Un monde à portée de main

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Je sors de ce roman un peu sonnée. Etourdie. Et reconnaissante aussi. Nourrie d’une langue autant que d’une histoire.

Je me suis détachée de Paula Karst, et l’image de Maylis de Kerangal s’est superposée à la sienne. Ce ne sont pas les similitudes entre le personnage et l’auteure qui se sont imposées, mais l’auteure elle-même, dans sa démarche d’exigence, dans son travail d’écriture qui texturise la matière, explore les strates, dissèque les mouvements. Je l’ai vue, dans la besogne vertueuse, dans cette chambre de bonne qui depuis plusieurs années est son espace de recherche, de réflexion, de création littéraire, subjuguée par la liberté que lui offre le confinement de l’endroit, envieuse de ce savoir-écrire rare. De ce souffle qui emporte, de cette acuité hypnotique, paralysante. De ces phrases longues qui s’enroulent en spirales, ou se déroulent en volutes. De cette grâce qui se dégage du labeur qui a dû soupeser chaque mot, Maylis de Kerangal se faisant l’artisan d’une langue comme Paula se fait l’artisan du trompe-l’oeil.

Que dire de cette langue qui claque, rythmique, obsédante, aspirante, technicienne, débarrassée  de la froideur chirurgicale de « Réparer les vivants », et qui dans « Un monde à portée de main » atteint à mon sens les sommets de la création littéraire?

Cette langue, qui m’a tellement conquise, m’en ferait presque oublier, à tort, une histoire qui nous raccroche aux racines de notre monde, de notre histoire et de l’art.

Paula Karst, le regard fendu, les yeux vairons au léger strabisme divergeant est une fille un peu indécise, même, aux dires du narrateur, une fille « moyenne, protégée, routinière, et pour tout dire assez glandeuse ». Paula veut peindre, nous sommes en 2007 et elle intègre une école de peinture rue du Métal à Bruxelles, pour apprendre l’art du trompe l’oeil.

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Une vie de pierres chaudes

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Il y a parfois des titres, plus que le sujet derrière le titre, qui nous attirent.

Que se cachait-il derrière la minéralité de celui-ci, « Une vie de pierres chaudes », qui m’a fait dépasser ma hantise d’un thème que je fuis le plus souvent: la guerre d’Algérie?

Il aurait aimé lui parler de la mer, de tout ce qu’elle était réellement, les voiles géantes des vagues, les routes invisibles des bateaux, les eaux profondes parcourues d’étoiles, un grand baiser très bleu, un monde sans origines ni fin qui porte en lui l’histoire des hommes et la promesse d’une paix infinie.

Je me suis laissée porter par ce récit qui démarre de façon énigmatique, un homme dans un tramway qui va vers les hauteurs d’Alger, un étranger que le regard des autres exclut. Un homme qui d’emblée fait naître une lourdeur dans le bas du ventre, comme un malaise, comme une attente aussi.

Mais le récit glisse sur un autre terrain, revient six en arrière en 1964, dans l’été lumineux d’Alger la blanche: les filles de la jeunesse dorée française y sont belles, brandissant leur légèreté un peu sulfureuse comme des héroïnes de Sagan. Rose rencontre Louis, l’homme du tramway, et le destin entre la bachelière et l’appelé de la guerre d’Algérie est scellé.

Rose est volubile, gâtée, heureuse de vivre. Louis est terriblement séduisant – tout autant qu’il est silencieux, coupant, taciturne. Et soudain, dans la vie de Rose, le doute va s’insinuer: qui est vraiment Louis, cet homme qu’elle finit par épouser – sans le connaître?

Rose n’entendait plus qu’un bourdonnement monstrueux. Elle luttait contre le vertige, une sensation hideuse d’écoeurement qui explosait dans sa tête. Ses cheveux étaient trempés, la sueur coulait comme de l’eau sur son front. Elle relâcha tous les muscles de son corps et se laissa doucement glisser au sol

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Avec toutes mes sympathies

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Elle.

A la fois discrète et populaire.

Celle qui depuis tant d’années parle des livres et nous donne envie de les lire.

