Je m’appelle Lucy Barton

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New-York, milieu des années 80.

Lucy Barton, une jeune femme mariée et mère de deux petites filles, se retrouve hospitalisée plusieurs semaines suite à des complications opératoires. Après quelques semaines passées dans la solitude de sa chambre d’hôpital, à regarder depuis sa fenêtre le Chrysler Building et l’effervescence des rues new-yorkaises, Lucy reçoit la visite de sa mère, qu’elle n’avait pas vue depuis plusieurs années. Avec ces retrouvailles inattendues, au cours desquelles mère et fille échangent sur la famille et sur la petite ville du Midwest dont elle est originaire, c’est pour Lucy l’occasion d’un retour douloureux sur ses origines et sur son apprentissage de la vie.

Entre les soins des infirmières et le passage quotidien du médecin, ce sont cinq jours de dialogue émouvant, empli de non-dits, de regrets, de gestes et de silences qui vont profondément marquer Lucy et encourager sa vocation d’écrivain.

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L’heure du bilan: novembre

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Au revoir novembre! Quel est le bilan de ce mois?

Les chiffres:

Six romans lus ce mois-ci. J’aime bien cette nouvelle rubrique. Jusqu’au mois dernier, je ne tenais pas les comptes de mes lectures, impossible de faire une moyenne réelle, mais à vue de nez, je pense qu’avec six romans je suis dans une moyenne raisonnable. Une amie me demandait hier « comment fais-tu pour lire autant? » – un livre et demi par semaine, j’ai pourtant l’impression que c’est assez peu au final.

En cliquant sur le titre de chaque roman cité, vous pourrez accéder directement à la chronique

Quatre coups de coeur :

Pas mal! suis-je seulement bon public ou ai-je eu la main heureuse? Je crois tout simplement qu’on apprend à cibler les lectures qui nous vont, comme on apprend à repérer le bon vêtement ou la bonne paire de chaussure!

L’enfant-mouche, que son auteur a eu la gentillesse de me faire parvenir, m’a beaucoup émue. Philippe Pollet-Villard y raconte l’histoire de Marie, une petite fille qui va devoir apprendre à survivre pendant la seconde guerre mondiale, tout en étant confrontée à l’hostilité des hommes. L’histoire est d’autant plus touchante que l’histoire est inspirée de celle de sa propre mère. Une jolie plume, un récit très fourni qu’on n’a aucune envie de lâcher après l’avoir commencé.

Je suis ensuite tombée sous le charme complet de l’écriture des soeurs Berest, Anne et Claire, qui ont choisi de raconter l’histoire de leur grand-mère, Gabriële Buffet Picabia. Non seulement l’histoire de Gabriële et le contexte artistique dans laquelle elle s’inscrit sont passionnants, mais Anne et Claire Berest ont écrit à quatre mains un récit enlevé et érudit, qui mêle généalogie, biographie et histoire de l’art.

Une autre muse m’a bouleversée, il s’agit de Jeanne Hébuterne. Dans son roman écrit sous forme de journal intime, Je suis Jeanne Hébuterne, Olivia Elkaïm se glisse dans la peau de celle qui a passionnément aimé Amadeo Modigliani. De la rencontre jusqu’à la mort prématurée de la jeune femme, c’est un récit empreint de tragédie, dans un style très personnel.

Enfin, ce mois de novembre marquera ma rencontre dans Dérive Sanglante avec Stoney Calhoun, héros de William G. Tapply – voir ci-dessous. Coup de coeur absolu!!

Deux polars:

Une lecture agréable avec Le club des pendus, de Tony Parsons. Il s’agit d’une série dont Max Wolf, flic londonien, est le héros. Une bonne intrigue, que je conseille aux fans de polars anglais, aux fans de Londres, et à tous ceux qui aiment retrouver des héros récurrents attachants.

Justement, on en parle des héros récurrents attachants! Coup de foudre dans le Maine avec Stoney Calhoun et le premier volet d’une série de trois épisodes (n’attendez pas de suite, William G. Tapply hélas est décédé avant de pouvoir en écrire d’autres) Dérive Sanglante.

Une déception:

J’ai clôturé Novembre avec la lecture de L’indolente, le mystère Marthe Bonnard. La muse de trop? Je ne mets absolument pas en cause la qualité du livre de Françoise Cloarec, mais elle n’a pas su me convaincre. Marthe Bonnard n’est pas seulement mystérieuse, elle est antipathique. Toutefois, la biographie de Pierre Bonnard y est finement relatée et analysée.

 

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Trop de mystère tue le mystère

 

 

 

L’indolente – le mystère Marthe Bonnard

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Après Gabriële Picadia, après Jeanne Hébuterne, voici Marthe Bonnard, une autre grande muse d’artiste.

