La fileuse de verre

couverture du livre La fileuse de verre

Rosetta, canella, ulivetta, paternostro, conterie: Tracy Chevalier nous ouvre les portes du merveilleux univers des perles de verre. 

Avec elle, nous avions appris l’art du quilt, la précision de la broderie, la discipline de la tapisserie, l’exigence de la peinture, la science des fossiles et j’en passe – cette fois-ci, elle a choisi de nous immerger dans l’artisanat des maîtres verriers de l’île de Murano.

C’est sur l’île de la lagune vénitienne que sont regroupés les verriers, chassés de Venise en 1201 de peur que leurs fours y mettent feu. En cette fin de XVe siècle, la production du verre est régie par des règles strictes et claniques, et s’exporte vers le monde entier – tel qu’on le connaît à cette époque, bénéficiant de l’hégémonie commerciale du port franc de Venise. 

Les Rosso sont verriers de père en fils. Mais c’est un long apprentissage qu’il faut faire avant de devenir « maestro » et à la mort accidentelle de son père, Marco Rosso est encore un jeune chien fougueux qui pourrait faire sombrer l’atelier familial. Sa soeur, Orsola, a été initiée en secret à la fabrication des perles, à la lampe – comme toute fille, Orsola consacre ses journées aux activités domestiques de la maison, et ne sait ni lire ni écrire. Ses perles vont lui offrir un peu d’indépendance et lui donner la possibilité de sauver les Rosso de la ruine. Elles vont aussi lui ouvrir les portes de Venise, d’où ses perles partiront vers la « terraferma », traverseront les frontières et les mers. Bientôt, un fléau va s’abattre sur la cité lacustre: la peste va faire de terribles ravages, et les Rosso ne seront pas épargnés. 

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La femme au renard bleu

couverture du livre La femme au renard bleu

A Tromsø, une ville tout au nord de la Norvège, dernier bastion avant l’archipel du Svalbard et ses expéditions polaires, Wanny Woldstad est une jeune veuve de 39 ans. Casquette sur la tête, elle sillonne les rues de la ville à bord du taxi qu’elle a acheté – Wanny est une femme indépendante. Devant le Mack Ølhallen, bar réservé aux hommes dans lequel aucune femme n’oserait entrer, elle attend celui qu’elle espère convaincre de l’emmener avec elle pour sa prochaine expédition: le trappeur Anders Sæterdal.

Nous sommes en 1932, et ceci est une histoire vraie. Wanny aime la nature autant qu’elle aime la lutte qu’il faut y mener pour survivre. Elle a appris à manier le fusil assez bien pour convaincre le trappeur aguerri qu’est Sæterdal: il accepte de la prendre pour coéquipière. Ensemble, ils vont embarquer pour un hiver arctique, avec pour seul but la chasse: la traque des proies qui les alimenteront eux et leurs chiens de traineau au quotidien, mais qui permettront aussi de garnir les pièges disséminés dans la neige – et dans lesquels viendront mourir les animaux polaires, convoités pour leur chaude et magnifique fourrure: les ours et, surtout, les renards. Ces petits renards au poil blanc, dense et soyeux dont les peaux se vendent une fortune. Et parmi eux, parfois, se glisse un extraordinaire à la robe aussi rare que convoité: le renard bleu…

Avec une force d’évocation incroyable, Robyn Mundy dépeint ces journées d’hiver arctique aussi routinières qu’uniques: les dures marches d’un point à l’autre de leur territoire de chasse pour relever les pièges, la longue nuit polaire, les aurores boréales et cette sensation étrange et extraordinaire d’être seuls au monde. 

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L’odyssée de Sven

couverture du livre L'odyssée de Sven

En Europe, tandis que les hommes se battent dans une première guerre mondiale qui déchire les pays, la Suède vit à l’abri du chaos. 

A Stockholm, où il est né, Sven a peu d’appétit pour le travail, les taches répétitives l’endorment, rien ne semble trouver d’intérêt à ses yeux, si ce n’est les livres racontant des histoires d’explorateurs du grand nord. 

C’est ainsi, un peu malgré lui tout de même, qu’il va rejoindre en 1916 le Spitzberg, pour travailler dans une mine à Longyear. 

