Les heures silencieuses

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La femme sur le tableau.

Dans un rayon de lumière, assise face à son épinette, elle semble concentrée sur sa musique, indifférente au bruit du balai que passe la domestique, là où bat le pouls de la maison.

Gaëlle Josse, dans son premier roman, nous ouvre le journal intime de cette femme.

Qui est-elle?

Nous sommes à Delft, en 1667. Magdalena Van Bayeren a trente-six ans – autant dire un âge vénérable en ce 17ème siècle. Elle a épousé, très jeune, le capitaine de bateau Pieter Van Bayeren, qui a repris du père de Magdalena la charge d’administrateur de la Compagnie néerlandaises des Indes orientales. De cette union d’amour sont nés plusieurs enfants, certains étant passés de vie à trépas trop tôt.

Fille, épouse, mère – Magdalena n’en est pas moins une femme pétrie de peurs, de secrets, de souffrances intimes. 

Le moment est venu, pour elle, au creux de ces heures, de livrer ses souvenirs heureux comme ses drames, ses questionnements et ses doutes, et ce qui fait encore battre son coeur de femme.

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Depuis l’enfance, je redoute la nuit. La lumière qui décroît dans le ciel, l’ombre qui tombe à terre en dévorant les couleurs et en assourdissant les formes, m’emplissent d’inquiétude. Et en dépit de l’âge qui devrait me rendre raisonnable, je ne parviens pas à faire taire cette crainte.

C’est la lumière du soleil montant, celle des promesses du jour, que j’ai voulue pour ce tableau. La journée n’est pas encore écrite, et ne demande qu’à devenir. Ce sont mes heures préférées, j’aime leur reflet dans le miroir de Venise où l’écho de nos silhouettes se perd dans les dorures.

C’est le tableau Intérieur avec une femme jouant du virginal, d’Emmanuel de Witte, qui a inspiré Gaëlle Josse.

Un tableau de maître hollandais, Delft, le 17ème siècle: l’histoire a un air de déjà vu.

Tracy Chevalier, avant elle, avait en effet déjà offert une histoire à une jeune femme d’un célèbre tableau de Vermeer, La jeune fille à la perle.

Même époque, même lieu, donc, pour autant Gaëlle Josse a su trouver à son roman la voix et la forme pour le singulariser, tout en conservant le caractère intimiste du tableau.

A travers les pages de ce très court roman, elle réussit à recréer l’atmosphère historique du 17ème siècle.

Mais c’est aussi grâce à une plume d’une extrême délicatesse et une langue subtilement travaillée  que l’auteure réussit à habiter le récit.

Cette lecture fait suite à Neige rouge, de Simone van der Vlugt – j’avais évoqué à propos des romans de cette dernière (particulièrement pour son roman Bleu de Delft) la faiblesse de la langue dans un roman historique.

La richesse et la beauté de l’écriture de Gaëlle Josse reflètent la subtilité linguistique qui fait défaut à l’auteure hollandaise – et ce roman me permet de découvrir sous un autre angle beaucoup plus appréciable l’auteure française, dont le roman Une femme en contre-jour n’avait pas su me convaincre.

Titre: Les heures silencieuses

Auteur: Gaëlle Josse

Editeur: éditions Autrement

Parution: 2011

2 réflexions sur “Les heures silencieuses

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