Celle qui avec ses mots sait dire avec passion pourquoi elle adore, ou avec véhémence pourquoi elle déteste, sans ambages.

Celle dont l’écriture, fine et sensible, nous a si souvent interpellée, à se questionner: pourquoi n’écrit-elle donc pas?

Elle, maintenant, à son tour sous le feu des projecteurs de la rentrée littéraire.

Attendue avec impatience depuis qu’il se chuchote qu’elle a écrit un livre.

Qu’elle va sortir un livre. Pas un roman non, mais un récit personnel. Elle, que l’on voit si pudique.

Alors, forcément en ce jour de présentation de la rentrée littéraire de septembre, à l’Institut du Monde arabe, on était ému de la considérer à l’intérieur de ce cercle d’écrivains – cette fois elle n’allait pas parler des livres des autres, mais du sien. Sereine, en apparence uniquement peut-être, souriante, elle a parlé posément d’Avec toutes mes sympathies, né comme une nécessité de la perte tragique de son frère et, lumineuse, nous en a lu quelques pages.

Où es-tu mon frère?

Comme une quête, Olivia de Lamberterie pose inlassablement la question dans son récit.

Où es-tu mon frère?

Alexandre a choisi de mourir. Il avait 46 ans. Peut-on être assez malheureux ici-bas pour décider qu’on ne peut plus vivre? Peut-on être si désespéré que les êtres qu’on aime et qui nous aiment, avec force, ne nous lestent même plus assez pour pouvoir rester ancré chez les vivants?

Il est mort, mais où est-il parti, cet être de lumière?

Et si c’était lui, ce grand oiseau noir, qui toujours lui apparaît, comme un signe?

Le retrouver est une quête, l’espoir auquel se raccrocher dans le désespoir le plus profond.

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La révolte

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Oyez ayez, braves gens, damoiselles et damoiseaux!

Parce que j’aime les romans historiques, j’ai décidé de démarrer cette rentrée littéraire en vous présentant le nouveau roman de Clara Dupont-Monod, La révolte.

Il fut un temps, il y a fort longtemps, où les hommes rêvaient de terres, de châteaux, et de royaumes toujours plus grands, toujours plus vastes, toujours plus loin.

Il fut un temps où ces hommes déclaraient des guerres pour les conquérir.

Il fut un temps où ces hommes menaient des luttes fratricides pour se les arracher.

Il fut un temps, aussi, où ces hommes renversaient parfois leur père.

Et il fut un jour, même, où une mère poussa ses fils à entrer en guerre contre leur père.

Cette mère, c’est Aliénor d’Aquitaine.

Elle l’a ordonné à ses fils: Renversez votre père!

Elle les a élevés pour cela. Pour combattre, à sa place.

Et en donnant les conseils d’une guerrière avisée: « Tue ou laisse vivant, mais ne blesse jamais, car un animal blessé devient dangereux »

Aliénor, doublement reine, d’abord épouse de Louis VII le roi de France, épousé à 13 ans en 1137 et qu’elle quitta quinze en plus tard, en réussissant la prouesse outrageante de faire annuler le mariage. Puis épouse de Henri II Plantagenêt, futur roi d’Angleterre – à qui Aliénor apporte son territoire considérable et follement convoité, cette Aquitaine qui s’étend du Poitou à la frontière espagnole, cette merveilleuse Aquitaine que le Plantagenêt lui confisquera pour mieux régner. Quelle erreur, ce mariage!

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Fille du silence

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C’est une histoire tragique, inspirée d’un fait réel, que la romancière Carole Declercq a choisi de raconter dans son nouveau livre, Fille du silence.

Une histoire qui parle de la Sicile d’aujourd’hui à travers ce qui, malgré elle, est en partie constitutif de son histoire, de son économie, de sa culture: la mafia. Cosa Nostra.

Je suis née Cosa Nostra. J’ai grandi Cosa Nostra. Je respire Cosa Nostra. Je pleure mon père sans ressentir la révolte légitime que je devrais ressentir contre Cosa Nostra. Parce que c’est inscrit dans notre sang. Nous sommes marqués du seau de Cosa Nostra à la naissance. Comme des bêtes à l’abattoir. En plein front

Nous sommes près de Trapani, à l’Ouest de la Sicile, à une petite heure de Palerme.

