Les fillettes

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Les maux d’une mère avec les mots de l’enfance.

C’est le regard de trois fillettes sur la blessure profonde de l’enfance que Clarisse Gorokhoff a choisi de poser dans son nouveau roman.

Justine, Laurette et Ninon, « trois filles, si différentes, si mignonnes, si vivantes » écrit leur mère dans les pages du journal, auquel elle se raccroche comme à une bouée. 

Rebecca est une mère qui coule, et sa survie est un sursis – un sursis que permet l’amour d’Anton, le mari qui la porte tant qu’il peut à bout de bras, Anton le père des fillettes qui prend en charge autant que possible sa drôle de tribu, console des pipis au lit, prépare les petits-déjeuners, court à l’école, à la crèche – avant de partir gagner, avec ses rouleaux de peinture, de quoi faire vivre sa famille, et permettre à Rebecca d’acheter ses cachets verts et ses canettes de bière.

Rebecca vit depuis l’adolescence avec ses démons – elle est brillante, parle plusieurs langues, écrit divinement, mais ils sont plus forts qu’elle, ses démons. Ils prennent plus de place que ce mari et ces trois merveilleuses petites filles. Avec cette mère qui est différente des autres, mais ne dîtes pas « bizarre », surtout – cette mère qui loupe l’heure de la sortie de l’école, qui oublie sa fille à la crèche, qui sort faire une course le temps de compter jusqu’à cent mais qui ne revient qu’à la nuit tombée, les fillettes ont appris à s’accommoder des petits écarts maternels. Leur mère, sublime créature aux grands yeux verts, est la meilleure pour improviser des crêpes, expliquer la vie, et raconter des histoires merveilleuses.

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Maman, pourquoi la mer est bleue?

– Pour faire pâlir d’envie la lune.

– Où va le soleil quand il fait nuit?

– Il part réveiller les étoiles.

– Pourquoi les hommes et les femmes se marient?

– Pour avoir une bonne raison de ne plus s’aimer.

– Comment on fait les bébés?

On défait les lits et on compte jusqu’à neuf.

– Pourquoi tu fumes?

– Pour cacher ce qui est laid derrière la fumée.

– Pourquoi les fourmis sont toutes petites?

– Pour laisser de la place aux éléphants.

– Quand est-ce que je serai grande?

– Quand le monde sera riquiqui

– Pourquoi les gens meurent?

– Pour arrêter.

– Pour arrêter quoi?

– Le jeu.

– Est-ce que toi aussi, un jour, tu vas mourir?

– Jamais de la vie!

Les fillettes n’a pas été sans me rappeler le roman de Violaine Huisman, Fugitive parce que reine.

Mais si les récits d’enfances brisées sont souvent douloureux et tristes, le roman de Clarisse Gorokhoff baigne dans la lumière de l’enfance, dont il arbore le ton libre, la spontanéité et la sensibilité sans chercher pour autant à faire couler les larmes. L’auteure donne une voix très juste aux fêlures de l’enfance et aux failles dans lesquelles chutent les adultes, parfois.

Titre: Les fillettes

Auteur: Clarisse Gorokhoff

Editeur: éditions des Equateurs

Parution: 28 août 2019

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