La vie rêvée de Virginia Fly

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Un nouveau petit bijou de la collection Quai Voltaire. Tiens donc, de quoi parle-t-il, celui-ci ?

De Virginia Fly, comme son titre le dit si bien….

Virginia Fly, jeune trentenaire, est institutrice dans la banlieue londonienne – jeune, mais grise et discrète, comme une petite souris. Nuit et jour, derrière son apparence calme et rangée, Virginia nourrit des fantasmes charnels, laissant en pensée de parfaits inconnus venir  la prendre sauvagement au moment où elle s’y attend le moins.

Ses parents, chez qui elle vit encore, sont loin de se douter que les draps froissés de son lit au réveil sont le résultat de ses rêves érotiques « Dire que ton père et moi nous dérangeons à peine les draps… », dit sa mère en plaignant sa fille de cette mauvaise nuit.

Virginia, à 31 ans, est encore vierge (quel prénom prédestiné, n’est-ce pas !), ce que ses parents n’ignorent d’ailleurs pas. C’est ainsi qu’elle est sollicitée pour une émission télévisée pour parler de sa drôle de situation personnelle. Vierge à 31 ans, cela peut faire de l’audience, surtout quand l’interview est menée par Geoffrey Wysdom, la star masculine de la télévision…

Enfin quoi, de nos jours, pardonnez-moi, mais les vierges ne courent pas les rues

Contre toute attente, elle accepte d’y participer sans se formaliser que tous, voisins, collègues, amis soient ainsi informés de sa virginité.

Virginia n’est pas moins belle qu’une autre, tout au plus sa petite vie de banlieusarde rangée qui vit chez ses parents l’a rendue plus terne. Le problème de Virginia est qu’elle rencontre peu d’hommes dans son monde étriqué, et surtout, elle n’a jamais connu l’amour… Aussi voit-elle dans cette émission l’opportunité de nouvelles rencontres – qui sait, son sourire charmera certainement un téléspectateur qui ne tardera pas à la contacter.  Ses relations masculines sont en effet limitées à son ami Hans, vieux professeur de musique qui ne voit pas leur relation de façon aussi platonique qu’elle, et à Charlie, son correspondant américain qui doit enfin venir la voir en Angleterre, et avec lequel elle s’imagine bien perdre sa virginité et être demandée en mariage dans la foulée. Sauf que Charlie, idéalisé par 12 années d’échanges épistolaires, n’est pas celui qu’il disait être et se révélera une amère déception pour Virginia.  L’entremise de Mrs Thompson – drôle de personnage dont le secret inavouable  nous fera beaucoup sourire, qui contacte Virginia après l’avoir vue à la télévision, sera-t-elle le sésame pour qu’enfin Virginia rencontre quelqu’un ? Cette femme qui connaît les hommes mieux que personne espère bien délivrer Virginia de son sort, et elle va s’en donner du mal pour mettre Ulick Brand sur le chemin de la jeune fille. Sera-t-il le bon?

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Rien ne laisse supposer dans la lecture de ce roman qu’il a été écrit en 1972, tant il est moderne. Tout au plus pourrait-on envisager un autre angle pour l’histoire si elle avait été écrite récemment : Virginia aurait probablement eu recours aux réseaux sociaux actuels pour rencontrer quelqu’un et ne serait pas restée vierge aussi longtemps !

Virginia surprend le lecteur, car finalement rien  ne semble vraiment clocher en elle, sauf peut-être son côté trop sage :

Pourquoi, se demanda Virginia, était-elle le genre de fille à qui les gens proposaient toujours une boisson chaude et non simplement un verre ? Qu’y avait-il chez elle qui empêchait les gens d’imaginer qu’elle s’enfilerait volontiers un double whisky ?

Elle est au contraire intelligente, vive d’esprit, douée de répartie. Elle assume son statut de vierge trentenaire, se fichant du regard des autres. Mais elle n’a pas rencontré l’amour, tout simplement. Aussi, lorsque la question d’épouser le professeur se pose, peut-on vraiment l’y encourager ? Peut-elle vraiment sacrifier tous les possibles à une histoire sans passion, charnellement impossible à imaginer ? C’est une histoire qui se révèle au final un brin cruelle, car peu importe la décision que Virginia prendra, on imagine qu’elle causera tristesse et désenchantement.

 

Angela Huth, comme à son habitude, observe finement ses personnages. L’acuité de ses descriptions physiques et morales leur donne vie et corps, qu’ils soient personnages principaux ou secondaires. On sent avec quel plaisir elle croque chacun, caricaturant Mr et Mrs Fly, les parents de Virginia – tantôt tendre avec le père, « obsédé par toutes les moyennes sous toutes leurs formes », tantôt moqueuse avec la mère, énervante à souhait et toujours à côté de la plaque (ah, ce moment d’anthologie lorsqu’elle veut parler des « choses de la vie » à sa fille de 31 ans… !). L’écrivaine a un art de la description qui nous ancre dans l’histoire. On est précisément dans la maison qu’elle décrit, on éprouve les sensations d’une Virginia qui enserre le tronc de « son » arbre dans le parc, on voit subtilement  briller les petits boutons de nacre du gant vert de Mrs Thompson au détour d’un geste, on touche de nos doigts le couvre-lit chenille du lit de Virginia – et on sursaute avec elle lorsqu’elle caresse la main de son père, s’interroge sur sa douceur, et l’enlève de dégoût lorsqu’elle comprend que son père s’est rasé les phalanges !!! Tout est réel et palpable.

Angela Huth est une écrivaine talentueuse et percutante. J’avais pour ma part beaucoup aimé Les filles de Hallows Farm, et plus récemment Quand rentrent les marins. Avec La vie rêvée de Virginia Fly, c’est un autre genre, plus cruel, plus caustique,  mais non moins délicieux. Et parfois si drôle, même sans happy end !  La rencontre avec le correspondant américain Charlie, nous réserve des scènes incroyables dont une pour laquelle je vous donne trois éléments clé : chaussettes bleu angora, slip moulant aéré, mousse à raser. A vous d’imaginer le reste. Un indice : « S’il-te-plaît, chuchota-t-elle. Juste une chose. Est-ce que tu pourrais enlever tes chaussettes ? »

Bref, vous l’aurez deviné, j’ai adoré cette lecture…

Un grand merci aux éditions Quai Voltaire / La Table Ronde qui m’ont permis de découvrir ce roman !

Titre : La vie rêvée de Virginia Fly (Virginia Fly is drowning)

Auteur : Angela Huth

Editeur : Quai Voltaire / La Table Ronde

Parution: 2017

3 réflexions sur “La vie rêvée de Virginia Fly

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