Quel monstre habite tes rêves, John? Quels sont tes cauchemars? C’est là-dessus que tu dois écrire, c’est là qu’il faut chercher
1816 – Mary passe l’été en Suisse avec son futur mari et père de son fils William, le poète Percy Shelley. Ils sont accompagnés de Claire, la demi-soeur de Mary, et partagent la compagnie de Lord Byron et de John Polidori, médecin et écrivain.
Dans une atmosphère à l’apparence joyeuse et aux moeurs légères, Mary traverse pourtant des moments difficiles: à côté du bonheur que lui procure son bébé, elle ne peut oublier la mort de sa petite fille quelques mois plus tôt.
Les amis enivrés de vin additionné de laudanum, passent leurs journées dans un état second. Ils écrivent et lisent, et aiment se raconter des histoires – ils vont décider d’écrire leurs propres histoires d’épouvante.
Mary, elle, voit s’esquisser son récit « Son histoire portera sur ce qu’il y a de plus angoissant. Le désir, la perte, le chagrin. (…) L’idée est là, depuis longtemps déjà ».
Je rêvais d’une suite, Santiago Posteguillo l’a écrite!
Et quelle suite: c’est Dallas sous la Rome antique!
Julia Domna (160-217 ap. JC) est l’épouse de Septime Sévère, proclamé empereur romain après maints déchirements et maintes batailles. Gouverneur, grand chef d’armée, Septime n’en serait jamais arrivé là sans son ambitieuse femme, fine stratège et esprit brillant. Ce n’est pas pour rien qu’elle a été honorée du titre de mater castrorum : mère des armées, de la patrie, de l’Empire.
Dans ce second volume, nous retrouvons Julia, toujours prête à mener de nouveaux combats pour maintenir le pouvoir au sein de la dynastie qu’elle a fondée: elle a donné deux héritiers à Septime, deux césars, qui sont entrés en concurrence pour le trône dès le plus jeune âge.
La famille continue à parcourir l’empire, à repousser ses frontières, à conquérir de nouveaux territoires, grâce à la symbiose de ce couple impérial. Avec son acuité, Julia manoeuvre pour se rallier des soutiens et neutraliser les ennemis, mais certains sont plus coriaces que d’autres.
Les femmes à à avoir été effacées de l’Histoire, sont nombreuses, alors que depuis la nuit des temps elles œuvrent à la grande marche du monde. Mais voilà, une histoire écrite par les hommes a préféré retenir n’en retenir que les hommes qui l’ont soit disant faite…
Santiago Posteguillo, actuellement l’un des plus grands auteurs espagnols de romans historiques, a décidé de sortir de l’ombre l’une d’elle: une personnalité hors normes, qui a joué un rôle capital dans le maintien de l’empire romain. C’est l’impératrice Julia Domna. En découvrant son incroyable destin, vous ne verrez plus jamais l’histoire de Rome de la même façon!
Rome, 192 après JC. Julia n’est encore que la femme du gouverneur Septime Sévère, envoyé du côté du Danube avec ses légions, quand l’empereur Commode met Rome à feu et à sang – il retient en otages dans la ville les femmes de ses gouverneurs, pour prévenir toute rébellion. Mais Commode le sanguinaire est assassiné.
Julia, profitant de la confusion qui règne, va en profiter pour rejoindre Septime avec ses deux jeunes fils.
Attention, voici une nouvelle voix de la littérature anglaise, et on n’a pas fini d’en entendre parler. Cette nouvelle voix, c’est celle de Chloë Ashby, que l’on découvre dans un premier roman moderne, libre, profond et vibrant.
Chaque semaine, Eve a rendez-vous au musée Courtauld avec Suzon, salle six. Suzon est la serveuse du tableau « Un bar aux Folies Bergère », d’Édouard Manet. Entre elles deux, un dialogue pas si silencieux que ça s’est construit, où Eve se réfugie.
Eve vit de petits boulots, loue une chambre dans l’appartement miteux d’un couple qui semble l’avoir prise sous son aile – Eve y est un peu comme le coucou qui grandit dans un nid qui n’est pas le sien, nourrie par des parents de substitution, Bill et Karina, qui lui passent toutes ses frasques.
A vrai dire, Eve n’a pas vraiment de parents – elle ne voit plus son père alcoolique, et sa mère les a abandonnés quand elle avait 5 ans. Eve tente de surmonter la perte de son amie Grace, qui ankylose sa vie depuis 5 ans – et un jour, tout par à vau l’eau dans le restaurant où elle travaille, à cause d’une main trop baladeuse. Eve rend son tablier – bientôt, une petite annonce va donner une nouvelle direction à sa vie: Eve devient modèle vivant dans un atelier de dessin. Chaque semaine, elle va poser nue sur une estrade, enchaînant les poses devant les élèves et le prof de dessin. De nouvelles relations se nouent, de nouveaux petits boulots s’offrent à elle. Mais le jour où Suzon manque à l’appel, partie pour un accrochage de plusieurs semaines au musée d’Orsay, Eve s’écroule. Et l’édifice fragile qu’elle était en train de reconstruire pourrait s’effondrer avec elle…
Mais, dans le chaos de la vie d’Eve, Chloë Ashby fait jaillir de la lumière, de la douceur, de l’espoir. Il y a l’amitié d’Annie et de sa petite Molly, et la possibilité d’un amour sincère et bienveillant avec Max, son ami d’enfance. Et le pouvoir de l’art – dans toute sa dimension, tant blessante que salvatrice.
