Où vivaient les gens heureux

Où vivaient les gens heureux, Joyce Maynard

« Où vivaient les gens heureux », pas encore sorti, était déjà annoncé comme « le grand roman », « le chef-d’oeuvre » de Joyce Maynard.

Après ma lecture, je me suis demandé à quoi tenait cette notion de « grand roman »: à la frise temporelle sur laquelle se déploie l’histoire? Ou au nombre de pages du livre (542, sans les remerciements).

Sur plus de quarante ans, nous suivons Eleanor, fille unique de parents avocats, mondains et plutôt dysfonctionnels, qui semblent toujours s’interroger sur la présence de leur fille dans leur vie. Lorsqu’ils meurent accidentellement, Eleanor a 16 ans, et se retrouve complètement seule, et inévitablement très vulnérable, ce qui lui vaudra une expérience terrible et profondément marquante. 

Alors Eleanor n’a qu’une idée en tête: trouver l’endroit où elle sera heureuse et où « Tout ce qui lui manquait deviendrait accessible ».

Elle achète une ferme dans le New Hampshire, rencontre Cam dont elle tombe amoureuse, et dans cette ferme, loin du monde, leur bonheur se construit. Trois enfants plus tard, Eleanor est épuisée, et Cam, lui, jouit de la vie comme il sait le faire, insouciant, détaché des contingences matérielles, même quand le couple n’a plus un dollar pour payer les factures. Leur couple se délite petit à petit jusqu’à ce qu’un bouleversement majeur survienne dans leurs vies, auquel leur mariage ne survivra pas. 

Quelques années plus tard, Eleanor est une femme à qui tout a échappé: ses enfants, son mari, sa si jolie ferme. Son bonheur. 

Ce roman parle des sacrifices auxquels une femme pense devoir consentir pour protéger ses enfants. Mais serions-nous prêt(e)s nous-mêmes aux renoncements qu’Eleanor va s’imposer?

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Les envolés

Les envolés, Etienne Kern
Gallimard

Au matin du 4 février 1912, équipé d’un improbable costume-parachute, il se jette du premier étage de la Tour Eiffel pour faire la démonstration de son invention.

Je tiens à l’existence , et je ne tenterais pas l’aventure si j’avais le plus petit doute de succès

Quelques secondes plus tard, il s’écrase sur le Champ de Mars. Les journalistes, les photographes, et même les caméras de cinéma étaient là pour immortaliser ce moment où Franz Reichelt, originaire de Bohème, était certain de triompher et faire fortune en inventant le premier parachute.

De lui, la postérité ne retiendra que cette chute grotesque, et la mort fixée pour la première fois sur une pellicule.

Pourquoi l’histoire de Franz Reichelt fascine-t-elle autant Etienne Kern?

C’était un siècle encore neuf, vierge des guerres qui bientôt allaient le traverser, un siècle jeune enthousiasmé par ces machines volantes qui s’élevaient tant bien que mal vers le ciel, ces faucheurs de marguerites (il vous reviendra peut-être en mémoire cette série diffusée à une époque où notre télévision ne comptait que trois chaînes) qui avaient encore tout à inventer. Jusqu’au parachute qui auraient pu sauver nombre d’entre eux qui périrent au nom du progrès – ou de l’inconscience.

Entre deux chapitres qui nous racontent le projet fou de cet homme attachant, dévoué, prévenant, formé à la couture à Vienne et qui s’installa à Paris comme tailleur du côté de l’Opéra, Etienne Kern s’interroge sur son attachement à l’histoire de Franz Reichelt, et sur ce qu’elle raconte de sa propre histoire.

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Un été à Nantucket

Un été à Nantucket, Elin Hilderbrand
Les Escales

Cet été-là, Neil Armstrong a marché sur la lune. 

L’évènement aurait pu suffire à marquer l’été des Levin, d’autant plus que Blair, la fille aînée de la famille, est mariée à un astrophysicien enrôlé dans la mission Apollon 11. Mais cet été 1969 va, à bien des égards, changer la vie de la famille et rester à jamais vivace dans leurs souvenirs.

