Trois incendies

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C’est un roman qui invite à une lecture ardente, trois destins de femmes comme on les aime – et qu’on ne voudra pas quitter tant que la dernière page du livre ne sera pas tournée.

Trois femmes, trois générations – Léa la grand-mère, Alexandra sa fille et Maryam sa petite fille.

Trois récits qui s’alternent, trois unités temporelles, trois narrations différentes – je, tu, elle. 

Et des voyages.

Le récit s’ouvre sur Alexandra, reporter de guerre, elle couvre les conflits à travers le monde. C’est en 1982 à Beyrouth que nous entrons dans son histoire, alors qu’elle observe la guerre à travers l’objectif de son appareil photo pour saisir le moment où la vie bascule – même si elle met sa vie en danger.

Elle photographie à l’instinct, écrit ce qu’elle voit avec le besoin vital que ses mots accompagnent les images. Aujourd’hui, dans cette ville-là, parce qu’elle a photographié la mort d’un homme, croit-elle encore à son métier? 

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Kate Webb, Vietnam

A Beyrouth l’ardeur de la vie et l’horreur de la mort cohabitent mais le massacre de Chatila aura raison de la capacité d’Alexandra à éprouver la mort. Elle rejoint alors son mari Saul à New York, mais, traumatisée, se réfugie très vite chez sa mère Léa à Genève. 

Léa se perd dans les ténèbres de sa mémoire, mais pourtant, elle aussi peut témoigner de l’atrocité de la guerre, de l’exode, de la perte des êtres chers, mais aussi du poids du secret, qu’Alexandra, bientôt, va éprouver à son tour. Peut-on occulter un secret éternellement? Non, les deux femmes le savent bien. 

En rentrant chez toi, tu pensais reprendre ta vie d’avant. Une existence à ta taille: petite et normale. Pourtant tu te sens vite à l’étroit dans cette vie de province où tout se sait, se dit, où tout pèse. La guerre vous cerne et vous entraîne dans une spirale morbide.

Maryam, la fille d’Alexandra, en fera aussi la douloureuse expérience: en mal de mère, en mal de père, elle a choisi de se consacrer aux bonobos, dont les femelles règlent les conflits par le sexe.

Les nuits, je faisais des rêves.

Maman ne revenait pas.

Maman à l’autre bout du monde.

Au Yémen ou ailleurs, j’ai oublié.

Je confonds les conflits, je confonds les dates.

A travers le combiné du téléphone fixe de la maison, j’entendais le bruit.

Le bruit des bombes.

J’avais peur. Qu’elle meure. Là-bas.

Vinciane Moeschler raconte, avec ces trois voix, la transmission familiale, les traumatismes, ce qu’on en accepte et ce que l’on en rejette.

A travers l’histoire de ces femmes et de leurs voyages, l’auteure nous dit aussi les hommes, l’amour inconditionnel des pères, la douleur des frères, la présence réconfortante des maris, la passion des amants.

Vinciane Moeschloer, dans Trois Incendies, conjugue son savoir-faire de journaliste avec un indéniable talent d’écrivaine. La narration de la guerre, que ce soit la seconde guerre mondiale par le prisme de Léa ou la guerre du Liban, les conflits de Moyen-Orient ou la chute du mur de Berlin sous la focale d’Alexandra m’ont impressionnée par leur qualité informative et leur puissance narrative.

Titre: Trois incendies

Auteur: Vinciane Morscher

Editeur: Stock

Parution: mai 2019

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