Le chemin de sel

photo du livre Le chemin de sel de Raynor Winn

Ceci est un récit qui redonnera espoir à ceux qui touchent le fond, une histoire de dépassement de soi qui aidera ceux qui pensent ne pas avoir l’énergie d’avancer, une confirmation qu’une force supérieure nous protège, même dans les pires moments.

Raynor et Moth Winn ont cinquante ans, et ils viennent de tout perdre. 

Du jour au lendemain, la belle ferme qu’ils avaient construite pierre par pierre est saisie par les huissiers, et un malheur n’arrivant jamais seul, ils apprennent que Moth, qui souffre depuis des années de terribles douleurs à l’épaule, est atteint d’une maladie dégénérative incurable. Sans toit, sans argent, et sans beaucoup d’espoir que les choses s’arrangent, Raynor entrevoit une seule solution pour eux: marcher. Ils vont entreprendre un périple de plus de mille kilomètres en parcourant la côte du Sud-Ouest de l’Angleterre: Somerset, Devon nord, Cornouailles, Devon sud…

Munis du guide de marche du célèbre Paddy Dillon, surhomme de la randonnée, ils partent arpenter le Salt Path, munis chacun d’un sac à dos qui regroupe leurs maigres biens, d’une tente, et d’un petit pécule de 115£.

Ray et Moth sont devenus des sans-abris, des nomades randonneurs, dans un pays particulièrement sévère à l’encontre de tout comportement lié à l’absence de domicile fixe. Soudain déchus socialement, ils vont devoir affronter régulièrement la condescendance et le mépris lorsqu’ils osent raconter leur histoire.

Je pense que maintenant je comprends ce que ça veut dire d’être sans abri, comme un ballon dont on a coupé le fil et qui vole au vent.

Leur manque de préparation, tant physique que matériel, est déconcertant. 

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L’affaire Rachel

couverture du livre "L'affaire Rachel"

Quelque part sur mon feed Instagram, je suis tombée sur une interview de Cillian Murphy disant à propos de ses concitoyens : « Les Irlandais racontent très bien les histoires.(…) Nous sommes à l’aise avec les histoires, les chansons, la poésie. Ces choses sont en quelque sorte une seconde nature pour nous. »

Je venais de refermer le roman de Caroline O’Donoghue, irlandaise elle aussi, et j’ai pensé «voilà, c’est exactement ÇA. Cillian. A. Raison». Caroline O’Donoghue « SAIT », tout simplement raconter les histoires, comme si c’était une seconde nature : un jour elle a retrouvé quelques notes écrites dans son téléphone, à peine quelques lignes sur une histoire qui parlerait d’une fille et de son copain gay, et trois mois plus tard, elle avait bouclé son roman. Aussi simple.

Cette histoire, c’est donc celle de deux vingtenaires qui habitent Cork. Rachel travaille dans une librairie depuis plusieurs années, et elle y rencontre James, venu rejoindre l’équipe. Après une sorte de coup de foudre amical, ils emménagent rapidement ensemble dans une maison insalubre – nous sommes en 2010, c’est la crise économique, James et Rachel sont fauchés. Lui ne fait pas d’études, elle finit sa licence d’anglais, sans savoir ce qu’elle fera avec ce diplôme. Elle caresse le projet de travailler dans l’édition, encore faut-il avoir des contacts, puisqu’en Irlande, plus que partout ailleurs, tout est une affaire de contacts.

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L’inconnue au portrait

livre "L'inconnue au portrait" de Camille de Peretti

Certaines oeuvres d’art resteront mystérieuses à jamais- leurs créateurs, disparus, ont emporté leurs secrets avec eux, biens scellés au fond de leur tombeau. 

Prenez par exemple « Les époux Arnolfini », de Van Eyck. Ou « La jeune fille à la perle », de Vermeer. Depuis des siècles, les spéculations des uns et des autres n’ont pas permis de dévoiler l’identité des modèles – mais elles auront donné lieu à des livres formidables*!

Car là où il y a du mystère, il y a une infinité d’histoires à inventer !

Rendons donc grâce à Camille de Peretti, qui a jeté son dévolu sur un tableau du maître de la Sécession viennoise, Gustav Klimt: « Portrait d’une dame ». Portrait doublement mystérieux, car non seulement son jeune modèle est resté inconnu, mais il s’agit également d’un repeint: un an après avoir été achetée par un inconnu, l’œuvre originale a été remaniée par Klimt, de façon totalement inexpliquée. Et pour finir, le tableau volé dans un musée italien en 1997 y est mystérieusement réapparu en 2019.