Comme chaque été, Kate Levin quitte le foyer de Brookline, Massachussets, pour la maison de sa mère Exalta à Nantucket. Mais cette fois-ci, seule la petite dernière, Jessie, l’accompagne: Blair, très enceinte, est restée à Boston. Kirby, la seconde, a choisi de passer l’été à travailler à Martha’s Vineyard. Quant à Tiger, le fils, il a été mobilisé pour servir son pays au Vietnam.

Tous ces changements augurent d’un été bien différent des autres, car l’insouciance s’est envolée. 

Kate, qui craint à tout moment qu’on vienne lui annoncer la mort de Tiger, est une mère au coeur déchiré qui perd pied. Et même si les étés à Nantucket ont une saveur de vacances exquise, la vie à All’s fair, sous la houlette de la très stricte Exalta, n’est pas sans tensions. Kate aimerait bien s’émanciper de cette mère si dominante. 

 La triste vérité, c’était que Kate était prisonnière de sa propre mère, d’Alls Fair et de la vie qu’elle avait connue ces quarante-huit dernières années à Nantucket ».

Exalta terrorise Jessie, qui lui impose les codes de la haute société insulaire, à commencer par des leçons de tennis quotidiennes. Jessie vient de fêter ses 13 ans, et cet été va être un grand tournant dans son apprentissage de la vie. Kirby, étudiante et militante, la rebelle de la famille, a choisi d’être loin des siens. Elle veut panser ses blessures, et sa rencontre avec Darren pourrait bien l’y aider: mais la société serait-t-elle prête à accepter la relation d’une jeune fille blanche et d’un jeune homme noir? Blair, elle, n’en peut plus d’être enceinte – elle a dû renoncer à sa carrière en se mariant, et alors qu’elle est sur le point d’accoucher, elle a la conviction que son mari a une aventure avec une autre.

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Avant l’été

Avant l'été Claudie Gallay Actes Sud

Elles sont cinq amies, dans une petite ville de province où tout le monde se connaît et où être soi-même quand on a des rêves trop grands devient compliqué.

Jess, Juliette, Camille, Boucle et Broussaille ont la vingtaine, et elles s’ennuient – elles sont à ce moment de leur vie où tout pourrait arriver, mais rien ne semble se passer, rien ne semble les pousser à vouloir avancer, coincées entre l’adolescence et la vie d’adulte.

Jess, la narratrice, est revenue habiter chez ses parents après sa rupture avec Antoine. Elle a retrouvé ses amies, mais la fleuriste chez qui elle travaillait l’a remplacée.

A la faveur de la Fête du Printemps, elles se lancent un défi qui va leur redonner de l’enthousiasme, et un objectif: faire un défilé de mode devant les habitants de leur ville.

Jess fait également la connaissance de Madame Barnes, la fille d’un ancien industriel de la ville revenue au pays pour vendre sa maison d’enfance.

Entre Jess et Madame Barnes, une amitié inattendue va se nouer. Mais cette amitié n’est pas du goût de Juliette, la meilleure amie de Jess qui travaillait pour la vieille dame avant qu’elle ne demande à Jess de la remplacer. Tiraillée entre son affection pour chacune, son envie d’élargir son horizon, sa peur de décevoir sa famille, Jess va se retrouver à un moment crucial de sa vie.

« Avant l’été » se lit comme le journal intime d’une jeune fille: Jess, à la première personne, au présent de l’indicatif, raconte le déroulé assez ennuyeux de ses journées. Tout ce qu’une jeune fille confie à son journal lui semble important, mais il l’est souvent très peu pour celui qui, par inadvertance, tomberait dessus. 

La vie de ces jeunes filles d’une autre époque nous paraît un peu désuète, naïve, innocente. Pourtant, Jess s’interroge de la même façon que tant de générations de jeunes filles.

