Johannesburg

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Quand un héros meurt, son pays le pleure.

Ce n’est pas un jour ordinaire à Johannesburg. Madiba est mort.

Ce 6 décembre 2013, toute la ville converge vers la résidence de Nelson Mandela pour lui rendre hommage.

Sur le chemin, il y a la villa de Neve, où Gin, sa fille, se réveille en ce jour pour organiser une fête qui honorera les quatre-vingts ans de sa mère – une fête dont Neve n’a aucune envie.

C’est une journée, une seule, qui se déroule de façon chorale. 

Gin qui réfléchit à sa vie, son exil aux Etats-Unis, sa relation difficile avec Neve, les courses qu’elle doit faire pour le dîner, les fleurs qu’elle va cueillir pour garnir les tables… 

Pendant ce temps, les vies des uns et des autres se déroulent en parallèle. 

Peter, l’ancien fiancé éconduit qui perd la raison depuis qu’il sait Gin de retour. 

September, le sans-abri blessé par les forces de l’ordre lors d’une grève au sein de la société minière qui l’employait et manifeste désormais chaque jour devant le siège de la société, rejoint par sa soeur Dudu, l’employée de maison des voisins de Neve, qui lui apporte quotidiennement à manger. 

Mercy, l’employée de Neve, s’active à organiser la soirée d’anniversaire mais elle aimerait bien, elle aussi, aller rendre hommage à Madiba…

Neve, qui souhaite voir cette journée finir sans devoir assister à la fête que sa fille organise pour elle.

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crédit photo @Alexander Joe

Le récit s’écoule dans la lenteur d’une journée particulière, dans les réflexions introspectives des uns et des autres, dans l’atmosphère d’un évènement hors norme d’un pays marqué par l’Apartheid, dont les stigmates sont présents partout, dans le conflit larvé qui oppose une mère à sa fille depuis trop longtemps, dans la communion possible d’un peuple dans la fièvre de Johannesburg, à son comble en ce jour.

Fiona Melrose réussit à saisir l’invisible qui tourmente les âmes, les blessures restées plaies ouvertes, les colères sourdes et les différences trop profondes qui ne peuvent pas être comblées.

Mercy se sentait frustrée de mots. Il y avait tant de choses qu’elle ne réussissait pas à exprimer en cet instant. Mais voilà, ce n’était pas sa langue maternelle. Elle aurait tant voulu dire – votre grand-mère, touts vos grands-mères sont là, elles sont toujours là. Elles sont déjà assises à la table et attendent de s’asseoir à toutes les tables que vous n’avez pas encore mises. Elles attendent de manger le repas que vous n’avez pas encore préparé et elles le préparent avec vous, guident votre main qui tient la pomme de terre pour la peler, solide, charnue et suintant d’humidité au creux de votre paume.

Elle voulait dire tout ça à la fille qui faisait semblant de ne pas pleurer, mais tant de choses l’en empêchaient, la privaient de mots, qui étaient une forme d’amour.

La singularité de ce roman tient certainement à l’essence-même de l’Afrique du Sud, tourmentée par son histoire.

Comme dans Midwinter, son premier roman, Fiona Melrose explore les non-dits et l’impossibilité du dialogue. 

Mais il ne faut pas comparer davantage les deux romans, très différents l’un de l’autre, tant dans la construction (agrémenté d’autres références que les yeux avertis reconnaîtront, Johannesburg est un hommage à Virginia Woolf et à son roman Mrs Dalloway), la narration, que dans l’atmosphère.

Fiona Melrose, qui est venue à l’écriture par hasard, comme elle l’avait expliqué lors d’une très lumineuse rencontre organisée par son éditeur lors de la sortie de son premier roman, confirme ici que son talent est tout, sauf hasardeux.

Titre: Johannesburg

Auteur: Fiona Melrose

Editeur: La Table Ronde

Parution: janvier 2020

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