La redoutable veuve Mozart

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Si vous me suiviez déjà en 2017, vous vous souvenez peut-être que j’avais eu un immense coup de coeur pour L’Embaumeur ou l’odieuse confession de Victor Renard  . 

Ce fut un double coup de coeur, en fait. Pour le roman, d’abord. 

Puis pour son auteure, Isabelle Duquesnoy. La richesse de son livre m’avait motivée à faire, toute intimidée, ma première interview sur le blog – et j’avais découvert une écrivaine aussi érudite que drôle et pétillante. Une historienne brillante qui ne la ramène pas, qui prend un plaisir malicieux à écrire l’Histoire pour la rendre passionnante, qui manie l’humour et la dérision en donnant un ton unique à ses romans, à la fois truculent et humblement érudit.

On retrouve ce style et cette plume qui n’appartiennent qu’à elle dans son nouveau roman, où elle nous brosse le portrait de la veuve de Mozart.

Constanze Mozart ne fera pas mentir le proverbe qui dit que derrière chaque grand homme, il y a une femme. Une sacrée bonne femme, même.

A la mort de son mari tendrement aimé, Constanze se retrouve seule avec ses deux jeunes fils, ruinée – Mozart lui a laissé 3000 florins de dettes – dont l’auteure, par un ingénieux comparatif avec le coût de la vie d’alors et d’aujourd’hui, nous laisse mesurer l’ampleur abyssale.

Humiliée, animée d’un désir de vengeance envers cette société bien-pensante viennoise qui a moqué et acculé son mari et lui refuse maintenant tout statut social, Constanze, bien plus futée que quiconque l’avait imaginée, va retrousser ses manches pour les sauver, elle et ses fils.

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Portrait de Constanze Mozart par son beau-frère Joseph Lange (1782)

Ton père détestait les aristocrates, mais il ne souhaitait pas d’autre reconnaissance que la leur. Il rêvait d’en être admiré, ils l’humilièrent. Il avait faim de leurs compliments, ils l’endettèrent. Il rêvait de les faire danser, ils l’enterrèrent. Je n’ai pas d’autre but que de leur faire regretter cette méprise

D’abord, Constanze va rembourser les créanciers de son mari – vendant ici ses compositions, faisant achever là le Requiem que Mozart n’avait pu finir, se révélant particulièrement habile dans les affaires.

Pendant que Vienne s’inquiète, à raison, de la révolution française qui coûtera bientôt sa tête à la chère enfant du pays devenue reine de France, Constanze met tout en oeuvre pour honorer la mémoire du défunt compositeur, pugnace et ambitieuse – elle imposera l’obligation de droits d’auteur afin que l’oeuvre de Mozart ne soit pas spoliée sur son dos et celui de ses fils, créera une fondation et un festival à son nom et érigera même une gigantesque statue en bronze de son bien-aimé face à la fenêtre de son appartement de Salzbourg.

Mais à quel prix? 

Entièrement dédiée à la survie de son amour pour Mozart, Constanze fera des choix forts discutables, n’hésitant pas à sacrifier ses deux fils à son ambition. Estimant l’aîné pas assez intelligent pour le faire, c’est au second qu’elle confie la lourde tache de devenir un petit Mozart II, espérant renouveler le fabuleux prodige que fut celui de son père. Mais s’il a l’oreille musicale, le petit n’aura jamais le génie de son père…

Mauvaise mère, Constanze?

Isabelle Duquesnoy a choisi de la faire se raconter à travers une confession à son fils aîné, Carl Thomas, justifiant les griefs sous-entendus de son enfant devenu adulte.

Bien souvent, ce que vous, les hommes, prenez pour de la dureté ne sont que les rides causées par nos efforts pour vous rendre la vieillesse tolérable.

Ceux que l’ampleur de l’Embaumeur avait découragés se réjouiront de pouvoir apprécier le talent d’Isabelle Duquesnoy dans un roman plus court, mais foisonnant de ces petites anecdotes historiques que l’auteure sait rendre si vivantes et tellement ludiques.

Elle nous plonge avec délice dans la société viennoise du 18ème siècle, nous fait passer dans le 19ème siècle avec autant d’aisance – car Constanze survivra 51 ans à son tendre Mozart! 

«Un Mozart ne doit jamais être médiocre », serinait-elle à ses fils. Assurément, elle, à défaut de ses fils, ne l’aura pas été.

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Petit bonus à cette chronique, la photo ci-dessus datant de 1840, et sur laquelle figurerait Constance tout à gauche, à l’âge de 78 ans. Contestée par certains spécialistes de Mozart, d’autres tendent à dire qu’il s’agirait bien de Constance – s’appuyant notamment sur la déformation arthritique de sa main droite et une vive ressemblance avec un portrait connu de son fils Carl Thomas.

Titre: La redoutable veuve Mozart

Auteure: Isabelle Duquesnoy

Editeur: La Martinière

Parution: 5 septembre 2019

2 réflexions sur “La redoutable veuve Mozart

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