Indu Boy

 

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Quel autre destin que celui de la politique aurait pu embrasser la descente directe de la dynastie Nehru, qui côtoya dans sa prime enfance le Mahatma Ghandi et apprit très tôt à combattre pour l’indépendance de son pays?

Née en 1917 dans une famille brahmane athée, entourée de ses tantes qu’elle n’aime pas et de sa mère Kamala, tuberculeuse et ignorée par son mari, la petite Indira a trois ans lorsqu’elle s’engage dans le combat familial pour l’indépendance de l’Inde, en brûlant sa poupée anglaise aux yeux bleus. Son grand-père, Motial Nehru, a fait brûler tous les tissus, tous les vêtements: la famille ne devra désormais porter que du coton tissé en Inde.

Habillée en garçon, celle dont ses tantes disent qu’elle est « laide et bête » va se faire appeler à cinq ans se faire Indu Boy: elle a déjà compris qu’une fille ne serait jamais libre, alors qu’un garçon… Plus tard, après avoir coupé ses cheveux courts à la Jeanne d’Arc, elle crée son armée et une feuille de route pour défendre son pays, comme son père et son grand-père: ce sera l’armée des singes.

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La petite Indu grandit aussi avec l’idée de la prison, où les activités indépendantistes de la famille conduisent tour à tour ses parents et son grand-père, et où Indira elle aussi, plus tard… En attendant, Indira grandit, accompagne sa mère de sanatorium en sanatorium, découvre le monde. Lorsque la fragile Kamala meurt, elle laisse à sa fille son meilleur ami, Feroze Gandhi. Feroze est parsi, peu importe ce que le peuple en dit, même sans l’aimer Indira a trouvé en lui le père de ses futurs enfants. Elle l’épouse en 1942. Feroze la trompe, beaucoup – Indira a d’autres engagements auprès du peuple indien qui l’accaparent – ils divorceront.

Lorsque l’indépendance de l’Inde est prononcée en 1947, Jawaharlal Nehru est nommé premier ministre, et Indira accompagne son père dans ses missions. A sa mort en 1964, son engagement politique commencera officiellement, d’abord comme ministre du gouvernement, puis elle prend la tête du parti du congrès et deviendra Premier Ministre

Ils avaient nommé sa fille pour la manipuler. Si timide, la gamine, et si obéissante! Ces vieux, que la presse appelait « le Syndicat », ont découvert très vite qu’ils s’étaient trompés.

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Indira Gandhi se fait aimer du peuple, des oppressés, des pauvres, des femmes. Mais sa popularité, contrariée par des évènements politiques difficiles où les territoires de l’Inde doivent gérer des conflits que l’indépendance a fait naître, est surtout mise à mal par des jalousies politiques qui visent à la faire tomber. Elle se relèvera, et sera quatre fois Premier Ministre de l’Inde. Elle perdra son second fils en 1980, également engagé en politique mais controversé. C’est alors son fils aîné qui reprendra le flambeau.

Les évènements séparatistes du Penjab, menés par le leader sanguinaire sikh Jarnail Singh Bindranwale, mettent le pays à feu et à sang. Face à la communauté sikh de plus en plus incontrôlable, Indira Gandhi ordonne en 1984 l’assaut du Temple d’Or, qui fera vraisemblablement plus d’un milliers de morts parmi les séparatistes sikhs et les soldats indiens.

Depuis longtemps, Indira Gandhi se sait menacée. Elle qui était, comme son père, farouchement laïque, se rapproche du culte hindou et consulte régulièrement les prévisions de son astrologue. Bien qu’on lui conseille de se séparer de ses garde-corps sikhs, elle choisit de les garder – c’est à eux qu’elle confiera le choix de son destin, de leur destin. Elle mourra tuée sous leur balles le 31 octobre 1984.

Quand ma vie s’échappera, je le dis haut et fort, que chaque goutte de mon sang s’en aille irriguer l’Inde et lui donne la vie!

D’Indira Gandhi, beaucoup j’imagine ont gardé comme moi l’image d’une femme en sari, cheveux noirs, mèche blanche éternelle,  avec ce nez d’oiseau rapace encadré par deux yeux noirs doux et profondément cernés, ainsi que le souvenir marquant de l’assassinat un jour de 1984, sans réellement savoir, comprendre le rôle que cette femme avait pu jouer dans son pays. A 12 ans, l’Inde me paraissait bien lointaine et abstraite.

Indira Gandhi fait partie de ces femmes exceptionnelles, destinée depuis leur naissance à un destin hors normes. Quelle force de caractère fallait-il avoir pour parcourir un tel chemin, dans un pays où les femmes pouvaient alors si peu s’affirmer. La violence qui baigne son parcours est glaçante. Lors d’un discours, Indira Gandhi fut lapidée! Lapidée pour qu’elle se taise! Le visage ensanglanté, elle mènera son discours jusqu’au dernier mot. Cette violence se retrouve dans les attaques qu’elle subira de ses opposants jaloux, attaques pour corruption et fraude – qui la conduiront à son tour en prison. Sur la scène internationale, elle sera également moquée voire détestée, à l’instar de Nixon qui la traitait de « vieille salope ».

Si Indira Gandhi a beaucoup oeuvré pour faire évoluer socialement et économiquement son pays, elle se sera aussi beaucoup battue pour les femmes (notamment les jeunes mariées brûlées par leur belle-mère, faute de dote suffisantes), leur éducation, les minorités tribales et les déshérités.

C’est dans un roman très dense que Catherine Clément raconte celle que les Indiens ont élevé au rang de la déesse Dourga – «Dourga la guerrière chevauchant un tigre, avait vaincu de sa lance un démon qui menaçait la terre »

En 1984, Catherine Clément a interviewé Indira Gandhi, posant les questions transmises pas Simone de Beauvoir et filmée par Josée Dayan – ce sera le point de départ d’Indu Boy

Racontant le destin de la femme politique indienne entremêlé des faits politico-historico-culturels et du témoignage d’un journaliste sikh, Harbant Singh, c’est un récit très fouillé, mais que je n’ai pas toujours trouvé aisé à suivre, préférant les parties plus personnelles et romancées aux parties qui relatent l’histoire politique de l’Inde.

J’ai toutefois éprouvé le besoin de poursuivre cette lecture en allant écouter Indira Gandhi, parlant de cette voix douce qu’elle offrait à son peuple, lorsqu’hommes et femmes venaient lui parler lors de son darshan quotidien de deux heures dans son jardin.

Indu Boy fait partie de la sélection du Grand Prix de L’Héroïne 2018 dans la catégorie Biographie / Document

★ ★ ★ ☆ ☆

Titre: Indu Boy

Editeur: Editions du Seuil

Auteur: Catherine Clément

Parution: mars 2018

2 réflexions sur “Indu Boy

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