Revoici Emma Cline dans toute sa troublante splendeur, la plume aiguisée pour mieux trancher à vif dans le plat des eaux tranquilles de Long Island.
C’est à travers un de ces personnages dérangeants dont elle a le secret que le malaise éclot dès les premières pages: Alex, une jeune femme de 22 ans, s’est posée le temps d’un été dans la maison de Simon, se laissant entretenir par cet homme distant en échange de sa présence silencieuse et de ses faveurs sexuelles.
Alex représentait une sorte de meuble social inerte: seule sa présence était requise, aux dimensions et aux formes d’une jeune femme
Elle a fui New York, virée d’une colocation dont elle ne payait pas le loyer, et harcelée par un certain Dom, client qu’elle a escroqué.
Jour après jour, Alex erre entre la plage et la maison de Simon, revêt les robes précieuses qu’il lui a offertes, jusqu’à cette soirée où elle commet un faux pas. Alex est renvoyée sans appel, raccompagnée à la gare où elle prendra le prochain train pour New York.
Mais à quoi bon rentrer, puisqu’elle n’a plus de toit, et aucune perspective?
Alors Alex décide de rester jusqu’au Labour Day, dans cinq jours – elle compte bien assister à la fête que donnera Simon, persuadée qu’il sera heureux de la revoir.
Pendant cinq jours, dans un compte à rebours vers cette soirée, elle va errer avec un objectif: où dormir?
Jusqu’où ira Maggie O’Farrell? A chaque nouveau roman, elle place la barre toujours plus haut.
Dix romans depuis l’an 2000, et un talent qui ne cesse de grandir, de mûrir, de gagner en surprise, en puissance, en magnificence.
Avec Hamnet, elle s’était essayée avec succès à son premier roman historique, elle s’y installe avec maestria à travers « Le Portrait de mariage », qui est un énorme coup de cœur, de ces coups de cœur qui me suivent des jours et des jours, tant je ne cesse de ressasser l’histoire et ses rebondissements, et tant je ne cesse réfléchir au travail d’écriture et de création littéraire de Maggie O.
Elle nous emmène à Florence, au XVIe siècle, au cœur des légendes de la famille de Médicis.
La jeune Lucrèce a été mariée au duc de Ferrare, Alfonso II d’Este – elle n’a que 12 ans lorsque le mariage est conclu avec le duc qui en a alors 24, remplaçant au débotté la fiancée morte prématurément, sa soeur Maria… Lucrèce est l’enfant du milieu d’une grande fratrie, solitaire, étrange, à l’imagination féconde et à la sensibilité extrême. Trois ans plus tard, au terme d’une journée de mariage opulente, la nouvelle duchesse de Ferrare quitte Florence pour sa nouvelle vie d’épouse. Et de future mère. Elle est la fille de la « Fecundissima », et son époux place tous ses espoirs en elle.
Un an plus tard, elle mourra…
C’est dans ce compte à rebours vers une mort qu’elle sent venir de la main de son mari, un homme particulièrement violent, que nous faisons connaissance avec la jeune fille, aux prises avec les humeurs bipolaires d’Alfonso d’Este.
Au contact de l’eau salée sur la peau de sa main, sa colère s’envole comme les nuages s’écartent pour laisser place aux rayons du soleil. La fureur sur son visage s’efface, remplacée par une expression d’indulgence. Son autre main se lève pour épouser sa joue. Il essuie ses larmes du bout de son pouce. Il semble être redevenu lui-même, tout à coup, comme s’il était inexplicablement métamorphosé, l’espace d’un moment, en un monstre irascible, acharné, caché dans un corps d’homme, un diable en col et manchettes. Mais à présent, la bête est partie: Alfonso est revenu.
Bienvenue à Rome, capitale des rivalités intestines et des ragots mondains.
En cette seconde moitié de XVIe siècle, la jeune Clelia, fille illégitime du cardinal Alexandre Farnèse, fait son entrée dans la société en épousant, à 14 ans, Giovan Giorgio Cesarini, à la fois gonfalonier du pape et héritier en vue de la jeunesse dorée romaine. Avec Fernando de Médicis, meilleur ami de Cesarini, les trois jeunes gens vont bientôt former une trio très en vue, s’exposant aux plus viles rumeurs colportées à travers les avvisi, sorte de Closer de la Renaissance. Clelia est une jeune fille espiègle qui aime sortir, s’amuser et séduire, mais elle est soumise au regard permanent des menanti qui épient ses moindres faits et gestes. Malgré le contrôle rapproché de sa gouvernante et de son père, le Grand Cardinal, grand ennemi des Médicis, Clelia se laisse séduire par Fernando de Médicis. Son studiolo des jardins de la villa Médicis, le Pavillon des oiseaux aux fresques peintes par Zucchi, abritera la fougueuse relation adultère – mais n’empêchera pas les ragots de continuer.
