Les complicités involontaires

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Le jour au Corinne V., psychiatre, reçoit dans son cabinet Zoé B., elle reconnaît en elle son ancienne camarade de prépa. Lorsque cette dernière évoque l’amnésie qui a effacé tous ses souvenirs de jeunesse, la psychiatre, qui dans un premier temps allait adresser Zoé B. à un confrère, est prise d’une pulsion et accepte de prendre en charge son ancienne camarade… Aucun danger d’être démasquée : mariée, la quinquagénaire a changé de patronyme, et la marque du temps a changé son physique – la jeune fille de 18 ans qu’elle était lors de leur rencontre est maintenant bien loin.

Zoé B., depuis toujours, est une femme sensible, fragile et en marge. Persuadée que son état est la conséquence du secret de son histoire familiale, elle désire entreprendre une psychanalyse pour essayer de trouver la clé de son mal être. Par petits bouts, sur la base de photos, de mémos, Zoé B. commence à dérouler le fil de son histoire, à la recherche de ses fantômes.

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Souvenirs de la marée basse

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Les histoires de Femmes sont au cœur de la rentrée littéraire.

Autant vous dire que je suis comblée devant tous ces portraits magnifiques, qui éclairent la beauté de la femme sous toutes ses formes, passion, folie, maternité, amitié, en écho à nos propres histoires. Je vous parlais déjà de deux d’entre elles dans ma dernière chronique consacrée à Et soudain, la liberté.

Souvenirs de la marée basse: lorsque j’ai eu vent de ce récit de Chantal Thomas consacré à sa mère Jackie, j’ai senti à nouveau la possibilité du frisson. Pour avoir découvert (tardivement) l’écrivaine avec L’échange des princesses, je savais déjà d’elle la finesse et la beauté de son écriture, et naturellement sa grande culture. La découvrir dans une œuvre plus personnelle, tissée autour de sa propre histoire, me donnait donc la perspective réjouissante de faire sa connaissance de façon plus intime, et certainement plus spirituelle. J’ai toujours aimé aller dans l’intimité des écrivains.

C’est lors d’une sortie de baignade sous l’orage, à Nice, que Chantal Thomas convoque le souvenir de sa mère Jackie, naïade de l’éternel .

Elle nageait partout, à des heures changeantes, avec une obstination, une opiniâtreté qu’elle ne manifestait pour aucune activité.

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Et soudain, la liberté

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La vie dans les colonies – tout un monde d’exotisme et de fantasme…

C’est en Indochine que commence la vie de Lucie, blonde et ravissante petite fille, où son père travaille comme haut-fonctionnaire. André et Mona, ses parents, sont jeunes, beaux et très amoureux. En Europe rugit la seconde guerre mondiale, mais de là-bas, elle paraît si lointaine, abstraite presque, surtout lorsqu’on est une toute petite fille. Ce qui inquiète surtout les autorités françaises, c’est la montée du communisme, incarné par les effrayants Viet Minh. Mais la guerre les rattrape et les Japonais envahissent l’Indochine, enfermant la population et les colons dans des camps de concentration, et c’est dans des conditions terribles que Mona et la petite Lucie survivront à la faim, à la violence, et aux conditions sanitaires déplorables. Rapatriée en France, la famille est vite renvoyée malgré elle en Indochine – André est un maurassien et pétainiste convaincu, alors que toute la France s’est rangée au gaullisme en cette année d’après-guerre. A Saigon, la vie est ouatée, Mona mène une vie douce et oisive – c’est une magnifique jeune femme qui aime s’apprêter pour sortir avec André dans cette parenthèse enchantée. Mais André, de plus en plus, devient autoritaire, raciste et violent et exige la soumission de sa femme, de sa fille, et de la nourrice vietnamienne. Avec la victoire du Viet Minh, la famille doit à nouveau partir, cette fois-ci pour la Nouvelle-Calédonie, où le couple d’André et Mona se perd dans des jeux de domination et de soumission, découvre la violence, la haine, et l’infidélité-  et à travers cette infidélité Mona entrevoit la perspective de l’émancipation. Toutefois, c’est surtout la lecture qui va lui faire envisager la possibilité de Liberté, à travers Le deuxième sexe – une révélation, un guide, le début d’une prise de conscience et de son futur militantisme, qu’elle va transmettre à Lucie, devenue une jeune fille brillante. Et qui commence par le biais de la réflexion à remettre en cause les idées paternelles, jusqu’à bientôt renier sa foi chrétienne pour se ranger du côté de sa mère lorsque celle-ci ose demander le divorce…

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L’embaumeur ou l’odieuse confession de Victor Renard

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Paris, fin du 18ème siècle – les lendemains de la révolution chantent les têtes royales tombées.