Dans la petite ville de San Vito, Rina Abadia passe une enfance insouciante – même si sa mère est revêche et ne lui témoigne aucune affection, son père Giuseppe l’entoure de beaucoup d’amour. Avec ses yeux de petite fille, Rina idolâtre Giuseppe, sorte de chef charismatique qu’on appelle le Dottore, même s’il n’a aucun diplôme.

Le Dottore aide souvent les autres, négocie, trouve des solutions aux problèmes des visiteurs du soir, et on le remercie de ses services par de petits cadeaux. Souvent, Nino, l’aîné de 10 ans de Rina, l’accompagne là où on l’appelle.

Rina a bien conscience qu’il se passe beaucoup de choses autour d’elle, qu’il y a beaucoup de morts, de morts jeunes, des morts « bus par le soleil » qu’on ne retrouve pas. Mais c’est ainsi qu’elle a grandi, au milieu de la mafia. Le jour où Giuseppe décide de ne pas suivre dans de nouvelles affaires le boss du village, il devient parjure. Quand on quitte Cosa Nostra, on est soudain contre Cosa Nostra. Donc un homme à abattre.

Fatalement, Giuseppe meurt sous les balles, certainement celles d’un ami de la famille. Rina a une dizaine d’années et elle commence alors à écrire son journal intime. Un par an. Nino, qui bientôt va rejoindre le clan qui vraisemblablement a tué son père, va commencer à se confier à Rina. Les noms, les actions, ce qu’on lui demande, qui lui demande, où, pourquoi. Elle va tout consigner. Peut-elle imaginer ce qu’elle risque? Ici, chaque faux pas est puni. On ne rigole pas dans le Milieu, peu importe qui vous êtes. La vie n’a pas de valeur, Cosa Nostra a tous les droits, Cosa Nostra dirige tout. Là où est Cosa Nostra, l’Etat n’a aucun droit, l’Etat n’oserait intervenir. Et pourtant, quelques juges osent la combattre, mais le Milieu reste tout puissant.

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Indu Boy

 

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Quel autre destin que celui de la politique aurait pu embrasser la descente directe de la dynastie Nehru, qui côtoya dans sa prime enfance le Mahatma Ghandi et apprit très tôt à combattre pour l’indépendance de son pays?

Née en 1917 dans une famille brahmane athée, entourée de ses tantes qu’elle n’aime pas et de sa mère Kamala, tuberculeuse et ignorée par son mari, la petite Indira a trois ans lorsqu’elle s’engage dans le combat familial pour l’indépendance de l’Inde, en brûlant sa poupée anglaise aux yeux bleus. Son grand-père, Motial Nehru, a fait brûler tous les tissus, tous les vêtements: la famille ne devra désormais porter que du coton tissé en Inde.

Habillée en garçon, celle dont ses tantes disent qu’elle est « laide et bête » va se faire appeler à cinq ans se faire Indu Boy: elle a déjà compris qu’une fille ne serait jamais libre, alors qu’un garçon… Plus tard, après avoir coupé ses cheveux courts à la Jeanne d’Arc, elle crée son armée et une feuille de route pour défendre son pays, comme son père et son grand-père: ce sera l’armée des singes.

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La petite Indu grandit aussi avec l’idée de la prison, où les activités indépendantistes de la famille conduisent tour à tour ses parents et son grand-père, et où Indira elle aussi, plus tard… En attendant, Indira grandit, accompagne sa mère de sanatorium en sanatorium, découvre le monde. Lorsque la fragile Kamala meurt, elle laisse à sa fille son meilleur ami, Feroze Gandhi. Feroze est parsi, peu importe ce que le peuple en dit, même sans l’aimer Indira a trouvé en lui le père de ses futurs enfants. Elle l’épouse en 1942. Feroze la trompe, beaucoup – Indira a d’autres engagements auprès du peuple indien qui l’accaparent – ils divorceront.

