
Sybil Van Antwerpen est une charmante septuagénaire. Avocate, elle a mené un brillante carrière de greffière à la cour d’appel du Maryland, formant un duo de choc (voué à maintes spéculations) avec le juge Donnely, qui vient de mourir. Divorcée depuis de longues années, elle vit désormais seule dans une maison coquette d’Annapolis. Entre ses activités au club de jardinage et ses lectures, Sybil s’adonne tous ses lundis, mercredis, vendredis et samedi à lune intense correspondance.
« La correspondance est le pilier de ma vie, tandis que je n’ai exercé le droit qu’une trentaine d’années. Être greffière était mon métier ; la somme de mes lettres est ce que je suis ».
Depuis son enfance, elle envoie des lettres – cela a commencé avec des missives à sa meilleure amie, Rosalie, devenue depuis sa belle-sœur. Puis, avec le temps, elle a pris la plume pour s’adresser à quiconque motivait un courrier, à commencer par ses écrivains favoris.
Sybil est de ceux qui posent les questions ouvertement et s’intéressent sincèrement aux autres, attachant la plus grande importance à leurs réponses, sur lesquelles elle rebondit inlassablement.
Les premiers échanges épistolaires plantent l’intrigue, sans que l’on en saisisse toute la teneur – évidemment, nous débarquons dans cette volumineuse correspondance un jour de 2012, petits voyeurs que nous sommes, sans connaître quiconque et sans avoir un indice sur l’histoire de Sybil. Mais au fil des échanges avec les uns et les autres (son frère Felix, sa fille Fiona, le jeune Harry, sa belle-soeur Rosalie, la doyenne d’une université ou encore son voisin Théodore pour n’en citer que quelques uns), on en apprend bientôt davantage sur Sybil, ses douleurs, ses erreurs, ou ses regrets.
Et les évènements auxquels nous allons assister vont donner un tournant des plus surprenants à sa vie.
Dans ce premier roman qui est une immense réussite (et cela va sans dire, un gros coup de cœur), Virginia Evans conjugue le talent d’écrire une fiction enlevée à travers le cadre figé de la correspondance, mêlant l’humour mordant de cette retraitée facétieuse à son élégance littéraire.
Sybil Van Antwerpen est également une insatiable lectrice, dont beaucoup de lectures se rapprochent des nôtres – Virginia Evans crée par ce biais une véritable connivence avec ses lecteurs. Et quelle ingénieuse trouvaille que de convier dans ses échanges, en « special guest stars » dignes d’une série, Ann Patchett, Joan Didion, ou encore Larry McMurtry.
J’ai une tendresse particulière pour ce genre épistolaire, et ce roman n’est pas sans rappeler le délice (quoique plus feelgood) qu’était « Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates ». Dans un registre plus classique, je pense également à Jane Austen, autre correspondante passionnée qui a mis ce talent que service d’œuvres de jeunesse notamment dans le piquant « Lady Susan ».
A travers « La correspondante », Virginia Evans nous donne aussi le regret de ne plus recevoir d’autres courriers que des factures et autres enveloppes officielles, et celui, également, de ne plus se poser pour écrire longuement ce que l’on échange maintenant par le biais de messages à peine rédigés, et éphémères.
Traduction: Leïla Colombier
Titre : La correspondante (The correspondant)
Auteur: Virginia Evans
Editeur: La Table ronde
Parution: 14 janvier 2026