De rien ni de personne

CE794694-E5C7-48D0-B1EF-C92965957A73

Il faut reconnaître que, de prime abord, Palerme n’est pas une ville qui fait rêver.

Ce n’est qu’en la parcourant qu’on découvre sa beauté, en soulevant la poussière de ses rues, en jetant un oeil derrière les murs éventrés de ses palais, en poussant la porte d’une église baroque, en parcourant ses marchés ou en faisant abstraction de l’urbanisme sauvage qui s’est emparé d’elle.

Qu’en voit-il de sa beauté, lui, Rosario, dans son quartier coupe-gorge des faubourgs de la ville, à Brancaccio? Les jours où il va au lycée dans le centre historique, peut-être, quand il prend le 224 qui le dépose dans cet autre monde de la Palerme dorée.

A Brancaccio, la plus belle rue s’appelle ville dei Picciotti. Les trottoirs sont tout crottés, il y a sept platanes desséchés, des boutiques à l’enseigne dévastée. C’est la rue des gens aisés: le caissier du discount, le primeur avec sa pension d’invalidité, le panellaro qui vend ses panini au lycée voisin

Adolescent solitaire qui aime la mythologie et l’écriture, il se découvre un talent pour le football – comme celui de ce grand-père qu’il n’a pas connu, et dont il porte le prénom, comme tout bon palermitain qui se respecte. Lui, il aurait préféré s’appeler Jonathan, le prénom qu’avait choisi pour lui son père. 

Au Virtus Brancaccio, le club de foot où il s’entraîne, son talent lui attire plus d’inimitiés que d’amitiés complices, et le confronte très vite à la violence de son milieu populaire, surtout depuis qu’il a séduit la mystérieuse Anna, la petite amie de l’autre gardien de but, Totò. 

DSCF6941

Palerme, Août 2017

C’est une période sombre pour Rosario, qui découvre la rudesse de l’existence et les secrets qui 

brisent à jamais l’enfance et l’image idéalisée qu’on a de ses parents.

Premier roman d’un jeune auteur italien, De rien ni de personne explore l’adolescence avec le réalisme brutal des quartiers populaires qui font dire que Palerme est une ville dangereuse.

Dario Levantino y brosse le portrait d’une société sicilienne encore marquée par des clichés vivaces et propose une immersion dans une Palerme loin de l’idéal touristique et culturel.

Une lecture rapide et touchante qui offre  de jolis moments plus poétiques dans la réalité brutale de Rosario.

Maman a une verrue sur la joue droite, Anna peut regarder le soleil sans fermer les yeux.

Maman a toujours peur, Anna a seize ans.

Au marché de la Vuccaria, il y a une fontaine. Les immigrés et les fous y dorment, les soûlards y pissent. Au milieu des blattes, des abeilles, des poissonniers couverts de sang.

J’ai emmené Anna au marché, je lui ai montré mon plus bel endroit de Palerme après qu’elle m’avait montré le sien; maman est venue de son côté, le vendredi était le jour des commissions.

Elle ne nous a pas vus.

« Pourquoi tu aimes cet endroit? »

J’ai pensé: pour l’odeur des légumes écrasés par terre, pour les gens simples, parce que je me sens entouré quand je me sens seul, parce que ma mère y va le vendredi.

J’ai dit « Bah, comme ça ».

Titre: De rien ni de personne

Auteur: Dario Levantino

Editeur: Rivages

Parution: février 2020

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s