Marthe fut la compagne de Pierre Bonnard, et dès leur rencontre elle aura une influence majeure sur son oeuvre.

Marthe et Bonnard se rencontrent en 1893. Il est subjugué par cette jeune personne élancée, qu’il croise un jour dans la rue alors qu’elle se rend à son travail. Bonnard a abandonné ses études de droit pour être peintre. Jeune homme bourgeois et timide, il tombe sous le charme de celle qui se présente à lui sous le nom de Marthe de Méligny. Audacieuse, elle arbore dans sa tenue des couleurs originales et voyantes. Elle dit avoir seize ans, Pierre en a vingt-six. Elle est orpheline, n’a plus de famille alors aussitôt, Marthe s’installe chez Bonnard, et lui offre un équilibre tout en lui faisant découvrir l’amour et la sensualité. Pierre Bonnard, tout en défendant farouchement son indépendance artistique, fait partie du mouvement des nabis (« prophète », en hébreu), avec entre autres Paul Sérusier, Maurice Denis, ou Edouard Vuillard. Marthe l’inspire, et donne à cette période une note extrêmement charnelle, suave et érotique, en témoignent les tableaux du peintre.

Mais Marthe l’éloigne aussi de ses amis, elle est secrète, singulière, et cela lui vaudra beaucoup d’inimitiés. Marthe a un lourd secret: elle a menti à Bonnard le jour de leur rencontre. Elle n’est ni orpheline ni sans famille, elle s’appelle en réalité Maria Boursin, est une petite berrichonne « montée » à Paris, et elle a 24 ans.`

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Dérive sanglante

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Mon petit coeur d’artichaut s’est trouvé un nouveau héros. Ou plutôt un nouvel anti-héros.

Je vous présente Stoney Calhoun. Stonewall Jackson Calhoun.

Stoney est un homme sans mémoire.

Il est arrivé quelques années plus tôt dans le Maine, au volant de sa voiture d’occasion. Au coeur de la forêt, tel Thoreau, sa référence, il s’est construit une cabane (une belle cabane tout confort, quand même!) et a démarré une nouvelle vie en se rapprochant de la nature sauvage qu’offre le Maine:

Je suis parti vivre dans les bois, avait écrit Thoreau, parce que je voulais vivre en toute intentionnalité; me confronter aux données essentielles de la vie… je voulais vivre intensément et aspirer toute la moelle de la vie… (Walden)

Le Maine, avec ses forêts, ses baies rocheuses ou ses lacs, propices à l’activité favorite de la région: la pêche.

C’est ainsi qu’il a rencontré Kate, patronne d’une boutique d’articles de pêche qui lui a offert un job, mais aussi l’amour.

Bref, Stoney pourrait vivre une vie idyllique, s’il n’était régulièrement rattrapé par ses fantômes.

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Je suis Jeanne Hébuterne

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Jeanne Hébuterne hante l’oeuvre de Modigliani.

D’elle vous avez  forcément vu l’un des innombrables portraits, le visage étiré, le nez long, les cheveux roux et les yeux en amande.  Olivia Elkaïm raconte dans ce roman le destin tragique de la dernière compagne du peintre italien. Et elle a choisi pour ce récit la forme du journal intime, à la première personne, qui va débuter le jour où Jeanne rencontre Modigliani.

Hier soir je suis tombée amoureuse d’Amedeo Modigliani

Ainsi débute l’histoire, dans l’euphorie d’une rencontre entre le peintre italien et la jeune fille de bonne famille. Jeanne a dix-huit ans, Amadéo quinze de plus, et immédiatement il la séduit. En cette année 1916, alors que la guerre sévit en Europe, Jeanne n’aspire qu’à peindre et prend des cours à l’académie Colarossi, où Modigliani enseigne. Sous le charme de cette magnifique jeune fille botticellienne, teint laiteux et long cheveux roux coiffés en deux grosses tresses, Modigliani l’enlève avec l’aide de Soutine… et ainsi débute leur histoire folle, passionnée et déchirante.

 

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Le club des pendus

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Il faut toujours lire un polar de temps en temps. C’est comme une bonne bouffée d’oxygène, surtout en période de rentrée littéraire où on enchaîne les romans avec une avidité qui dépasse souvent l’entendement. Dans le polar, les exigences littéraires sont mises de côté, pourvu que l’intrigue soit bonne!

Avec Le Club des pendus, j’ai été servie! Aspirée par le rythme de l’histoire, si ma disponibilité s’y était prêtée je l’aurais lu en une seule journée.

