Neige rouge

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Lecteurs passionnés de belles fresques historiques, je vous emmène aujourd’hui aux Pays-Bas avec le nouveau roman de Simone van der Vlugt. Souvenez-vous, je vous avais présenté il y a quelques mois Bleu de Delft.

Dans Neige Rouge, l’histoire débute à Leyde en 1552. Lideweij Feelinck est la fille d’un riche drapier. Dans cette province hollandaise, comme dans d’autres, la croyance catholique commence à être remise en question par les principes de la nouvelle doctrine luthérienne, qui fait de plus en plus d’adeptes – peu nombreux pourtant sont ceux qui osent l’afficher, craignant les répressions inquisitrices. 

Aussi, lorsque Lideweij fait part de son souhait d’épouser le jeune médecin amstellodamois Andries Griffieoen dont elle s’est éprise, son père menace de la renier. 

Menée à faire des choix familiaux mais aussi religieux, Lideweij va se retrouver dans la tourmente de l’Inquisition, portée par le roi catholique Philippe II d’Espagne qui a repris le pouvoir après l’abdication de son père Charles Quint.

Vous commencez à le savoir, je suis férue de romans historiques.

J’avais quelques craintes en débutant la lecture de celui-ci – bien que le sujet et le contexte historique me passionnent, j’avais certaines réticences en raison d’une expérience de lecture mitigée avec Bleu de Delft, dont j’avais déploré l’aspect bluette et surtout la langue trop moderne qui ne seyait pas au contenu historique.

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Portrait de femme, Catharina van Hemessen, 16ème siècle

Dans Neige Rouge, l’héroïne n’aura pas attendu la page 26 pour embrasser avec ferveur son élu : ils ont déjà échangé leur premier baiser page 25, « d’abord avec délicatesse, puis avec une intensité croissante ». Je vous avoue, j’ai pensé que c’était mal parti, me croyant embarquée non pas dans un roman historique, mais dans une « romance historique ». Pourtant, je sentais déjà que j’étais accrochée à l’histoire, à cette jeune femme qui choisit de s’affirmer, à ce jeune médecin embarqué aux côtés de Guillaume d’Orange et qui essaie de guérir des soldats de la peste. J’ai prêté attention aux détails, nombreux et à la langue (où à la traduction) qui me semblait plus travaillée que dans le précédent roman. Et finalement, j’ai été rapidement conquise.

Simone van der Flugt, sans sacrifier à la fluidité de sa trame narrative, a su faire d’une période historique aride dans nos souvenirs d’histoire un récit absolument passionnant, rendant fluides les enjeux  territoriaux et politiques qui allaient définir de nouvelles cartes européennes, à commencer par celle de la Hollande, divisée entre sa loyauté d’un côté au roi catholique Philippe d’Espagne, et de l’autre au prince Guillaume d’Orange-Nassau, chef de file de la révolte des auto-proclamés gueux protestants.

Une vague enthousiaste déferle sur le pays. Le mot « gueux » cimente la population, faisant oublier, comme par magie, les différences de rang entre la moyenne noblesse et le peuple. Les pêcheurs, les paysans, les travailleurs et les mendiants partagent soudain leur sort avec des semblables qu’ils croyaient bien au-dessus d’eux. Délaissant leurs tenues de satin et de velours, les nobles se présentent désormais en public dépourvus de leurs apparats, vêtus de gris.

De nouveaux bijoux voient le jour, dont de petites sébiles, des boucles d’oreilles, des chaînes et des broches, qui font l’objet d’un commerce animé. Tous ceux qui adhèrent de près ou de loin à la rébellion n’hésitent pas à afficher leur soutien en portant une sébile d’or, d’argent, d’étain ou, pour les plus pauvres, de bois. Elles ornent les oreilles des nobles dames et des blanchisseuses, les pourpoints des comtes et les chaperons des paysans. Les jeunes filles portent des bagues agrémentées du même symbole, tandis que les hommes de peine, les laboureurs à bras et les matelots en décorent leurs vêtements de travail 

Peut-on encore aujourd’hui imaginer pareilles guerres de religion, où des soit-disant hérétiques sont menés au bûcher, où des villes entières sont décimés par la barbarie des armées espagnoles? Hélas oui, finalement.

Dans la violence de ces années terribles, formidablement retranscrites, Simone van der Vlugt nous offre des personnages forts et des héroïnes aussi cultivées que combattives, qui font preuve d’une volonté d’émancipation extrême. Est-ce un parti pris fantasmé ou réaliste? Peu importe, car cette fresque est palpitante, et le lecteur se retrouve immergé dans la société hollandaise du 16ème siècle, décrite avec force détails, que ce soit dans ses us et coutumes, ses contingences, mais aussi dans l’artisanat (comme Simone van der Vlugt avait su le faire avec Bleu de Delft, d’ailleurs), l’architecture, l’habitat, la mode vestimentaire.

Il est vraiment dommage, mais ceci n’est que mon humble avis, que l’auteure ne traite pas l’aspect sentimental de son histoire de façon moins… émancipée? Elle y gagnerait en profondeur. Ceci mis à part, je me jetterai sans hésiter sur son prochain roman, s’il est de la même veine historique!

Titre: Neige rouge (Rode Sneeuw in December)

Auteur: Simona van der Vlugt

Editeur: éditions Philippe Rey

Parution: mai 2019

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