Mais comment je m’y retrouve? Si on range les filles par catégorie, je fais partie desquelles, hein? De celles qui trahissent, des fidèles, des sentimentales, des émotives, des lâches, des salopes? Ou des connes? Je dois faire partie des connes, c’est ça, tu ne crois pas? J’ai un problème, un sacré problème!… Je veux tout! Comment je fais? »

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I am I am I am

I am I am I am de Maggie O'Farrell

Derrière chaque écrivain il y a une vie qui imprègne, volontairement ou non, son oeuvre. 

Maggie O’Farrell est depuis son premier roman une écrivaine à laquelle je me suis extrêmement attachée, autant par son écriture que par ses histoires, mais aussi parce que cette année de naissance que nous partageons me la rend plus proche, plus intime que n’importe quel écrivain. Et paradoxalement  aussi plus mystérieuse.

C’est probablement la raison pour laquelle je ne souhaitais pas lire ce « I am, I am, I am »: peur de profaner ce mystère, peur de pénétrer une sphère trop personnelle, peur, aussi, de partager la douleur de la chair éprouvée.

« I am I am I am » n’est pas un roman, c’est un récit de vie, de dix-sept moments de vie, où la vie de Maggie O’Farrell aurait pu basculer.

Frôler la mort n’a rien d’unique, rien de particulier. Ce genre d’expérience n’est pas rare; tout le monde, je pense, l’a déjà vécu à un moment un ou à un autre, peut-être sans même le savoir. La camionnette qui passe au ras de votre vélo, le médecin fatigué qui, finalement, décide de réviser votre dosage, le conducteur ivre que ses amis réussissent laborieusement à convaincre de leur donner ses clés de voiture, le train raté parce qu’on n’a pas entendu le réveil sonner, l’avion dans lequel on n’est pas monté, le virus que l’on n’a pas attrapé, l’agresseur que l’on n’a jamais croisé, le chemin jamais emprunté. Tous autant que nous sommes, nous allons à l’aveugle, nous soutirons du temps, nous empoignons les jours, nous échappons à nos destins, nous traversons à travers les failles du temps, sans nous douter qu’à tout moment le couperet peut tomber ».

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Hamnet

Maggie O’Farrell n’a cessé de me toucher depuis son premier roman – sa façon d’écrire, qui dit si bien l’intime, si intense et délicate, est une des plus belles que je connaisse.

Hamnet amorce un nouveau virage pour l’écrivaine irlandaise: le roman historique. Ne partez pas!! Je sais qu’il y en a parmi vous que ce genre littéraire fait fuir. Mais n’ayez pas peur, laissez-vous porter par la beauté universelle de son récit: elle nous emmène, nous tient la main, tandis qu’avec elle nous entrons chez le dramaturge le plus célèbre de tous les temps… que jamais Maggie O’Farrell ne nommera dans ce roman, comme pour le reléguer au rôle des figurants de son théâtre. 

Hamnet, c’est avant tout l’histoire déchirante d’une femme et d’un enfant, d’une mère et de son fils. 

Enceinte de trois mois, Agnes épouse le futur dramaturge alors qu’il n’est qu’un petit précepteur de latin, contre l’avis des familles respectives, Que le futur papa n’ai que dix-huit ans n’est pas le seul problème: Agnes, plus âgée, effraie les gens de la petite ville de Stratford par les pouvoirs sorciers qu’on lui prête: Agnes connaît le mystère de la forêt où elle fait voler sa crécerelle, elle sait guider les abeilles vers la ruche, possède le secret des plantes, elle a le don pour guérir. Agnes guérit tous ceux qui se présentent chez elle, broie les pétales, les racines, la rhubarbe séchée, la cannelle dans le mortier, prépare les décoctions. 

Désespérément, ce sont ces gestes qu’elle répète pour sauver, un jour d’été de 1596, sa petite Judith;  c’est avec ce même désespoir qu’Hamnet, le jumeau de Judith, est parti à la recherche de sa mère quelques heures plus tôt, alors que sa soeur, la moitié de son être, s’est écroulée sous le poids de la fièvre bubonique. Contre toute attente, c’est Hamnet qui va mourir, alors qu’il n’est qu’un jeune garçon de onze ans.