Qui aurait pu prédire que ce gamin livré à lui-même serait sacré, en 1461, meilleur peintre de Toscane? Qui aurait imaginé que la noblesse s’arracherait un jour ce petit va-nu-pieds repoussant? Qu’il ouvrirait un des ateliers les plus florissants, mieux, qu’il oeuvrerait à la reconnaissance des peintres en imposant de se faire payer pour leur talent et non plus seulement pour leur travail?
Cosme de Médicis, sûrement.
Le fils de banquier et mécène florentin le débusque un jour de 1414 – l’enfant en haillons aux pieds recouverts de corne l’éblouit par le dessin qu’il a réalisé à même le sol d’une ruelle. Il a découvert Filippo Lippi, qu’il met entre les mains d’un maître encore inconnu, Guido di Pietro, futur Fra Angelico. C’est lui qui le formera aux pigments et à la peinture, tandis que le couvent des carmes se chargera de son éducation et le fera moine. Si Lippi fait découvrir à son maître le chemin sacré de la foi, lui-même n’a surtout foi qu’en son propre plaisir, partagé avec les prostituées des bordels de la ville.
Mais il se révèle un génie, qui va travailler avec les meilleurs, et entre deux fresques, enchaîner les frasques…
Le bouillonnant Lippi aime les femmes, aime la fête, ne tient pas souvent parole, provoque, suscite la malveillance, mais il continue à séduire par son art. Et puis, il y a ce jour où il rencontre l’amour en la Vierge Marie… ou plutôt son modèle, une jeune nonne du couvent de Prato.
Embochée… C’est ce qu’ils pensent tous d’elle, ce 16 août 1944, lorsqu’ils viennent l’arrêter chez elle. L’embochée aura la tête rasée, comme toutes celles qui ont couché avec l’ennemi. On appelle ça la « collaboration horizontale ».
Parmi toutes celles qui ont subi cette humiliation publicue, elle est celle dont on se souviendra – immortalisée par la photo de Robert Capa dans les rues de Chartres, tandis qu’elle est traînée avec son bébé dans les bras.
photo Robert Capa
Julie Héraclès a imaginé l’histoire de Simone, il n’est pas question ici de comparer le roman à la réalité. Simone Touseau, la vraie, laisse place à Simone Grivise, personnage de roman.
Cette Simone-là est une fille qui a choisi le mauvais camp, celui de l’ennemi.
Issue d’un milieu modeste, c’est une lycéenne brillante qui s’illustre dans toutes les matières, et particulièrement en allemand – lorsque la guerre éclate, Simone est fascinée par la grandeur de l’Allemagne et aveuglée par l’idéal du national-socialisme. Elle comprend à peine la fuite de son amie Colette et de sa famille, juive. Simone a foi en Pétain, en l’Armistice, et en cette France qui va bénéficier, c’est certain, de la grandeur allemande. Son bac en poche, elle propose ses services de traductrice à la Feldkommandantur de Chartres, où elle va se rapprocher d’un jeune lieutenant bibliothécaire, Otto Weiss.
Simone, comme toutes les jeunes filles de son âge, rêve d’amour – et après une amère déception, la cour discrète du jeune lieutenant lui redonne foi en la vie.
Les activités de Simone auprès de l’ennemi sont déjà très mal vues de son voisinage, et sa relation avec le lieutenant Weiss risque de la compromettre davantage. Mais Simone en est sûre, la gloire de l’Allemagne donnera raison à son histoire…
C’est un point de vue inhabituel que nous propose Julie Héraclès en choisissant de raconter cette histoire. Car elle choisit de nous faire éprouver de l’empathie pour une jeune et naïve sympathisante française du régime allemand, sujet délicat et dérangeant, surtout lorsqu’en se renseignant davantage on découvre que la vraie Simone était une partisane du nazisme.
Démarrer la lecture d’un roman, c’est un peu comme contempler le bloc de marbre du sculpteur: on ne sait pas quelles promesses il contient ou saura tenir – pour peu qu’une fissure se cache dans la pierre, le succès sera compromis.
Point de fissure dans le bloc sculpté par Jean-Baptiste Andrea, c’est plutôt une pépite que l’on trouve au coeur de son marbre littéraire.
Dans un monastère du Piémont, un homme est sur le point de mourir. Depuis plus de quarante ans qu’il s’y est soustrait au monde, il n’a pas prononcé ses voeux, et détient le mystérieux secret de la Pietà qu’il a sculptée, une statue à l’étrange pouvoir.
De son arrivée en Italie, encore enfant pendant la guerre, à la consécration de son talent de sculpteur jusqu’à sa chute, nous allons suivre l’histoire de Michelangelo Vitaliani.