Max Wolf est policier (DC) à la MET de Londres et officie à la célèbre adresse du 27 Savile Row. En ces premiers jours d’été, la canicule s’est abattue sur la capitale anglaise, alors qu’un drôle de gang commence à terroriser la ville en procédant à des exécutions qu’ils diffusent en direct sur les réseaux sociaux.

Savez-vous pourquoi vous vous retrouvez sur ce lieu d’execution?

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Gabriële

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Le jour où Anne et Claire Berest entreprennent de raconter à quatre mains l’histoire de leur arrière grand-mère, ont-elles conscience du rôle prépondérant de leur aïeule dans l’art du 20ème siècle, alors qu’elle n’a laissé aucune trace apparente ni dans l’histoire familiale, ni dans l’histoire de l’art?

Gabriële Buffet a 27 ans en 1908 lorsqu’elle rencontre le peintre Francis Picabia. Cette jeune femme brillante, issue d’une grande famille aristocratique, ne se destine pas à la vie rangée qu’on attend des jeunes femmes de bonne famille. Gabriële veut étudier la musique, Gabriële ne veut pas se marier, Gabriële veut être libre et indépendante. N’en déplaise à sa famille, elle s’installe à Berlin après de brillantes études à la Schola Cantorum, lieu de l’avant-garde musicale. Gabriële veut composer et entend bien dédier sa vie à cette unique passion. Sauf qu’elle va rencontrer, par l’entremise naïve de son frère, le nouvel enfant chéri de la peinture postimpressionniste , Francis Picabia. Celui-ci succombe devant l’esprit et l’intelligence de Gabriële, et pour lui elle va renoncer à tout, abandonnant la musique et la promesse d’une extraordinaire carrière musicale.

Elle a choisi Picabia, et ce choix, elle l’assénera au monde, ce sera sa création

Elle mettra son intelligence au service de l’Art, conseillant Picabia, et devenant une théoricienne de l’art visionnaire qui influencera nombreux artistes, critiques et mécènes du 20ème siècle. Francis et Gabriële sont complètement fusionnels, « leur entente n’est pas physique, mais métaphysique ».

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L’enfant-mouche

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Voici l’un des plus sensibles romans de cette rentrée littéraire…

Pour Marie, notre petite mouche, l’histoire commence sans qu’elle s’en doute un jour d’avril 1944.

Anne-Angèle est infirmière à Casablanca, et sa vie va doublement basculer en une journée : au moment où elle vient de recevoir un télégramme de Paris l’informant de l’accident de sa soeur, elle se fait mordre par un patient syphilitique. Mais il est encore trop tôt pour s’en inquiéter. Car à son arrivée auprès de sa soeur trépassée, Anne-Angèle découvre que celle-ci avait conclu un marché pour prendre en charge Marie, la fille cachée d’une actrice de cabaret.

Après avoir récupéré l’enfant et passé quelques semaines paisibles à Paris, elles sont forcées d’aller se cacher dans la campagne rémoise, où Anne-Angèle pourra reprendre un dispensaire de la Croix-Rouge. Malheureusement, les deux nouvelles venues sont mal accueillies par les villageois, et leur retraite au vert se révèle véritablement cauchemardesque: aucun patient ne visite le dispensaire et elles sont très vite à bout de vivres. Qui plus est, Anne-Angèle déclare la maladie qu’elle a préféré ignorer, et sombre peu à peu dans la folie. Rejetées par le village, sans revenus, Marie devra trouver tous les moyens pour les faire survivre, volant par-ci des épluchures de légume, trouvant par là des racines à faire cuire en soupe, alors que le village entier se ligue contre cette petite fille d’une dizaine d’années.

Rejetée de tous, elle trouve pour quelque temps refuge auprès de Toinette, autre paria du village qui vend son corps aux allemands contre des boîtes de harengs, et de son mari, le garde-forestier bègue Matesson.

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L’heure du bilan: octobre

Avec L’heure du bilan, j’inaugure en cette fin octobre un nouveau rendez-vous mensuel: un petit retour sur mes lectures du mois, histoire de garder une vue d’ensemble sur les livres qui défilent…

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Les chiffres:

Sept romans lus sur octobre – une belle moyenne grâce à quelques insomnies!

Trois coups de coeur :

 

J’ai d’abord – et enfin! – découvert Sorj Chalandon. Plusieurs lecteurs fidèles, dont Eva, avaient piqué ma curiosité. Avec Le jour d’avant, j’ai pu entrevoir la profonde humanité de l’auteur (également grand journaliste) et je vais poursuivre prochainement l’exploration de son travail avec (fort probablement) Mon traître.