Une tâche reste donc à accomplir, et Agnes s’en chargera seule.
Elle attend le soir, que tout le monde ait quitté les lieux que le plus gros de son entourage soit couché.
L’eau sera pour sa main droite, avec quelques gouttes d’huile versée dedans au préalable. L’huile résistera, refusera de se mêler à l’eau, formera à sa surface de petits ronds dorés. Elle trempera et essorera le linge dedans.
Elle commence par le visage, par la partie supérieure du corps. Hamnet a un grand front, et ses cheveux sont implantés bas. Depuis quelque temps, il s’était mis à les mouiller, le matin, afin de les aplatir, en vain. Agnes les mouille, mais même dans la mort, ses cheveux n’obéissent pas. Tu vois, lui dit-elle, tu ne peux pas changer ce qui t’a été donné, tu ne peux pas altérer ce que la vie t’a attribué.
Il ne répond pas. 
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Normal People

Normal People Sally Rooney

Pourquoi, une fois adulte, trouve-t-on que l’adolescence est un des plus merveilleux moments de la vie – alors que la seule chose à laquelle on aspirait, adolescent, c’était de s’émanciper de cette prison et de toutes ses contingences?

Je cherche encore la réponse, et c’est probablement pour cette raison que je me délecte toujours des romans  d’apprentissage, qui sont autant d’indices pour retrouver le chemin de ces années disparues.

Connell et Marianne vivent cette période de leur vie avec les incertitudes qui lui sont propres. Aussi mignon que brillant, Connell est le garçon le plus populaire du lycée de leur petite ville irlandaise – il n’en est pas moins pétri de doutes sur la vie. Marianne, elle, est la fille la moins populaire, mais dotée d’une profonde intelligence, et tout semble glisser sur elle. Elle sait déjà que sa vie est ailleurs, loin de sa famille toxique et de cette province où elle n’a pas sa place.

Issus de deux milieux parfaitement opposés, Connell et Marianne vont pourtant s’aimer, dans le secret – que penseraient ceux du lycée, s’ils savaient qu’ils couchent ensemble? 

Et le malentendu s’installe. Car si on ne doute pas un seul instant de la sincérité de l’amour qui les lie, les non-dits n’en finissent pas de s’immiscer entre eux. Peur, gêne, timidité, malaise, tout est prétexte à les séparer alors que tout pourrait être si simple justement. 

Il avait mal aux yeux, il les a fermés. Il n’arrivait pas à comprendre comment ils avaient pu en arriver là, comment ils avaient laissé la discussion prendre cette tournure. Il était trop tard pour dire qu’il voulait rester chez elle, c’était clair, mais à quel moment de la conversation était-ce devenir trop tard? Il avait l’impression que c’était arrivé subitement. Il aurait voulu poser la tête sur la table et se mettre à pleurer comme un enfant. Mais il a rouvert les yeux.

Normal People, la série

Car ces deux-là sont naturellement faits pour être ensemble, tant dans leur corps que dans leur âme. Il est beaucoup question de sexe dans cette histoire, leur relation est aussi charnelle qu’intellectuelle. Durant les quatre années que décrit le roman, depuis la fin du lycée jusqu’aux années universitaires à Dublin, la relation entre Connell et Marianne n’est qu’allers et retours, où ils se cherchent entre amour et amitié, au coeur d’émotions débordantes conditionnées par leurs démons.

Il y avait chez Marianne une sauvagerie qu’il s’est appropriée un temps et lui a donné l’impression d’être comme elle, d’avoir la même blessure spirituelle innommable, et qu’aucun d’eux ne trouverait jamais sa place en ce monde. Mais il n’a jamais été aussi abîmé qu’elle. C’est seulement ce qu’il éprouvait à son contact.

