Etés anglais

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Voici LE livre que j’aimerais pouvoir vous voir tous lire en ce moment. 

« Etés anglais » est un de ces romans pour lesquels on rêve d’avoir une plage de temps infini devant soi pour s’immerger dedans jusqu’à la dernière page – roman fleuve, il nous entraîne dans les eaux romanesques de la saga familiale des Cazalet, une échappée infiniment jubilatoire. 

En cet été 1937, les trois fils des Cazalet se préparent à rejoindre depuis Londres, avec femmes et enfants, le fief familial du Sussex: Home Place. 

De part et d’autre, c’est l’effervescence des derniers préparatifs. Le Brig et la Duche, comme sont surnommés les patriarches de la famille, mènent comme à l’accoutumée d’une main de maître l’organisation de la maison, aidés dans leur tâche par leur fille célibataire, Rachel.

A Londres, les fils gèrent les affaires courantes, les femmes s’occupent de leur dernière soirée en société, les cousines assistent aux derniers cours de leur préceptrice, les cousins reviendront bientôt de pension, et les plus petits trainent dans les jupes des nannies. 

Ainsi débute dans la grâce le ballet de ces trois générations de Cazalet, aimants et loyaux, avec un sens de la famille aussi aiguisé que leur éducation bourgeoise et leur exquis savoir-vivre britannique. D’une page à l’autre, Elizabeth Jane Howard nous emporte dans l’épopée de deux étés qui vont vers un virage inévitable: la guerre, que l’on croyait loin derrière, bien qu’elle ait marqué de façon indélébile la vie des deux aînés Edward et surtout Hugh.

Dans cette parenthèse au vert, le temps semble comme suspendu dans les journées qui se succèdent entre l’équitation, le tennis, la plage et les innombrables repas. Mais le petit miracle, ce sont ces tranches de vie qui se succèdent, tous ces détails qui fourmillent d’une vitalité romanesque qui jamais ne s’essouffle. Chaque personnage creuse son sillon dans l’histoire – et des personnages, il y en a! 

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A travers les hommes, les femmes, les enfants, et le personnel de chaque maison, l’auteure nous livre les petits travers derrière les apparentes qualités de chacun, avec une délicieuse dérision au parfum de thé corsé. Avec Elizabeth Jane Howard, l’ironie est toujours teintée de cette inimitable subtilité britannique qui fait les meilleurs aphorismes.

Les nounous doivent bien conserver un côté enfantin, sans quoi elles n’auraient pas le don de jouer avec les enfants. C’est par ailleurs une très bonne nounou.

Etés anglais est la radiographie de la société anglaise encore légèrement emprunte de victorianisme: abnégation de la douleur et des sentiments, religion, poids de la succession et des obligations familiales.

On nous a inculqué que grandir c’était, entre autres, apprendre à ne pas pleurer. Ce n’est autorisé que pour la musique, par patriotisme, ou des choses comme ça.

L’auteure met particulièrement en lumière la condition féminine de cette période de l’entre-deux guerres dans la haute bourgeoisie anglaise, où l’on accorde qu’une attention succincte à l’éducation des filles, assignées à leur rôle de leur reproductrices, soulevant de vraies questions autour de la maternité et des enfants :

Comme nous le savons, la question n’est pas toujours d’en vouloir ou pas .

Elle scanne aussi avec brio les relations des couples, les rôles que chacun y joue, ce que l’on  en dit et ce que l’on en tait.

Elle sentait que Jessica l’enviait, et rêvait de lui expliquer que ce lit de roses n’était pas sans épines.

Elizabeth Jane Howard a un mordant qui écorche au passage, l’air de rien: ici les séducteurs enlèvent leur dentier la nuit et sont bien plus dangereux qu’on oserait imaginer.

Retors ou attachants, l’auteure glisse d’un personnage à l’autre, en leur accordant toujours la même profondeur d’analyse.

De façon plus inattendue, l’histoire des Cazalet qui se préparent à la déclaration de guerre n’est pas sans faire écho à la situation que nous avons vécue ces dernières semaines avec notre entrée en confinement:

Tu ne trouves pas ça très bizarre? Chaque jour, on semble s’enfoncer davantage dans cet horrible cauchemar, mais tout le monde continue comme si de rien n’était… 

Vous l’aurez compris à mon enthousiasme dès la première ligne, ce roman est une véritable pépite. Le prochain volume sortira en octobre (pour nous faire patienter, la primeur des premières pages nous est offerte à la fin de ce premier volume). Il faut également rendre justice au formidable travail de traduction d’Anouk Neuhoff, qui a capté la subtilité vivace de cette auteure qu’il était urgent de découvrir enfin.

Titre: Etés anglais (The Cazalet Chroniques Vol.1)

Auteur: Elizabeth Jane Howard

Editeur: La Table Ronde

Parution: mars 2020

3 réflexions sur “Etés anglais

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