Le bruissement des feuilles

 

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Dépaysement total avec Le bruissement des feuilles de Karen Viggers, qui emmène ses lecteurs en Tasmanie. 

C’est sur cette île australienne située au sud de Melbourne que se joue le destin de la jeune Miki, le personnage féminin de son nouveau roman.

Un écrin de nature qui abrite en son sein des arbres plusieurs fois centenaires et des espèces animales rares voire uniques, à l’image de ce diable de Tasmanie qui va revenir dans l’histoire…

Après avoir échappé à l’incendie de la ferme familiale, Miki et son frère aîné Kurt s’installent en ville où ils ouvrent un fast food qui voit défiler les habitants des alentours. Chrétiens fondamentalistes, le frère et la soeur vivent en communiquant le moins possible avec le monde extérieur – pire, Kurt coupe sa soeur du monde en lui interdisant toute forme de sortie à l’exception d’une balade en forêt hebdomadaire ensemble. 

Miki vit ce moment de brève liberté dans une communion intense avec la nature, sensible à ces grands arbres dont elle absorbe viscéralement la vie comme une sève qui la galvanise.

Cible des industriels qui utilisent son bois, la forêt pourtant est menacée chaque jour davantage par les bûcherons qui se rapprochent inéluctablement avec leurs machines pour dévaster ces territoires arborés.

Malgré la surveillance étroite de son frère, Miki se lie d’amitié avec Léon, un jeune garde forestier qui vient d’arriver, en sauvant ensemble des diables de Tasmanie voués à une mort certaine. 

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Dans cette communauté de bûcherons, où les tentatives de sauvegarde écologiste sont appréhendées comme des pertes d’emploi, Léon peine à se faire accepter.

Chacun va devoir faire des choix pour trouver un chemin vers le respect et l’émancipation.

Amitié, émancipation, mais aussi sauvegarde de la nature: Karen Viggers explore avec beaucoup de profondeur et de psychologie ces principaux thèmes, tandis que gravitent autour d’autres sujets de non moindre importance: la violence domestique, l’enfance, le harcèlement scolaire, les rapports intergénérationnels. Pour ce faire, elle a peint une toile aussi romanesque que réaliste, animée de personnages tout aussi incarnés les uns que les autres. Ils sont nombreux sur cette fresque, et apportent à ce récit une richesse et une émotion toute en finesse.

Karen Viggers traite son roman avec beaucoup de justesse, effleurant certains sujets qui auraient été trop convenus si elle s’était arrêtée dessus – aux histoires amoureuses qui sembleraient évidentes, elle préfèrera les amitiés qui sont des promesses.

J’ai été particulièrement émue par la place donnée à la littérature dans le roman: tout ce que Miki sait de la vie, en comparaison à sa propre vie, elle l’apprend à travers les trois romans qu’elle relit inlassablement: Jane Eyre, Les Hauts de Hurlevent, et Tess d’Uberville – et ceux qu’elle va découvrir peu à peu, tels des guides sur le chemin de son émancipation.

Miki se souvenait de sa colère en lisant la scène où Jane se faisait persécuter par les membres de sa famille et le principal de son école. De sa joie en découvrant son amitié avec Helen. Du plaisir d’assister au voyage jusqu’à Thornfield Hall lorsque Jane avait commencé à travailler comme préceptrice. Du bonheur éprouvé lorsqu’elle avait rencontré monsieur Rochester. Et lorsqu’elle était tombée amoureuse de lui au fil de leurs conversations. Miki avait été inspirée par la force de Jane, par la façon dont elle se défendait toute seule, par sa dignité, l’intégrité de ses croyances.

Véritable ode à la nature décrite avec puissance, Le bruissement des feuilles nous rappelle, ce que souvent dans la folie de nos vies citadines nous avons tendance à perdre de vue, combien il est vital de se recentrer sur la nature pour vivre en harmonie avec la faune et la flore. Vétérinaire, de surcroît mariée à un scientifique qui étudie les arbres, Karen Viggers a su injecter dans son roman toute sa connaissance et son amour de la nature.

En outre, son récit est nourri d’une grande générosité, et on ressent un talent sincère et passionné de conteuse.

Effectivement, Karen Viggers est la générosité incarnée lorsqu’elle rencontre ses lecteurs, comme ce fut le cas ce 18 avril lors de la rencontre organisée par sa maison d’édition française Les escales. Accueillante, ouverte à tous, soucieuse de pouvoir répondre à chacun, heureuse de pouvoir échanger en français, Karen Viggers a conquis tout le monde.

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Karen Viggers, café Bontemps, 18 avril 2019

Ceux qui ont lu La mémoire des embruns retrouveront avec un plaisir indicible Léon, qui a quitté l’île de Bruny pour une nouvelle vie. Pour les autres, qui comme moi peut-être découvriront avec ce roman l’univers de Karen Viggers, il n’est pas nécessaire d’avoir lu le premier pour entrer dans celui-ci. Je peux toutefois vous garantir que vous aurez forcément envie de le lire après!

Merci aux éditions Les escales pour cette très belle lecture et cette rencontre.

Titre: Le bruissement des feuilles (The orchardist’s daughter)

Auteur: Karen Viggers

Editeur: Les escales

Parution: 11 avril 2019

2 réflexions sur “Le bruissement des feuilles

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