La chaleur

Ce moment où toute une vie peut basculer. 

Pour une idée tellement stupide, qu’on ne peut même pas expliquer.

Il y a le jour d’avant, et le jour d’après.

Le jour d’avant.

Cette nuit-là, au camping, la dernière avant le retour à la maison, Léonard traîne les dix-sept ans de sa solitude de gamin mal dans sa peau. Quand il surprend Oscar en train d’agoniser sur une balançoire, il le regarde mourir. Plutôt que d’appeler les secours, et même, plutôt que de l’abandonner là, il décide de l’enterrer dans le sable.

Le jour d’après.

Le réveil, la prise de conscience. La vie reprend ses droits dans le camping qui essaie de s’agiter sous le poids de la chaleur écrasante, il y a les tentes qu’on démonte et les barbecues qu’on remballe avant le grand départ.

Et la peur, à tout moment, d’être découvert.

J’attendais que les heures s’écoulent, que les soleils meurent un à un jusqu’au dernier

Dans le camping accablé par la chaleur, la journée commence comme un compte à rebours où Léonard guette le moment où quelqu’un trouvera forcément le corps d’Oscar – un enfant où un chien qui creusera le sable là où il l’a sommairement enterré, et où on viendra l’arrêter. 

Il n’y avait plus d’Oscar. Il cadavrait, comme une eau stagne, tout contre moi. Il me collait à la peau. Par moments je ne savais plus depuis combien de temps il était mort, depuis combien de jours je le traînais avec moi dans les allées. Et puis n’étais-je pas déjà coupable bien avant l’instant de sa mort? N’avais-je pas pressenti dès l’enfance que tout m’emmenait vers cette histoire?

Au cours de cette journée qui suinte de la plus grosse bêtise de sa vie, Léonard découvre aussi la plus douce chose qu’il ai jamais vécue: l’abandon amoureux dans les bras et les baisers de Luce.

Dans ce premier roman, Victor Jestin livre une histoire aussi concise qu’anxiogène, que le lecteur tient à bout de bras, en retenant son souffle – partagé entre l’envie de refermer le livre par peur de savoir ce qui va arriver à Léonard,  coupable d’un délit mais lequel exactement, et l’espoir de savoir que, peut-être, il va s’en sortir.

Il y a une maîtrise superbe dans l’écriture et dans le récit de ce jeune auteur de 25 ans, et dans le suspense qu’il insuffle à son roman. 

Il y explore aussi, avec l’acuité de son jeune âge, la difficulté de l’adolescence, le mal-être existentiel, la différence, le questionnement amoureux d’un jeune garçon aussi attachant qu’inquiétant.

Elle ne m’aime pas. Elle ne m’aime plus. J’ai mis l’éternité dans deux heures qui n’étaient rien pour elle, elle est partie laver son linge et elle est revenue.

La chaleur nous laisse figé dans la torpeur – à la fois soulagé de ne plus être sous tension, mais aussi sacrément frustré lorsque s’arrête le roman…

Titre: La chaleur

Auteur: Victor Jestin

Editeur: Flammarion

Parution: 21 Août 2019

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s