Bénis soient les enfants et les bêtes

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Quoi de plus américain que ces Summer Camps, camps d’été de deux mois passés loin des parents, au grand air, dans la nature, qui contribuent au mythe d’une culture ?

Cet été-là, leurs parents ont décidé de les envoyer  au Box Canyon Boys Camp, réservé aux familles fortunées. Eux, ce sont six adolescents, mal dans leur peau, inadaptés, défaillants socialement. En huit semaines, on promet de faire d’eux, en plein cœur de l’Arizona, des vrais cow-boys, de futurs hommes endurcis et aguerris. Regroupés en tribus, les garçons du camp s’affrontent dans différentes compétitions : équitation, tir à l’arc, tir au fusil, épreuves d’adresse, natation, sports au grand air, dont les scores sont totalisés à la fin de chaque semaine et permettent d’attribuer à chaque tribu le nom et le trophée qui lui revient : Apaches, Sioux, Comanches, Cheyennes et Navajos.

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Ils sont six, donc, Cotton le rouquin, Goodenow qui mouille son lit,Teft IIIe du nom, Schecker le fils du célèbre Sid Schecker, et les frères Lally I et Lally II. Chacun porte une histoire qui l’a mis en marge du camp. Aussi se retrouvent-ils malgré eux dans la même équipe, dans la même cabane, dans la même tribu.

Selon la coutume du camp, le directeur annonça que l’équipe la plus mauvaise, ayant récolté une nombre de point insuffisant, ne serait pas honorée d’un nom indien. A la place, afin de stimuler son courage et son avancement sur l’échelle des points, elle était traditionnellement nommée « Les Pisseux »…

Pas de gloire pour ces anti-héros, dont nous découvrons les histoires personnelles et les failles au cours du récit. Des histoires de fractures familiales, de parents dans l’incapacité d’aimer leurs enfants.

(…) le groupe de Cotton était unique en son genre. Les cinq garçons s’étaient groupés autour de lui parce que personne d’autre ne voulait d’eux. On les appelait alternativement les Bizarres, les Inaptes, les Tarés. Ils constituaient le fond du panier

Ils n’auraient jamais dû se rencontrer, mais vont se regrouper dans l’adversité, unis dans leurs divergences, leurs conflits, leurs humiliations, autour du jeune Cotton qui révélera son âme de leader et leur insufflera la solidarité. Jusqu’au jour où, au retour d’une nuit dans les plaines de Petrified Forrest, ils seront témoins d’une scène d’une violence inouïe, qui les laissera exsangues, et les poussera à un acte de folie. Coûte que coûte, les garçons décideront d’aller au bout de leur projet…

Ce que j’aime chez Gallmeister, c’est cette capacité à nous dénicher des pépites de la littérature américaine. Bénis soient les enfants et les bêtes est paru en 1970 – on imagine que le roman serait différent s’il avait été écrit aujourd’hui, pour autant son esprit un peu « vintage » ne nuit en rien au plaisir de la lecture, bien au contraire.

Glendon Swarthout a construit habilement son récit, même si on se demande un peu au début où il veut nous emmener et qui sont tous ces personnages, que l’on a du mal à situer. Mais peu à peu, alternant récit au présent et flashbacks, tout se met en place, pour nous emmener avec suspense vers le cœur de l’intrigue.

Dans la pure tradition du roman d’apprentissage, Bénis soient les enfants et les bêtes voit nos jeunes personnages vivre une expérience fondatrice, qui plus que tous les défis du Summer Camp les transformera en hommes qui pourront désormais tout affronter.

Glendon Swarthout apporte un supplément d’âme à son récit avec la magie de ces paysages grandioses de l’Ouest américain qu’il décrit de façon magistrale. On se sent petit face à la force de cette nature incroyable : l’Arizona, le Grand Canyon, Petrified Forrest… un vrai pèlerinage pour moi qui ai fait ce voyage l’été dernier, et je peux vous assurer que si j’avais connu ce livre à ce moment, je l’aurais emmené dans mes bagages pour le plaisir de le lire sur place.

Mention très spéciale à la couverture de cette édition qui est une magnifique invitation à la lecture.

Titre : Bénis soient les enfants et les bêtes (Bless the beats and children)

Auteur : Glendon Swarthout

Editeur : Gallmeister Totem Nature Writing

Parution: 2017 (Stock 1971)

9 réflexions sur “Bénis soient les enfants et les bêtes

  1. Encore un beau commentaire qui donne envie de lire ce livre ! Et de regarder un peu plus du côté de Gallmeister.
    C’est vrai que leurs couvertures sont originales et dépaysantes.

    Justement je lis « Le chant de la Tamassee », chez Seuil, l’histoire n’a rien à voir mais le cadre ressemble à celui de ton livre, la nature grandiose du Sud des États Unis avec en prime un beau plaidoyer écologique. Il démarre très bien, je te tiens au courant !
    A bientôt ma Soso !

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  2. Superbe roman, comme « Homesman » et « Le tireur ». Moi, je suis très fan de Swarthout (disparu beaucoup trop tôt…).
    Au début, les passages en italique m’ont gênée, puis rapidement, je les attendais avec une grande impatience.
    J’ignorais que tu avais fait un «petit» pèlerinage l’été dernier… Le grand bonheur. Je m’en réserve un dans un an ou deux. Cette été, je file en Europe!

    Aimé par 1 personne

    1. Je ne le connaissais pas avant cette lecture. Je n’avais pas voulu lire ta chronique, j’ai attendu pour le faire – tu en parles tellement bien, et tu connais l’œuvre et l’écrivain surtout. Je lirai les autres romans c’est certain. Nous avons fait l’Ouest américain l’été dernier, ce fut magique. Un vieux rêve. Fais moi signe si tu passes par Paris, ce serait une belle occasion de se rencontrer 💛

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  3. C’est la couverture qui me tape dans l’oeil mais je suis méfiante avec ces éditions parce que le premier et le dernier livre que j’ai lu je l’ai rapidement abandonné, Fay de Larry Brown fut un chaos. Sauf que le livre que tu présentes me donne envie après avoir lu plusieurs chroniques en parlant très bien. Je vais finir par l’acheter c’est certain.

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