri dans le tronc creux de son arbre.

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Nina Simone love me or leave me

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Virtuosité, combat et folie. 

Les trois mots se tressent comme trois brins, serrés, pour raconter la vie de Nina Simone.

Elle n’a que trois ans et elle s’appelle encore Eunice Waymon lorsqu’elle découvre dans l’église où prêche sa mère le pouvoir qu’elle a sur l’assistance avec sa musique. Ses pieds ne touchent pas terre lorsqu’elle est assise devant l’orgue, mais elle atteint l’âme des fidèles. Son talent est un don de Dieu et elle va le travailler avec la plus grande des disciplines: Bach, une révélation divine, ancre son rythme à jamais dans son jeu.

Mais à dix ans, elle découvre aussi le pouvoir de la couleur de la peau lorsqu’au cours d’un concert, ses parents sont remisés depuis le premier rang jusqu’au fond de la salle pour céder leur place à des blancs. Ce sera le premier engagement d’Eunice contre la ségrégation, qu’elle combattra toute sa vie.

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L’échappée douce

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Une douce émotion affleure dans les pages de cette Echappée douce.

Une émotion qu’on n’imaginait pas nous gagner aussi sincèrement.

Pourquoi?

C’est un roman qui convoque l’intime profond, aux cours de quarante-huit heures décisives dans la vie d’une femme et d’un homme. 

Ce moment infime d’une vie où tout est en balance, où tout soudain peut basculer d’un côté ou de l’autre. Mais lequel? Le champ des possibles s’offre à eux.

Tout sépare Claire et Callum – leur âge, leur nationalité, leurs vies respectives.

Elle, mère de famille dans la quarantaine « mûre », artiste, terrienne, provinciale.
Lui, londonien, acteur renommé d’une série télévisée à succès dans la pleine puissance de sa jeunesse et de sa beauté.

Leur rencontre arrangée ressemble à un cliché, improbable.

Et pourtant, on sent sourdre quelque chose dans ces heures où chacun peu à peu, par la force des choses, observe, écoute, parle, se dévoile. 

Où les sensibilités se télescopent et transforment la rencontre arrangée en escapade.

Où, se rapprochant petit à petit, déambulant dans Paris qui lève ses plus inattendus secrets de ruelle en passage, de pierre d’angle en pavé, de porte en jardin caché, les fêlures se précisent, les masques tombent, les âmes et les corps s’effleurent, se tournent autour, se rapprochent.

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Sauvage

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Sauvage, définition: se dit d’une espèce animale non domestique, vivant en liberté dans la nature

Tracy vit au milieu de la nature avec son père et son frère, dans une région reculée de l’Alaska.

A dix-sept ans, elle est mue par deux passions: ses chiens de traineau, et la chasse dans la forêt, où depuis son plus jeune âge elle disparaît de longues heures.

Sa mère Hannah, décédée depuis peu, avait bien compris la nature sauvage de sa fille: contrairement à son cadet Scott, Tracy a un besoin viscéral de s’échapper, courir nus pieds dans les sentiers, et de ne faire plus qu’une avec la nature. 

A force d’observation, elle a saisi le fonctionnement précis du monde animal. 

Armée du couteau qui ne la quitte pas, elle a investi la forêt où elle pose des pièges pour capturer les proies que lui offre la nature.

Sa seule contrainte, les trois règles qu’Hannah lui demande de respecter:

– Règle numéro 1: Toujours rester en vue de la maison

– Règle numéro 2: Rentrer à la maison pour le dîner

– Règle numéro 3: ne jamais faire saigner quelqu’un

Le jour où elle se fait exclure du lycée après avoir agressé une camarade, Tracy est doublement punie par son père: non seulement elle ne peut plus entraîner ses chiens de traineau, mais en plus elle n’a plus le droit de disparaître à sa guise dans la forêt.

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Retour à Birkenau

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J’espère que vous ne pensez pas que j’ai exagéré, au moins?

C’est ainsi que Ginette Kolinka conclut son témoignage dans Retour à Birkenau, soixante-quinze ans après avoir été déportée à Birkenau.

Un témoignage plus que jamais nécessaire, à l’heure où un français sur dix (UN SUR DIX!!) affirme  ne pas avoir entendu parler de la Shoah. Comment est-ce même imaginable?

La journaliste Marion Ruggieri a recueilli les mots de Ginette Kolinka, mais c’est bien elle qu’on écoute en lisant ces lignes, une femme de quatre-vingt-quatorze ans revenue des camps de la mort qui a survécu à l’inimaginable – tellement inimaginable qu’à l’instar de la plus grande majorité des déportés elle a choisi de se taire à son retour.

J’ai eu cette chance de revenir et de reprendre une vie normale, et d’être heureuse. Il ne faut pas être trop intelligent dans la vie. Si vous êtes trop intelligent, si vous réfléchissez trop… Moi, je ne réfléchis pas, les choses arrivent, ce n’est pas moi qui décide.

Ginette Kolinka se livre avec une émotion décuplée par l’humilité de son récit. 

Son histoire, c’est celle de millions de juifs, et pourtant son histoire est unique, comme elle est unique à chacun. 

Unique à chaque individu que les nazis ont tenté de déshumaniser, en lui enlevant tout, ses biens personnels, ses vêtements, ses cheveux, et en le tatouant comme une bête, pour le parquer ensuite avec d’autres bêtes.

Les souvenirs de Ginette Kolinka ressurgissent – d’autres sont définitivement envolés.

Celui de son père et de son petit frère aussi, mais la terrible culpabilité de les avoir envoyés vers le camion pour leur épargner une fatigue supplémentaire sans imaginer que le camion les conduirait à la mort, elle, reste.