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La petite fille sur la banquise

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C’est dans le cadre du Grand Prix de L’Héroïne 2018, où il est sélectionné dans la catégorie Roman Français, qu’il m’a été donné de lire La petite fille sur la banquise.

Un dimanche de mai, comme dans un conte, une petite fille de neuf ans, toute en candeur, joie et tâches de rousseur, a pour la première fois la permission de se rendre seule à l’école: elle a gagné à la kermesse, quelques heures plus tôt, un poisson rouge, et après maintes négociations familiales est autorisée à y retourner chercher de la nourriture pour son poisson. Sur le chemin du retour, la petite fille rencontre un homme, un homme qui, tel l’ogre du conte qui dévore les petites filles, va dévorer son innocence dans la cage d’escalier de son immeuble.

Pendant des années, sous la surface joyeuse qu’elle impose à son monde, les méduses invisibles s’immiscent, et piquent, sans prévenir. Ces méduses, elle saura un jour, longtemps après, les nommer: troubles psychotraumatiques. La petite fille a tout verrouillé, tout mis sous clé, oublié les mains de l’ogre, le sexe de l’ogre, oublié ce qu’au commissariat on a qualifié d’attouchements sexuels. En attendant, le travail de l’ogre continue son oeuvre et dévore Adélaïde, qui elle aussi dévore, de façon compulsive, sans que personne ne comprenne le désespoir qu’il y a derrière.

Plus elle est sombre et désespérée au tréfonds d’elle-même, plus elle est radieuse au-dehors. Un feu follet

Adélaïde veut devenir comédienne et intègre l’ESAD, où elle va prendre peu à peu conscience des blocages de son corps, de sa sexualité, et entamer des psychothérapies, un laborieux mais riche chemin. C’est en rejoignant une compagnie féministe qu’elle comprendra l’origine réelle de son traumatisme:

Ce qu’elle appelle depuis plus de vingt ans attouchement sexuel, ses doigts à lui en elle, ses doigts à lui retrouvés en elle quatre ans auparavant et chaque jour depuis, c’est un VIOL. Peut-être après tout n’est-elle pas si folle, peut-être y a-t-il une raison à sa souffrance? Quelqu’un lui a fait du mal, quelqu’un lui a fait ce mot-là. Et si la clé qu’elle cherche en vain depuis toutes ces années, toutes ces années à fouiller en vain, si la clé, c’était ce mot

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Bakhita

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A sa parution en septembre 2017, l’engouement pour Bakhita a été immédiatement très fort. Le roman de Véronique Olmi recevait alors le Prix du roman Fnac 2017. Peu de temps après, il était élu par la communauté des blogueurs pour la première édition du Grand Prix des Blogueurs.

Pour autant, Bakhita n’a pas réussi à rejoindre la liste de mes envies. Trop vu, trop commenté, trop mis en avant?

Lorsque j’ai reçu la sélection du Grand Prix de L’Héroïne 2018, pour lequel il est également sélectionné dans la catégorie Roman Français, il m’a bien fallu me résigner à le lire.

Et pourtant! A peine avais-je entamé les premières pages, que déjà, j’étais happée, conquise, moi si réticente au début, par l’histoire de cette jeune esclave, née au Darfour en 1869 et morte en Italie en 1947.

C’est par le biais d’un récit au présent que l’auteure a choisi de raconter l’histoire de Bakhita, pour faire ressentir au plus près, au plus juste, ce parcours inimaginable dans l’horreur de l’esclavagisme.

Peut-on concevoir qu’une petite fille de 7 ans soit arrachée à sa famille par des négriers musulmans, marche enchaînée pendant plusieurs semaines, subisse la violence la plus inhumaine, soit vendue et revendue à des maîtres comme une vulgaire marchandise, maîtres qui à leur tour lui feront subir les pires maltraitances pendant tout ce temps volé à l’enfance – et qu’elle trouve en elle un extraordinaire don de survie qui lui permette de dépasser la volonté des maîtres successifs de fracasser et mutiler son corps, d’annihiler toute son humanité, toute sa raison de vivre? Est-il possible de trouver en soi la ressource nécessaire quand on est réduit à rien, tellement rien qu’on ne mérite pas un vêtement pour couvrir le corps nu, tellement rien qu’on en a oublié sa langue maternelle et le prénom reçu à sa naissance?

