Une vie minuscule (ou Un dieu dans la poitrine)

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Une vie minuscule fait partie de ces livres qui vous chavirent, et qui vous donnent très fort envie de croire qu’au bout de tout chemin chaotique, il y a l’espoir.

Dans ce premier roman, qu’on suppose très largement autobiographique, le comédien Philippe Krhajac nous raconte l’histoire de Phérial, petit orphelin maltraité qui va rejoindre un orphelinat pour enfants en régression affective et sociale. Du haut de ses quatre ans, Phérial a déjà subi la violence des familles d’accueil et connaîtra le long parcours, en ces années 1970-80, des enfants de l’assistance publique. Phérial, petit garçon abandonné, adolescent trimballé de famille d’accueil en famille d’accueil, qui cherche désespérément l’amour.

Mais comment se construire quand tout ce qu’on connaît n’a pas grand chose à voir avec, et que l’on doit apprendre à composer avec la violence, avec l’abus sexuel, avec les familles d’accueil sans amour, et qu’au fond de soi on a qu’une attente, l’amour d’une maman?

Assez des mamans sans mains, sans coeur, et des papas en paille

Phérial rencontrera ses bonnes fées, qui ne seront pas des mamans, mais qui l’aideront chacune à devenir quelqu’un, un garçon en colère qui ne s’évanouira plus pour échapper aux situations de mise en danger, un garçon abusé qui réussira à damer le pion à son bourreau, un garçon intelligent en échec scolaire qui trouvera sa voie dans le théâtre, un fils qui espèrera si intensément, si rageusement retrouver sa maman que peut-être…

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Je me suis littéralement laissée engloutir par le récit, envahie d’une émotion complètement maternelle pour ce petit Phérial. Je suis toujours très remuée par l’enfance abîmée, l’enfance qu’on vole, l’enfance qui subit l’injustice.

Peut-on imaginer ce qu’est être orphelin? Ne pas avoir de père, de mère, de bras qui vous enveloppent, de foyer qui vous rassure, de Noël en famille, de vacances chez des grands-parents.

Mais Phérial ne se plaint jamais, même quand il arrive à l’orphelinat, même quand on l’en retire pour le placer dans une famille d’accueil, puis dans une autre, et encore une autre. Son seul luxe, quand il n’en peut plus, c’est de quitter ce monde en s’évanouissant.

Etre orphelin, ce n’est pas seulement ne pas avoir de parents – c’est également ne pas avoir d’identité, ni d’histoire familiale et éprouver cet irrépressible besoin de comprendre ce qu’on a pu faire de mal pour être abandonné.

Si un jour je retrouvais ma mère, est-ce que j’aurai la force de lui dire: « Pourquoi m’as-tu abandonné? »

Une vie minuscule parle de cette quête, celle de la mère, et celle, indispensable pour se construire, de l’identité.

Savez-vous ce que c’est de tournoyer dans les étoiles sans être une des leurs? Savez-vous ce que cela implique lorsque les bras et les mots manquent chaque jour à l’appel? Je suis enfermé en moi-même, madame Mireille, mes yeux sont mes propres miradors, mes pensées sont mes violences et mes désirs sont réduits au strict minimum. Manger, dormir surtout pour arriver, un jour, à ne plus avoir peur. Je suis perdu, perdu dans le monde des hommes. Je ne me sens ni l’un d’eux ni comme eux. Je dérive dans l’espace où mon nombril ne se prend pas pour le centre de quoi que ce soit, de qui ce soit. Détaché à jamais, j’erre comme un clochard dans l’univers insondable avec, pour plainte, un torrent de haine et d’amour envers ceux qui m’ont fait ça, me laisser là, sur le carreau, devant les autres stupéfaits. J’ai mal à la tête.

C’est en ce sens un vrai roman d’apprentissage, empli de l’énergie incroyable de son narrateur, et auréolé d’une véritable poésie. L’écriture est délicate, sensible, rythmée – parfois, on retient son souffle, comme Phérial qui raconte très vite ce qui est si difficile à dire.

Philippe Krhajac fait tout passer avec une aisance naturelle et charismatique.

Le titre qu’il souhaitait pour son roman n’a pu être retenu pour des raisons « conjoncturelles », mais il était rayonnant: Un dieu dans la poitrine, (sa) «libre interprétation du mot grec « enthousiasme » »

Et c’est exactement comme cela qu’on imagine Philippe Krhajac, divin, exalté, avec en lui une rage de vivre puissante qu’il est allé puiser dans son histoire.

Je rencontrerai l’auteur le 8 février grâce à Babelio, je vous en reparle!

★ ★ ★ ★☆

Titre: Une vie minuscule

Auteur: Philippe Krhajac

Editeur: Flammarion

Parution: janvier 2018

5 réflexions sur “Une vie minuscule (ou Un dieu dans la poitrine)

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