Mon année de repos et de détente

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Avouez-le… Vous aussi, vous avez déjà rêvé de vous enfermer chez vous sous votre couette et de vous faire oublier du temps qui passe – pourvu qu’il le fasse sans vous ?

C’est ce que décide de faire la narratrice du roman d’Ottessa Moshfegh. En juin 2000, alors que l’été s’annonce, elle se décide à… hiberner! 

Rester chez elle une année à dormir, oublier le job dans une galerie d’art dont elle s’est faite virer, oublier Trevor le petit ami toxique pas prêt à s’engager avec elle mais toujours partant pour une petite fellation – bref, laisser une année passer, mais sans elle. 

Entendons-nous: je ne me suicidais pas. C’était même tout le contraire d’un suicide. Mon hibernation relevait d’un instinct de conservation. Je pensais qu’elle me sauverait la vie.

Bien sûr, l’entreprise est bien plus simple lorsque vous êtes orpheline et pouvez vous assurer le maintien d’un train de vie grâce aux deniers que vous aurons laissé au préalable vos parents.

Un minimum d’organisation s’impose pour régler les loyers par virement automatique, anticiper les taxes foncières, s’assurer une fois par mois du virement de son chômage sur son compte, et faire confiance à son conseiller financier pour gérer ses intérêts à distance. Pour le reste, la bodega en face de chez elle lui assurera dans ses moments d’éveil de quoi subsister, tandis que la pharmacie Rite Aid à trois rues de chez elle lui fournira les innombrables cachets prescrits par une psy frappa dingue que même Woody Allen renierait.

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Enfermée chez elle devant son lecteur DVD, assommée à coup de cocktails pharmaceutiques expérimentaux dont elle ne maîtrise pas toujours les effets, espérant échapper au monde, celui-ci ne cesse pourtant de se rappeler à elle – à commencer par les visites intrusives de sa meilleure amie Reva, qui ne manque pas une occasion de venir pleurer pour de bonnes raisons, mais qui sous la plume de l’auteure deviennent presque dérisoires.

Ca commence comme une comédie façon Sex and the City, et ça bascule avec férocité une  dans une observation sociétale sarcastique. 

Ottessa Moshfeg ose avec humour la provocation en cassant les codes – on s’est à peine apitoyés sur la vie tragique de l’héroïne qui vient de perdre père et mère, que l’auteure brise la vision romanesque de la pauvre orpheline et dresse un portrait à la fois cynique et hilarant de ses parents

La veille de mon départ pour New York, mes parents m’ont demandé de m’asseoir pour avoir une discussion.

« Ta mère et moi, nous savons que nous avons la responsabilité de te préparer à la vie dans une institution mixte, a dit mon père. As-tu déjà entendu parler de l’ocytocine? »

J’ai fait signe que non.

« C’est le truc qui te rendra folle, est intervenue ma mère en agitant les glaçons dans son verre. Tu vas perdre tout le bon sens que je me suis évertuée à te mettre dans le crâne depuis le jour de ta naissance »

Elle plaisantait.

« L’ocytocine est une hormone libérée pendant la copulation, a repris mon père, les yeux fixés sur le mur blanc derrière moi.

– L’orgasme, a murmuré ma mère.

– Biologiquement parlant, l’ocytocine a une fonction.

– Cette sensation si chaude, si trouble.

– C’est ce qui unit un couple.Sans elle, l’espèce humaine se serait éteinte depuis longtemps. Ses effets sont plus puissants sur les femmes que sur les hommes. C’es bien que tu en aies conscience.

– Pour le jour où tu te feras jeter avec les poubelles de la veille, a dit ma mère. Les hommes sont des chiens. Même les professeurs. Alors ne te fais pas entuber.

C’est drôle, caustique, et beaucoup plus profond qu’il n’y paraît quand on commence le roman.

Un roman surprenant salué par la critique, qui pourrait devenir générationnel si toutefois il trouve son public.

Titre: Mon année de repos et de détente (My year of rest and relaxation)

Auteure: Ottessa Moshfegh

Editeur: Fayard

Parution: septembre 2019

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