Play boy

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A quatre ans j’étais homosexuelle. Je le savais très bien et mes parents aussi. Après c’est un peu passé. Aujourd’hui ça revient. C’est aussi simple que ça.

C’est un roman. On hésite. Roman? Autobiographie? L’auteure s’en défend un peu. Constance Debré, avocate, quadragénaire, a plaqué son mari, se détache de son métier, de sa vie qui l’ennuie, et décide de vivre en plein jour son homosexualité.

Le lecteur la suit dans sa nouvelle vie de lesbienne en devenir qui s’assume, cherchant à découvrir dans les bras d’autres femmes comment ça fonctionne, ces amours-là. Comment on s’y prend pour embrasser, pour prendre une femme dans ses bras, pour faire naître le désir, pour baiser. Baiser, oui. C’est choc, c’est trash, c’est délibérément provoc. Constance Debré parle comme un mec. Pas comme un homme, non, comme un mec qui a gommé la femme qu’il a été, qui a jeté les robes, les sacs, les chaussures.

Pour le cul j’essayais de me projeter. J’essayer de me branler en pensant à elle

Avec son allure androgyne, on a effectivement du mal à imaginer la fille que Constance Debré a pu être. Grande, longiligne, les jeans qui glissent sur des fesses et des hanches inexistantes. Elle parle avec une certaine nervosité, la main qui se glisse constamment dans les cheveux courts, elle parle comme elle doit plaider, la silhouette tendue vers quelque chose qu’elle défend.

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Constance Debré – rentrée littéraire Stock 23 janvier 2018

Aux innocents, aux victimes, elle préfère « les coupables, les pédophiles, les voleurs, les violeurs, les braqueurs, les assassins ». Elle assume.

Elle assume d’être aristo, d’être snob et de parler avec cet accent agaçant, d’être une riche qui n’a pas de fric.

Je suis riche de parents riches qui avaient des parents riches. Je suis riche sans un kopeck. Sans appart. Riche à dix euros par jour clopes comprises. Riche sans rien, mais si riche que je m’en fous d’être pauvre. Techniquement à la rue mais ontologique ment pétée de thune.

Elle assume de descendre d’une lignée célèbre de médecins et hommes politiques, même si elle profite de son livre pour régler ses comptes. Famille dysfonctionnelle, parents camés à l’opium, à l’héroïne. La mère, sublime mannequin morte trop jeune.

La mère à laquelle on revient toujours, matrice de la vie. La mère qui mieux que quiconque connaît ses enfants:

Personne n’aurait eu l’idée de m’offrir und Barbie pour mon anniversaire. On avait eu une discussion claire sur le sujet avec ma mère. On était en voiture. Elle conduisait vite, elle conduisait bien. Elle m’avait dit que ce n’était pas grave d’aimer les filles si on était une fille. 

Il y a de l’arrogance dans ce roman qui veut dire plein de choses sans vraiment aller au fond des choses, il y a de la provocation intentionnelle dont on ne sait pas vraiment quoi faire, il y a de la gêne à lire ces trucs de filles entre filles, dits de façon si crue qu’on se demande si on est vraiment trop prude ou juste normale:

Un corps de femme c’est fait pour y mettre la main, la bouche, une femme c’est fait pour être baisée. Des seins c’est fait pour être touchés, un cul c’est fait pour venir s’y caler, une chatte pour y plonger la gueule, pour en sentir l’odeur, y glisser la langue, les doigts, en sucer le goût, ce putain de goût si doux. Il n’y a pas d’homme qui puisse rivaliser avec ça. Je comprends ceux qui vont aux putes. Je comprends même les violeurs.

Il y a du cliché à vouloir faire comme si il n’y avait aucun tabou, il y a de la caricature à gros traits dans ce portrait de lesbienne qui se revendique.

Et pourtant, il y a quelque chose d’indéfinissable et sensible qui me touche, dans cette écriture générationnelle, il y a quelque chose de séduisant dans ce personnage que je ne sais pas nommer « femme », quelque chose qui émeut.

Alors loin de la polémique qu’il suscite, et même s’il n’est pas un coup de coeur, je vais assumer de l’avoir plutôt bien aimé, ce Play boy.

★ ★ ★ ☆ ☆

Titre: Play boy

Auteur: Constance Debré

Editeur: Stock

Parution: janvier 2018

 

 

10 réflexions sur “Play boy

  1. Je ne comprends vraiment pas ce besoin d’être trash, cru, violent, dans les textes. Est-ce que ça apporte quelque chose au fond? ça concourt peut-être à l’ambiance mais sur moi, ça a plutôt un effet dissuasif. Pourtant, le sujet aurait pu me plaire. Dommage :-/

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  2. J’avoue être aussi un peu perplexe comme Laeti, même si ce genre de discours ne me « choque pas » je trouve cependant que tout un roman sur le même thème 🙂

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  3. Les extraits ne me tentent pas trop, même si la provoc ne me gêne (elle est parfois inévitable et nécessaire). C’est juste que j’ai l’impression d’avoir déjà lu beaucoup de livres sur ce sujet, peut-être abordé avec plus de sérénité.

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