L’aile des vierges

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Kent, 1946. Maggie Fuller entre au service des Lyon-Thorpe, dans le manoir ancestral de Shepherd House.

Maggie a 26 ans, et a perdu son mari Will au lendemain de la guerre. Petite fille d’une suffragette, fille d’une sage-femme féministe, Maggie avait d’autres ambitions que finir femme de chambre, mais les aléas de la vie ont stoppé son élan et ses rêves. Cultivée, émancipée, Maggie doit se couler dans le moule de la brigade des domestiques, travailler chaque jour au service de Pippa Lyon-Thorpe, subir ses sautes d’humeur et le soir, regagner au quatrième étage sa petite chambre de bonne dans la bien nommée Aile des vierges, qui abrite les domestiques du manoir. Mais Maggie ne saurait renier longtemps ses origines féministes, et se fait bientôt remarquer au sein du manoir en affirmant ses idées et en revendiquant des droits pour l’équipe des domestiques. Si Pippa Lyon-Thorpe surveille d’un oeil méfiant la jeune femme trop affirmée qui pourrait mettre à mal l’équilibre du manoir, son époux, John Lyon-Thorpe, la considère d’une manière beaucoup plus intéressée.

L’adultère semblait être un péché très relatif dans le cosmos des Lyon-Thorpe et consorts, la jalousie une bassesse terrestre et la notion même de couple impraticable

Brooklyn, 1950. Maggie a rejoint, l’Amérique, comme elle en rêvait et démarré une nouvelle vie dans un dispensaire où elle peut enfin mettre en pratique ses engagements. Mais si elle a laissé l’Angleterre derrière elle, les renoncements l’ont terriblement éprouvée et ont fait d’elle une autre femme. Habillée de sa nouvelle carapace et de son engagement atavique, Maggie va suivre un chemin inespéré vers la réussite… mais à quel prix?

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L’histoire de Maggie, c’est le destin d’une femme à la fois normale et hors du commun. Une femme éduquée par sa mère pour être affranchie de toute discrimination, et qui va se battre pour faire tomber les barrières sociales et acquérir sa liberté.

Maggie est une grande héroïne, et Laurence Peyrin est une grande conteuse.

J’ai dévoré cette histoire, ce fabuleux destin de femme, avec ce qu’il faut de tragédie pour nous émouvoir, et d’espoir pour nous tenir en alerte. Et d’amour! Car si L’aile des vierges est un roman qui traite du féminisme et d’émancipation, c’est également une grande histoire d’amour, et comment vous dire le bien que ça fait de lire une histoire pareille!

Laurence Peyrin, que j’avais découverte l’an dernier dans son troisième roman, a un talent évident pour écrire avec sensibilité et justesse. J’avais déjà été surprise par sa sincérité à nous entraîner dans une histoire américaine sans que jamais on ai l’impression d’un récit français travesti. Le charme a à nouveau opéré, d’abord sur les majestueuses falaises de Folkestone, puis à travers New York, où se déroule la seconde partie de son roman.

Que ce soient les lieux, l’époque, le contexte politico-social, tout y est précisément travaillé, décrit, analysé, pour nous plonger dans l’ambiance – qui pourrait d’abord ressembler à celle des sous-sol de Downtown Abbey, où toute la hiérarchie de l’intendance est décortiquée pour notre plus grand plaisir. Et s’il se passe de drôles de choses chez les Lyon-Thorpe, de la fantasque Pippa, à son mari réputé trousseur de bonnes, en passant par le grand-père Albert enfermé avec sa folie dans une des ailes du château, l’affaire n’a rien d’un vaudeville, bien au contraire! On n’aurait même rien eu contre le fait que l’histoire entière se déroule là-bas, mais c’eut été tellement facile, et forcément ennuyeux pour notre héroïne qui n’est pas prête à renier l’héritage des femmes O’Neill. Alors, dans ce New-York d’après-guerre, à Brooklyn qui brasse les cultures débarquées d’Europe et d’ailleurs, Maggie va marcher vers son destin, pas aussi facilement tracé qu’on pourrait l’attendre, mais digne des plus grandes femmes qui ont nourri l’Histoire.

Ces images. Augusta en suffragette. Elizabeth en garçonne. Toutes deux si utiles, si solides. Combien de femmes leur devaient-elles une certaine forme de liberté?

Mais elles-mêmes, avaient-elles été si libres? Un combat à mener suffisait-il à être heureuse?

Je ne vous en dirai pas plus, car cette histoire ne se raconte pas, elle se lit, scotché(e) aux pages que l’on tourne fébrilement, attaché(e) aux personnages que l’auteure sait rendre si vivants, si réels, si fantastiquement attachants qu’ils me suivent encore.

Et une évidence s’est imposée à moi. Même s’il est toujours indélicat de comparer un auteur à un autre, je vais vous le dire. Laurence Peyrin me procure le même plaisir de lecture que l’écrivaine irlandaise Maggie O’Farrel, dont je vous ai déjà parlé ici. Cette même justesse, cette même délicatesse mêlée d’audace, de justesse, tant dans l’écriture que dans l’histoire. Cette évidence valide mon coup de coeur sincère pour ce roman!

★ ★ ★ ★ ★

 

Titre: l’aile des vierges

Auteur: Laurence Peyrin

Editeur: Calmann-Levy

Parution: Mars 2018

6 réflexions sur “L’aile des vierges

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