Je pleure encore la beauté du monde

Couverture du livre Je pleure encore la beauté du monde

Inti Flynn a grandi avec sa sœur jumelle entre le Canada et l’Australie. La jeune femme, éduquée en symbiose avec la nature, a décidé de consacrer sa vie aux loups. 

Devenue une biologiste aguerrie, elle vient d’arriver en Ecosse, au coeur des Cairngorms, dans les Highlands. Dans ces paysages de montagnes et de landes, la mission Cairngorms Wolf Project va réintroduire les loups pour réensauvager la région – sans prédateurs, les innombrables cervidés ont dénudé les terres sans laisser leur chance à la moindre pousse, réduisant à néant les forêts.

Le projet est évidemment mal accueilli – la peur du loup est ancestrale, dans cette région d’élevage où vaches et moutons paissent librement. Et la forte personnalité d’Inti ne tarde pas à déplaire.

Elle se voue corps et âme à sa mission, malgré les ennemis qui ne tardent pas à s’opposer à elle et à s’en prendre aux meutes lâchées dans différents point du territoire.

Parmi ses ennemis, le fermier Stuart Burns cherche tous les moyens de l’intimider depuis qu’elle a osé l’interpeller sur ce que tout le monde tait : il bat sa femme.

Sous ses dehors de dure à cuire, Inti est une jeune femme ultra sensible – elle souffre de synesthésie visuo-tactile, qui lui fait ressentir dans sa chair tout ce qu’elle voit les autres subir. Le bon comme le mauvais. Cette maladie la rend vulnérable depuis toujours, et elle est aujourd’hui une personne meurtrie par la somme de ses expériences passées.

Bientôt, Inti se trouve mêlée à une mort suspecte, dont on pourrait accuser ses loups et elle va prendre une décision qui pourrait mettre en péril sa mission.

Peut-elle faire confiance à ce drôle de flic estropié, Duncan MacTavish, qui semble autant vouloir la protéger que lui cacher des choses?

Une nouvelle fois, je sors bouleversée d’un roman de Charlotte McConaghy. 

« Je pleure encore la beauté du monde » est le manifeste vibrant d’une autrice que l’on sent charnellement habitée par son engagement écologique. Le rythme haletant qu’elle insuffle à l’histoire porte une narratrice tantôt puissante tantôt fragile, tandis que la nature s’exalte sous sa plume et que les loups prennent vie.

Comme dans « Migrations » on se sent désarmé face à ces personnages aussi marginaux que charismatiques, et on se trouve immergé dans une nature magistrale de présence – j’ai retrouvé la beauté unique des Cairngorms. 

Cairngorms, avril 2024 (photo personnelle)

« Migrations » a été pour moi une déflagration lorsque je l’ai lu, et ce second roman, qui reprend un peu le même schéma, le même type de personnages, m’a moins surprise. Mais il m’a pourtant conquise par son incandescence, ce qu’il dit de notre monde, de l’espoir qu’il faut garder, et de sa beauté qui doit continuer de nous émerveiller.

Traduction: Marie CHABIN

Titre: Je pleure encore la beauté du monde

Auteur: Charlotte McConaghy

Editeur: Actes Sud

Parution poche: 7 janvier 2026

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