Le Sans Dieu a été une surprise extrêmement belle! Pourtant, j’étais loin d’avoir envie de lire des histoires de pirates – la sortie de Sucre Noir, encensé par la critique en cette rentrée littéraire, m’avait laissée parfaitement indifférente, à cause des pirates justement! Mais je me suis laissée convaincre et suis entrée immédiatement dans l’histoire avec un plaisir déconcertant, histoire servie par une superbe plume qui n’a pas eu peur d’utiliser une langue « historique »qui lui sied à merveille.

Quant à La petite danseuse de quatorze ans, mon enthousiasme est encore très fort. Je reste subjuguée par l’immense travail de documentation, d’analyse et de rédaction que Camille Laurens a réalisé.

Trois voyages aux Etats-Unis:

Avec la rentrée littéraire, je me suis un peu éloignée de mon road trip littéraire américain. Heureusement, j’ai pu insérer quelques lectures américaines…

Avec Nulle part ailleurs sur la terre, je me suis promenée dans le Mississippi, j’y ai rencontré deux êtres bien amochés par la vie – un roman noir comme je les aime.

Dans Paysage Perdu, j’ai découvert des fragments de vie de Joyce Carol Oates, qui éclairent sur la personnalité et le travail de cette immense écrivaine – des réflexions qui m’ont évoqué les non moins grandes Joan Didion et Joyce Maynard

C’est avec Sukkwan Island que je vais clôturer le mois d’Octobre… une claque violente, un roman d’un noir profond, et un personnage qui a déclenché en moins une colère comme j’en ai rarement éprouvées en littérature. Dur mais malgré tout magistral.

 

Deux livres qui passent à la trappe:

Si l’abandon du Nathan Hill est irrévocable, Leçons de Grec est un roman que j’aurais vraisemblablement mieux apprécié dans d’autres conditions de lecture. Hélas pour lui, je l’ai commencé après avoir refermé, de méchante humeur, le Nathan Hill. C’est pourtant un roman tout à la fois poétique et philosophique, d’une grande qualité littéraire, baigné d’un minimalisme asiatique qui donne au roman son ambiance si particulière. Han Kang, son auteure coréenne, enseigne le creative writing.

Deux outsiders:

Relire Le journal d’Anne Frank, faire lire Le journal d’Anne Frank, cela devrait être une obligation. Avec ce magnifique roman graphique, c’est une superbe opportunité de se replonger dedans, de le faire lire à ses enfants et d’en discuter en famille. Les dessins sont magnifiques et l’histoire, condensée pour les besoins du format, est restituée avec la puissance et l’émotion que lui avait données Anne Frank.

Histoires du soir pour filles rebelles, c’est un génial livre qui retrace des destins de filles, de femmes, d’héroïnes comme je les aime – au hasard Cléopâtre, Nina Simone, Jane Austen, Elisabeth 1, Coco Chanel, Florence Nightingale, des connues, des moins connues, des inconnues comme la petite Coy Mathis, née garçon mais qui a tournois su qu’elle était une fille. Pour chacune, une page qui débute souvent par « Il était une fois… » et une illustration très belle, très graphique.

 

Sukkwan Island

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Sukkwan Island – j’en entendais parler depuis longtemps, de ce roman, incontournable aux yeux de plusieurs lecteurs que je côtoie. Electra a achevé de me convaincre lors de notre balade au Forum Fnac en Septembre dernier, je suis donc repartie avec.

Peu de temps avant de le commencer, j’ai réalisé que j’avais déjà lu Désolations, du même hauteur – et si j’en ai peu de souvenirs hélas, j’avais toutefois encore une impression de malaise en y repensant.

Jim Fenn, fraîchement divorcé de sa seconde femme, décide d’aller vivre un an sur une île inhabitée du Sud de l’Alaska – une île isolée de tout, loin de toute vie humaine, accessible uniquement par bateau ou par hydravion, où il veut renouer avec la vie sauvage. D’une beauté virginale, elle est seulement habitée par des ours, des élans et autres animaux sauvages, et dans ses eaux poissonneuses les saumons reviennent chaque année en masse.

Dans son aventure, il a réussi à convaincre son fils de 13 ans, Roy, de l’accompagner. Roy vit avec sa mère et sa soeur en Californie depuis le divorce de ses parents et son père espère ainsi se rapprocher de lui. A contrecoeur, le jeune garçon le suit. Son père lui a promis qu’ils retourneraient régulièrement rendre visite à sa mère et à sa soeur. En attendant, ils vivront seuls, ou plutôt ils apprendront à survivre, en vivant de chasse et de pêche. Jim, le père, affiche un enthousiasme extrême, mais très vite, il révèle ses défaillances dans un manque de préparation à cette aventure, aussi flagrant qu’effrayant. En plus de cette inexpérience, la cohabitation entre le père et le fils se révèle rapidement  anxiogène et le séjour vire rapidement au drame, aussi brutal qu’inexorable.

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