Après quelques mois d’un travail harassant et d’une vie ennuyeuse où il n’entrevoit rien de l’aventure dont il rêvait, Sven est victime d’un accident qui va le défigurer et l’affubler d’un des surnoms qui lui resteront: Sven le borgne. 

Engagé comme intendant dans un camp, Sven va finir par mener la vie solitaire à laquelle il aspirait en devenant trappeur.

Mais il n’y a rien de glorieux dans ses aventures. Sven est un apprenti trappeur médiocre, il n’a pas le feu sacré de son maître, le finlandais Tapio, il est rempli de peur et manque de confiance en soi.

C’est pourtant à partir de ce moment, dans la solitude polaire des hivers sans fin, que le roman prend une envolée sublime et passionnante.

A la mesure de l’émerveillement que procurent les paysages glacés, traversés ici par la légèreté d’un renard, la présence d’un morse qui s’apprivoise, là par le pas menaçant d’un ours.

Loin du monde, c’est sur ces terres hostiles à l’homme que Sven, l’ermite replié dans sa cabane de bois, va recevoir les témoignages d’amitié les plus forts et qu’il va s’accrocher à la vie dans les moments les plus difficiles. Loin des hommes, Sven va se réhumaniser.

L’Arctique a un effet bizarre sur les gens. Peut-être aussi que des gens bizarres viennent en Arctique. Ça revient un peu au même.

Dans une progression lente, le roman se déploie avec maestro, à la hauteur des grands espaces du Spitzberg. Sven est un parfait anti-héros, un peu antipathique au démarrage, et qui devient plus attachant dans la difficulté.

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Sur l’île

couverture du livre Sur l'île, d'Elizabeth O'Connor

C’est une petite île, au large des côtes du pays de Galles. 

Les nouvelles du monde y arrivent par des journaux défraîchis. Ici, on sait vaguement que la guerre peut arriver. En ce mois de septembre 1938, les îliens sont plutôt préoccupés par une baleine qui s’est échouée sur la plage – un présage, selon les plus anciens, mais un présage de quoi?

Manod est une jeune fille de dix-huit ans, qui vit dans un cottage à flanc de colline avec sa petite soeur et son père, pêcheur de homards comme la plupart des hommes sur l’île. Depuis la mort de sa mère, elle a repris les rênes de la maison. Manod cuisine, coud habilement, brode merveilleusement. Elle a toujours vécu sur cette petite île, en connaît chaque recoin.

Manod a appris à parler anglais, elle rêve d’étudier sur le continent. Et si sa chance venait de ces deux ethnologues, Joan et Edward, qui débarquent un jour, avides de compiler la vie des îliens dans un livre? Forte de sa connaissance de la mer, des plantes, des saisons, elle va leur être une alliée précieuse, à la fois traductrice, guide, et objet de curiosité. Les semaines vont s’égrener, au rythme de la baleine échouée qui se désagrège sur la grève… Qu’en sera-t-il du rêve de Manod quand la baleine ne sera plus qu’une relique de la fête de la Mari Lwyd ?

« Sur l’île » est un roman d’atmosphère captivant, un huis-clos îlien au coeur d’une nature sauvage. J’ai tout aimé dans ce roman, qui collecte, à la manière des deux ethnologues, tous les trésors de l’île: ses oiseaux, fous de Bassan, macareux et sternes qui viennent et repartent au gré des saisons, la lumière de ses paysages, son gallois local, l’humanité de ses habitants, le folklore de ses superstitions, de ses chants et de ses contes. 

« Je n’ai jamais observé l’île de près. Je n’ai jamais pensé qu’elle était intéressante, ou belle » dit Manod. Elizabeth O’Connor, elle, en décrit les plus infimes choses de façon saisissante. Ici, l’odeur aigre de casiers de homards aux filets blanchis par le sel et la moisissure, là des brins de laine de mouton qui « flottent dans l’air comme des ailes de fées ». 

Elle rend lumineux un quotidien âpre et banal, en captant l’intérêt de ce que l’on ne saurait voir.

