Mon mari

Mon mari, Maud Ventura, Editions de l'Iconoclaste

« Mon mari » par ci, « Mon mari » par là… Il apparaît déjà comme un incontournable de la rentrée littéraire, et c’est très largement mérité.

C’est une jeune auteure de 28 ans qui décortique dans son premier roman les liens sacrés du mariage – un vrai challenge, tant on pourrait être à même de penser que seule une longue expérience maritale nous donne les compétences pour le faire! Mais Maud Ventura, avec une verve bien aiguisée, nous en démontre le contraire.

Son mariage, son mari, sa narratrice les exhibe comme elle exhibe son magnifique solitaire – « objet si bien nommé: je ne me suis jamais sentie aussi seule que depuis que je suis mariée », dit-elle. Voilà, le ton est donné!

Depuis quinze ans je vis dans le malheur permanent et paradoxal d’être aimée en retour, de connaître une passion sans obstacle apparent.

Ne lui dîtes surtout pas qu’un mariage durable, c’est une suite de compromis. Non, son mariage, comme son solitaire, doit étinceler comme au premier jour, briller de l’éclat de son faux blond que son mari croit encore naturel, et être épargné de toutes les contingences quotidiennes qui la feraient chuter de son piédestal de séductrice – après quinze ans de vie commune, notre narratrice vit toujours dans la hantise que son mari l’entende aller aux toilettes.

Névrosée, obsessionnelle, paranoïaque, elle devient vite délicieusement inquiétante dans son besoin de contrôle absolu. Jusqu’où peut-elle aller pour entretenir l’amour inconditionnel? 

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La seconde vie de Jane Austen

La seconde vie de Jane Austen de Mary Dollinger

Mauvaise pioche pour Gallimard: non contents d’avoir refusé le manuscrit de Marcel Proust (et de quelques autres illustres auteurs), voilà qu’en cette année 2010, ils envoient promener une jeune anglaise installée dans la Drôme, Jane Austen…

Mary Dollinger, elle-même britannique et installée en France, a eu la délicieuse outrecuidance de déplacer Jane Austen en plein 21ème siècle : jeune écrivaine qui aspire à être publiée, elle quitte l’Angleterre pour s’installer dans la Drôme, dont le climat lui a été vivement recommandé par son médecin!

Imaginons donc Jane Austen, émancipée de sa famille, de son pays, qui s’adapte avec un flegme tout britannique aux us et coutumes de la Drôme, tout en poursuivant assidûment son ambition littéraire. 

Bientôt publiée par Anne Tellier, une éditrice tombée sous le charme littéraire un peu désuet de son premier manuscrit, Raison et Sentiments, Jane Austen connaît un succès fulgurant et bouscule tous les codes littéraires avec son style féministe qui prône « la liberté par la contrainte et le bonheur dans l’abnégation » – entraînant des milliers de jeunes femmes, autoproclamées Virgins for Jane, à se revendiquer de ce mouvement.

Comme j’ai ri! 

Derrière cette Jane Austen aussi drôle que suffisante, Mary Dollinger nous offre une belle satire du milieu littéraire: course à l’édition de les maisons germanopratines, mise sur le grill d’une belle brochette de journalistes (entre autres, Olivia de Lamberterie qui encense la primoromancière, François Busnel qui regrette bien de l’avoir invitée, ou Nikos Aliagas le séducteur grec qui lui fait perdre la tête), fans collants, l’auteure croque avec humour ce microcosme (tout en se moquant au passage d’elle-même, donc on n’y verra aucune amertume).

 François Busnel est décontenancé car il ne s’agit pas d’une simple question, mais d’une entrée en matière raisonnée. Reprendre son laïus est impossible, le résumer également. Il parle toujours sans notes, ou presque, cette apparente désinvolture cachant un professionnalisme et un travail acharnés. Il a l’air d’improviser, alors que tout est répété, étudié, façonné, mais pour une seule représentation. Il lui est impossible de reprendre son texte. Il sourit placidement tandis que derrière cette façade paisible, il envisage froidement le meurtre: saisir ce joli laiteux, l’étrangler doucement jusqu’à ce que la peau devienne aubergine (…)

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