Par Amour

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Je me suis souvent promenée dans la ville du Havre en voyant surtout sa laideur, détestant les courants d’air de ses immenses avenues froides et sans charme. Sans me poser de question sur ce qu’elle avait dû être avant les bombardements qui l’ont rasée.

Plus tard, m’intéressant aux travaux d’Auguste Perret qui œuvra à la reconstruction de la ville, l’histoire du Havre est devenue plus concrète : la ville entièrement sacrifiée, les milliers de sans-abris, l’habitat provisoire pour les reloger dans des cabanes en bois, et ce chantier titanesque qui dura de trop nombreuses années.

Le roman Par Amour de Valérie Tong Cuong apporte la pièce manquante à ma compréhension.

A travers les pages de cette grande fresque Valérie Tong Cuong fait revivre la ville d’avant, celle d’avant le béton, celle d’avant la reconstruction, Le Havre qui a vécu la guerre et qui en a été détruite.

Dans ce roman choral, les protagonistes de l’histoire se relaient pour nous raconter leur histoire, celle d’une famille ordinaire dans les affres de la seconde guerre mondiale, traversant les 5 années d’occupation.

Du point de vue de chacun, Valérie Tong Cuong nous fait vivre l’exode, le retour, l’occupation, la lutte silencieuse contre l’ennemi, la maladie, l’évacuation des enfants et la douloureuse séparation, les rationnements, les bombardements des forces ennemies et alliées en présence. Et la libération, qui aura eu ici un goût amer.

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Comment chacun vit-il la guerre? L’auteure s’attache à faire ressortir de façon puissante les sentiments de ses protagonistes, conduits par l’amour dans les choix qu’ils devront faire. Partir et tout abandonner derrière soi. Donner ce que son enfant a de plus cher pour manger. Vivre avec l’ennemi ou lui résister silencieusement. Laisser partir ses enfants pour les protéger. Abriter un enfant sans défense au risque d’une mort certaine… Les choix de chacun, en temps de guerre, peuvent devenir lourds de conséquences.

Par amour, n’importe quel être humain peut se surpasser. On tient debout pour l’autre plus encore que pour soi-même.

Grâce à un  époustouflant travail de documentation Valérie Tong Cuong fait revivre à travers cette fresque familiale et historique une ville qui n’existe plus que dans des mémoires et des archives.

C’est un sublime et bouleversant hommage à la ville du Havre et à ses habitants.

D’ailleurs, si vous connaissez des Havrais, je pense qu’il est de votre devoir de leur offrir ce livre. Pour leur faire prendre part à leur Histoire, et pour leur faire garder la trace d’où ils viennent.

Je vous invite à aller visiter le site Unesco Le Havre pour poursuivre la lecture de ce roman et vous donner un aperçu de l’histoire non moins passionnante de la reconstruction de la ville : Le Havre, la guerre et la reconstruction

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baraque en bois des logements provisoires (site Unesco Le Havre)

5 réflexions sur “Par Amour

  1. J’ai beaucoup de mal avec cette période de l’Histoire. J’en ressors toujours mal à l’aise et maussade. Je suis encore toute chamboulée par ma lecture de « Kinderzimmer » de Valentine Goby et je retarde le moment d’ouvrir « Le Dernier des nôtres ».
    Ta chronique est néanmoins belle et j’espère avoir un jour le courage de lire ce roman.

    Aimé par 1 personne

    1. Je peux comprendre, moi c’est une période que j’aime beaucoup. Kinderzimmer est un roman particulièrement éprouvant, d’une très grande force, et Valentine Goby est très talentueuse (si cela t’intéresse, j’ai fait un article dans la rubrique « autour des livres » où je parle d’une rencontre littéraire avec elle). Le Dernier des nôtres est plus romanesque, même s’il y a des moments sombres et profondément tristes. Je trouve que Par Amour, par rapport aux deux, est beaucoup plus lumineux. Il n’évoque pas aussi factuellement le nazisme, c’est une autre vision de la guerre, qui m’a paru en fait très proche de ce que ma famille, également normande, a certainement vécu pendant la guerre. Je ne pense pas que tu en ressortiras comme de Kinderzimmer. Certes, là aussi les personnages m’ont suivie plusieurs jours après avoir refermé le livre, mais c’était d’un point de vue sentimental.
      Merci en tous les cas d’avoir partagé ton ressenti et donne-moi de tes nouvelles quand tu auras abordé Le dernier des nôtres! A bientôt, Sonia

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