
Rut et Gorm ont déjà construit des vies bien denses lorsqu’ils se retrouvent un jour des années 1980. Dans le Nordland, où ils ont grandi, ces deux-là sont tombés amoureux lorsqu’ils étaient enfants, mais jusque là, leurs rencontres ont été des rendez-vous manqués. Ils ont vécu des mariages, des naissances, la douleur des deuils, et un jour, leurs vies sont enfin prêtes à fusionner.
Rut est une peintre reconnue, installée depuis peu à Oslo après avoir vécu auprès de son agent tyrannique à Berlin. Gorm vit toujours dans le nord de la Norvège, où il dirige par devoir la société familiale.
Dans « Mon autre », Herbjørg Wassmo nous invite à suivre au long cours une histoire d’amour entre deux âmes sœurs – une histoire façonnée par le vécu de chacun, leurs drames personnels, leurs doutes et leurs espoirs.
Ainsi, Gorm va-t-il prendre des décisions drastiques pour vivre la vie à laquelle il aspirait – un idéal sacrifié sur l’autel de l’héritage paternel. A Oslo, il va reprendre des études de lettres et surtout rejoindre Rut. Une nouvelle vie où où l’on apprend que la relation à l’autre se construit jour après jour, année après année.
C’est ce que H.Wassmo décrit si finement, à travers ces deux personnes à la symétrie parfaite – leurs deuils personnels, leurs vies « d’avant » – tout se répond. L’un utilise les mots, l’autre la peinture – l’art est la matière brute du roman, où les couleurs font ressortir les mots. L’écrivaine écrit comme Rut peint ses tableaux, avec beaucoup de bleu (une chaude voix est soudain « bleutée d’une once de mélancolie», une ombre ou une heure sont bleues), pose des aplats de rose, de mauve et de rouge sur ses phrases – jusqu’au blanc titane de la douleur.
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