
Elles s’entrecroisent dans le récit: trois voix. Ou sont-elles, peut-être, quatre?
Une gueule cassée
une femme désespérée
et une maladroite
Blaise, Alexandrine, et la petite bonne – interchangeable, comme toutes celles de sa condition, elle n’a pas besoin d’avoir de nom. Ce sera juste la bonne, la petite bonne, la bonniche. Celle parmi celles qui triment à frotter, du lundi au samedi, d’une maison à l’autre.
Parmi ceux chez qui elle balaie et récure, il y a les Daniel. Un couple de bourgeois, condamné au huis clos de la maison depuis que la guerre a cassé la gueule à Monsieur – pas seulement la gueule, mais aussi les jambes, et les bras. Monsieur, Blaise, est un homme fracassé, auquel seule la musique, de façon fugace, donne de l’espoir – avant de le reprendre. Monsieur était pianiste.
Lorsque Madame (transformée depuis la guerre en infirmière dévouée, aimante, qui jamais ne saurait se plaindre de son sort) accepte enfin de partir un week-end à la campagne, elle confie Monsieur à la petite bonne – les deux vont se jauger, se mesurer l’un à l’autre, jusqu’à ce qu’une étrange intimité naisse entre eux.
Avec elle, rien ne fonctionne de ses poses habituelles. Il n’est ni invalide, ni misérable, ni victime. Juste un homme
Mais ce qui se joue entre eux est ailleurs, une demande inimaginable à laquelle fait peut-être écho cette autre voix, « la quatrième »- Bérénice Pichat joue tout en subtilité sa partition, réussit à nous surprendre tant sur le fond que sur la forme – la prose élégante, pour Monsieur et Madame. Le souffle du vers libre pour la petite bonne, qui nous entraîne dans le tumulte de ses pensées.
Mais que ce soit la prose ou le vers, nous sommes au plus près, au plus intime des pensées, et de l’humanité des personnages.
Un premier roman tout en tension, aussi beau qu’original, et chargé d’émotion.
Titre: La petite bonne
Auteur: Bérénice Pichat
Editeur: Les Avrils
Parution: août 2024
Une réflexion sur “La petite bonne”