Sally Rooney explore les affres de cette relation et de ces deux personnalités borderline, dans un style qui prend au dépourvu: à première vue, nous sommes dans la narration pure, directe, au présent, dialogues inclus dans le corps de texte sans donner le temps de repos qu’offriraient un tiret  et des guillemets. A première vue, donc, ce style semble afficher un désintérêt littéraire manifeste, mais ce n’est qu’un leurre, une posture intellectuelle dans laquelle Sally Rooney a réussi à retourner comme une crêpe mon scepticisme de départ. Elle nous place au coeur de l’histoire qui est en train de se vivre, par ces menus gestes anodins qui tout au long des pages accompagnent la narration: Marianne verse de l’eau chaude. Elle essuie la vitre avec la manche. Il demande l’heure qu’il est. Il se lève et retourne dans la salle. 

Parfois, il m’a semblé que l’auteure prêtait à ses personnages une maturité excessive par rapport à leur âge, mais peut-être est-ce aussi une différence générationnelle qui m’induit dans une erreur de jugement.

Et pourtant, donc, j’ai tourné les pages en apnée. Fascinée, aimantée, empathique, émue par la gravité des personnages, et par ce que l’histoire a à la fois d’universel et de si particulier. De brut et de pur. De sombre et de lumineux. De beau et de fatal.

Découvrir Sally Rooney à travers Normal People a été une expérience particulièrement forte que je suis incapable de vous expliquer aujourd’hui, si ce n’est qu’elle est forcément en lien avec la force implacable des émotions si vives de notre propre apprentissage de la vie.

La série, très fidèle au roman et que je vous conseille de regarder, participe à cette expérience immersive dans l’univers de Sally Rooney. 

Traduction: Stéphane Roques

Titre: Normal people

Auteur: Sally Rooney

Editeur: Editions de l’Olivier

Parution: mars 2021

Zoomania

Zoomania Abby Gens Actes Sud

Une tornade apocalyptique, quatre orphelins: voici le point de départ de cette histoire menée tambour battant par une auteure prodigieuse dont Zoomania est le deuxième roman (je n’ai pas lu le premier, Farallon Islands, mais je vous avoue que maintenant j’ai vraiment envie de m’y frotter).

Les enfants McCloud ont tout perdu dans la tornade qui a dévasté Mercy, Oklahoma, emportant leur maison, les vaches, les chevaux, et leur père. Réfugiés dans l’abri de la cave, ils ont survécu – mais leur vie dorénavant se résume au mobilhome d’un terrain de camping, dans un extrême dénuement. Darlene et Tucker, les aînés, ont pris en charge les deux benjamines Jane et Cora. Le choc de l’ouragan a été si violent que Cora, âgée de 6 ans à ce moment, a tout oublié de sa vie avant la tornade. Plus de souvenirs de son père, envolés avec lui. Quant à sa mère, cela ne fait aucune différence, elle n’en avait aucun: elle est morte en couches, à la naissance de Cora.

 Seuls, les quatre frères et soeurs se serrent les coudes, jusqu’au jour où Tucker se fâche avec Darlene et disparaît.

Trois ans après la tornade, l’usine de cosmétiques, le principal employeur du coin qui avait miraculeusement résisté, malgré un flot de déchets toxiques déversés dans l’environnement, explose sous l’effet d’une bombe. 

A travers les dégâts causés par la déflagration, les animaux de laboratoire s’échappent, comme libérés par une main vengeresse. 

Peu de temps après, Cora disparaît sans laisser de traces – et malgré les recherches de la police, nulle trace d’elle. Désemparée, Darlene ne veut cesser d’espérer – loin d’imaginer le périple que sa petite soeur est en train de vivre.

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Trésor national

Trésor national Sedef Ecer

Une fois n’est pas coutume, c’est d’abord en vous parlant de son auteure que je vais aborder ce roman.