Bakhita revoyait sa grand-mère qui pilait des herbes et soignait chacun, elle essayait de se souvenir mais ne se souvenait pas, c’était quoi ces herbes, qu’est-ce qui poussait chez elle, quel était le nom des fleurs, le nom des plantes? Elle ne le savait pas, mais l’avait-elle jamais su? Qu’avait-elle retenu de sa vie de petite fille? Que restait-il en elle d’une Dajou du Darfour? Depuis combien d’années était-elle esclave? Le temps passait sans repères, elle essayait de compter les fêtes d’Allah, les saisons des pluies, mais c’était embrouillé et décourageant le plus souvent.

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Ta vie ou la mienne

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Ta vie ou la mienne… comment deviner en démarrant cette lecture l’ampleur du drame qui se cache derrière ce titre?

Hamed a treize ans lorsqu’il débarque de Sevran à Saint-Cloud – jeune, mais déjà bien amoché par la vie, désormais orphelin, son oncle et sa tante l’accueillent dans la douceur d’un cocon qu’il n’a jamais connue jusqu’à présent. Dans sa cité des Beaudottes, Hamed a appris à jouer au football. Avec sa stature, sa présence, sa façon aérienne de jouer au ballon, il se fait vite remarquer au club de Saint-Cloud. Il y rencontre François, un garçon de son âge. François est le souffre douleur de l’équipe, et encaisse les coups. Le jour où Hamed le défend, la vie change pour les deux garçons – François a maintenant un ami, et Hamed se voit offrir le soutien de Pierre, le père de François, un ancien joueur professionnel. Alors qu’il sont au lycée, les deux garçons rencontrent Léa, jeune fille de bonne famille, étrange et réservée, et en tombent amoureux. Léa, comme la plupart des filles du lycée, s’éprend du charismatique Hamed. Mais Hamed a des valeurs, un code d’honneur, et lorsque François se fait éconduire par Léa, il lui ferme également son coeur.

Il va donc à son tour rejeter la jeune fille, prétextant leurs différences sociales et culturelles insurmontables – mais peut-on vraiment lutter contre un amour de cette force?

Alors que la possibilité d’un avenir prometteur semble enfin s’offrir à lui à travers le football et avec l’amour de Léa auquel il a enfin accepté de s’ouvrir, le destin d’Hamed bascule une nuit, et le jeune homme est condamné à quatre ans de prison. Coupant les ponts avec tous, il est irrémédiablement emporté dans la spirale infernale de la délinquance, dans un univers carcéral corrompu, où la violence quotidienne qui règne vient à bout des meilleures âmes.

Peut-on survivre à la prison ?

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Le Lambeau

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Le 7 janvier 2015 vers 10H30, il n’y avait pas grand monde en France pour être Charlie. L’époque avait changé et nous n’y pouvions rien. Le journal n’avait plus d’importance que pour quelques fidèles, pour les islamistes et pour toutes sortes d’ennemis plus ou moins civilisés, allant des gamins de banlieue qui ne lisaient pas aux amis perpétuels des damnés de la terre, qui le qualifiaient volontiers de raciste

Le 7 janvier 2015, Philippe Lançon enfourche son vélo. Libé? Charlie? Il décide finalement de passer à Charlie. Je ne m’attarderai pas sur l’attentat, dont le journaliste reconstruit tant que possible, dans des lignes à la lecture éprouvante, le déroulement et la prise de conscience de la scène effroyable au milieu de laquelle il reprend conscience. Mais pensons plutôt à l’après:

comment passe-t-on de survivant à vivant?

Toute la question est là, l’essentiel est dans ces mots.

Philippe Lançon a choisi d’écrire, raconter, retracer l’avant, le pendant, l’après.

J’écris pour me souvenir de cela aussi, de tout ce que j’ai failli oublier, de tout ce que j’ai perdu, en sachant que je l’ai tout de même oublié ou perdu.

Mais comment raconter, du point de vue du lecteur, ce livre au souffle incroyable?

Non, ce livre ne se raconte pas, il se lit.

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