Dans une histoire remarquablement ficelée, à travers la destinée des descendants de Martha, le modèle du tableau, Camille de Peretti va nous raconter l’histoire de cette « Inconnue du portrait » – une grande fresque historique qui va couvrir plus d’un siècle, nous emmener de Vienne à l’Italie en passant par New York et le Texas. 

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La Longue-vue

couverture du livre La Longue-vue

Dans sa demeure londonienne de Camden Hill Square, Mrs Fleming s’apprête à donner un dîner en l’honneur des fiançailles de son fils – point de joie ni de réjouissance dans la formalité de ce dîner, ou dans les fiançailles de Julian avec June, une jeune fille fébrile, innocente et insipide. Mr Fleming se prépare ailleurs, dans une chambre avec une autre femme – il ne cache pas son désintérêt. On le comprend vite, le couple des Flemming n’en est plus un. Mrs Fleming a 43 ans, et a mis-parcours de ce siècle, elle mesure avec amertume l’échec de son mariage.

A rebours, ajustant la focale de son récit telle une longue vue qui observe toujours plus loin, Mrs Fleming va nous ouvrir le regard sur l’histoire de son couple – ou la chronique d’une désillusion amère. 

Elizabeth Jane Howard raconte l’échec programmé d’un mariage, et va remonter le temps au gré des blessures, des silences, des adultères, des faux-semblants. 

« J’ai été extraordinairement amoureux de toi, autrefois », lui dit-il en 1942 au retour d’une permission. Alors qu’au milieu de la guerre, leur couple devrait éprouver de la joie à se retrouver, les Fleming sont presque devenus des étrangers l’un pour l’autre. 

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La Louisiane

couverture du livre La Louisiane de Julia Malye

Décidément, il s’en est passé des choses, à la Salpêtrière! 

Avec Victoria Mas, on découvrait il y a quelques années l’existence de ce « bal des folles », où des « résidentes » du célèbre hôpital étaient exhibées et moquées devant le Tout-Paris au XIXe siècle.

Julia Malye, elle, nous fait découvrir tout un pan d’histoire non moins reluisante: la déportation de femmes vers la Louisiane, au XVIIIe siècle, où elles épouseront des colons français.

Elles sont déjà nombreuses à avoir été choisies par la Supérieure, pour un premier voyage l’année précédente à bord de La Mutine. 

Pour ce voyage de 1720 à bord de La Baleine, Marguerite Pancatelin a fait son choix parmi les pensionnaires de l’orphelinat, de la Maison de Correction, ou de la prison de la Grande Force: quatre-vingt dix femmes, des futures mères, souvent très jeunes, embarqueront à Lorient pour rejoindre cette terre de l’autre côté de l’Atlantique. Quel destin les y attend?

Parmi elle, trois jeunes filles: Charlotte l’orpheline recueillie bébé et qui n’a connu que l’enceinte de la Pitié-Salpêtrière, Geneviève qui a été incarcérée pour avoir aidé des femmes à avorter, et Pétronille, une jeune noble enfermée par sa famille. 

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Du même sang

couverture du livre "Du même sang" de Denene Miller

Du sud ségrégationniste des années 1960 au New-York des années 2000, Denene Millner nous transporte dans une saga féminine puissante sur les liens du cœur et du sang, inspirée de sa propre histoire.

Au commencement, il y a Grace, élevée par sa grand-mère en Virginie. Une grand-mère qui a un double don, celui d’accoucher les femmes, et celui de « voir ». Mais sur ces terres dominées par les Blancs, le moindre reproche fait à un Noir est une condamnation à mort. Lorsque sa grand-mère est arrêtée, Grace doit fuir pour échapper au lynchage. Elle est accueillie par sa grand-tante à Brooklyn, à qui elle sert de bonne à tout faire et de souffre-douleur. Le jour où Grace s’éprend de Dale, un jeune homme noir promis à de brillantes études, elle signe sa propre condamnation: le bébé qu’ils vont concevoir lui est arraché, et abandonné sur les marches d’un orphelinat.

L’histoire s’ouvre alors à Long Island sur Doleres, une autre femme noire qui a surmonté une enfance et une adolescence traumatique. Parce qu’elle et son mari ne peuvent avoir d’enfants, ils vont adopter la petite fille mise au monde par Grace. 

Comment Rae, cette petite fille, fera-t-elle face à la maternité le jour où à son tour elle deviendra mère?