Avec son écriture et sa narration épurées, le style d’Elizabeth O’Connor m’a évoqué celui de Claire Keegan dans « Les trois lumières », tandis que les contes folkloriques, faits d’histoires de fées, de phoques et de mer qui volent les filles, n’ont pas été sans me rappeler le magnifique roman de Susan Fletcher, « Les reflets d’argent ».

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La vie antérieure

photo du livre "La vie antérieure' de Mirko Sabatino

Un matin d’avril 1977, Ettore Maggio vient au monde dans une petite ville des Pouilles. A ce moment, son père s’enfuit sans explication. 

Ettore, pourtant, grandit heureux et choyé auprès de sa mère et de ses tantes, dans l’appartement de ses grand-parents. Son grand-père Ottavio est un homme aimant, doux et fantaisiste, auprès de qui Ettore apprend à voir les choses autrement.

Alors que le petit garçon a six ans, deux évènements surviennent concomitamment: un drame, et la rencontre avec un garçon de son âge, Bruno. Ce drame va créer un lien étroit et magique entre les deux enfants, une amitié inexplicable au sein de laquelle ils vont accueillir Irene et ses incroyables yeux bleus. 

C’était la première fois qu’il la voyait de près et il découvrit qu’elle avait les yeux bleus. Il passa en revue tous les bleus qu’il connaissait: ce n’était pas le bleu du ciel, ni celui de la mer, ni celui de la blouse qu’elle portait et qu’ils portaient tous, ni le bleu de la voiture abandonnée au pied de son immeuble, ni le bleu du poisson qui nageait dans l’aquarium du magasin où tante Immacolata et tante Lucetta lui avaient acheté son poisson rouge, ni celui du manche du couteau avec lequel Ettore avait appris à couper sa viande et qui depuis était devenu son couteau, ni celui de la cravate de son grand-père Ottavio, qui un jour avait disparu du fauteuil et dont personne n’avait plus rien su.
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Je suis une île

photo du livre "Je suis une île"

En 2004, Tamsin Calidas et son mari quittent Londres pour s’installer au fin fond de l’Ecosse: traversant la mer des Hébrides, ils achètent une maisonnette sur une toute petite île, loin du monde. 

Sur ce « croft » ils vont remettre sur pied la maisonnette aux épais murs de pierre et faire revivre la ferme abandonnée. Les citadins se transforment en travailleurs besogneux, apprenant leur nouveau métier sur le tas. Pourtant, les promesses d’une vie meilleure se transforment en désillusion. Ils se heurtent rapidement à l’hostilité insulaire et à ses moeurs féodales: bien qu’ils soient propriétaires de leur croft, personne ne veut reconnaître leur légitimité. Sans soutien des autres fermiers, sans amis auprès de qui ancrer cette nouvelle vie, sans famille à proximité, ils sont isolés de la communauté. Tamsin peine à devenir mère, et son couple se délite. Alors, pour apaiser ses souffrances, autant physiques que morales, la narratrice se ressource auprès de ses animaux et de la nature, qu’elle apprivoise. Bientôt, seule, sans argent, plus rejetée que jamais par les habitants de l’île, elle fait le choix de rester, et de se battre, tenant la ferme à bout de bras, continuant d’élever ses moutons, découvrant les vertus des plantes et des arbres, trouvant la plus forte des amitiés auprès de Cristall, une îlienne qui, comme elle, sait écouter la nature. Mais les épreuves que lui inflige cette société patriarcale et violente ne cessent jamais.

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Le chant du genévrier

photo du livre "Le chant du genévrier" de Regina Scheer

« Wahnsinn! » (Folie!) s’écrient collectivement les Allemands le 9 novembre 1989, lorsque l’Allemagne de l’Est décide d’ouvrir ses frontières. 

Wahnsinn, aussi, cette histoire de l’Allemagne de l’Est, une quarantaine d’années de folie idéologique et politique, de persécutions, d’annihilation humaine, qui se terminent en pétard mouillé.

« Le Chant du genévrier » saisit toute cette histoire dans son ampleur, depuis un petite village de Poméranie occidentale, au nord de Berlin. Machandel. Le genévrier.

