Cassandra Darke

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La première fois que j’ai ouvert un livre de Posy Simmonds, j’ai eu ce sentiment très grisant de déflorer un univers qui m’était totalement inconnu.

 En ce début des années 2000, je crois que le roman graphique ne s’appelait pas encore roman graphique, ou alors c’était quelque chose encore de confidentiel. 

Avec Gemma Bovery (dont les droits n’avaient pas encore étaient rachetés pour être transformé en un film pathétique), cet univers de la BD, au sens large, qui me semblait très masculin, tout d’un coup s’affichait ouvertement féminin avec sa couverture, son format qui sortait des normes et surtout sa maquette qui mélangeait les genres, à la fois la rigueur éditorialiste et la fantaisie d’un affranchissement des codes du journal illustré. 

Bref, Gemma Bovery fut une révélation, et moi qui rêvais depuis toujours d’illustration, j’ai su que j’avais raté ma vocation: j’aurais voulu être Posy Simmonds!

Au compte-goutte (car ses livres sont au préalables publiés sous forme de feuilleton dans The Guardian), d’autres livres sont arrivés: Tamara Drewe (devenu également un film) et entre deux Literary Life, qui vise un public moins large.

Onze ans après Tamara Drew, Posy Simmonds revient enfin avec une nouvelle pépite, Cassandra Darke.

Nous sommes loin des sexy et vénéneuses Gemma et Tamara.

Ici Posy Simmonds s’inspire du vieux Scrooge de Dickens, inscrivant son roman sur la période de Noël et chargeant son personnage Cassandra de tous les attributs de la vieille misanthrope détestable, riche et vénale.

Le monde de cette galeriste acariâtre s’effondre le jour où ses escroqueries sont découvertes, et qu’en plus elle tombe sur la mauvaise surprise laissée chez elle par sa nièce vaguement artiste Nicky, qui pourrait être l’assaut final pour la voir moisir en prison jusqu’à la fin de sa vie.

C’est du Posy Simmonds dans tout son grand art, le trait vif, fin, précis et élégant, la maquette toujours aussi exquisement surprenante. 

Tout est dans le détail avec la grande dessinatrice anglaise, qui à 73 ans sait toujours allier sa fantaisie à la rigueur de son travail pour croquer la société londonienne, avec la bonne dose de causticité et d’empathie.

Cassandra, seule, égoïste et méchante, va découvrir que la rédemption peut être douce.

Le plus grand plaisir avec un livre de Posy Simmonds, c’est qu’après l’avoir lu on peut le rouvrir cent fois et découvrir toujours un nouveau détail, s’extasier sur un dessin qu’on avait mal regardé.

La surprise de ce style inimitable est toujours là, avec le bonheur qui va de pair!

Titre: Cassandra Darke

Auteur: Posy Simmonds

Editeur: Denoël

Parution: Avril 2019

2 réflexions sur “Cassandra Darke

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