Je ne connaissais pas Sedef Ecer, et à dire vrai je ne m’étais pas vraiment intéressée à elle en entamant cette lecture. Mais au fil des pages, j’ai eu besoin de savoir qui elle était – le personnage de son roman, une star de l’âge d’or du cinéma turc, avait-elle vraiment existé?

Je suis tombée sur un ancien podcast de France Culture, où j’ai pu l’écouter parler  – et cette voix, ce ton, ce phrasé parfait et élégant, cette presque imperceptible pointe d’accent dans le français lettré, se sont soudain superposés à la voix de la narratrice de Trésor National en même temps que l’histoire personnelle de l’auteure m’offrait un éclairage subtil sur son roman.

Car si aujourd’hui Sefer Ecer est dramaturge, scénariste, metteuse en scène et vit en France (plusieurs points communs avec la narratrice), elle a été une enfant-star du cinéma turc des années 60-70, petite fille idolâtrée par un public à travers une bonne vingtaine de films. 

Qui mieux qu’elle pouvait raconter l’histoire d’une diva du cinéma et les coulisses de l’âge d’or d’Istanbullywood ?

Cette diva, c’est Esra Zaman – avant de mourir, la grande actrice demande à sa fille Hülya de lui écrire une oraison funèbre: gravement malade, elle n’en reste pas moins la star qu’elle a toujours été et prépare le grand show pour son enterrement. La dernière provocation de celle qui fut hissée par l’état au statut de « Trésor National ». 

Hülya, fâchée avec sa mère, entame alors dans l’amertume l’écriture de ce discours et replonge dans ses souvenirs pour croquer le portrait de cette femme qu’elle déteste. Il y a tant de non-dits entre elles deux, qu’elle a préféré la fuir quarante ans plus tôt en venant habiter Paris.

Leur histoire se mêle à l’histoire politique de la Turquie, marquée par quatre coups d’état qui rythmeront la vie d’Esra.

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De sang et d’encre

De sang et d'encre Rachel Kadish Cherche Midi

Rachel Kadish. Son nom évoque une prière juive, comme un préambule liturgique à ce roman remarquable qui questionne la place de la femme au sein de sa communauté religieuse, mais aussi par-delà le vaste monde de la connaissance.

A Londres, en novembre 2000, l’éminente professeure d’université Helen Watt, sur le point de partir à la retraite, est contactée par l’un de ses anciens élèves. D’étranges lettres viennent d’être découvertes dans sa maison de Richmond, au hasard de travaux de rénovation. Rédigés en portugais, en hébreu, en latin, ils sont aussi vieux que la demeure du 17ème siècle qui les abritait.

Aidée  d’Aaron Levy, un doctorant américain un peu arrogant et totalement enlisé dans une thèse qu’il consacre à Shakespeare et aux juifs qui auraient inspiré son oeuvre, Helen Watt tente de percer à jour ces documents inestimables. La cache dans laquelle ils ont été retrouvé est-elle une genizah, où étaient déposés dans les synagogues des écrits portant le nom de Dieu? Mais c’est bientôt l’identité du scribe, et sa troublante signature, qui les interroge. S’attelant à l’étude des documents, ils remontent le temps à travers une étrange correspondance.

Dans une alternance du récit entre présent et passé, on découvre en 1657 Ester Velasquez, une jeune juive séfarade qui vient d’arriver à Londres avec son frère et le rabbin HaCoen Mendes, qui les a pris en charge à la mort de leurs parents à Amsterdam. Aveugle, rescapé de l’Incquisition espagnole, le vieux rabbin portugais espère apporter sa sagesse à la communauté juive londonienne qui s’éloigne des traditions, et pire, se rapproche de la mouvance sabbatéenne qui guette l’arrivée d’un nouveau Messie. Ester, qui est plus cultivée que toute autre jeune fille de son âge, devient la plume du rabbin, rédigeant son abondante correspondance avec les grands de la communauté. Au contact du rabbin et de ses livres, la curiosité d’Ester s’aiguise, l’éveille aux Idées comme celles de l’hérétique Spinoza chassé de la communauté. 

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