Clara découvre Machandel en 1985, alors que son frère Jan s’apprête à quitter officiellement la RDA. C’est ici que leurs parents Hans et Johanna se sont rencontrés, c’est ici que Jan a grandi, élevé par sa grand-mère, avant de rejoindre une école militaire d’élite. Clara, née en 1960, quatorze ans après son frère, a grandi à Berlin-Est. Mais à Machandel, elle se sent chez elle, et décide avec son mari de rénover une chaumière à l’abandon. Ici, ils passeront leurs week-ends, leurs vacances, et Clara y écrira sa thèse sur un conte autour… du genévrier.  Dans les silences des habitants de Machandel se terrent les secrets du village pendant la guerre. Et c’est dans la polyphonie du récit que peu à peu, entrelacée avec l’histoire de la construction du pays, se révèlent l’histoire de la famille de Clara et ses liens avec Machandel.

Autour de cette famille privilégiée de fonctionnaires, Regina Scheer offre une vue intéressante depuis le coeur de l’appareil politique de la RDA – le père, Hans, communiste interné au camp de concentration de Sachsenhausen en 1943 qui survivra à « la marche de la mort » en 1945 en se réfugiant à Machandel, deviendra ministre du régime est-allemand avant de poursuivre sa carrière dans les arcanes du pouvoir.

Chaque personnage, à travers son histoire personnelle, apporte sa pierre à la petite et la grande histoire: Natalia, une réfugiée russe qui restera à Machandel après la guerre, Emma Peters, une veuve arrivée de Hambourg en 1943, Herbert, ami de Jan et Clara en opposition avec le régime de la RDA,…

C’est une mosaïque au dessin complexe, qui se compose lentement des récits de chacun. Complexe de par l’histoire politique racontée et de par l’étude philologique et mythologique du conte étudié par Clara; lentement, car les histoires se déploient au long cours, ne donnant des clés de compréhension que bien plus tard dans le récit. 

A la fin du roman – page 387, une liste des différents protagonistes résume leur histoire, permettant de mieux saisir les interactions romanesques. Personnellement, j’aurais apprécié avoir eu ces résumés à portée de main au cours de ma lecture: il eût été bienvenu que l’éditeur précise son existence en début d’ouvrage…

Si le roman offre une perspective dense et enrichissante sur l’histoire de la construction et de la déconstruction de l’Allemagne de l’Est, j’ai été gênée par la lenteur du récit. « Le chant du genévrier » n’est pas un roman pour les impatients.

Au contraire, si vous avez aimé ou pensez aimer ce roman, je vous conseille de lire « Stern 111 » de Lutz Seiler pour compléter ce point de vue.

Je laisse le mot de la fin à la fille de Clara, au soir de l’entrée dans l’an 2000 :

Vous êtes un pur produit de l’Est. Il faut toujours que vous discutiez d’une chose ou d’une autre. Vous passez des heures à parler de trucs qui ne sont pas intéressants pour les autres. Faites la fête, dansez! Et dans un an, vous n’aurez qu’à fêter de nouveau le millénaire! 

Traduction: Juliette Auber-Affholder

Titre: Le chant du genévrier

Auteur: Regina Scheer

Editeur: Actes Sud

Parution: janvier 2024

Tremble la nuit

photo du livre "Tremble la nuit" de Nadia Terranova

Au sud de l’Italie, le détroit de Messine sépare la Calabre de la Sicile. 

Quelques kilomètres à peine, en bateau, distancient les deux villes Reggio de Calabre et Messine la sicilienne, au-dessous desquelles se rencontrent les plaques tectoniques africaine et eurasienne…

En cette fin d’année 1908, ils ne le savent pas encore, mais les vies d’un petit garçon et d’une jeune fille vont éclater en mille morceaux. 

Côté italien, Nicola Fera, fils d’une famille respectable de Reggio de Calabre, se couche comme chaque soir dans la cave où sa mère, une femme aux prises avec la folie, l’attache dans son lit avec des cordes, de peur que le diable ne vienne voler son fils.

Côté sicilien, à Messine, Barbara vient d’assister à une représentation d’Aïda, le coeur gonflé d’espoir et des promesses d’une nouvelle vie. Elle est venue se réfugier chez sa grand-mère après avoir fui la petite ville de Scaletta Zanclea pour échapper au mariage arrangé par son père. Barbara veut lire, étudier, écrire comme son modèle Letteria Montoro.