Ici ne sont esquissées que les grandes lignes de ce foisonnant roman, qui raconte avec une extraordinaire richesse les destins de ces trois femmes. « Du même sang » explore les généalogies, déploie les vies de celles qui se débattent non seulement avec leur condition de femme, mais leur condition de fille, de femme, de mère noire. Denene Millner émaille son récit de réflexions profondes et bouleversantes sur les origines, le mariage, la maternité, la transmission. L’écriture est à l’image du propos, sanguine, mais aussi précise, percutante, sensuelle, poétique, imbibée d’un bouillon métaphorique au goût de racines du Sud et d ’Afrique.

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Les amants du Lutetia

photo du livre Les amants du Lutetia d'Emilie Frèche

Pour nous, l’histoire était terminée.
Mais ne soyez pas tristes. 
Nous avons eu une vie magnifique

Le 1er septembre 2018, Eléonore Kerr reçoit un appel de la police: les corps sans vie de ses parents ont été retrouvés dans une chambre du Lutetia. Apprêtés comme pour une des nombreuses soirées qu’ils ont organisées, endormis sur le lit pour l’éternité, ils ont orchestré leur suicide. 

Sidérée, Eléonore découvre qu’ils ont préparé leur disparition comme un projet, mieux, comme une de ces campagnes publicitaires dont ils avaient le secret. Ils ont mis en scène leur mort et leurs funérailles, faisant place nette, effaçant toute trace de leur passage, rendant le deuil de leur fille impossible. 

Ezra et Maud, duo inséparable, fusionnel, partis de rien, avaient monté leur agence de publicité dans les années 1970 et s’étaient enrichis en montant les plus brillantes campagnes. La jetset se retrouvait l’été dans leur maison de Ramatuelle, les Bulles. Plus qu’un incroyable projet architectural, les Bulles étaient leur projet de vie commune, qui reléguait Eléonore au rang d’enfant non désirée. 

A travers cette maison, c’est l’impossibilité du deuil qui se cristallise. C’est aux Bulles qu’ont eu lieu les plus forts moments de vie et de souffrance, et c’est à travers elle, encore et toujours, qu’Ezra et Maud catalysent le ressentiment d’Eléonore.

Quel que soit le lieu où j’avais vécu, je n’avais pas réussi à prendre racine. Mes parents, eux, avaient été arrachés aux leurs, et ils avaient réussi cet exploit, ils s’étaient rempotés aux Bulles. Mais ce qu’on réussit pour soi, comment le transmettre à ses enfants?
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Sauvage

photo du livre Sauvage de Julia Kerninon

Tu penses que l’amour est ton sujet, mais tu n’es pas spécialement douée pour ça. La vérité, c’est que tu ne t’intéresses qu’à la cuisine. Bensch et moi, on le sait, on l’a appris dans la douleur, tous les deux, je crois

Tous les matins, elle se lève, enfile sa petite robe noire et ses bijoux comme une panoplie, vole un baiser à ses enfants et son mari qu’elle abandonne à leur vie domestique – elle se précipite là où sa vie a pris toute la place, vers son restaurant de l’Esquilino. Les cloches des églises sonnent, le coeur de Rome bat au même rythme que le sien, tandis qu’elle enfile un tablier et s’affaire à ses tâches avec ardeur.

Je suis exactement la fille que je rêvais d’être, je me tiens exactement là où je rêvais de pouvoir me tenir un jour. C’est tout ce que je voulais. L’amour, c’est du travail. Le travail, c’est de l’amour.

Comme son père, comme tous les hommes de sa famille, Ottavia a la cuisine dans le sang. A quinze ans révolus, elle a quitté le lycée pour vivre sa passion à la trattoria Selvaggio, aux côtés de son père. Mais c’est surtout de son second, Cassio Cesare, qu’elle va apprendre. Dans ce jeune homme tenace, elle va puiser l’énergie, l’émulation, le goût du labeur pour créer sa propre cuisine, épicée de la passion qui va les unir et de la colère qui va les séparer.

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Toucher la terre ferme

photo du livre "Toucher la terre ferme" de Julia Kerninon

Voici un livre que je pourrai relire plusieurs fois – j’en suis déjà à la seconde, et je me replonge, avec délice, dans chaque page ouverte, depuis, au hasard.

Qu’est-ce qu’être mère, amoureuse, maîtresse, femme, fille, amie?

Julia Kerninon l’exprime d’une façon rare, brute, qui nous transperce.

Quelle justesse dans tout ce qu’on saisit. 

Quelle beauté renversante de l’écriture. 

