Edmonde

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C’est son image un brin austère, cheveux tirés en un gros chignon, clips aux oreilles, tailleur Chanel et lavallière, que les plus de trente ans ont probablement encore en mémoire, un physique entre celui de Simone Veil et celui de Simone de Beauvoir. 

Mais un prénom bien à elle, et une personnalité qui lui fait appartenir à ce clan des plus grandes dames françaises du vingtième siècle: Edmonde Charles-Roux.

Que sait-on encore sur elle sans sonder internet? Ecrivaine et journaliste, épouse de Gaston Defferre, oui.

 Pour le reste, on pâlit devant l’immensité de cette carrière que Wikipédia fait défiler sous nos yeux, auréolée de prix (Goncourt 1966 pour Oublier Palerme) et de décorations (Croix de Guerre, Commandeur de la Légion d’honneur,…).

La première partie de sa biographie laisse une large part à celle qui fut une femme engagée dans la seconde guerre mondiale.

Et c’est justement à celle-ci que Dominique de Saint-Pern consacre son dernier roman, Edmonde

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Née en 1920 et dernière d’une fratrie de trois, Edmonde a grandi dans le faste « des palais, des fêtes, de l’opulence » – biberonnée à l’art de la diplomatie à travers l’Europe où toute la famille suit le chef de famille, élevée dans plusieurs langues, Edmonde est une jeune fille bien née. 

La guerre pourtant éclate et fait voler en morceaux tout ce en quoi la famille était attachée: la République (un temps dévoué au régime de Vichy, le père finit par s’en éloigner), la cellule familiale (sa soeur Cyprienne mariée à un fasciste et est la maîtresse Gaelazzo Ciano, gendre de Mussolini ne peut quitter l’Italie) et l’amour (son fiancé italien Camillo Caetani est tué sur le front en Albanie).

Edmonde, sportive, sûre d’elle, affranchie, s’engage comme infirmière ambulancière auprès de la légion étrangère, mais blessée à Verdun, elle rentre au bercail, se partageant entre Paris et la maison familiale de Marseille. 

Elle continue à fréquenter le microcosme intellectuel, artistique et aristocratique, tout en usant de la diplomatie qui est chez elle une seconde nature pour venir au secours des uns et renseigner les autres. 

Rebelle, confiante, séduisante aussi – tous les atouts pour s’engager dans la Résistance, puis se faire remarquer par le maréchal de Lattre de Tassigny qui la prend sous ses ordres.

C’est cette période courant de 1938 à 1945 qui fait l’objet de ce roman extrêmement documenté – des extraits de lettres et photos familiales viennent ponctuer un récit très vivant, où la personnalité exceptionnelle d’Edmond Charles-Roux nous fascine.

Le début du roman, où l’on découvre Edmonde âgée, qui se penche sur les archives familiales, est particulièrement réussi. L’aspect politique du roman est dense, mais parfaitement maîtrisé par Dominique de Saint-Pern. 

On assiste au fil des pages à l’émergence d’une des plus grandes figures féminines et féministes, encouragée par son milieu et son ascendance hors-norme. 

(…) J’ai des quantités de documents, un journal de bord de la guerre, de la retraite à travers la France, de la défaite, du séjour de deux mois à Vichy, ensuite de l’Occupation à Marseille qui a été terrible, la destruction du Vieux-Port, que j’ai exploitée d’ailleurs dans un petit ouvrage. Ensuite l’entrée au cabinet du maréchal de Lattre et la campagne de France.Tout ça, je l’ai écrit, donc j’avais déjà une nécessité d’écrire. Je ne le fais pas paraître, je le garde pour plus tard. Je ne crois pas qu’il faille tout publier. Les écrivains ne sont pas comme des poules dont tous les oeufs doivent être mangés à la coque le lendemain matin, je crois qu’il faut attendre

(Radioscopie de Jacques Chancel, 26 novembre 1979)

Rompue depuis toute petite à la politique et à la diplomatie, éduquée et non remisée aux travaux de jeune fille rangée, consciente d’une féminité et habillée d’une élégance transmise par une mère mondaine, sportive multi talentueuse, épaulée du meilleur réseau des hautes sphères intellectuelles et diplomatiques dans lesquelles elle était toute à son aise, Edmonde Charles-Roux a su capitaliser sur ses nombreux atouts. 

Et cette période aussi difficile qu’intense aura surtout auguré de la naissance d’une future grande écrivaine

Pour la petite histoire, Edmonde Charles-Roux tient son prénom d’Edmond Rostand, grand ami de sa grand-mère.

★ ★ ★ ★ ☆

Titre: Edmonde

Auteur: Dominique de Saint-Pern

Editeur: Stock

Parution: 2019

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