Dans la nuit de ce 28 décembre, un séisme va détruire Reggio de Calabre, Messine, et leurs environs, faisant des dizaines de milliers de victimes – les survivants, miraculés, vont se retrouver à errer dans les décombres, torturés par la faim, meurtris par la soif, ils ont tout perdu.

Ainsi en va-t-il de Nicola, soudain délivré de l’emprise de ses parents enterrés sous les décombres, et de Barbara, qui a perdu sa grand-mère et renonce à tenter de retrouver son père. 

Ce tremblement de terre est pour chacun d’eux une libération.

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Le chemin de sel

photo du livre Le chemin de sel de Raynor Winn

Ceci est un récit qui redonnera espoir à ceux qui touchent le fond, une histoire de dépassement de soi qui aidera ceux qui pensent ne pas avoir l’énergie d’avancer, une confirmation qu’une force supérieure nous protège, même dans les pires moments.

Raynor et Moth Winn ont cinquante ans, et ils viennent de tout perdre. 

Du jour au lendemain, la belle ferme qu’ils avaient construite pierre par pierre est saisie par les huissiers, et un malheur n’arrivant jamais seul, ils apprennent que Moth, qui souffre depuis des années de terribles douleurs à l’épaule, est atteint d’une maladie dégénérative incurable. Sans toit, sans argent, et sans beaucoup d’espoir que les choses s’arrangent, Raynor entrevoit une seule solution pour eux: marcher. Ils vont entreprendre un périple de plus de mille kilomètres en parcourant la côte du Sud-Ouest de l’Angleterre: Somerset, Devon nord, Cornouailles, Devon sud…

Munis du guide de marche du célèbre Paddy Dillon, surhomme de la randonnée, ils partent arpenter le Salt Path, munis chacun d’un sac à dos qui regroupe leurs maigres biens, d’une tente, et d’un petit pécule de 115£.

Ray et Moth sont devenus des sans-abris, des nomades randonneurs, dans un pays particulièrement sévère à l’encontre de tout comportement lié à l’absence de domicile fixe. Soudain déchus socialement, ils vont devoir affronter régulièrement la condescendance et le mépris lorsqu’ils osent raconter leur histoire.

Je pense que maintenant je comprends ce que ça veut dire d’être sans abri, comme un ballon dont on a coupé le fil et qui vole au vent.

Leur manque de préparation, tant physique que matériel, est déconcertant. 

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L’affaire Rachel

couverture du livre "L'affaire Rachel"

Quelque part sur mon feed Instagram, je suis tombée sur une interview de Cillian Murphy disant à propos de ses concitoyens : « Les Irlandais racontent très bien les histoires.(…) Nous sommes à l’aise avec les histoires, les chansons, la poésie. Ces choses sont en quelque sorte une seconde nature pour nous. »

Je venais de refermer le roman de Caroline O’Donoghue, irlandaise elle aussi, et j’ai pensé «voilà, c’est exactement ÇA. Cillian. A. Raison». Caroline O’Donoghue « SAIT », tout simplement raconter les histoires, comme si c’était une seconde nature : un jour elle a retrouvé quelques notes écrites dans son téléphone, à peine quelques lignes sur une histoire qui parlerait d’une fille et de son copain gay, et trois mois plus tard, elle avait bouclé son roman. Aussi simple.

Cette histoire, c’est donc celle de deux vingtenaires qui habitent Cork. Rachel travaille dans une librairie depuis plusieurs années, et elle y rencontre James, venu rejoindre l’équipe. Après une sorte de coup de foudre amical, ils emménagent rapidement ensemble dans une maison insalubre – nous sommes en 2010, c’est la crise économique, James et Rachel sont fauchés. Lui ne fait pas d’études, elle finit sa licence d’anglais, sans savoir ce qu’elle fera avec ce diplôme. Elle caresse le projet de travailler dans l’édition, encore faut-il avoir des contacts, puisqu’en Irlande, plus que partout ailleurs, tout est une affaire de contacts.

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