Joan Didion disait qu’elle écrivait pour comprendre le monde, et en cela elle me fait penser à Julia Kerninon, qui écrit pour comprendre son monde. On sent l’importance de chaque mot, soupesé pour dire au plus juste la pensée, le ressenti. Le rythme parfait de la phrase qui traduit la femme, sauvage, passionnée, libre, amoureuse, sur le qui-vive, sexuelle, paradoxale.

Récit de l’intime qui dévoile chacune des facettes de l’écrivaine, plongée au coeur des sentiments, de la jouissance, le texte est d’une puissance inouïe, d’une sincérité désarmante, vibrante et poétique, sans pour autant plonger dans l’impudeur, dans le cru, dans le verbeux, dans cet espace où on se sentirait mal à l’aise. Au contraire. On voudrait saisir chaque phrase, la retenir longtemps, la faire sienne.

Nous rions sous la lune, dos sur la terre, et je pense à mes enfants. Je pense que je suis sur mère qui volait des billes et des pommes, je suis leur mère qui séduisait des hommes. Je suis leur mère qui faisait l’amour debout, sans un bruit, je suis leur mère qui a menti, leur mère qui a trompé, leur mère pleine d’orgueil et d’avidité, je suis leur mère peureuse, leur mère suicidaire, leur mère ambitieuse, je suis leur mère humiliée, leur mère abusée, leur mère bafouée, je suis leur mère timide, claustrophobe, indéfendable, je suis leur mère dont le coeur autrefois ne battait jamais si fort que dans les terminaux d’aéroport, leur mère qui a fui encore et encore, leur mère qui a promis des enfants à des hommes qu’ils ne connaîtront jamais, je suis leur mère avec les choses inavouables que j’ai faites, que je fais, que je sais. 

« Toucher la terre ferme » m’a permis de comprendre « Liv Maria », que je n’avais pas su aimer. J’en ai maintenant les clés.

Ce livre est un joyau, qui rejoint ma bibliothèque de coeur et ne la quittera plus.

Titre: Toucher la terre ferme

Auteur: Julia Kerninon

Editeur: L’Iconoclaste

Parution: 2022

L’arche dans la tempête

photo du livre L'arche dans la tempête d'Elisabeth Goudge

« Island Magic » est le titre original de ce roman publié en 1934 écrit alors par une toute jeune Elizabeth Goudge.

Cette île magique, c’est Guernesey, solide rocher pris dans les brisants des îles anglo-normandes, l’endroit-même où Victor Hugo, écrivain exilé, vécut pendant quinze ans. 

C’est à peu près à cette époque que l’histoire se passe, en 1888.

L’arche dans la tempête, c’est Bon Repos, la ferme des du Frocq, située nez au vent sur la falaise, dans un paysage spectaculaire et sauvage sculpté par les déferlantes de la Manche.

André du Frocq, jeune homme idéaliste, amoureux de la terre, a contrarié les desseins de son médecin de père, en venant s’y installer avec sa femme Rachel.

Bon Repos lui faisait l’effet d’une arche perdue sur l’immensité des flots, entourée, dans les ténèbres, de dangers inconnus, harcelée par d’horribles vagues, enfouie sous le brouillard 

Mais André n’est pas fait pour cultiver la terre, c’est seulement l’idée de vivre au contact de la terre qui lui plaisait. Il l’a compris trop tard, et il va devoir se résoudre à quitter la ferme, retourner vivre en ville avec sa femme et leur cinq enfants.

Rachel, jeune fille sauvage et indisciplinée devenue « cette femme pleine de grâce et de courage », main de fer dans un gant de velours, est la véritable maîtresse de Bon Repos, et elle ne peut se résigner à devoir quitter le domaine qu’elle aime tant.

Un jour de naufrage comme il en arrive souvent dans cet archipel aux récifs dangereux , la famille accueille l’un des rescapés, un homme ténébreux au visage balafré, Ranulph Mabier. Rachel avait eu la vision de cet inconnu dans un rêve.

Un visage laid aux traits rudes, à l’expression dure et fermée (…); une longue cicatrice en travers d’une joue et une touffe de barbe grise en désordre qui donnait un air encore plus sauvage aux étranges yeux jaunes

Installé à Bon Repos, l’homme gagne petit à petit l’amitié des enfants, qui, n’ayant pas de famille, le considèrent vite comme leur oncle. Rachel, elle aussi, recherche la présence de cet homme mystérieux, qu’une vie à explorer le monde a rendu solide et toujours de bon conseil. Seul André continue de considérer l’étranger avec suspicion. Mais les mois passent, et Ranulph s’installe chaque jour davantage dans la vie de Bon Repos. Représente-t-il une menace, comme le ressent André, ou est-il au contraire bienveillant?

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