La passion Lippi

couverture du livre La passion Lippi

Qui aurait pu prédire que ce gamin livré à lui-même serait sacré, en 1461, meilleur peintre de Toscane? Qui aurait imaginé que la noblesse s’arracherait un jour ce petit va-nu-pieds repoussant? Qu’il ouvrirait un des ateliers les plus florissants, mieux, qu’il oeuvrerait à la reconnaissance des peintres en imposant de se faire payer pour leur talent et non plus seulement pour leur travail?

Cosme de Médicis, sûrement. 

Le fils de banquier et mécène florentin le débusque un jour de 1414 – l’enfant en haillons aux pieds recouverts de corne l’éblouit par le dessin qu’il a réalisé à même le sol d’une ruelle. Il a découvert Filippo Lippi, qu’il met entre les mains d’un maître encore inconnu, Guido di Pietro, futur Fra Angelico. C’est lui qui le formera aux pigments et à la peinture, tandis que le couvent des carmes se chargera de son éducation et le fera moine. Si Lippi fait découvrir à son maître le chemin sacré de la foi, lui-même n’a surtout foi qu’en son propre plaisir, partagé avec les prostituées des bordels de la ville.

Mais il se révèle un génie, qui va travailler avec les meilleurs, et entre deux fresques, enchaîner les frasques…  

Le bouillonnant Lippi aime les femmes, aime la fête, ne tient pas souvent parole, provoque, suscite la malveillance, mais il continue à séduire par son art. Et puis, il y a ce jour où il rencontre l’amour en la Vierge Marie… ou plutôt son modèle, une jeune nonne du couvent de Prato.

La vie de Lippi est comme une succession de montagnes russes: l’exaltation précède la chute vertigineuse, puis la remontée triomphale… De ces hauts ou de ces bas, lequel aura raison de lui?

A travers cette biographie romancée, Sophie Chauveau nous plonge en plein Quatrocento – peinture, vie des ateliers, peintres et sculpteurs, lieux sacrés de l’histoire de l’art se tissent dans le récit historique d’un siècle mouvementé, régi par des cités-états, des guerres, des maladies, l’Eglise – et des familles riches et puissantes. Lippi a été étroitement lié à Cosme de Médicis, son bienfaiteur qui veillera sur lui jusqu’à son dernier souffle, et à ses descendants.

Le style est fougueux (parfois trop) comme pour mieux souligner cette « passion Lippi ». Pour autant, Sophie Chauveau a su saisir la vie d’un homme et l’esprit d’une époque, passionnants à tous points de vue et nous offre une fabuleuse plongée dans le XVe siècle italien. « La passion Lippi » offre un beau prolongement au roman « Veiller sur elle » de Jean-Baptiste Andrea, les deux ayant Fra Angelico et le couvent San Marco à Florence comme dénominateur commun. Une lecture à poursuivre maintenant avec « Le rêve Botticelli » – Botticelli dont Lippi fut le maître.

Le roman s’insère dans une trilogie que clôt la biographie de Léonard de Vinci, dont je parlais ici.

Titre: la passion Lippi

Auteur: Sophie Chauveau

Editeur: Gallimard

Parution: 2006

3 réflexions sur “La passion Lippi

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