Maman, ne me laisse pas m’endormir

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Il est des livres qu’on ne devrait jamais devoir écrire.

Avec Maman, ne me laisse pas m’endormir, Juliette Boudre raconte la descente aux enfers de son fils Joseph, mort à 18 ans d’une overdose médicamenteuse.

Souhaitons que son témoignage permettra à de nombreux parents de prévenir leurs ados des dangers mortels qu’ils risquent avec l’addiction créée par ces substances prescrites sur ordonnance…

2015 – Depuis quelques années, Juliette Boudre se bat pour son fils aîné Joseph: à l’âge de 12 ans, l’adolescent a commencé à cumuler les renvois des établissements où il était scolarisé. Mauvais résultats scolaire, mauvaises fréquentations, comportement insolent – bien qu’il soit un adolescent intelligent, curieux et affectueux, Joseph ne trouve plus sa place dans le système éducatif, aussi ses parents finissent par prendre la lourde décision de le scolariser en Angleterre.

Mais un jour, suite à une crise d’angoisse après avoir fumé du cannabis, le médecin de l’établissement anglais lui prescrit un anxiolytique et c’est le début de la spirale infernale de l’addiction pour Joseph.

Je suis polarisée sur les drogues illicites et l’alcool, je n’ai pas encore conscience du danger des médicaments

A côté des ordonnances des médecins, que Joseph consulte régulièrement pour mieux dormir et  pour calmer ses angoisses, l’adolescent déploie toute son ingéniosité pour s’approvisionner,  vidant par-ci les armoires à pharmacie, trouvant par-là des dealers toujours disposés à lui vendre de précieuses molécules – car les boîtes prescrites officiellement ne lui suffisent plus.

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Mère courage, mère battante, mère aimante, mère viscéralement, Juliette Boudre décide, épaulée par son compagnon et par son ex-mari, de faire suivre une première cure de désintoxication en Angleterre à Joseph – mais c’est un premier échec : même s’il est mineur, même si on sait qu’une rechute est possible, on le laisse sortir avant la fin du traitement.

Quelques semaines plus tard, Joseph est hospitalisé pour 5 jours dans le service des addictions d’un hôpital de l’Ouest parisien, mais faute de moyens, faute de personnel, faute de sérieux peut-être, l’hôpital renvoie Joseph chez lui le quatrième jour – comment ne pas faire confiance au corps médical qui vous dit qu’ « il va très bien et qu’il n’y a aucun risque »?

La troisième cure de quatre mois en Espagne sera un nouvel échec.

Joseph, facétieux en citant Bob Marley, dira à sa mère le jour de ses dix-huit ans:

On sait à quel point on est fort quand être fort est notre seule option

J’aimerais pouvoir vous dire que l’histoire se termine bien, que Joseph a su vaincre ses addictions.

Non. La vérité, celle que l’on connaît depuis le début du livre, c’est qu’un soir de fin décembre 2016, Joseph a avalé un opioïde, acheté à un dealer. Mélangé aux benzodiazépines, le mélange était d’emblée fatal. Joseph n’a pas réussi à lutter contre le sommeil qui allait l’emporter. Ses organes se sont arrêtés les uns après les autres. Il avait dix-huit ans.

Je ne vais pas vous le cacher. J’ai eu le coeur serré pendant toute cette lecture. Evidemment, maman moi-même, je me suis mise à la place de Juliette Boudre.

Mon coeur de mère était tout entier tourné vers son combat, ses émotions, son amour pour ses fils.

Ce n’est pas seulement la force du témoignage qui m’a émue dans ce livre, mais également l’élégance de l’auteure, et son écriture belle, sobre, lumineuse et pudique.

On ne dit pas assez le danger de ces médicaments qui créent une addiction très forte, et auxquels on peut avoir facilement accès.

En France, le nombre de décès par année liés aux benzodiazépines est supérieur à celui de l’ensemble des cinq stupéfiants illégaux de catégorie A réunis

Quelle prévention mettre en place? Comment accompagner les personnes dépendantes? Peut-on trouver d’autres solution que les médicaments pour soigner les addictions? Comment mieux prendre en charge les personnes qui souffrent d’une dépendance réelle et avérée?

Comment aider les parents à guetter les signes d’alerte chez leurs adolescents et peut-être pouvoir intervenir à temps?

L’aide des pouvoirs publics est essentielle. L’interdiction de la vente libre de la codéine a été mise en place récemment, comment agir maintenant pour tenir nos adolescents éloignés des autres substances mortellement légales?

Lisez ce témoignage, parlez autour de vous de l’histoire de Joseph, du combat de sa mère pour qu’il ne soit pas vain, pour que la mort de Joseph puisse sauver d’autres adolescents. Offrez ce livre à vos amis, demandez à votre bibliothèque de le proposer à ses lecteurs.

Je vis chaque minute de cette nuit-là à sa place. Chaque seconde de sa nuit, avec lui. Chaque respiration, chaque instant. Il était seul, toutes ces heures. Sans un appel. Sans un cri. Cela m’arrache le coeur. J’aurais pu le faire marcher, le secouer, le prendre dans mes bras, l’embrasser, lui caresser les cheveux. J’aurais pu le serrer, le rassurer, l’apaiser, le faire respirer, le calmer, le soulager. J’aurais pu lui ôter sa peur, la rendre acceptable, tolérable.

Je n’étais pas là

Maman, ne me laisse pas m’endormir fait partie de la sélection du Grand Prix de L’Héroïne dans la catégorie Biographie / Document

Retrouvez le témoignage de Juliette Boudre sur Brut.

 

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Titre: Maman, ne me laisse pas m’endormir

Auteur: Juliette Boudre

Editeur: Editions de l’Observatoire

Parution: Avril 2018

 

2 réflexions sur “Maman, ne me laisse pas m’endormir

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