Le gosse

Le gosse Véronique Olmi

Joseph est né au sortir de la grande guerre. Le père, gueule cassée, est mort depuis longtemps.

Peu importe, il ne l’a pas connu, et puis il est heureux avec sa mère Colette la joyeuse, et sa grand-mère Florentine. Elles le chérissent, ce petit garçon qui siffle déjà comme un artiste.

Colette a un amoureux, et tout dérape: l’avortement, et la mort qui la cueille. 

Joseph n’est pas seulement orphelin, il est la honte de la nation, et sa mère une traitre qui se retrouve punie d’avoir voulu refuser de repeupler la France.

Double peine, car bientôt le petit garçon de sept ans va se retrouver pupille de l’état. 

L’assistance publique, pourquoi la craindre? Elle prend soin des enfants, non?

Il est en sécurité, maintenant il est assisté par l’état, comme la grand-mère, chacun à sa place, dommage qu’on ne puisse pas les partager

L’engrenage est en marche: le placement en famille nourricière à la campagne pour prêter ses bras de petit garçon aux durs travaux de la ferme, la faute qui fait de lui un hors-la-loi de neuf ans, la prison de la Petite Roquette aux méthodes glaçantes pour remettre les enfants sur le droit chemin, et puis le surclassement en colonie pénitentiaire à Mettray à dix ans – la primeur des mauvais traitements, des humiliations, du travail surhumain. « A dix ans il est temps d’être un homme » et Joseph va puiser au fond d’une volonté immense la force de survivre au quotidien inhumain infligé à ces enfants. 

Ainsi il est arrivé parmi les vicieux de la République, le vivier de la racaille, et il y a pris sa place

Dans cet horizon sans perspective, il y a Aimé, et il y a la musique. Le premier lui donnera l’amour, la seconde un avenir, et le retour à la possibilité d’une vie. 

Mais une vie normale est-elle encore possible pour un garçon irrémédiablement marqué du sceau de sa honte de pupille de l’Etat?

En filigrane, Veronique Olmi met en scène la France du Front populaire, qui ne sait pas encore qu’elle savoure ses dernières années de paix.

Dévoré en quelques heures, ce roman a été une lecture poignante, qui a mis à l’épreuve mon coeur et ma chair de mère. Avec cette question lancinante et naïve: comment est-il possible de traiter ainsi des enfants ? 

A côté des pages difficiles, il y a la lumière: avec délicatesse, Véronique Olmi nous rend témoin d’un amour tendre et sensuel, fondateur et consolateur entre Joseph et Aimé, et qui fait de la Colonie « un endroit où vivre ».

Dans un souffle romanesque intense, d’une écriture incisive et palpitante, Véronique Olmi dénonce, à hauteur d’enfant, l’impensable, l’innommable de ces lieux qui ont existé, qui ont maltraité, tué des enfants auxquels l’état français ne donnait de protection que le nom.

Allez jeter un oeil aux photos de la Petite Roquette, détruite en 1974 après avoir été transformée en prison pour femmes, regardez à quoi ressemble Mettray pour mieux comprendre. Et lisons Jean Genet, lui même pupille de l’état qui y fut envoyé et en raconte ses souvenirs dans « Le miracle de la rose ».

Retrouvez ici mes autres chroniques concernant les romans de Véronique Olmi: Bakhita et Les évasions particulières.

Titre: Le gosse

Auteur: Véronique Olmi

Editeur: Albin Michel

Parution: février 2022

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