Le roman débute avec la première journée d’audition de Victor Renard, face à ses juges. Lui aussi risque la guillotine qui a tranché la tête des aristocrates, alors qu’il n’est qu’un jeune homme de pauvre condition. Quel est son crime? Dans une longue confession, qui durera les onze jours de son audition, Victor Renard déroule le fil de sa vie jusqu’au jour fatidique de son crime…

Notre pauvre héros n’est pas né sous les meilleurs auspices: arrivé au monde laid et le cou tordu, il a malencontreusement étranglé son frère jumeau avec son cordon ombilical à la naissance. Maltraité par sa mère, une femme odieuse qui trouve tous les prétextes pour le détester, et par son père, musicien de paroisse qui mourra l’année de ses 15 ans mais continuera à révéler les petits secrets consignés dans son carnet, Victor va réussir malgré ses handicaps et les persécutions de sa mère à s’élever socialement en devenant embaumeur…

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Mademoiselle, à la folie!

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Catherine Delcour est une grande comédienne, au répertoire aussi large que son talent.

Catherine Delcour est passionnée, fantasque, impétueuse, belle, capricieuse – Catherine Delcour est une diva, qui boit la vie comme elle boit le champagne: avidement, à toute heure, pourvu que cela pétille!

Comme beaucoup de divas, Catherine Delcour cache ses failles: l’amour dans l’ombre d’un amant ministre de la culture, la mort du père aimant qui l’a mise à terre, la perte de l’enfant qui aurait pu assouvir son besoin de maternité et la sortir de l’ombre de sa place de maîtresse.

Catherine Delcour serait inexorablement seule, dans son grand appartement de l’île Saint-Louis, si son chemin n’avait pas un jour croisé celui de Mina – d’assistante de production à la télévision, elle est devenue l’assistante personnelle de la célèbre comédienne, celle qui organise sa vie, la materne, la protège, la dispute ou la console allant jusqu’à emménager avec elle.

Mais un jour, la fantaisie de Catherine Delcour n’est plus si drôle. Tout s’embrouille dans sa tête, ses rendez-vous, ses amis, ses projets, son histoire, et sa mémoire fiche le camp. Le diagnostic est implacable, elle est atteinte d’une forme précoce de la maladie. La maladie, on ne la nomme pas, comme pour l’empêcher d’être réelle, comme pour la rendre abstraite et ne pas lui donner le premier rôle qu’elle voudrait ravir à Catherine. Mais les mois s’égrainent, octobre, novembre, décembre, et si Catherine cache son état, il est de plus en plus évident qu’elle ne pourra plus jouer ce prochain grand rôle à l’étranger qui l’attend. Comment affronter le public, sa raison d’être.

Le public est mon partenaire, je suis devenue comédienne pour qu’il m’aime

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Summer

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Un titre accompagné d’une jolie couverture suffit souvent à faire naître l’envie d’une lecture.

Sans savoir quel sujet il abordait, visiblement l’été, ce roman m’a interpellée, m’a attirée, tout en me maintenant sur mes gardes, car je n’avais pas aimé le précédent roman de Monica Sabolo, Crans-Montana.

D’été, il n’en est pourtant point question. Car le roman raconte la disparition d’une jeune fille de 19 ans nommée Summer, vingt-cinq ans plus tôt, lors d’une journée de pique-nique au bord d’un lac avec son frère et ses amies. Vingt-cinq ans durant lesquels aucune réponse ne viendra soulager les questionnements permanents de Benjamin, le jeune frère, adolescent mal dans sa peau, timide et en marge, avec la dépression tout au bout, qui le terre chez lui et l’éloigne de ses parents.

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Les Indésirables

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Il y a quelques jours, Emmanuel Macron commémorait en compagnie de Benyamin Netanyahou, premier ministre Israélien, le soixante-quinzième anniversaire de la rafle du Vel d’Hiv. Le 16 juillet 1942, et les jours suivants, plus de 13 000 juifs, dont 4 115 enfants, étaient arrêtés par 9.000 fonctionnaires français. D’abord entassés au Vel d’Hiv, ils furent évacués vers des camps de transit avec d’être envoyés vers les camps d’extermination.

