Les jardins de Torcello

couverture du livre Les jardins de Torcello, de Claudie Gallay

Jess a 25 ans, et elle vit depuis quelques mois à Venise – à la mort de madame Barnes, elle s’est installée dans son appartement, à la demande de son fils Pietro, à qui elle rend divers services. 

De ses déambulations, elle a rassemblé nombre d’anecdotes sur la cité lacustre, et s’est improvisée guide touristique. Lorsque PIetro Barnes met l’appartement en vente, Jess est contrainte de chercher un nouveau logement, et des sources de revenus supplémentaires. Sur ses recommandations, elle contacte Maxence Darsène, un avocat pénaliste, pour qui elle va effectuer de menus travaux. 

Darsène vit sur l’île de Torcello, qui fut habitée bien avant Venise, et s’est vidée de ses habitants lorsqu’elle s’est envasée. Il y a acheté la ferme d’un ancien monastère: là, il vit avec son compagnon Colin, et l’ombrageux Elio, homme à tout faire au passé mystérieux. Entre deux plaidoiries, épaulé d’Elio, Maxence consacre son énergie à la reconstitution des jardins du monastère.

Patiente, curieuse, observatrice, attentive aux animaux de Maxence, Jess se fait petit à petit une place discrète au sein de l’étrange maisonnée, témoin des souffrances autant physiques que psychologiques de Maxence, et de ses disputes avec Colin. Dans des silences où se disent tant de choses, une étonnante amitié va naître entre l’homme mûr, fatigué par les épreuves de la vie, et la jeune femme qui elle, n’en est qu’aux prémices de la sienne.

Dans son carnet, Jess écrit les instants fugaces, ses observations, des petits riens qu’elle collectionne comme des jolis cailloux qu’on ramasse – le roman est à cette image, contemplatif, doux, introspectif.

Venise, dont le coeur vibre au rythme de la Biennale, y est omniprésente, de jour, de nuit. On serpente les canaux et la lagune en vaporetto, on remonte les Zaterre, on passe de ruelle en campo, et finalement on retrouve le calme à Torcello, où la nature marécageuse a repris ses droits.

Et puis il y a ces personnages, si vivants, merveilleusement incarnés, avec ces failles qui les rendent attachants.

« Les jardins de Torcello », c’est ce genre de sublime pépite que l’on veut lire lentement, pour absorber la beauté du texte à la fois simple et ciselé, méditatif et lumineux. Du très grand Claudie Gallay qui nous ramène à Venise après « Seule Venise ». Et un immense coup de cœur.

J’ai d’abord été déconcertée de réaliser que ce roman est une suite de « Avant l’été » (2021) : on retrouve Jess quelque mois après qu’elle a quitté sa petite ville de province, ses amies Broussaille, Boucle, Juliette et Camille et l’hôtel familial. Sauf que cette suite ne se passe pas dans les années 1980, mais dans les années 2020. Claudie Gallay nous a joué une farce temporelle – est-ce le fameux temps « alla Veneziana » dont Tracy Chevalier a usé dans « La fileuse de verre »? 

Peu importe, j’ai apprécié finalement cette audace de l’auteure – il n’est même pas nécessaire d’avoir lu « Avant l’été » pour s’immerger dans « Les jardins de Torcello » et en apprécier la beauté intemporelle.

Titre: Les jardins de Torcello

Auteur: Claudie Gallay

Editeur: Actes Sud

Parution : août 2024

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