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Grace

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Depuis bien longtemps je n’avais ressenti un ennui aussi profond au cours d’une lecture.

J’ai bien conscience du côté presque blasphématoire de mon propos:  comment être insensible à ce roman de Paul Lynch, encensé par la critique à sa sortie, et qui narre l’histoire de Grace, une jeune fille de quatorze ans que sa mère envoie gagner de quoi survivre à la terrible famine qui sévit en Irlande en cette année 1845? 

Du jour au lendemain, le cheveu coupé court à la lame émoussée du couteau, affublée de vêtements de garçon, Grace doit partir et parcourir les routes sombres, dangereuses et froides, avec cette horrible faim qui tiraille le ventre. 

C’est le chemin vers l’enfer qui commence dans la tourbe et sous le ciel bas, pour essayer de gagner de quoi survivre à cette apocalypse, où partout errent les ombres fantomatiques de ceux qui n’ont plus rien, corps décharnés en haillons.

Comment survivre à cet enfer, tout comme les millions d’habitants du pays, alors que récolte après récolte, le fléau divin continue de s’abattre sur les champs?

On suit jour après jour Grace, de petits boulots en rencontres qui pendant quatre ans vont jalonner son parcours, de situations dramatiques en toutes petites lueurs d’espoir.

Il paraît tellement dérisoire, l’espoir, quand un pays est dans la totale incapacité de nourrir son peuple, qu’un million de personnes mourront de faim et de misère, et qu’un autre million et demi quittera le pays pour essayer de survivre ailleurs.

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Au péril de la mer

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Autour de lui, les sables sont mouvants et la mer, dit-on, remonte à la vitesse d’un cheval au galop.. mais le rocher reste campé au milieu de la baie, immuable et fier.

Depuis plus de dix siècles, son abbaye a résisté à tout, aux invasions, aux éboulements, aux incendies dont elle est sortie toujours plus grande et plus fière, sous la protection de l’archange Saint-Michel.

Le Mont-Saint-Michel, Dominique Fortier en est tombé littéralement amoureuse à l’âge de treize ans, jeune québécoise venue alors passer ses vacances en France, et l’idée du Mont ne l’a plus quittée, jusqu’à écrire cet ouvrage singulier et étrangement poétique, deux univers qui se rejoignent, le présent sous forme de carnet d’écriture de l’auteure, et le passé sous la forme d’un roman historique.

Le plus difficile, en essayant d’écrire le passé, ce n’est pas de tenter de retrouver la science, la foi ou les légendes perdues, de faire ressurgir les gargouilles et les tailleurs de pierre; c’est d’oublier le monde tel qu’on le connaît; c’est, dans ce monde d’aujourd’hui d’effacer tout ce qui n’était pas encore, tout ce qui existait mais échappait à la vue ou à l’entendement. Comment se priver de la moitié de ce que l’on connaît sans tout à coup avoir l’impression de devenir à moitié sourd et à demi aveugle? Comment oublier l’odeur du tabac, le goût du chocolat et le rouge de la tomate, comment ne pas voir sur toutes les tables un trou en forme de pomme de terre?

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Le sport des rois

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Quelle dose d’audace, ou d’insouciance, faut-il à une jeune auteure pour débuter l’écriture d’un tel roman?

Comment a-t-on pu acquérir autant d’expérience de vie, à peine passé trente ans, pour avoir la maturité de mener à terme, et de façon aussi maîtrisée, un roman d’une telle envergure?

Ces questions me taraudent depuis que j’ai refermé Le sport des rois sur sa six-cent-quarante-septième page…

Il faut s’armer de temps pour s’accaparer ce roman dense et fouillé. Trouver le moment où son poids entre vos mains ne se sentira plus, où ses six-cent-quarante-sept pages de (presque) papier bible ne vous paraîtront pas insurmontables. Le sport des rois est un roman qui se mérite, ni plus ni moins. Car il vous fait voyager à travers trois générations de Forge enracinés à cette terre du Kentucky où Samuel, l’ancêtre de la famille, a établi le domaine familial quelques deux-cents ans plus tôt. 

Jusqu’où peut-on courir pour échapper à son père ?

Interroge le roman dès sa première page. 

Et c’est toute l’histoire de ces Forge, qui se trouve ainsi résumée: ainsi, Henry va-t-il courir pour échapper à John Henry toujours prompt à punir et à humilier le jeune fils fougueux bien décidé à transformer l’exploitation agricole en écurie de renom pour mettre au monde le pure-sang le plus parfaitement abouti, celui qui se distinguera entre toutes dans les courses hippiques, le sport des rois. 

Puis Henrietta, celle qui vient enrayer cette lignée d’hommes Forge, va elle aussi s’affranchir pour échapper à son père Henry. Pas pour fuir le domaine ni les chevaux, non, leur cause lui est acquise – mais fuir l’imposante et odieuse présente du père, l’histoire familiale qui se répète sans fin, le racisme et la haine qui sont l’ADN de la famille, et sont autant de chaînes qui l’entravent comme celles qui ont assujetti les esclaves de sa famille.

C’est d’un de ces esclaves que descend Allmon Shaughnessy, de l’autre côté du miroir que C.E. Morgan va explorer dans son roman. Jeune garçon métis de Cincinnati, abandonné par son père blanc, la mort de son grand-père et la maladie de sa mère vont le précipiter dans la délinquance et l’emmener plusieurs années en prison. A sa sortie, engagé par Henrietta comme groom il entre au domaine des Forge. 

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