Ce que l’Histoire a moins retenu, c’est que le Vel d’Hiv avait précédemment servi à « accueillir » de la même façon d’autres « indésirables ».

Le 12 mai 1940, dans un Avis à la population, le Général Héring, gouverneur militaire de Paris, invite « les ressortissants allemands, sarrois, dantzikois et étrangers de nationalité indéterminée résidant dans le département de la Seine » à se rendre pour les hommes au Stade Buffalo à Montrouge, pour les femmes célibataires ou mariées sans enfant au Vélodrome d’Hiver.

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Cœur-Naufrage

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J’ai comme le cœur qui chavire en refermant ce roman…

Lyla a 34 ans, elle vit à Paris. Lyla, avec un y, est traductrice, elle a quelques amis, une éditrice, un amant marié, un médecin généraliste, un pharmacien. Elle vit dans l’anesthésie de sa routine. Jusqu’au jour où le passé, le passé mis si habilement de côté, le passé lourd, douloureux, secret, se matérialise sous la forme d’un message téléphonique.

Joris le surfeur, le taiseux, le petit copain de l’été de ses 16 ans sur la côte landaise, se rappelle à son souvenir après avoir perdu son père, refaisant  surface en exhumant un secret profondément enfoui. Avec son message, tous les murs que Lyla avait dressés s’effondrent un à un. Les non-dits refont surface, le joli vernis sur sa petite vie s’écaille, se fendille comme l’armure qu’elle avait revêtue 17 ans auparavant. Quel est ce lourd secret que Lyla, en 17 ans, n’a partagé avec personne et l’a définitivement coupée de sa famille ?

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Croire au merveilleux

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César n’arrive pas à faire le deuil de Paz, sa sublime et lumineuse femme, l’ancre de sa vie. Paz avait-elle décidé de les quitter, lui et leur fils ? Il n’aura jamais la réponse, que Paz a emportée deux ans plus tôt en se noyant au fond de l’océan… Impossible pour César de revenir à la vie, d’être un père pour son jeune garçon, alors il décide de mourir. Grâce à internet, il s’est procuré un petit kit de suicide qui contient quelques pilules, qu’il décide d’avaler méthodiquement dans sa cuisine, un soir d’été…  alors qu’il sent déjà son corps s’affaiblir une fois les premiers cachets avalés, une jeune femme sonne à sa porte. Nana, jeune beauté grecque, étudiante en architecture et nouvelle voisine de César, a perdu ses clés et vient se réfugier chez lui, perturbant César dans ses projets de mort. Qui est cette Nana, aussi belle et gracieuse qu’érudite, qui pioche dans la bibliothèque de César et s’entretient avec lui des mythes antiques ? Tant de mystère plane au-dessus de Nana. Qui est-elle vraiment, et pourquoi reste-t-elle inaccessible malgré son désir de se rapprocher de César ? Pourquoi semble-t-elle vouloir protéger l’homme éploré, qui peu à peu accepte de laisser tomber l’armure antique de son veuvage ?

 J’avais le sentiment étrange que tout ce qu’elle faisait était destiné à me faire plaisir

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Grande section

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Septembre 2014 – rentrée des classes. La narratrice accompagne sa fille pour son entrée en grande section et s’immerge trente ans plutôt dans sa propre rentrée en dernière année de maternelle, l’année où elle a dit au-revoir à l’insouciance…

Comment vole-t-on l’innocence d’un enfant sinon en le confrontant à la mort prématurée d’un de ses parents ?

Alors qu’elle n’a que cinq ans, la petite fille se retrouve déracinée. Elle en a connu pourtant, des déménagements. Née au Koweït, elle a passé ses jeunes années à Cannes, où sa famille s’est installée comme beaucoup de familles privilégiées du Moyen-Orient dès le début de la guerre civile au Liban. De là, le père mène des affaires familiales florissantes. Mais du jour au lendemain, la famille repart soudainement à Damas. La Syrie, retour aux sources pour la famille, et début de la descente aux enfers pour la maman. Comment peut-on comprendre, quand on a cinq ans, les décisions des adultes et  les blessures qu’ils portent en eux ? Ce retour en Syrie n’est hélas que le commencement d’une itinérance de quelques mois car à nouveau la famille repart avec ses quatre enfants. Un drôle de voyage, où on laisse en chemin les deux aînés à Paris, avant de continuer vers San Diego, le début de la parenthèse américaine et de la fin d’une enfance qui s’achève trop tôt…

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