Betty

Betty Tiffany Mc Daniel Gallmeister

C’est un sacré pari, pour un éditeur: publier un roman de 716 pages en septembre – un bon gros pavé bien lourd alors qu’on sait que les lecteurs auront plutôt envie de papillonner d’une nouvelle sortie littéraire à une autre.

C’est le pari de la foi en ses lecteurs, et surtout de la foi en un livre.

Au premier abord, 716 pages, c’est un peu long. L’éditeur n’aurait-il pas eu intérêt à réduire le texte, me suis-je demandé à plusieurs reprises? Mais au final, tout y est si intense, si magique, si poétique, qu’il eût été impossible d’enlever quoi que ce soit.

Car Betty est une ode à la force vitale de la nature qui nous nourrit, et nous façonne. Une ode sublime à l’amour qui nous construit et nous arme pour la vie.

C’est le vibrant hommage que Tiffany Mc Daniel a écrit pour sa mère, cette petite Betty Carpenter  Cherokee par son père, blanche par sa mère. 

Comment se construire dans une communauté rétrograde de l’Ohio quand on ne voit en vous qu’une petite indienne à la peau noire et qu’on vit dans une famille aussi pauvre que marginale, sur laquelle plane la malédiction d’une maison hantée? Avec l’amour d’un père qui invente pour vous des légendes qui font grandir en vous nourrissant de la force magique et ancestrale de la nature.

 Quand je lisais les livres que j’empruntais à la bibliothèque, je pensais que mon père – comme les histoires que ces livres racontaient – était né de l’esprit de ces écrivains. Je croyais que le Grand Créateur avait expédié ces écrivains sur la lune, portés par les ailes d’oiseaux-tonnerre, et leur avait dit de m’écrire un père. Des écrivains tels que Mary Shelley, qui avaient donné à mon père une compréhension gothique pour la tendresse de tous les monstres.

Agatha Christie avait créé le mystère qui habitait mon père et Edgar Allan Poe avait conçu pour lui l’obscurité de manière à ce qu’il puisse s’élever jusqu’au vol du corbeau. William Shakespeare avait écrit pour lui un coeur de Roméo en même temps que Susan Fenimore Cooper lui avait imaginé une proximité avec la nature et le désir d’un paradis à retrouver (…) 

On dit d’elle que c’est une sorcière. Peut-être…

Elle a hérité des yeux de son père et de la souffrance de sa mère.

Et quand l’héritage familial et le poids des secrets devient trop lourd à porter, Betty écrit ces histoires sur des feuilles de papier qu’elle glisse dans des bocaux qu’elle enterre, les uns à côté des autres, confiant ses secrets à la terre sacrée jusqu’au jour où elle pourra les révéler.

Auprès de sa fratrie, Betty découvre le mystère des liens du sang et apprend la combattivité pour résister aux injustices familiales, racistes et sexistes qui tuent l’innocence, elle est fille, soeur, femme dans l’Amérique conservatrice des années 1960. 

Chaque page est emplie de poésie, de spiritualité et d’une émotion intense, guidée par l’écriture époustouflante de Tiffany Mc Daniel, qui transmet le caractère sacré de ses racines indiennes à un récit d’une puissance narrative hors norme.

« Betty » replace la nature au centre de la vie, et sa force nous saisit, tandis que le destin des personnages auxquels elle donne vie nous hante. Il sera difficile d’oublier ce roman. Son éditeur a eu raison d’avoir foi en sa beauté absolue et incontestable.

Traduction de François Happe

Titre: Betty

Auteur: Tiffany McDaniel

Editeur: Gallmeister

Parution: Août 2020

2 réflexions sur “Betty

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