Baïkonour

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C’est pas l’homme qui prend la mer…

C’est la mer qui a pris Vladimir, un jour de février. Happé par ses mâchoires. Elle a recraché son bateau, le Baïkonour, mais elle a gardé Vladimir dans ses entrailles. A Kerlé, on pleure le marin-pêcheur. 

Du haut de sa grue, Marcus observe la procession qui va vers les vagues, déposer ses offrandes. En tête du cortège funèbre, il y a Anka, la fille de Vladimir. Edith, sa mère, est restée à la maison, dans le déni complet: elle est persuadée que Vladimir reviendra.

Et dans la vie qui reprend ses droits, mère et fille avancent chacune comme elles le peuvent avec la perte de l’être aimé.

L’une espère qu’un marin croisera son mari au large, l’autre continue à frotter les têtes dans le bac à shampooing du salon de coiffure où les jours s’étirent – jusqu’au jour où Marcus chute du haut de sa grue et laisse tomber son casque qui atterrit aux pieds d’Anka, qui n’était jusque là qu’une silhouette lointaine dont il est tombé amoureux.

Dans la chambre d’hôpital où il lutte contre la mort enfermé à double tour dans son coma, Anka vient lui rendre visite, et lui parle, comme elle n’a jamais parlé, pour mieux affronter ses rêves d’océan, et revenir à la vie dans laquelle, peut-être, elle croisera Marcus redescendu sur terre?

Avec BaÏkonour, Odile d’Oultremont confirme son univers très personnel, qu’elle avait façonné dans son premier roman, Les Déraisons. Il y a une fantaisie, une langue propres à l’auteure, une marque de fabrique qui imprègne ce deuxième roman, pourtant très différent du premier. 

L’iode du golfe de Gascogne le rend plus rugueux, plus concrètement attaché à la réalité de ces gens de mer burinés par les embruns et soumis à plus fort qu’eux par les tempêtes, plus ancré dans la vie comme le bateau ancré dans les eaux du port – avant d’aller chercher la houle. 

Odile d’Oultremont nous embarque sur le chalutier de Vladimir comme elle nous fait monter sur la grue de Marcus. 

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On sent le creux des vagues à la barre, à bord du Baïkonour, on trie le poisson sur le pont, on relève les casiers – ça sent le gasoil qui se mélange à l’écume à la poupe du navire, ça laisse un sillon qui bouillonne – mais l’auteure dégaine la métaphore pour raconter tout cela à sa façon si différente:

Avec la vitesse, environs vingt-cinq noeuds lâchés sous un moteur à deux cylindrées, l’écume velue du sillon mousse comme de la pâte à meringue. Anka se demande, à observer cette traînée blanche, ce qui peut bien persister de la vie juste en-dessous. Des bancs de poissons entiers ratiboisés sous la puissance des propulsions, et soudain, à profusion, du tartare de vies aquatiques, que d’autre bestioles gloutonnes vont s’empresser de bouffer allègrement.

Là-haut, à cinquante et un mètres au-dessus du sol, sur la grue de Marcus, on attraperait presque le vertige – on a monté avec lui l’échelon métallique et on évite de regarder vers le sol, soumis à la peur d’être déséquilibré par une bourrasque de vent.

Il y a la force analytique du détail, chez Odile d’Oultremont: comme dans un scénario tout est décortiqué, quasi analytique. Ses personnages sont travaillés à l’extrême, de façon parfois presque burlesque, comme dans une comédie – et c’est peut-être ça qui fait qu’en même temps qu’on lit, on regarde le film, une comédie douce-amère, se jouer à travers les lignes, comme sur un écran de cinéma.

Titre: Baïkonour

Auteur: Odile d’Oultremont

Editeur: éditions de l’Observatoire

Parution: 21 Août 2019

2 réflexions sur “Baïkonour

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